‹ De la mort rapide par le traumatisme chez les sujets atteints de néoplasmes profondsChapitre 8 sur 9 · OPÉRATIONS SUR DES TISSUS NON NÉOPLASIQUES · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS SUR DES TISSUS NON NÉOPLASIQUES

VIL — Phlegmon profond du cou. Hémorrhagies veineuses. Mort. Cancer de l’épiploon. (Inédite.) — Sartoret Ferdinand, 31 ans, vitrier, entré le 26 février 1867, salle Saint-Louis, 24, à l’hôpital Lariboisière, service de M. Verneuil, suppléé par M. Guéniot.

Il présente une tuméfaction considérable de la région latérale droite du cou, s’étendant depuis l’apophyse mastoïde en haut et en arrière, jusqu’à la partie inférieure du cou, enavant et au-dessus du sterno-mastoïdi en. Cette tuméfaction date de cinq jours; elle ne paraît pas avoir été précédée de carie dentaire, mais s’être développée spontanément sans grande douleur. A son niveau la peau est rouge; on sentune dureté, une résistance considérables. Il paraît y avoir un peu de fluctuation à la partie inférieure ; mais il n’y a pas d’œdème. Incision au bistouri avec la sonde cannelée. Il ne s’écoule pas de pus, mais du sang en petite quantité. Cette hémorrhagie se renouvelle pendant la journée ; elle est arrêtée par le tamponnement de la plaie avec de la charpie.

Du 26 février au 1er mars, il ne paraît pas y avoir de modifications sensibles dans la marche de la tumeur ni dans l’état général du malade.

2 mars. Fièvre intense dans la nuit. Le lendemain la température est manifestement augmentée. — Seconde incision; écoulement de sang avec des globules de pus, puis de pus presque pur, mais séreux, mal lié.

Le 3. Le malade se plaint de gêne de la déglutition. Par le doigt introduit dans la bouche on sentune tuméfaction assez grande sur la paroi latérale droite du pharynx, jusqu’au niveau de l’amygdale. Un peu de toux légère qui s’explique par la compression de quelques filets nerveuxlaryngés. La tuméfaction est augmentée. Elle occupe toute la partie latérale du cou, descend jusqu’au sternum. M. Guéniot introduit une sonde cannelée dans les incisions et pénètre à une profondeur de 8 centimètres. La pression fait sortir du pus par les ouvertures, ce qui montre leur communication avec le foyer. Une sonde de femme est introduite par un de ces points, puis un

trocart à pointe mousse, lequel sort par l’incision supérieure, embrassant clans sa courbe le sterno-mastoïdien et les parties voi- ' sines, sans qu’on puisse dire si le paquet musculo-nerveux y est . compris, ce qui cependant ne paraît pas probable à M. Guéniot. Introduction d’un drain qui est laissé à demeure.

Le 4. Il s’écoule un peu de pus par les orifices du drain ; mais il y a toujours de légères hémorrhagies. Etat général : dysphagie légère, douleurs vives, insomnie, fièvre intense la nuit.

Le 5. Le drain est enlevé. La pression fait sortir du pus en quantité parles ouvertures; mais ce pus est toujours mêlé à du sang. Pansement à la charpie imbibée de vin aromatique. Affaiblissement’ notable du malade.

Le 6. Fluctuation manifeste à la partie inférieure du cou et dans le creux sus-claviculaire. Incision, écoulement de pus abondant, plilegmoneux, mais toujours mêlé à du sang.

Le 8. Langue sèche; dysphagie moindre ; toux continuelle; bronchite, râles ronflants .

Le 10. Extraction par M. Guéniot de deux ganglions situés au niveau de l’angle de la mâchoire ; ces ganglions sont mortifiés, ils étaient à peu près libres au fond du foyer. Pas d’hémorrhagie sur le moment, mais M. Guéniot prévient qu’il ne serait pas étonné qu’il s’en fît dans la journée, pressentant quelque ulcération des parois veineuses comprises dans ce foyer de suppuration,

Dans la journée, première hémorrhagie, arrêtée par le tamponnement avec de l’amadou.

Dans la nuit, trois autres hémorrhagies qui se font par les diverses ouvertures. Application de perchlorure de fer.

Le 11. Le matin, affaiblissement considérable du malade. Pouls filiforme, voix eteinte. Mort à dix heures.

Autopsie. — Au niveau de la tumeur, la peau et le tissu cellulaire sous-cutané sont entièrement décollés, disséqués dans une vaste étendue. La gaine du sterno-mastoïdien est également disséquée. Les fibres du muscle sout ramollies, friables, sans présenter cependant de trace d’inflammation; c’est plutôt une imbibition du tissu parle pus et au-dessous du sterno mastoïdien se voit une vaste cavité creusée parla suppuration, et occupant tout l’espace compris entre le bord antérieur du trapèze et le bord du sterno-mastoïdien, audessus de l’apoilévrose cervicale profonde, qui est elle-même

décollée dans une assez grande étendue au-dessous; les vaisseaux carotidiens sont encore enveloppés de leur gaine, mais celle-ci est ramollie, se détachant avec facilité, imbibée de pus. On voit nettement que la sonde introduite pendant la vie, ne passait pas en arrière des vaisseaux. Il n’y a pas de fusées du côté du mcdiastin. Inférieurement, l’aponévrose cervicale, à son insertion à, laclavicule, semble offrir une barrière au pus. En haut, la parotide est intacte, mais inférieurement, elle estramollie, dépouillée de son enveloppe fibreuse et imbibée de pus. Les ganglions sous-maxillaires sont ramollis, pulpeux, friables.il n’est pas possible de trouver quel es le vaisseau qui a donné lieu aux hémorrhagies, ni de quel poin t elles partent.

A l’ouverture de l’abdomen, on constate que le fascia transversales, le péritoineet le grand épiploon sont unisentre eux sanspouvoir être séparés, formant une masse dure, lardacée, assez épaisse, et présentant l’aspect de la dégénérescence cancéreuse du péritoine. Sur les anses intestinales, le péritoine est parsemé de noyaux ovoïdes de la grosseur d’une lentille, ou plus grands. Au microscope il a été constaté qu’ils contenaient de grosses cellules caractéristiques, avec des noyaux et quelques granulations graisseuses. (Habran.) Le grand épiploon est plein de concrétions blanchâtres. L’épiploon gastro-hépatique est transformé en un tissu épais, lardacé, complètement dégénéré. Le péritoine qui recouvre le foie à ses faces convexe et inférieure est intimement adhérent au tissu de l’organe, d’une part, et de l’autre au feuillet pariétal. A la coupe le foie paraît sain. Les ganglions mésentériques sont pleins de cette même matière caséeuse, encéphaloïde.

Poumons sains; mais les ganglions bronchiques sont énormes, tuméfiés, noirs, sans apparence de dégénérescence, comme les ganglions mésentériques. Ceux de l’aisselle et de l’aine sont également tuméfiés, mais non dégénérés.

Depuis 1 entrée du malade à 1 hôpital, il n’a été constaté aucun signe de péritonite, ni de troubles gastro-intestinaux ; l’attention n’a nullement été attirée du côté de l’abdomen ; mais, et c’est là un des points les plus remarquables de l’observation, il résulte des renseignements fournis par la famille que le malade fut pris, il y a un an, d accidents qu’on peut rapporter à la première manifestation

du cancer du péritoine et à la péritonite provoquée par ce travail morbide.

Douleurs abdominales très vives, gonflement du ventre, vomissements, hématémèse, melœna, diarrhée abondante : tels auraient été ces accidents.

Ils se seraient ensuite dissipés peu à peu, tout en laissant le malade dans un grand état de faiblesse. Quoi qu'il en soit, il est éton • liant que la lésion du péritoine ne se soit pas, dans la suite, exprimée par des signes qui auraient appelé l'attention de ce côté. On a cru simplement à un phlegmon du cou développé sans cause apparente sur un individu plus ou moins affaibli, et la terminaison par hémorrhagie a pu ainsi être rapportée à une ulcération des vaisseaux contenus dans le foyer de suppuration. Mais les lésions constatées dans l’abdomen peuvent expliquer post mortem la cause de la gravité de ce phlegmon. D’autre part, l’altération du sang rend compte aussi de la tendance aux hémorrhagies qui ont fini par emporter le malade.

VIII. — Cancer situé à la limite du rectum et de l’iliaque chez un homme de 44 ans. On se décide à tenter l’extirpation de la tumeur en même temps qu’on établira un anus contre nature par la méthode de Littré. Mort dans le collapsus 12 heures après. (Israël, arch. fiir Klin. Chirurgie, 1876, p. 38.)

IX. — Epithéliome oesophagien. Œsophagotomie. Mort au bout de 36 heures. Dépôts épithéliaux dans les glandes bronchiques, Gussenbauer, arch. für Klin, chir., 1872. p. 552.)

Page 1