‹ De la mort subite dans l'état puerpéralChapitre 13 sur 27 · I>E LÀ MORT SUBITE · texte numérisé non relu

I>E LÀ MORT SUBITE

fat suif ie d'une hémorrbagie soudaine et violente, qui mit les jours de la malade en danger. Tout alla bien du 18 août au 23. Alors M. Ha vers remarqua de Tagitation, de la pâleur jaunâtre de la face, un peu d'égarement dans les yeux qui étaient fort brillants, de rincoliércucc et de Tagitation dans les manières. La malade lui dit avoir passé une mauvaise nuit, avoir eu des palpitations et de la gène au creux de Testomac, qu'elle attribuait à la distension des seins. Langue légèrement chargée; pouls vif et faible. Ces symptômes parurent cédera un purgatif, et tout alla bien jusqu'au 30 août. Depuis quelque temps, la malade s'asseyait tous les jours sor un sopha. Ce jour, elle se irouviiii en l)onne disposition, avait déjeuné avec appétit et de bonne heure. Elle dit à la garde qu*el1e se trouvait si bien, qu'elle s'habillerait renie. Mais, pendast qu'elle le faisait, elle retomba sur son lit. La garde accourut, remarqua un peu d'écume à la bouche et de légères convulsions à la face. La malade prononça quelques mots d'une voix faillie, se coucha sur le dos et expira. Tout cela s'était accompli en quelques minutes. — M. I^aget assista à l'autopsie, qui fut pratiquée quarante-huit heures après la mort. A l'exception d'une cicatrice d'un ancien abcès, au sommet du poumon droit, et de l'état particulier du cœur, qui va être indiqué, fous les organes furent trouvés sains. Le cœur était pAle et aminci, surtout le ventricule droit, qui contenait un peu de sang noir. Chacune des artères pulmonaires conteoftlt un caillot sanguin qui en oblitérait presque complètement le calibre. Les principaux calHots avaient un ponce et quart de long ; ils étaient moulés et solides, et dans certains points adhérents aux vaisseaux. En suivant les divisions des artèresi^n trouva, jusque dans les plus petites ramifications, de nombreux caillots plus petits, mais présentant exactement les mêmes caractères. **

Ces deux observations, très curieuses, très complètes, cl les seules de ce genre que je connaisse (i), sont tirées du mémoire de M. Hac- Clintok.

Il n'est pas rare de rencontrer des concrétions fibrineuses dans le cœur ou dans les gros vaisseaux des sujets qui ont succombé à une affection longue, et chaque fois qu'on en (rouve, il y a lieu de se demander si ces concrétions ont existé pendant la vie, ou si elles sont un effet, cadavérique. Lorsque ces caillots sont mous, décolorés en partie seulement; peu organisés, peu adhérents, il est à peu près certain que ces caillots, d'origine récente, sont un simple effet cadavérique; mais quand ils sont durs, entièrement blancs, bien organisés, adhérents a«x parois du cœur, etc., il est au moitis probable que la coagulation a commencé pendant les derniers moments de la vie, et que les derniers battements du cœur ont opéré la défibrination d'un sang déjii presque mort, comme le battage Teût opéré dans une capsule. On comprend que plusieurs circonstances puissent favoriser la défibrination du sang, mais

(1/ La science possède aujourd'hui on fait authentique de plus, celui de la mort de madame la duchesse de Nemours, qui a en un si grand retentissement. L'on s<iit avec quelle habileté M. Queneau de Mussy diagnosUqua la présence d*un caillot sanguin dans l'artère pulmonaire.

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la plos imporlanio à noter ici est l'excès môme de la fibrÎDe, excès qui, comme je l'ai fait voir, paratt exister toujours pendant la grossesse, et surtout à sa fin. Pendant que dure la grossesse, j'ai expliqué la nécessité de cette énorme proportion de fibrine ; elle est en rapport avec le développement rapide de l'utérus, car il faut bien que cet organe reçoive une alimentation très abondante, pour acquérir, en aussi peu de temps, un énorme volume, et la composition du sang est en rapport avec cette nécessité. Mais le fait même de Taccoucbement ne peut modifier instantanément la crase sanguine, et l'utérus ne pouvant plus absorber à son profit l'excès de fibrine, celui-ci reste dans le sang jusqu'à ce que la moyenne physiologique se soit rétablie peu à peu. C'est en partie cet excès de fibrine qui rend les femmes réceunnent accouchées si sujettes à contracter des affections inflammatoires. C'est lui aussi qui peut favoriser chez elles des amas polypiformes dans les cavités où le sang abonde, et par conséquent dans le cœur et dans les gros vaisseaux.

U'hémorrhagie est une autre circonstance capable de produire le môme résultat, et qui s'est présentée dans les deux observations qui précèdent; on sait, en effet, que le sang devient plus couenneux après one forte saignée. Toutes les causes qui favorisent la stagnation du sang, favorisent aussi la formation de dépôts fibrineux. Chez les deux malades en question, il y avait peu d'activité vitale. Toutes deux avaient éprouvé des accidents graves : la première une couche très pénible, la seconde une difficulté dans Texpulsion du délivre ; toutes deux une perte assez forte pour mettre leur existence en danger. Aussi, ces deux malades se rétablissaient lentement, le pouls restait feible et fréquent, il y avait de l'inquiétude, du malaise, de l'agitation, de la pâleur; les fonctions digestives ne se faisaient pas très bien, etc. Dans ces conditions, les médecins ne pouvaient être très rassurés, bien qu'aucun symptôme sérieux n'annonç&tun événement grave. Cependant si, tenant compte de ces causes déprimantes, on ajoute leur influence aux deux causes qui viennent d'ôtre signalées, excès de fibrine dans le sang et hémorrhagie abondante, on comprendra, je crois, que ces deux femmes étaient dans des conditions très favorables pour qu'il s'opérât chez elles des concrétions sanguines durant leur vie, et l'on sera porté à regarder ces concrétions comme la véritable cause de leur mort. Toutefois, il est usez probable que le dépôt de fibrine a continué de s'opérer après la

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mort, par suite de la stagnation du sang, et que si l'autopaie eût été faite plus tét» on eût trouvé des caillots bien moins organisés et bieft moins nombreux.

Si Ton cherche h analyser la valeur des derniers symptômes préseiH tés par ces deux malades, on acquerra une nouvelle probabilité de la cause de leur mort. Les symptémes offerts par la première malade ont été ceux d'une asphyxie assez lente, et chez elle la mort n'a pas été précisément subite. La lésion cadavérique concorde parfaitement aveê les derniers phénomènes de la vie. Les caillots n*existaient que dans le ccaur, ils ne s'opposaient pas d'une manière absolue k ses battements et au cours dn sang; dans de telles conditions^ la vie pouvait^ en eflét^ se maintenir plus que quelques minutes. Chez la seconde malade, Tasphyxie fut beaucoup plus prompte ; elle eut presque Tinstantanéité d'une syncope^ dont l'idée s*éloigne naturellement parce qu'il y eut de l'écume à la bouche, des convulsions, et parce que la malade parla jusqti'à l'instant de sa mort. €hez elle la lésion anatomique rend également bien compte de la nature des symptômes. Le ventricule droit du cœur était considérablement aminci, par conséquent il avait perdu une bonne partie de sa puissance contractile^ et chassait faiblement dans les artères pulmonaires un sang déjà disposé à se coaguler. Lorsque cette jeune femme, déjà si débile, voulut s'habiller seule, elle se fatigua, et eè Ait encore une cause de nature à diminuer, chez elle, la puissance des battements cardiaques. Bientôt la vitesse diminuant, avec la force d'Impulsion, ce liquide s'arrêta dans les dernières ramifications des artères pulmonaires, le plus petit obstacle devint insurmontable, il y eut stase dans les divisions de gros calibre, puis dans les troncs principaux eux» mêmes, et coagulation prompte. La circulation pulmonaire se troirva tout à ftit interrompue, aussi la mort fut-elle presque immédiate.

Une telle cause de mort subite pouvait-elle être prévue par les dettx accoucheurs ? Non assurément. Pouvait-elle être reconnue par eux sans Tautopsie? Pas davantage. Mais serait-il possible, aujourd'hui que ces faits sont connus, de la prévoir et de la reconnaître ?

Chez une femme très épuisée, très anémique, on doit tout craindre pendant les premiers fours qui suivent l'accouchement. Nous venons de voir que la coagulation du sang dans le cœur ou dans les vatssMUX a deux fois, chev de nourelles accouchées, été le résultai d'un épuisement

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et d'une anémie Mtrâme9.0o pourra, par couséqueut^ rodeuter un accîdent semblable chei touteè les femmes qui se trouveront dans des oon» ditions analogues» Mais le prévoir d'une manière à peu près oertainei cela est imposable, car le plus grand nombre des femmes épuisées paT une grossesse pénible ou par un accouchement laborieux se rétablissentt Dieu merci! 'et souvent sans qu'aucun accident vienne compliquer leur convalescence. Il est cependant à remarquer que dans les deux observa* tiens qui précèdenti les malades ont éprouvéi peu de temps avant leur mort, des troublas variés et parfaitement semblables. Ces troubles, il est vraii n'ont rien eu de caractéristique i mais par leur ensemble iU forment comme une période prodromique de la coagulation du sang dans le ecaur, à laquelle il convient peut-^tre de prêter quelque atten« tion. Sll en est ainsi, on sera en droit de soupçonner une mort prochaine par coagulation du sang dans le coour ou dans les gros vaisseaux^ lorsque chei une femme très anémique et très &(iguéei se remettant péniblement de son accouchement, il existera un certain degré d'in<« quiétude, un malaise général et indéfiniSsablOf lorsque les yeux seront égarés et brillants, que la face sera pâle et Jaunfttre, le pouls fréquent et petit, la langue chargée, les digestions pénibles, les nuits agitées. Oa trouve, en effet, dans ces signes, en apparence légers, tout œ qui peut annoncer ttn commencement de gène dans la circulation cardiaqiM et pulmonaire. Quant aux symptômes précurswrs de la mort, ce sont ceux de la syncope ou d'une asphyxie plus ou moins rapide» Il n'en est qu'un seul qui me paraisse devoir être constant, c'est la grande Aréquenoe et la petitesse extrême du pouls ) les autres doivent varier selon que les ccmcrétions flbrineuses se font avec plus on moins de promptitude.

Bien que je ne connaisse que deux exemples de caillots sanguins dans la cœur ou dans les vaisseaux afférents, il se pourrait que cette cause de mort subite chéx la femme en couches fftt plus commune qu'elle ne paratt, et si les autopsies avaient toujours été Mtes, 11 est probable que l'on eût trouvé, dans roblitération du cœur ou des gros vaisseaux par une concrétion fibrineuse, l'explicstion naturelle de plusieurs morts plus ou moins soudaines, dont la cause est restée inconnue et qu'on a, à tort, attribuées à la syncope, à Tssphyxie idiopathique, etc. Il résulte, en effet, des recherches de M. Bouchut sur la phlegmasia alba dolens (i),

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