DK LA MORT SUBITE
autre la figure chaude et un peu vultuense. La bouffissure de la face, l'œdème des jambes el parfois même l'œdème général sont aussi des accidents fréquents chez les femmes grosses. Tous les organes se congestionnent facilement chez elles. Le cerveau seul ne saurait faire exception, d'autant que cet organe est plus riche en vaisseaux qu'aucun autre, que ceux-ci sont plus ténus, plus délicats, et que sillonnant une masse molle et dépressible ils sont moins soutenus et peuvent être plus facilement distendus. C'est donc très probablement à une congestion légère du cerveau qu'il convient de rapporter presque toujours bon nombre d'accidents inhérents à la grossesse, même à celle qui est très régulière : tels sont les maux de tête, les vertiges, les éblouissements, l'engourdissement, le besoin de sommeil plus grand; quelques troubles des organes digestifs doivent aussi se rallier à la même cause, etc. Mais une hypérémie plus considérable entraîne aussi avec elle des phénomènes plus graves, tels que des paralysies plus ou moins complètes el de véritables attaques d'apoplexie. De la congestion cérébrale à l'apoplexie véritable il n'y a qu'un pas, bien qu'il y ait entre ces deux affections la différence de la cause à l'effet, puisque la seconde est le résultat de la première. Toutes deux peuvent, du reste, tuer très prompt'ement, el la congestion plus vile même que l'apoplexie, parce qu elle occupe la tolaliié de l'organe, tandis que la seconde est d'ordinaire plus limitée.
Si maintenant on tient compte de la composition du sang chez la femme grosse, on comprendra parfailomenl que son état doit la prédisposer aux congestions séreuses de l'encéphale, et par conséquent à cette forme d'apoplexie.
Knfin, pour ce qui est des affections de la pulpe cérébrale elle-même, inflammation, ramollissement, etc., la grossesse peut encore les activer, sinon les produire, tant par suite de l'état de congestion dans lequel elle maintient l'organe, que par suilc de la surexcitabilité nerveuse qu'elle détermine en dehors de toute lésion matérielle; €ar un organe dont les fonctions sont surexcitées est toujours bien près de s'enflammer.
Mais la grossesse peut n'être pas seulement une cause prédisposante aux affections cérébrales. Lorsque celles-ci sont imminentes, elle peut devenir cause occasionnelle, et lorsque ces mêmes affections existent ou se manifeslent en dehors d'elle, il se peut qu'elle hâte leur terminaison
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fatale, et qu'elle la brusque en quelque sorte. Dans Tun et Tautre cas, elle exerce une influence de même natifte ; la cause n'a pas changé son mode d'action, son énergie seule a varié en raison de circonstances individuelles, souvent inappréciables, et donne lieu à des effets plus tranchés.
CSomme il est rare que la mort soit tout à fait subite dans tous ces cas, il existera, presque toujours, chez la femme des signes prodromiques qui feront craindre chez elle Timmincnce, soit d'une apoplexie, soit de toute autre affection cérébrale ; et, d'autre part, les symptômes ne se succéderont pas avec assez de rapidité pour qu'on ne puisse, le plus souvent, les isoler et poser le diagnostic. Quelquefois même on aura le temps de recourir à une médication, qui, bien dirigée, pourra prolonger l'existence et même conjurer la mort. De sorte que cette terminaison n'aura guère lieu d'une manière subite, que lorsque les malades n'auront pas reçu à temps les secours de l'art, par suite de l'éloigriement d'un médecin ou par négligence des personnes qui les entourent. Lorsqu'il en sera autrement, il y aura au moins tout lieu de croire que la lésion cérébrale n'est pas la cause unique de la mort. En effet, les causes qui, chez la femme grosse ou récemment accouchée, favorisent l'apoplexie cérébrale, sont aussi celles qui favorisent chez elle l'apoplexie pulmonaire et l'hypertrophie du cœur. Aussi, ces trois affections se compliquent presque toujours chez elle, et, bien que Ton soit naturellement porté à considérer la mort comme le résultat de celle qui a pris le plus de développement, il n'en est pas moins vrai qu'il faut tenir compte aussi de l'action des deux autres. La mort subite par le cerveau seul est très rare ; elle est, au contraire, assez commune lorsqu'il existe quelque complication du côté du poumon ou du cœur. L'état puerpéral ne modifie en rien cette loi posée pour la première fois par Devergie.
L'apoplexiC; qu'elle soit sanguine ou séreuse, est certainement l'affection organique du cerveau qui peut le plus promptement entraîner la mort et c'est à cette affection qu'il faut rapporter bon nombre de morts subites. Les autres maladies de l'encéphale, inflammations, dégénérescences, etc., peuvent être aussi sûrement mortelles, mais elles n'ont point une marche aussi rapide ni aussi insidieuse ; il est rare alors que la mort soit imprévue; il est plus rare encore qu'elle soit, à proprement parler, subite. L'état puerpéral, que la femme soit ou ne soit pas
accouchée, peut bien exercer une certaine influence sur le pronoitio de ces affections, en accélérer^a terminaison, mais je ne sache pas que cette influence puisse aller jusqu'à produire une terminaison brusque et tout à fait imprévue. Lallemand, dans sa seconde lettre sur rencô« phaloy a rapporté trois cas de morts rapides (1). Dans ces observations^ la mort n'eut rien d'imprévu, sauf peut-être dans la dernière; aussi je n'ai pas cru devoir en rappeler les détails. J'ajouterai seulement que dans toutes trois le diagnostic fut possible, car on ne pouvait guère hésiter qu'entre une affection inflammatoire du cerveau et une apoplexie ;iiiaia les convulsions et le délire durent éloigner cette seconde supposition» Il est aussi à remarquer que chez ces trois femmes, et chez la troisième surtout, il y eut une péritonite qui fut probablement le point de départ des autres accidents. Rien d'étonnant que la cause qui a déterminé l'in* flammation d'une séreuse détermine aussi celles des autres séreuses* Les membranes du cerveau une fois prises, cet organe s'est enflammé lui-même, et la nouvelle maladie, marchant plus vite que l'anciennot l'a bientôt masquée, et est ainsi devenue la maladie dominante et celle à laquelle on a rapporté la mort. Du reste, la péritonite puerpérale peut à elle seule déterminer une mort prompte et tout à fait imprévue, dans des cas où cette maladie reste si bien latente, que son existence échappe à l'examen des accoucheurs les plus habiles. J'en vais rapporter tout à rheure quelques exemples. Il faut encore observer que dans deux des observations de Lallemand, on prescrivit une assez forte dose d'émé- Uquepour remédier à des accidents saburraux, et que ce fut seulement après l'ingestion du médicament que les accidents cérébraux se mani* festèrent. Sans vouloir établir ici une relation de cause à effet, je re* marquerai pourtant que plusieurs fois un purgatif énergique, alors même qu'il était indiqué, a déterminé la mort en très peu de temps chez de nouvelles accouchées. — Elle m'a paru devoir s'expliquer alors par susceptibilité nerveuse des organes digestifs qui réagissent vivement sur le centre nerveux épigastriquo; je rapporterai aussi quelques faits de ce genre. Mais toujours est-il qu«, dans ces trois observationS| il y eut des symptômes cérébraux qui ont concordé avec une lésion de l'en* céphale très suffisante pour expliquer la mort, ce qui dispense de lui rechercher d'autres causes. Quant à la promptitude avec laquelle les
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malades ont été enlevées^ cela paraît devoir tenir à l'état d'épuisement profond dans lequel elles se trouvaient par suite d'un accouchement antérieur.
En résumé, les lésions matérielles des centres nerveux sont rarement par elles-mêmes une cause de mort subite chez les femmes en couches, mais ces lésions peuvent se rencontrer avec des lésions des organes de la respiration ou de la circulation, et la mort subite est alors le résultat non pas de la lésion cérébro-spinale exclusivement, mais aussi de celles ^ qui coexistent avec elle. Plus souvent encore, il faut le concours d*une lésion dynamique de Tinnervation pour expliquer la mort; mais celle-ci sera d'autant plus fréquente et d'autant plus grave que les organes nerveux seront matériellement altérés. Les symptômes des affections de l'encéphale n'offrent rien de bien particulier à noter chez la femme grosso ; elles peuvent, comme chez toute autre personne, se confondre avec des affections purement nerveuses et le diagnostic différentieli bien que très important pour le traitement, n'est pas toujours facile à établir. J'essayerai de le faire pour quelques-unes au moins, en parlant de Tapoplcxie nerveuse.
Le traitement des maladies du cerveau comporte deux indications spéciales : d'abord celle dévider Tutérus, quand il y a lieu, le plus promptement possible; en second lieU| celle de proportionner les émissions sanguines aux forces présumées de la malade.