‹ De la mort subite dans l'état puerpéralChapitre 18 sur 27 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

DES MORTS SUBITES QUI SEMBLEIIT AVOIR POUR CAUSE UNE FltVRE PUERPÉRALE LATENTE OU QUELQUE AUTRE AFFECTION GÉNÉRALE IGNORÉE.

La flèvre puerpérale est souvent une maladie insidieuse; elle naît quelquefois sourdement pendant ou avant le travail de l'accouchement, et, dans ces circonstances, il se peut que la femme meure avec une grande promptitude et à Tinslant où Ton s'y attend le moins. Les auteurs ont enregistré quelques observations de morts presque subites après la délivrance, dont la cause est restée très obscure quand Tau* topsîe n'a pas eu lieu, et qui ne peuvent être attribuées qu'à une métro-péritonite latente. Le diagnostic a même pris toute là rigueur désirable dans plusieurs cas suivis d'ouverture.

ga DE LA MORT SUBITE.

M. Taranget rapporte un cas de métro-péritonite latente (1).

Obs. XXIL— Fièvre puerpérale latente probable; mort à peu près su6tïc.— <t La femme Grimbert, trente-six ans, d'une santé ferme, multipare, venait d'accoucher naturellement et sans beaucoup d'eflbrî, d'un enfant mâle et très volumineux. Celte femme fut très bien jusqu'à six heures du soir. Alors il survint un mal de cceur, avec oppression, suivi d'une donlear vive à la région ombilicale. Une demi-heure après, M. Taranget la trouva assise sur son lit, dans les angoises de la plus vive oppression, froide, couverte de sueur, sans pouls, lès yeux éteints, les lèvres livides, les seins flétris et desséchés, le ventre agité, mais souple. On n^eut que le tem^ de lui administrer les secours de l'Église ; à sept heures un quart, elle expira. La veille ira malin, celle femme s'était plainte de maux de cœur et de douleurs de ventre qui ne venaient que par intervalle, de sorte qu'on attribua ces phénomènes aux approches du travail, qui commença le soir et dura Jusqu'au lendemain matin. Les eaux qui s'épanchèrent étaient une espèce de bouillie verdâtre et puante. Cependant l'enfant vint vivant, mais faible. U eat, peu après sa naissance, ime évacuation assez considérable d'une matière fluide pareille aux eaof qu'avait fourni la rupture des membranes. »

Je ne suivrai pas M. Taranget dans toutes ses réflexions; dès quo Tautopsie manque, on ne peut faire que des conjectures sur la cause de cette mort si soudaine. Cependant je suis tenté comme lui, de voir là une variété de la (ièvre puerpérale : fièvre latente et qui avait débuté Tavant-veillepar des symptômes dont on devait naturellement mécon* naître la gravité. Quant aux eaux^ il est bien clair qu'elles étaient teintes de méconium, l'enfant ayant eu une évacuation de matières semblables. Celte circonstance jointe à l'état de faiblesse dans lequel il naquit, indique assez que l'état de sa mère réagissait fortement sur lui, et qu'il n'eût pas résisté si le travail se fût prolongé. La consistance et l'odeur du liquide amniotique laisserait croire aussi qu'il n'était pas seulement tacbé de méconium, mais qu'il contenait en outre une certaine quantité de pus décomposé. — Si maintenant on se reporte aux symptômes qui ont accompagné la mort, on trouvera que cette femme a succombé à un accès de suffocation. 11 y a donc lieu de se demander si, sous l'influence de Tétat général de cette malade, il ne s'est point formé un épanchement pieu rétique abondant. Aujourd'hui on ne manquerait pas d'ausculter dans de telles circonstances, et l'examen de la poitrine donnerait peutêtre quelques renseignements utiles : mais en 1786, les moyens de diagnostic exact n'étaient pas encore connus, et l'on est, sur ce point,

(1) Journal de médecine, Ikcber, Paris, 17S6, tome I, page 271.

DANS l'État pueupéiul. gS

réduit à une supposîlîon loule gratuite. Toujours est-il que la coïncidence d'un épanchement pleurélique avec une métro-péritonite serait un fait qui n'aurait rien d'anormal et qu'une semblable hypothèse est parfaitement plausible. Cette observation eût donc pu, à la rigueur, se placer au chapitre des affections pulmonaires. — Mais il n'est pas même nécessaire de recourir à une telle explication pour se rendre compte de cette mort rapide. En admettant qu'il y ait eu chez cette femme une inflammation péritonéale latente, et je la crois très probable, la mort s'mplique naturellement par l'excitation produite sur les ganglions sympathiques. C'est au trouble de l'innervation sympathique qu'il faut alors rapporter les accidenlsde suffocation, et ceux-ci on pu exister, indépendamment de toute lésion matérielle des organes respiratoires. J'ai déjà indiqué le mécanisme de la mort dans ces cas (v. p. 158), et j'aurai plusieurs fois encore occasion d*y revenir. C'est donc, en définitive, à une péritonite latente que je crois devoir rapporter la cause première de la mort, bien que celle-ci ait eu lieu par suffocation. Du reste, l'observation suivante ne laissera, je Tcspère, aucun doute sur l'existence de ces péritonites latentes, qui se déclarent pendant ou même avant le travail de Taccouchement et sur leur gravité. Elle a été recueillie à la clinique de M. P. Dubois, et elle confirme un point de pratique obstétricale que remirent professeur a plusieurs fois signalé à l'attention de ses élèves.

OBS. XXIir. — Péritonite latente; mort subite; autopsie, — Chez une jeune femme, petite, primipare, dont le bassin était un peu rétréci, et dont le trarail, qui durait depuis deux Jours, offrait plusieurs particularités étrangères à mon sujet, telles que procidence du cordon, mort de reniant, etc., il fallut pratiquer la craniotomie et terminer avec un très petit forceps, dans la crainte que, malgré la réduction de la tète, les contractions utérines, bien qu'elles fussent fortes, ne pussent triompher de Tobstacle formé par le rétrécissement du bassin. Mais M. Dubois se borna à soutenir la tète, de sorte que la parturition se fit sans aucune violence et n'eut rien de plus pénible que si Taccouchcment eût été naturel. Cependant seize heures après, Taccouchée qui n'aTait pas éprouvé ce que les Anglais appellent le choc nerveux, c'est-à-dire la commotion nerveuse produite par une opération^ succombait sans qu'on put déterminer la cause de sa mort. — A l'autopsie on trouva un épanchement séro-purulent dans l'abdomen, une injection des intestins et de l'utérus, et du pus parfaitement formé dans les vaisseaux lymphatiques qui du fond de l'utérus se rendent ux ganglions lombaires. 11 y avait donc là une péritonite latente (l). »

On nesignale ici ni frissons, ni douleur abdominale, ni balonnement, ni hoquets, ni vomissements, ni transpirations abondantes, rien, en un

(i) Journal de médecine proitçue, art. 2Sd2«

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