‹ De la mort subite dans l'état puerpéralChapitre 3 sur 27 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

QtICLQUES RÉFLEXIONS SUR LA MORT SUBrTE EHI^ GÉNÉRAL.

La mort subite est toujours le résultat d'une perturbation de l'économie soudaine et assez intense pour interrompre brusquement la circulation, la respiration ou l'innervation, et même le plus souvent deux de ces fonctions ou toutes les trois à la fois. Le cœur, le poumon, le cerveau, tels sont les organes dont l'action ne peut être anéantie ni même suspendue un certain temps sans que la mort ait lieu. Ils forment le trépied vital entrevu par Barthez et si habilement développé par Bichat, trépied que les recherches modernes n'ont point fait varier. C'est en vain que quelques physiologistes ont voulu ipultiplier les points de départ de la mort; e'eat en vain qu'aux trois modes indiqués par Bichat, M. Cbossat en a ajouté un quatrième, la mort par inanition, que Mil é Cb. Robia et Littré ont proposé d'admettre aussi la mort par orinalion» etc. Autant vaut dire que la mort peut se faire passage {MUT tous nos organes, ce qui est vrai en principe ; mais toujours est-il q«e oelleHsi n'est consommée que lorsque le cœur, le poumon ou le cerveau ont cessé de vivre. La mort subite ne saurait d'ailleurs januis se frayer une voie semblable, et elle exige de toute nécessité ipi'une on plusionrs des trois fonctions cardinales de la vie soit la première en péril.

Ces trois fonctions sont solidaires les unes des autres à tel point, que si une d'elles vient à] être menacée, les deux autres le sont immédiatement et an même degré. Il découle de cette solidarité une double induction qui trouve à chaque instant son application pratique : c'est que d'une part on peut parfois ranimer l'une de ces fonctions près de S'éteindre en sollicitant vivement l'action des deux autres, et dans ce cêê le malade échappe à la mort ; c'est que, d'autre part, la suppression

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définitive de l'tme dMles entratne fatalement la mort de rindividii« Mais si la mort peut partir de trois points, elle ne me paraît avoir en réalité qa'un seul centre, c'est-à-dire, en renchérissant snr l'opinion de Bichat, que Vultimummoriens est toujours le cerveau. Carie système nerveux est le médiateur à Taide duquel s'établissent les mystérieuses relations de i'ftme et du corps, et la mort n'est complète qu'autant quê ces relations sont définitivement rompues. Le poumon peut, en eflfet, cesser de respirer, le cœur peut cesser de battre, et l'organisme n'en conserver pas moins l'aptitude à vivre. Témoin les cas nombreux d'asphyxie et de syncope dans lesquels les individus ont pu être rappelés à la vie après un temps souvent considérable. Mais si l'influence nerveuse vient à être tout à fait supprimée, il n'en est plus ainsi. Dans les deux premiers cas la mort peut n'être qu'apparente, dans le troisième elle est toujours réelle.

Pour le docteur Zschokke d'Aarau, la mort subite ne provient enréalité que de deux organes, le cerveau et le cœur. A la mort par le cerveau il rattache l'apoplexie sanguine, tous les genres d'asphyxie et la congélation. A la mort par le cœur il rattache la paralysie de cet organe et les hémorrhagies (l). Quelque rapide et quelque complète que soit une asphyxie, on ne comprend guère, en effet, qu'elle puisse déterminer la mort subite par elle-même. Sans doute le besoin d'air est si éminent, que la respiration ne peut être interrompue sans un grave danger de mort immédiate. Mais on sait aussi que dans l'asphyxie par submersion, la plus complète et la plus rapide de toutes, on a pu rappeler à la vie après un temps souvent considérable. Dans l'œdème de la glotte, dans le croup, dans toutes les affections qui déterminent une asphyxie plus ou moins prompte, la mort arrive en peu de temps, il est vrai, mais d'ordinaire elle n'est pas subite : telle est la règle. Il n est pas rare non plus de voir, dans les affections organiques du poumon ou de la plèvre, des asphyxies se produire lentement, donner lieu à une angoisse inexprimable, et cependant les malades vivent longtemps en cet état; tandis qu'une congestion légère du poumon ou des capillaires bronchiques survenue d'une manière brusque détermine une asphyxie subitement mortelle. Il faut donc, dansées cas et dans d'autres

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analogues, chercher la cause de la mort ailleurs que dans le fait pur et simple de la lésion respiratoire, et cette cause on ne saurait vraiment la trouver autre part que dans l'impression subite produite sur les centres nerveux par un sang mal oxygéné ou ayant subi toute autre modification qui le rend impropre à entretenir leur action. Alors le cerveau, qui n'a pas été, comme dans les maladies chroniques, habitué lentement et progressivement à l'impression anormale qu'il ressent tout à coup, en éprouve un grand trouble , qui peut aller jusqu'à produire l'anéantissement soudain de ses fonctions. Dans ces cas le poumon est bien le point de départ de la mort subite, c'est bien sur lui que Ton trouve les altérations matérielles au moyen desquelles on explique celle-ci, mais ce n'en est pas moins par le cerveau qu'elle est consommée.

D'autres fois le mécanisme de l'asphyxie différera de celui qui vient d'être exposé. Les qualités toxiques de l'air respiré, ou celles du sang qui arrive aux cellules pulmonaires, paralyseront directement les nerfs respiratoires; alors il y aura, suivant les circonstances, engouement sanguin ou spumeux du poumon, suffocation et mort si l'influx nerveux cérébro-spinal n'a pas assez .d'énergie pour faire cesser la paralysie des nerfs pulmonaires. Dans d'autres circonstances, l'asphyxie sera le résultat d'une surexcitation anormale du système nerveux respiratoire, un spasme suffocant aura lieu, et la mort terminera la scène, si l'inner- Talion générale n'intervientpas assez activement pour rétablir l'équilibre. Dans l'un ou l'autre cas, les accidents respiratoires tiennent encore à la lésion dynamique ou nerveuse, et c'est dès lors au cerveau qu'il convient de rapporter directement la mort.

La mort subite par le cœur seul ne me parait guère plus admissible que celle par le poumon, car il faut encore recourir à une modification de l'influence nerveuse pour l'expliquer. M. Lombard (de Genève) a établi que la mort subite résultant d'une affection du cœur s'opérait de deux manières : par syncope, et par spasme suffocant. « Dans le premier cas, dit-il, il y a paralysie des nerfs cardiaques ou inspirateurs, et la mort est instantanée; les malades meurent en se tournant dans leur lit, ou bien en se levant pour aller à la selle. Si la paralysie est brusque et complète, elle doit amener une syncope prompte et nécessairement mortelle ; si elle est graduelle, elle détermine une asphyxie lente qui tue en quelques heures, ou tout au moins en un temps plus long que

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quelques minutes (1). » Ainsi, pour lui comme pour M. Zschokke, la mort subite par le poumon n'existe pas, et toute asphyxie promptement mortelle relève d'une affection du cœur. Continuons la citation : a Dans le second cas, celui d'un spasme suffocant, la mort survient en quelques minutes et s'accompagne de douleur précordiale, de palpitations, etc. On peut admettre alors un spasme des muscles cardiaques ou thoraciques qui, vu Taffection organique du cœur, cause l'arrêt définitif de ses mouvements. 11 est clair qu'alors la promptitude de la mort est en raison de la violence du spasme. »

Dans cette théorie de la mort par le cœur, il y a donc de toute évidence lésion de l'innervation primitiveou consécutive, etc'estcelte lésion qui est la véritable cause de l'arrêt des battements du cœur.

M. Malcom Hilles (2) explique aussi la mort du cœur par une lésion de l'innervation. Les phénomènes, selon lui, se succèdent dans Tordre suivant : l"" action irrégulière du cœur; 2" diminution ou suspension de l'action nerveuse générale, résultant de l'action intime du sang sur les organes essentiels à la vie; â*" paralysie du cœur consécutive à cette suspension ; li'' mort. D'après cette seconde théorie, c'est une modification du système nerveux central qui détermine les premières anomalies dans les battements du cœur; puis cet organe, à son tour, n'envoie plus le sang au cerveau avec la même régularité, et delà, anomalies nouvelles et plus sérieuses dans lé rhythme des battements cardiaques d'abord, puis ralentissement et arrêt définitif de ces battements, dès que la fonction nerveuse s'est éteinte elle-même. Ou bien les troubles qui surviennent dans l'action du cœur ont leur point de départ, soit dans un obstacle à la circulation, soit dans un état pathologique du cœur. Alors les nerfs mêmes de cet organe sont primitivement affectés; l'harmonie de leurs rapports avec le système necveux central est détruite, et dès lors l'innervation générale troublée augmente les accidents cardiaux ; bientôt elle fait défaut tout à fait, et la mort en est la conséquence.

Un seul mot sur les hémorrhagies foudroyantes. Lorsque le cœur ou un gros vaisseau se rompent, la mort est instantanée, moins peut-être

(!) Gaz. méd., 18!|6.

(2) J/ie Médical TimeSy iSkS.

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