‹ De la mort subite dans l'état puerpéralChapitre 4 sur 27 · BE LA MORT SDBITK · texte numérisé non relu

BE LA MORT SDBITK

par le fait de la lésion locale que parce que le cerveau étant subitement privé d'une grande quantité de sang, son action se trouve tout à coup anéantie.

Ainsi dans toute asphyxie^ dans toute syncope, la mort a lieu parce que rinnervation fait défaut. Soit que la lésion nerveuse ait précédé et déterminé les accidents qui ont eu lieu du c6té du poumon ou du cœur; soit que ces organes, préalablement malades, aient été le siège de IroiH bles fonctionnels, d'abord locaux et liés à leur état morbide, mais qui ont bientôt réagi vivement sur le système nerveux central.

C'est donc en dernière analyse au cerveau qu'il faut toujours rapporter la mort subite.

Cet organe, ou d'une manière plus générale le système nerveux, peut être affecté de deux manières, organiquement et dynamiquement. Dans Tun et Fautre cas, la fonction nerveuse sera anéantie si l'affection a une intensité suffisante. Une lésion dynamique est même en général plus grave et plus instantanée qu'une lésion organique, parce qu'au lieu de limiter son action à une partie circonscrite, elle frappe sur le système tout entier.

Lorsqu'il existe une lésion matérielle des centres nerveux, il estasses rare qu'elle soit assez considérable pour déterminer à elle seule la mort subite; il est même un grand nombre de ces lésions qui sont dans une certaine mesure compatibles avec la vie« Mais il arrive assez souvent alors qu'elle se termine brusquement à un moment donné, parce qu*il ne faut plus que le concours d^une cause peu active pour arrêter une fonction indispensable qui est déj^ chancelante et très compromise. Les lésions dynamiques ou nerveuses proprement dites peuvent aussi n'occasionner qu'un simple trouble fonctionnel, dont la durée et la gravité sont en rapport avec la persistance et l'intensité de la lésion. Mais comme dans le cas précédent, il ne faut quelquefois alors qu'une très petite influence surajoutée à la cause morbide pour amener une perturbation considérable, et la mort peut être instantanée. Lorsque les centres nerveux ont été seuls affectés, la mort ne s'accompagne que ile phénomènes nerveux, paralysie, convulsions, etc.;Biai6lorsque le ccnur et le poumon sont aussi entrepris, la mort a lieu par asphyxie ou par syncope, et le plus souvent les trois modes se combinent dans une certaine proportion. Ainsi les centres nerveux étant primitivement aliectéi, la res-

DANS l'État puerpéial. 7

pîration s'embarrasse et les mouvements du cœur devienneat tumultueux, puis se ralentissent promptement, parce que la puissance excitatrice et régulatrice leur fait défaut. Dans ces cas, la mort n'est pas aussi instantanée que si l'action du cœur ou du poumon avait été primitivementenrayée, parce que ces organes, avant que de cesser leurs fonctions, continuent d'épuiser la dose de fluide nerveux qu'ils ont reçue. Trop heureux quand on peut profiter de ce moment de répit pour ranimer l'excitation cérébro^pinale, si toutefois elle n'est pas complètement éteinte. Lorsqu'au contraire la cause perturbatrice porte primitivement son action sur le poumon, et surtout sur le cœur, la mort peut être immédiate, s'il s'opère une réaction tant soit peu vive sur le cerveau, parce que les trois fonctions s'arrêtent à la fois. Mais en revanche, la mort peat aussi n'être qu'apparente, et c'est ce qui a Heu dans les cas où la réaction cérébro-spinale n'ayant pas été très complète, l'innervation persiste et permet le retour à la vie.

Ainsi, la mort subite peut survenir dans deux circonstances très différentes, et donner lieu exactement aux mêmes symptômes. II peut exister une lésion organique grave du cœur, du poumon oti du cerveau ; il peut exister une lésion nerveuse ou fonctionnelle grave de ces mêmes organes. Dans les deux cas, les symptômes qui accompagnent la mort sont à peu près les mêmes ; mais, dans le premier, l'autopsie révélera la cause matérielle de la mort, tandis que dans le second elle sera muette, parce que la mort est le résultat d'une cause dynamique. Il y a un troisième cas qui tient le milieu entre les deux précédents, c'est celui où il existe une lésion organique peu importante du cœur, du poumon ou du cerveau. La vie n'^ pas rigoureusement incompatible avec cette lésion, du moins pendant un certain temps. Mais l'état morbide de l'organe le rend plus impressionnable. Cet organe malade fonctionne mal, et une cause assez légère d'ailleurs peut agir énergiquement sur lui par une influence en quelque sorte topique. C'est ainsi que le sang, affluant au cœur avec trop ou trop peu de force, y produira des mouvements tumultueux, en remplira outre mesure les cavités, ou bien amènera un ralentissement considérable des battements, qui s'exécuteront presque à vide, deux circonstances qui auront pour résultat immédiat la syncope. Le même effet sera encore produit si le sang, tout en continuant d'arriver au corar en quantité normale, a subi quelque modification

intime, parce que la nature de ce liquide étant changée, il impression* nera différemment le cœur, et cet organe y sera d'autant plus sensible qu'il sera lui-même plus malade. Dans tous ces cas la syncope est imminente, et elle peut être mortelle.

Des phénomènes analogues peuvent avoir lieu du côté du poumon. Le sang et l'air arrivent trop ou trop peu dans cet organe^ déjà mal disposé ; ces deux fluides peuvent n'avoir pas leurs qualités normales, etc. Il n'en faut pas davantage pour déterminer une asphyxie, rendue déjà imminente par la maladie de l'organe, tandis que celui-ci eût réagi avec avantage, et n'eût éprouvé qu'un trouble fonctionnel de peu d'importance> s'il eût été sain.

Il en est encore de même pour le cerveau. Une apoplexie sanguine ou séreuse, en foyer ou diffuse, a lieu ; cet organe est le siège d'un ramollissement; il y existe un peu d'hypérémie, quelques tubercules, une affection quelconque des méninges, etc. Les fonctions cérébrales sont plus ou moins troublées, mais cependant la vie persiste, et rien ne fait craindre qu'elle ne cesse immédiatement, jusqu'au moment où une cause souvent insignifiante et difficile à apprécier viendra produire sur le cerveau un petit ébranlement auquel il ne résistera pas, parce que cet organe est déjà malade. Alors la mort sera subite.

Dans chacun de ces cas, l'autopsie révèle une lésion anatomique qui ^ n'est cerle pas étrangère à la cause de la mort, mais qui cependant n'en est pas la cause directe.

Enfin des caillots plus ou moins organisés peuvent être trouvés dans le cœur ou dans les gros vaisseaux. Des gaz peuvent exister dans les cavités de cet organe ou dans les veines; le sang peut n'avoir plus un aspect naturel, il peut être poisseux, décomposé, etc.; un état de congestion plus ou moins avancée peut se rencontrer dans le poumon ; cet organe est le siège d'un épanchement de sérosité, il est engoué, ses cellules sont distendues par des bulles d'air, etc. ; le cerveau ou les méninges présentent ce qu'on a appelé l'état piqueté ou sablé; la pulpe cérébrale est humide, ramollie, il y a un peu de sérosité dans les ventricules ou à la surface des membranes : et cependant il se peut qu'il n'y ait dans tout cela qu'un effet cadavérique et que la cause de Ja mort soit ailleurs.

De sorte que, alors même que les recherches nécroscopiques ne don-

DANS l'BTâT puerpéral. 9

Dent pas an résullat négatif» il y a encore un écueil à éviter : c'est celui qui consisterait à prendre pour la cause réelle de la mort une lésion qui Doserait que concomitante, une lésion qui ne serait que surajoutée à la cause réelle ; ou bien encore de prendre pour cause de la mort un simple phénomène cadavérique. D'un autre côté, il ne fayt pas se montrer trop sceptique dans l'interprétation des lésions anatomiques, et leur refuser ainsi la valeur qu'elles doivent avoir réellement. On voit tout de suite quMl y a là une grande difficulté d'appréciation ; car lorsque la mort vient lentement et dans des circonstances telles que le médecin suit pas à pas les progrès du mal, que ce mal est diagnostiqué et que l'autopsie contrôle le diagnostic» il n'y a pas de doute possible sur la cause de la mort. Mais lorsqu'une personne est frappée subitement, sans prodrome; que la rapidité avec laquelle les symptômes se succèdent ne permet pas même de les analyser, de les isoler; que la promptitude avec laquelle l'événement se termine laisse à peine entrevoir si l'on a eu affaire à une syncope, à une asphyxie ou à une apoplexie ; que l'autopsie ne révèle rien ou ne donne que des renseignements incomplets, l'hésitation est toujours grande. Les lésions existantes ne sont presque jamais alors suffisantes pour expliquer la soudaineté de la mort, et ces lésions peuvent n'être elles-mêmes que le résultat du trouble fonctionnel qui a accompagné les derniers instants de la vie, si même elles ne sont un simple effet cadavérique.

C'est ce qui fit écrire à M. Devergie que la cause matérielle d'une mort subite ne pouvait être que très rarement connue au moyen des renseignements que l'on acquiert sur les circonstances qui ont accompagné ou suivi cette mort, et que l'autopsie seule pouvait éclairer un peu ce point. Gerdy et M. Yelpeau ont exprimé la même pensée et d'une manière plus explicite encore, en disant qu'il est des causes inconnues de mort subite que nous ne pouvons pas plus apercevoir avant que découvrir après l'événement (1).

Mais ce qui ne parait pas avoir été pressenti par M. Devergie, ni peutêtre par les deux autres médecins que je viens de nommer, c'est qu'en dehors des causes matérielles de la mort subite, il est des causes tout immatérielles sur la nature et le mode d'action desquelles nous n'a*

(1) Bulletin de l'Académie de médecihe, Pari?, 1837, U I, p. 896, 907.

10 ilK' LA MORT SUBFFE

''VOUS" pas dénotions préciâes, et dont on ne saurait pevrtant contester '1H Texisteneo' ni Vénergie. » Ainsi, uneémotion ?ive, la peur^ia joie, ]« colère, etc., peuvent être promptement suivies de mort, et aionsw-il ^feot chercher ailleurs que dans les- lésions cadavériques la cause de dette mort ; car cejles^i, si tant est qu'elles existent, .ne sont pas assez prononcées pour déterminer la mort rmoiédiaie^ et leur importance physiologique ne rend pas compte de la spontunéité de la mort. Cestà Ijunolence du spasme nerveux, ou pour nous en tenir au fait sans explication, 'C'est àla violence de Tébranlement nerveus toulentier qu'ii fiavt^attn- ^buer la mort, ébranlement qui détermine des congestions ou autces aoeidents locanx, mais en qui réside la casse de la mort (1). d- Olfciniier (d'Angers), a fait conn^ittre plusieurs casde mort subiteda cette espèce, eirautopsie révélait lantAt une légère congestion pulmonaire^ tantôt un pen d'emphysème. Th. Ronet et Morgagni ont rapporté chacun un cas analogue. M. Giienave (de Bordeaux) a vu un vétérinaire distingué mourir de frayeur pendant qu'on se disposait à Topérer de la pierre. 'MM. Civiale et Honoré ont entretenu l'Académie d'un feit plus étonnant encore, puisque, danscelui-ci, la mort aurait été le résultat de la.pcsr d'un simple caihétérisme. H pourrais multiplier ces exemples, ei il bat 'peul-étre en rapprocher « les cas de mort subite cités* par lesautèws, sans lésions apparentes, et survenues à la stfite d'^an coup violent^: d^iiÉe opération chirurgicale grave, et même du' vent du boutet ; car il est proirâble que, dans tous ces cas, il*y a euia^^tiORisar le système nervefsor. »

M. LeiMt a judicieusemieiit appaié t'at:tenti<Mi sur ces diverses canes demort : « On ne saura^sansidoute yamaîs, dî4-il, quelle modiicalion •'du système nerveux central ou d'une deses parties dtamie lieu à: i'avnêt *d«c€euT'qui constitue la'synaope etost unci eauiesi fréquente de. mort «subite. On^ne sait pas daivafitagt quelle altération 'da'niéiDe sysiènieoc- "tasionne ces chuCes ou ces morts, bien é^videmmirat a^plectifiormas, qu'on a appelées apoplexies nerveuses, parce qu^'aUe^aasoM pmeiailes par aucune lésion apparente de b' encéphale, et, àimoina d'une observation bien rigoureuse des symptômes, on a dk eûBfandre sauvent leas deux genres de mort l'un avec l'autre. Tauiefoîs les^axesifiiesd'apQplnie nerveuse bceii •oonslalée ne sont pas rares (S)j ^

(i; Gazette médicale, 1833.

(3) Gaz.méd., \%9b. in^ prûieçoni .4eadem,

DANS UÉTAT PIT£K>ÉHâL. li'

Quoi qu'il en soît ^ c'est toujours à cet ébranlement général-^ qu^l faut> en dernier ressort, rapporter )a plupart des morts subites^ lorsqa-fl n*«xiste pas de lésions anatomiques suffisantes pour lesexpliquer.

Mais le système netrveux se dédouble lui-même en système oérébno* sprnal et système du grand sympathique, et chacune de ces divisionsjduit d'une certaine indépendance, bien qu'il existe aussi entre elles^ une solidarité sans laqudlé Tinnervatton générale ne saurait subsister. Aînsi^ le système ganglion narre retôve du centre cérébro-spinal, en ce* sens au moins que c'est de lui qu'il tire le principe nerveux dont il dispose ensuite à son gré. Ce système utie fois chargé du principe nervènx émané du cerveau et de la moelle épinière, épuise la dose qu'il a reçuedans les organes auxquels il se distribue, mais il est impuissant à produire par lui-même ce principe, qu'il doit de toute nécessité emprunter au centre cérébro-spinal. Il faut en quelque sorte qu'il soit incessam-^ ment chargé par lui, et lorsqu'il cesse de l'être, la mort arrive aussitêt^ que le grand sympathique a épuisé sa charge.

ITun autre côté, les mouvements vitaux sont exclasivemen<t placés sous la dépendance des ganglions nerveux ; de sorte que si les nerfs de oe système viennent à perdre leur sensibilité spéciale, soit parce que I ■in-' fiuence cérébro-'spinale ieirr fait défaut, soit parce*qu*une cause de tout autre ordre agit directement sur eux et paralyse leur action, les mouvements vitaux s'arrêtent, et Tencéphale, qui n'est plus sollicité par eux, cesse de sécréter le 'principe nerveux. Sous ce rapport le système cérébro-spinal relève du grand sympathique. De leur prééminence réciproque résulte la nécessité ahsoluede Tintégrilé de leurs connexions; bien qu'indépendants, ils ne peuvent se passer l'un de l'autre, et c'est précisément ce qui constitue l'unité du système nerveux.

Toutefois, tandis que Tencéphale dissémine rapidement le principe nerveux à tout Porganisme, de sorte que si cet organe reçoit un ébranlement, le choc retentit presque toujours partout à la fois, les ganglions au contraire semblent avoir une sphère d'action bien plus .limitée. Le principe nerveux s'accumule dans chacun d'eux, s'y élabore probablement d'une manière différente comme dans autant de petits cerveaux, puis il n'en sort qtie pour se distribuer dans un seul organe, ou du moins dans^ des organes chargés d'accomplir la même fonction 7 (>e qui {^

Page 1