‹ De la mort subite dans l'état puerpéralChapitre 9 sur 27 · E L^ MORT SUBITE · texte numérisé non relu

E L^ MORT SUBITE

ftîsémeût, et Fon comprend aussi ces aHer natives de pifleur et de roageur qui «ont duré jusqu'à la mort. Ainsi, bien 'qne la congestion pulmonaire me paraisse trôs cerlainemeni la cause principale et immédiate de U mort, je serais assez disposé à croire qu^il y a eu un commencenenlde syncope, et que celle-ci, en arrét<i^n( soudainement la circulafeîen, a (ait obslaole au retour du sang cetvfenu datis le poumon, et a augmenté la congestion de cet organe. Une seconde raison qui me fait croire à la syncope, c'est que les saignées pratiquées n^ont pas donné ée sang; ce résultat^st habituel dans cette aiïection, H est exceptionnel cUms les apoplexies cérébrales ou pulmonaires.

Voyons maintenant quelles ont pu ôtré les causes de cette congestion papide. On ne saurait vraiment les chercher dans les antécédents de la malade, qui se portait bien, et qui n'avait eu aucune affection grave depuis dix-huit mois, époque à laquelle elle a eu une pleuro-pneumonîe. On pourrait tout au plus trouver dans cette ^affection ancienne et dans les adhérences pleurales qui en avaient été la conséquence, une cause prédisposante très peu active de rupopk>%ie pulmonaire.

Les circonstances du travail rendentH^lles mieux compte de ce malheureux événement ? M. Devilliers ne le croit pas. La présentation de Tenfant était bonne; tout a d'^abordimarclié régulrèretnent, quoique lentement ; si plus tard il est survenu de ragilation> nerveuse, de la céphalalgie^ de la fréquence du pouls, il n*y a rîen eu là qui ne s'observe sauvent sur les primipares ; les douleurs ell^-mémes n ont pas été très vives. M. Devilliers rejette aussi rinduence du bain et celle du lavement laudanisé comme cause de congestion pulfiionaire, et il ne voit avec raison, dans toutes les circonstances de ce travail, aucune cause active, efficace^ particulière de l'apoplexie pulmonaire.

L'influence puerpérale écartée, il ne reste plus qu'à chercher la cause de cette mort dans des circonstances extérieures à la malade, enun mol dans la constitution médicale régnante, ici *M. Devilliers afOrme qu'à la même époque on a observé bon nombre de mort« subites, de maladies graves et insolites accompagnées de phénomènes septiques rapidement mortels ; que l'on a signalé une tendance hémorrhagique et apoplectique manifeste; que M. Leblanc père, vétérinaire distingué, lui a dit que bon nombre d'animaux domestiques étaient morts subitement par ce que l'on appelle sang de rate (apoplexie de la rate ou du foie), ou par

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vérilaMe apoplexie ipulmonaire* Partant de ces considérations, Mi Sé^ irilliefs. rapporte à uda aause épidémique^^ même ordre la mord d*>M malade.

Je ne suis pas en mesure de discuter cette opinion, qui peut ètM fondée, mais qui me p^ratt plutôt spécieuse, et je comprends mal qu^apeàs avoir récusé tour k tour l'influence des modifications que la grossesM détermine dans la compositiouidu sang et dans la circulation générait» qu'après avoir rejeté Tii^fluence du travail mém^ de Taccoucliemeirtj celle d'un bain proloojiiié bien qu'il ail été donné tiède, celle desnare^^ tiques, bien quiks aient été employés à petite dose, et«.., l'auteut S9 montra plus disposé à admettre q^ue sa malade a succombé ii^une sonla d'apoplexie épidémicpie^. Cette conclusion m^ semble par trop vaguot •! si je ne croyais que la mort de la malade de M. Devilliers doit s'expU-* quer par des considérations tirées de son état de grossesse, je regardt»* rars cette mort comme un fait isolé et sans rapports appréciables aveo les circonstances ambiantes.

Sans doute il n'y a eu dans les phénomènes qui ont accompagné la travail de Taccoucbemenl, aucun qui fût cause efficiente d'apoplexia pulmonaire^ maïs c'est à l'ensemble même de ets phénomènes qu'il convient de rapporter Taccidenl^ et,, pour l'expliquer» je n'ai qua rap« peler les considérations par lesquelles j'ai commencé ce chapilce. L'évè» nement pbuvail-il être prévu? Non ; car un pareil fait est si rare, que M. Devilliers le regarde comme unique dans ki science. Prévu, on l'eût probablement conjuré par une saigpée, mais les symptômes du début n'étaient pas assez sérieux pour que ce moyen y trouvât une indicatîiMi précise. C'est surtout h Tétat tMrveux que je serais tenté de rapporter la part la plus active dans là production de cette apoplexie. Cet état, en activant la circulation générale, a certainement favorisé le raptus du sang vers les parties susdiaphragmatiques, raptus qui existe toujours à un certain degré, et que tous les accoucheurs ont remarqué, puisqu'ils ont signalé que la face devenait vultueuse et la respiration difficile pendaol les contractions utérin^. Letat nerveux a dû aussi a être pas sans effet sur la production de cette syncope, dont les symptômes ont été saillants au début des accidents, et dont les caractères anatomiques ont été conskilés par Fautopsie. Cette syncope n'a pas dû être sans influence sur la promptitude de la mort, bien» qu'elle n'ait pm été sa cause directe^

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puisqu'elle n'a pas été complète. J'ai déjà dit comment elle avait rendu la congestion plus grave, n'eût-elle pas eu d'autre mode d'action, celui-ci serait déjà important.

Cette observation se prêterait encore à de nombreuses remarques ; je n'en ferai plus qu'une. La malade de M. Devilliers a succombé à une asphyxie par arrêt de la circulation pulmonaire; il parait à peine possible d'en douter, lorsqu'on se met en face des détails nécroscopiques. Cette espèce d'asphyxie est si rare, que M. Bérard a mis en doute son existence, parce que le phénomène qui se produH alors est trop complexe pour qu'on puisse en saisir le point de départ. Ici ce phénomène parait assez simple pour être analysé, et il me semble devoir être décomposé ainsr : activité plus grande de la circulation, contraction plus énergique du cœur, à laquelle succède un étatsyncopal du celé du cœur, un envoi trop copieux de sang au poumon. La syncope arrête la circulation, et le poumon demeurant gorgé de sang, dont il ne peut se débarrasser, il y a uno asphyxie par arrêt de la circulation pulmonaire. Celle sorte d'asphyxie n'est point spéciale à la grossesse, mais il y a pourtant lieu de remarquer que, chez la femme grosse, son mécanisme se comprend parfaitement. Qu'une fois au moins elle a produit la mort subite, et que les phénomènes dyspnéiques du travail de l'accouchement peuvent souvent être expliqués par elle.

Obs. m. ^Mort subite par congestion pulmonaire, -^M. De?illlen, rappelant ses souvenirs, cite, à la suite de cette observation, deui autres faits de congestions pnlmooalres pendant le travail de l'accouchement. L*un extrait de la thèse de M. Giret Dupré (Paris, iS06, n*" l/ii3), dans lequel il y eut congestion et angine, et snr lequel Tautear n*a donné que des détails très vagues, qui ne sont pas d*ai]leurs appuyés sur Texamen cadavérique. L'autre, observé par loi à la Clinique, en 13/^5, et dont il ne rapporte que les traits principaux. Voici ce fait :

Obs. IV.— Mort subite par congestion pulmonaire. — Une femme de trente et un ans, primipare, avait été atteinte vers le deuxième mois de sa grossesse d^une hémiplégie gauche qui fat guérie par des saignées, des sangsues et autres moyens. A sept mois et demi, vers quatre heures du matUi, elle fut prise d*un accès de suffocation, sans cause connue et sans symptômes précurseurs, qui dura jusqu'à la mort, laquelle a eu lieu à sept heures du malin. Pendant ces trois heures, il y avait eu un commencement de travail ; on arriva trop lard pour cherchera sauver Tenfoni. —A l'aulopsie on trouva un peu de sérosité dans la cavité crânienne, ramollissement ancien du corps strié droit, substance cérébrale saine d'ailleurs. Endurcissement cartilagineux avec concrétion osseuse de la valvule auriculo-vcniriculaire gauche, oreillette du môme c6té distendue par un caillot sanguin. Une grande quantité de sérosité limpide dans les deux plèvres. Sonmici du poumon droit œdémateux, imperméable à l'air, résistant sous le dolgi.

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foyer apoplectique du volume d'une grosse uoix au bord antérieur du lobe inférieur. Sommet du poumon gauclie infiltré et imperméable comme le droit, mais hépatisation rouge plus considérable dans le lobe inférieur. Rien à noter dans les autres organes.

Ici les lésions sont plus nombreuses que dans le fait qui précède, mais elles sont moins étendues, et aucune n'est de nature à suspendre immédiatement la respiration. Aussi la mort a-t-elle été moins prompte ; elle a eu lieu par insuffisance de l'hématose, et non par arrêt soudain de cette fonction. Les trois heures d'angoisse qu'a endurées la malade s'expliquent pai*faitement, et l'on conçoit même telles circonstances où le retour à la vie eût été possible. Si cette femme n'eût pas été ouverte on n'aurait point soupçonné des lésions aussi multiples et aussi variées, mais les symptômes qu'elle a présentés auraient cependant indiqué une affection grave du poumon. Il est même probable que l'examen de la poitrine eût fait reconnaître l'épanchement pleurétiqùe. Gest en effet cet épanchemont qui me paraît avoir eu la plus large part dans la mort de cette femme ; il a dû exercer une compression énorme sur le poumon déjà refoulé par diaphragme, et dont une portion seule continuait de respirer. Des lésions aussi nombreuses que celles qui existaient chez cette malade ne peuvent guère s'expliquer par une cause unique, mais il se peut que les causes particulières aient été mises en jeu par une influence générale.

Celte femme était convalescente d'une affection qui avait été traitée par de larges émissions sanguines et autres moyens actifs; sa constitu* lion était donc débilitée. De la une prédisposition aux épanchements séreux, prédisposition que pouvait encore augmenter l'état de grossesse. Le cœur était aussi le siège d'une dégénérescence qui devait nécessairement amener des troubles fréquents dans ses battements, et le caillot trouvé dans l'oreillette gauche démontre assez que, durant les derniers instants de la vie, il y eut arrêt de la circulation cardiaque. Je ne parle pas, à dessein, de la lésion du corps strié droit. Dans de telles conditions, il ne fallait qu'un mouvement un peu plus impétueux du cœur pour que la quantité de sang lancée au poumon engouât d'abord cet organe, et cela d'autant plus facilement que le retour du sang au cœur s'opérait difficilement, dès que cet organe éprouvait quelque variation dans son rhythme. Mais bientôt de nouvelles ondées sanguines arrivent au poumon i la suffocation commence , des foyers apoplectiques se

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forment dans les points où le sang arrive avec le plus de force, ou dans ceux où le tissu pulmonaire offre le moins de résistance; le sangappau-vri laisse facilement passer sa partie séreuse au travers des mailles du poumon, un épanchement se fait dans la plèvre, et il est largement favorisé par les secousses incessantes que provoque la suffocation. Tout cela se conçoit parfaitement ; mais quelle part revient à l'état puerpéral? Celle évidemment que cet état a eu dans Tappauvrissement du sang, celle qu'il peut avoir comme cause mécanique des troubles de la circulation, celle enfin qui peut être le résultat des modifications que cet état exerce sur rinnejvation générale, et c*est^ assez, je pense, pour qu'on ne doive pas regarder la pause de la mort, en pareil cas, comme étraa* gère à la grossesse.

OBs. V. — Mort à peu près sMte par congestion puknonaire* -^Vn fait qui ne mftnqae pâs de npports avec les deux précédents, a été obaerré, en 1854, à l'hôpital Saini«Aiitoliie, data le service de M. Aran. On en trouve la relation dans le Bulletin de thérapeutique. En voici Tabrégé :

« Le sajet est ane femme grosse pour la quatrième fois, et qoi avait éprouvé à chacune de ses grossesses des accidents de suffocation fort graves ; les Jours de la malade avaient été plusieurs fois en danger, et deux fausses-couches avaient eu lieu. De plus, cette femme avait eu successivement ime bronchite capillaire, une fluxion de poitrine, un rhumatisme articulaire et le choléra. Elle avait aussi été traiiée pour une maladie du cœur. Sa respiration était habitaeliemeat géaée ; sa consUtoiion était très détériorée. Lorsqu'elle entra à l*hôpital, elle était au sixième mois de sa grossesse ; elle se plaignait de dyspnée et de battemenls de cœur; les bruits de cet organe étaient voilés par des râles sibilants et sonores. lUen cependant n'indiquait Tin- ▼aslon des accidents graves qui eurent lieu le lendemain. Tout à coup Panxiété respiratoire devleat extrême. Eo une heure la malade remplit six crachoirs énormes d'écume bronchique sanglante; la toux est quinteuae, saccadée, Tasphyxie imminente. Les exurémités sont déjà froides et cyanosées, la respiration haute et précipitée, ie pouls misérable ; une écume sangUate coule par régurgitation et sans efforts ; la malade est regardée comme morte. Cependant une médication active est employée : sinapismes, applications fréquentes du marteau de Ifayor à la poitriaeetle long des attadies du diaphragme^ potion vomitive^ lavement purgatif, etc. Soos Finiluence de ces moyens, la malade reprend connaissance et le soir elle parait hors de danger* liais le lendemain nouvelle congestion, qui cède aux mêmes moyens. Les jours suivants il n'y eut plus de congestion, mais Pétat de la malade empirait notablement Elle ne sentait plus remuer et les battements do cœur de Tenfint avaient cessé depuis qua ire jour.<«. M . Aran se dédde i provoquer l'avortemenL La rupture de la poclie fut suivie d'un soulagcsient marqué; pett* dant deux jours on eut même un peu d'espoir, mais le troisième jour une nouvelle congestion pulmonaire emporta promptement cette femme. — Pas d'autopsie. »

Si, dans cette observation, la mort ne fut point subite, il le faut probablement attribuer à la médication énergique qui a été employée lors de la première ooiifeatioo. Ce lait serait plus complet ai Taulopsia eftt été

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faite; mais il peut, à la rigueur, s'en passer, puisque la nature de TaffectioD ne saurait être douteuse. La malade a bien évidemment succombé à une congestion sanguine du poumon , et il n'est pas sans intérêt de rapprocher cette observation de celles de M. Devilllers. La nature de Taffection est la même, la terminaison est la même encore, sauf la rapidité de la mort, et il a tenu à peu de chose que celle-ci ne fût également très prompte. Si elle n'a pas été immédiate, cela peut être parce que la malade étant depuis longtemps gênée de la respiration, il existait déjà chez elle un commencement d'asphyxie, circonstance favorable, on le sait, au maintien de la vie, qui persiste d'autant plus longtemps que l'asphyxie a été plus lente et que les poumons se sont en quelque sorte habitués à ne respirer qu'incomplètement. La malade était dans un état très grave lorsqu'elle entra à l'hôpital; sa constitution était très dété* riorée, tant par ses maladies antérieures que par Taffection du cœur dont elle présentait des symptômes très manifestes. Mais cependant rien * ne faisait supposer que le lendemain elle serait prise d'accidents aussi terribles. Ceux-ci n^nt donc eu, en quelque sorte, pas de prodromes, et ' là encore il y a une certaine similitude entre les trois observations. Enfin, et c'est spécialement sur ce point que je désire appeler Taltenlion, il est impossible de nier, dans ce dernier fait, l'influence puerpérale comme cause de la congestion pulmonaire, puisque cette malheureuse femme avait éprouvé le même accident à ses quatre grossesses, et qu'elle ne l'avait éprouvé que pendant ses grossesses. Les maladies antérieures dont elle conservait encore des traces, le délabrement de sa constitution, l'affection organique du cœur dont elle était atteinte, étaient certainement autant de causes prédisposantes à une cotigestion pulmonaire ; mais toujours est-il que ces causes réunies ne s'élevaient point chez elle au degré de cause efficiente : il fallait pour cela qu'il s'ajoulftt à ces causes une influence plus générale. La grossesse avait lieu, et presque aussitôt les congestions pulmonaires devenaient fréquentes ; elle cessait, et les congestions cessaient, pour se renouveler à une deuxième, à une troisième, à une quatrième grossesse. Il est évident qu'il y a eu là plus qu'une simple coïncidence : il y a eu relation de cause à effet. De sorte que, si l'influence exercée par Télat puerpéral sur les congestions pulmonaires, si rapidement mortelles des deux malades de H. Devilliers, ne paraissait pas assez manifeste par ce que j'ai dit pour faire ressortir

l'imporiance de cette cause, elle deviendrait, je Icspère, incontestable par le rapprochement de ces trois observations.

Je viens de faire voir que l'apoplexie pulmonaire ou la congestion (deux degrés d'une même affection) peuvent être cause de mort subite chez des femmes grosses et pendant le travail de Taccouchement. En serait-il de même après la délivrance? On peut le supposer^ mais je n'ai aucun fait à rapporter à l'appui de cette opinion. Toutefois il n'est pas rare de voir l'accouchement suivi d'un raptus sanguin assez intense vers les parties sus**diaphragmatiques. La déplétion du ventre qui fait cesser brusquement les compressions vasculaires, le refoulement du sang qui se rendait à la matrice dans les vaisseaux, la direction de son cours brusquement changée, voilà autant de causes sur lesquelles j'aurai à revenir plusieurs fois, et qui sont de nature à déterminer une congestion pulmonaire, ou tout au moins un état apoplectiforme qui peut être plus ou moins grave, A défaut d'observations recueillies sur la femme, qu'il me soit permis de faire connaître sommairement un fait que j'ai observé sur une chèvre, il y a deux ans.

Ob8. VL — Mort subite d'une chèvre par apoplexie pulmonaire après la parturition. -— Celle-ci Tenait de faire deax chevreaux; la parturltion avait paru un pen longue et un peu plus difficile que d^ coutume; cependant la béte ne semblait pas être bien malade. Le lendemain on la trouva morte dans son ëtable. Elle fut ouverte, et il y avait une grande quantité de sang épanché dans la poitrine. Était-ce une apoplexie pulmonaire, était-ce une rupture du cœur on d*un gros vaisseau ? L^animal était-il mort subitement ou non? Ce sont des questions qu'il ne m*a pas été de possible de résoudre, n*ayant pas alors prêté au fait une grande attention.

La congestion et l'apoplexie du poumon ne sont pas les seules affections de cet organe qui puissent se liera l'état puerpéral et devenir alors une cause de mort subite. Dans la seconde observation de M. Devilliers (obs. n» 4), l'apoplexie ne me paraît pas avoir été la cause principale de la mort, et j'ai déjà dit que celle-ci devait être surtout rapportée à Tépanchement pleurétique et à Tœdème qui occupait une portion assez considérable des deux poumons. Voici un autre fait dans lequel on ne saurait contester Tefficacité de cette cause; il est extrait d'un mémoire d'Ollivier d'Angers :

Obs. vil — Mort subite pendant la grossesse par une pleuro -pneumonie. — Une jeune ûlle de vingt-deux ans, enceinte de cinq mois, éprouvait depuis plusieurs jours un malaise qtt*elle ne pouvait définir. A huit heures do matin, elle se plaint de ftonffrir davantage, et

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.s^liabilie pour se rendre chez sa sœur ; à neuf tieares, on entre dans sa cbambreet on la trouve inoi'M*, éiciidiie sur le carreau, près de la poric. Avait-elle snccombé au moment où elle allait sortir pour demander du secours? L*autopsie nous fit reconnaître que la mort avait été causée par une pleuro-pneumonie double et récente. »

Cette histoire est trop abrégée pour qu'il soit possible d'en lirer toutes les déductions auxquelles elle pourrait prêter. La grossesse ne saurait assurément être regardée comme une prédisposition à la pleuropneumonie; mais si l'on fait attention que le sujet de cette observation était une jeune fille qui avait sans doute tout intérêt à cacher sa grossesse le plus longtemps possible, que, pour cela, elle devait naturellement porter des vêtements serrés et qui la gênaient de jour en jour davantage, que l'usage du corset gêne surtout le jeu des poumons quand ce vêtement est très serré ; si^ d'autre part, on admet, ce qui paraît probable, que cette jeune fille pouvait se trouver dans d'assez mauvaises conditions hygiéniques, mal nourrie, mal couverte, etc.; si, enfin, on tient compte des modifications que la grossesse imprime toujours à Ter* ganisme, on comprendra que sous ces diverses influences réunies, les poumons puissent devenir le siège d'une hypérémie moitié active, moitié mécanique, et, par suite, qu'une inflammation se puisse développer d'une manière presque latente, et souvent même avec assez de rapidité* Dans de telles conditions, il ne faut plus que le concours d'une cause légère, pour qu'une asphyxie très prompte ait lieu.

Des détails nécroscopiques plus circonstanciés auraient sans doute permis de proposer une explication moins hypothétique du mécanisme de cette mort, mais ce qu'il importe de constater ici, c'est qu'elle doit être rapportée à une pleuro-pneumonie; qu'une heure avant Vévénement, la jeune fille ne se plaignait que d'un simple malaise ; que tout porte à croire que la grossesse n'a pas été sans exercer une certaine influence sur le développement de la pleuro-pneumonie d'abord, et sur la rapidité de sa terminaison ensuite. Ce qu'il importe aussi de constater c'est que, sans l'autopsie, la cause de la mort de cette jeune fille serait restée complètement ignorée, et qu'on se fût perdu en conjectures pour l'expliquer. En admettant même qu'un médecin eût assisté à ses derniers instants, je ne crois pas qu'il eût été possible de reconnaître la nature de la maladie. Il eût bien Vu sans doute que la malade succombait à uno asphyxie rapide* mais il n'eût pu rien voir de plus.

Voici maintenant une observation de pleurésie simple avec épandiement dans laquelle la malade, accouchée depuis deux jours, succomba très rapidement et d'une manière à peu près inattendue.

Obs. VIIL — Mort à peu près subite après la délivrance par pleurésie simple. 06t. inédsie. — La fille Bally, âgée de finst-cinq ans, entre daot mon aerYlcede la Maternité; le 3 ottitiSôS. Celte fine a en nne première ooache hearense. Elle est soupçonnée pbthiaiqae, a en desfièfres tiercei pendant sa grossesse, et a les jambes an peu infiltrées. L'examen de la poitrine n'indique ancone affection organique ; elle toasse pea et ne crache pas. Pendant son séjoor à rhftpfnl, rœdème augmente à ?ae d'csll ; la malade est enflée josqtie sonii les bras ; les tégoments, cnn do Tentre sortoot, sont très distendos : on les soutient a'fec un bandage. Dans les derniers tenip^ on fait des mouchetures aux grandes lèTres qui menacent de se gangrener, et la malade en est très soulagée. Elle est, du reste, très affaiblie et respire difficilement La respiration continue d*étre normale, mais on Tentend peu : la distention cedémateose des téguments rend TaoscÉllatlon dUBdle et la percussion à peu près impo6sll>le. Cette femme conserre quelque temps sua appétit* mais U défient ensuite très difficile de la nourrir. Son régime est rendu aussi analeptique qu'elle le peut supporter. On la purge une fois avec l'huile de ricin. Elle ùAi usage d^une podon aromatique et tonique, aiguisée d*an peu de telntmre de sdlle ; les boissoiis SMt nitrées. Enfin le 3 sTril, elle accouche, sans nouTcaux aocidenti, d'un enûmt à terme, du ma» féminin et Wfant. Le trayail, qui a duré de huit k dix heures, a naturellement été très pénlU^ la déiif rance s'est bien faite. J'arrivai à ce momeat près de la malade ; elle était d^une couleur de cire ; elle eut une demi-syncope, et dit : a Je meurs. » Elle fat ranimée par les eidtânts» après quoi je prescrivis, suivant la méthode de Churchill, le sirop d'opium, par cuillerée é calé, Jusqu^à production du sommeil, de quart d'heure en quart d'heure. Le sommeil ne vhit qu'an Iwiit de trois heures, et la malade en dormit deux environ. A son réveil, elle était plus calme, ne souffrait plus et nous dit qu'elle avait repris ses forces. Je prescrivis : infusion de tllleol, potion tonique et opiacée, une pilule avec cinq centièmes de pondre de digitale, nn deatflavement, une ventouse sèche i la pointe de l'épaule, qui était devenue le siège d'une doideor vive ; un emplâtre de poix de Bourgogne dans le dos, çt im cataplasme laodanisé siu- le ventre. Le surlendemain la malade était ass^ bien, elle ne se plaignait plus que de sa douleur d'épaule; l'oppression était moins grande, les lochies coulaient bien. Mais dans la ntiit dn 5 an 6, il survint un nouvel accès de dyspnée. Je fis mettre aussitôt des sinapismes aux jamiies et à la poitrine, mais la malade mourut en moins d'une demi-heure. ^ Autopsie : œdème général, plèvres non adhérentes, cavités pleurales contenant une grande quantité d'eau. Les poumons étaient sains et refoulés dans les gouttières vertébrales. Us ne contenaient point de tuberculea, leur coloration était grise ardoisée. Ils ne crépitaient point à la pression et ne surnageaient point dans Teaa. Le tissu cellulaire de Tabdomen était très infiltré. L'utérus était sain et bien revenu sur lui-même. La cavité du péritoine contenait aussi une grande quantité de sérosité limpide.

Dans celte observation la mort ne fut ni subite, ni imprévue, puisque je croyais que la malade succomberait même avant sa délivrance. Mais ici, comme dans l'observation de M. Aran (obs. n. 5), c'est après un calme trompeur, d'assez longue durée, et alors qu'on pouvait même espérer de sauver les jours de cette femme, qu'un accès de suffocation vint les terminer brusquement. L'autopsie a révélé, d'une manière très

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posilive^ la cause de la mort, mais n'eùt-elle pas eu lieu, qu'on eût pas douté davantage qu'il s'était formé un épanchement pleurétique. Seulement les antécédents de la malade eussent pu faire croire à une affection organique qui n'existait pas» La sérosité contenue dans le ventre et dans la poitrine était très limpide; elle ne contenait aucuns flocons, ce qui ferait supposer qu'elle était d'origine assez récente ; les plèvres^ non plus que le péritoine, n'étaient ni rouges ni enflammés. Cependant la douleur vive accusée par la malade à la pointe de l'épaule gauche doit être regardée, je pense, comme un point pleurétique. Il me parait encore au moins probable que Taccès de suffocation qui a emporté la malade a été déterminé par un nouvel épanchement. Je me suis plu« sieurs fois demandé depuis, si la thoracentèse eût sauvé cette malade? Cette opération pouvait être indiquée, mais je crois qu'elle eût été inu« tile. La cause de l'épanchement persistant, celui^i se fût reproduit promptement, et il est, de plus, peu probable que le poumon, fortement comprimé, eût pu reprendre son élasticité et redevenir perméable. Quant à la cause de Tœdème de cette femme, elle est trop évidemment liée à Tétat puerpéral, pour qu'il y ait lieu de discuter sur ce point*

Les personnes qui ont un asthme vivent, en général, longtemps avec cette maladie, quelle que soit d'ailleurs la cause à laquelle elle se lie, mais il se peut aussi que cette affection se termine promptement sous l'influence de i état puerpéral. On en trouve un exemple dans Tobser* yation Gl'^, de De la Motte.

Obs. IX. — Mort subite à la suite d'un (zccès d'asthme après l'accowhenient, — « La marquise de X..., âgée de trente-huit ans, sujette de temps en temps à quelques accès d^astbme» et devenue grosse la quatrième année de son mariage, fut plus tourmentée de sa maladie peu* •dant sa grossesse et surtout durant le dernier mois. Elle eut alors un accès si violent qu*il Pauralt sans doute suffoquée si Ton n'eût fait deux saignées en dix lieures. Cependant la santé de cette dame parut se rétablir, et son accoucliement n*offirit rien de particulier qu*une certaine difficulté dans Textraction de Tarrière^faix que de la Molle fut cbercber dans la matrice et amena bien entier. Le lendemain il trouva sa malade très inquiète et ayant passé une mauvaise nuit. Elle avait de la fièvre, une douleur à la face extérieure de Tos des iles et à Taine du côté droit, avec de la difficulté d^uriner. Tout cela céda à des applications émoHlentes. Les vidanges allaient bien, il n*y avait ni tranchées ni dureté du ventre. Un la^emeiit liiatif pio* daisitbon effet, et la malade était fort bien. Cependant le sixième jour de sa couche cette dame ressenUt quelques vapeurs ; ce qui lui arrivait souvent d'ordinaire lorsque ses menstrues coulaient La fièvre était très médiocre. Pourtant sur les dix heures du soir, alors qu^on était sans aucune crainte sur son état, la respiration devint fréquente et difficile, la poitrine s'embari et cette malade mourut en deux heures, sans avoir rien soufiertdavaiitoti. »

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Voilà encore un exemple de mort a peu près subile duc à un accès de suffocation. L'aulopsie ne lut pas faite et cela ôte à l'observation une grande partie de sa valeur : néanmoins, en tenant compte des antécé-dents, il me semble difficile de ne pas voir ici le résultat d'un accès d'asthme qui probablement se fut terminé moins malheureusement, si Téta t puerpéral n'eût pas diminué la résistance vitale de cette femme^ en même temps qu'il exagérait sa susceptibilité nerveuse. Dans ce cas, en effet, la mort ne paraît pas avoir été le résultat d'une congestion pulmonaire sanguine ou séreuse, comme dans les faits qui précédent, mais celui d'un spasme, soit de la glotte, soit des bronches, qui, en s'opposant à la pénétration de l'air et du sang dans le poumon, aura promplement arrêté la respiration. La cause première d'un semblable accident peut être dans un arrêt ou dans une gêne de la circulation cardiaque, mais je crois qu'il faut la chercher plus souvent dans uneaffection purement nerveuse du poumon ; les intermittences de Tasthme se conçoivent beaucoup mieux de cette manière. Chez une femme sujette à cette n^aladie, il ne faut qu'une modification légère de la circulation générale ou de la sensibilité, pour donner lieu à un accès dont l'issue sera d'autant plus redoutable que celui-ci sera plus violent, ou que l'état actuel de la malade la rendra plus impressionnable elle-même. Or, on sait parfaitement que la grossesse, le travail de l'accouchement et les suites de couches sont autant de circonstances qui mettent la femme dans les conditions qui viennent d'être mentionnées.

M. Cazeaux dit (1) : « Les violents efforts auxquels se livre la femme pendantla seconde partie du travail, peuvent encore produire la rupture d'un des points des organes de la respiration ; c'est ainsi qu'il faut expliquer les cas d'emphysème du visage, du co u et de la partie supérieure de la poitrine qui ont été notés par plusieurs auteurs (Martin de Lyon). — Dans un cas plus grave, signalé par M. DepauK la mort a paru être la conséquence d'un double emphysème pulmonaire survenu subitement pendant les efforts d'expulsion que nécessita un travail long et des plus pénibles. »

On ne saurait douter que l'emphysème pulmonaire ne soit une cause de mort subite depuis les expériences de Leroy (d'Ëtiolles) sur des lapins, et depuis les observations qui ont été publiées par MM. Piéda-

(1) TraiU é^aecfm^mmU, p. Adl.

DANS l'État puerpéral. 49

gnci et Pillore. L'accès brusque d'une grande quantité d'air dans le poumon distend d'abord ses vésicules qui se déchirent pour en former de plus grandes. Les vaisseaux qui rampent sur leurs parois se trouvent par là mémo divisés, l'air pénètre dans le système artériel et la mort parait être plutôt le résultat de son action délélère sur le cerveau, que celui de la déchirure même des cellules pulmonaires. Quoi qu'il en soit de cette explication, proposée par M. PiédagneU qu'il faille Tad* mettre ou la rejeter, cela ne change rien à cette assertion démontrée par les faits, que l'emphysème pulmonaire peut être une cause de mort subite. La question se trouve ainsi ramenée h celle-ci : « L'emphysème pulmonaire peut-il être le résultat du travail de Taccouchement ? » La citation empruntée à M. Gazeaux répond d'une manière afQrmativeet dès lors on ne saurait hésiter à admettre que la mort eût pu être subite dans les faits auxquels il fait allusion.

La mort subite peut encore être le résultat d'une compression mécanique et brusque des organes de la respiration, sans qu'il existe, du reste, aucune affection de ces organes. Ainsi il n'est pas très rare de voir des personnes être étouffées dans une foule considérable. La mort s'explique alors par la compression des parois de la poitrine, qui peut déterminer à la fois une asphyxie et une congestion cérébrale rapide* ment mortelle. Les femmes grosses paraissent devoir être plus exposées que les autres à ce genre de mort. Parmi les personnes qui furent étouffées au Champ de Mars, le 1& juillet 1837, on a signalé plusieurs femmes grosses (4). M. Levrat atné (de Lyon) a communiqué à l'Académie trois observations d'asphyxies rapides survenues dans les derniers mois de la grossesse sous la seule influence du refoulement du diaphragme. Dans ces trois cas, M. Levrat a prévenu la mort et rétabli de suite ses malades en rompant la poche des eaux. Je n'insiste pas davantage sur le mécanisme de cette cause de mort; il paraît assez simple pour qu'il me suffise de l'indiquer.

Enfin la mort subite paraît aussi pouvoir être le résultat d'uiïe affection dynamique du poumon, et la femme qui est sous l'influence puerpérale y semble plus prédisposée qu'aucune autre. Mais je reviendrai longuement sur cette cause de mort.

(1) Voy. Bulletin de VAcadimie de m^deotite, 1837, 1. 1, p. 881 et siiiv.

5o DE LA MORT SUBITS

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