TOUTE
seulement une augmentation, une accumulation de granulations pigmentaires péri-nucléaires ; mais ces granulations sont de couleur brun jaune et n'ont pas été colorées en noir par l’acide osmique.
Les coupes fixées par l'alcool ou le sublimé, et colorées ensuite par l’éosine et l’hématéine ou par la thionine, permettent de bien juger les altérations des fibres musculaires ; dans ces préparations,les vésic ules graisseuses ne sont plus alors représentées que par la paroi de la cellule adipeuse. Les fibres musculaires, complètement dissociées par la graisse, présentent un changement complet dans leur orientation el leur direction : elles sont devenues sinueuses, tortueuses, coudées par places. La striation longitudinale est beaucoup plus évidente que normalement;tandis qu’au contraire la striation transversale se voit moins bien ; les noyaux des fibres musculaires, vivement colorés, sont allongés et souvent déformés. Sur les fibres coupées transversalement les champs de Cohnheim apparaissent d'une facon plus nette qu’à l'ordinaire. Enfin, entre les vésicules graisseuses et les fibres myocardiques, autour des capillaires sanguins, on trouve en beaucoup de points des préparations, de petits amas ou des traîinées de leucocytes situés dans les espaces conjonctifs péri-musculaires.
Le péricarde épaissi est formé de tissu conjonctif à fibres onduleuses, comprenant peu de noyaux ; au-dessous on trouve des rangées de globules blancs, de même que plus profondément au-dessus de la paroi musculaire, et qui répondent aux leucocytes accumulés dans les vaisseaux lymphatiques sous-péricardiques . È
Les artères ne sont nullement altérées, pas d’endartérite, tout au plus en certains points trouve-t-on une légère augmentation du tissu conjonctif périvasculaire.
Ventricule gauche. — Les coupes à l'acide osmique montrent, que l'infiltration interstitielle par la graisse est beaucoup moins accentuée sur ce ventricule : on trouve surtout des amas de cellules colorées en noir autour des vaisseaux, au niveau des grands espaces conjonctifs ; cependant,il existe aussi quelques vésicules de graisse par place, même dans les espaces conjonctifs intra-fasciculaires. Il n’y à pas de dégénérescence graisseuse des fibres cardiaques.
Sur les coupes colorées, on trouve de la surcharge pigmentaire des
Re
fibres myocardiques ; les granulations pigmentaires forment des amas beaucoup plus volumineux que normalement autour des noyaux, et pénètrent même parfois assez loin à l’intérieur de la fibre elle- -même. On note aussi la dissociation des éléments musculaires suivant les traits SCalariformes d’Eberth (dissociation segmentaire de Renaut et Landouzy).
Morceau prélevé au niveau du sillon interventriculaire antérieur. — Dans la partie qui répond à la paroi du ventricule gauche, les lésions sont identiques à celles des autres points de la paroi de ce ventricule ; dans celle qui répond au ventricule droit, on trouve une dissociation extrême des fibres musculaires par la graisse. En certains points la dissociation est telle, que les fibres cardiaques forment comme un réseau, dans les mailles duquel on voit les vésicules adipeuses : les fibres musculaires présentent une augmentation de leur structure longitudinale avec un noyau volumineux, gonflé, déformé, comme vésiculeux, et, tout autour des fibres, entre elles et la graisse il y a une accumulation de globules blancs ; il existe en certains endroits un véritable œdème (Planche II, fig. B).
La coronaire antérieure est normale.
Foie. — On note un peu de congestion péri-sus-hépatique et une légère accumulation d'éléments embryonnaires au niveau des espacesportes. Les cellules hépatiques sont très chargées de pigments, et un grand nombre d’entre elles présentent des gouttelettes de graisse à leur intérieur.
Reins. — Présentent une congestion énorme avec légère péri-artérite, mais les cellules épithéliales paraissent peu altérées.
Poumons. — Il existe une dilatation assez accentuée des capillaires alvéolaires, avec quelques cellules à pigment à l'intérieur des alvéoles
pulmonaires.
OBserVATION VI (personnelle). — Cancer de l'estomac. — Mort subite. — Cœur gras sans athérome des coronaires. — P... Renée, 73 ans, mar-
chande de fleurs, entre le 6 novembre 1897, à l’hôpital Laënnec, salle Claude Bernard, lit n° 5, dans le service de M. le D’ Merklen.
Antécédents héréditaires. — Père mort d'accident à 70 ans ; mère morte à 77 ans; la malade a perdu deux sœurs : l’une a succombé à un épithélioma de l'utérus, l’autre est morte paralysée à 63 ans.
‘ Antécédents personnels. — Gette femme a eu des fièvres intermitténtes et la rougeole dans son enfance. A l'âge de 25 ans, elle a présenté des symptômes d'ulcère rond de l'estomac: pyrosis, douleurs en broche, vomissements alimentaires, mais jamais d'hématémèses. Bien quêé cette femme n’accuse pas d'éthylisme, elle semble cependant avoir fait quelques excès alcooliques.En 1872, elle fut opérée par le D° Labbé d'un adénome du sein gauche. En dehors de cela, la malade dit avoir toujours été bien portante et avoir mené une vie très active.
Il y a deux mois environ, àla suite du violent chagrin causé par la mort de son mari, cette femme commence à perdre l'appétit, puis sont survenus des vomissements, d’abord alimentaires, puis glaireux, aigres, s'accompagnant de douleurs très vives et de sensation de brûlure à l'épigastre. Ces vomissements survenaient environ une demiheure après l’ingestion des aliments ; ils étaient annoncés par une violente douleur au niveau de l'estomac, douleur qui se dissipait après le rejet des aliments. Cette femme a commencé à perdre ses forces, il ÿ a environ deux mois et a été obligée de suspendre son travail ; elle aurait maigri de 25 livres depuis cette époque.
A l'examen, la malade fortement constituée, bien qu’elle dise avoir beaucoup maigri, est encore très obèse. La peau est pâle, sans colordtion spéciale. L'estomac est dilaté avec sensation de clapotement très nette. La palpation de la région épigastrique est douloureuse, maïs ne permet de percevoir ni induration, ni tumeur à ce niveau. IL n’existe: nulle part d'adénopathie.
‘Les autres viscères paraissent sains.
Le diagnostic porté est : gastrite éthylique avec gastralgie ; pyrosis;: tomissements acides venant une demi-heure après le repas ; accidents
survenus, il y à deux mois, à la suite d’un grand chagrin.
La malade, soumise au régime lacté, est très rapidement améliorée et sort de l'hôpital dans les derniers jours de novembre. Elle rentre de nouveau dans le service, le 3 février 1898, et raconté que, depuis son retour chez elle, elle éprouve un violent dégoût pour ja viande ét le pain, et ne peut s’alimenter qu'avec du lait et du bouillon. Les douleurs de la région épigastrique ont augmenté d'intensité ; elles sont devenues plus vives, plus aiguës. Depuis un mois, elle à re-
mere
marqué que ses vomissements sont souvent noirs, couleur marc de café, et extrêmement abondants. La constipation persiste toujours, les selles sont également fréquemment noires. Cette femme a maigri depuis sa sortie de l’hôpital, elle présente cependant encore un notable embonpoint ; son facies a pris Ja teinte jaune paille caractéristique, et il existe un léger subictère des conjonctives.
La palpation de la région épigastrique est douloureuse et permet de percevoir, non pas une véritable tumeur, mais une sorte d'empâtement profond et une résistance plus grande à droite de la ligne médiane. On se rend parfaitement compte, qu'il y a une infiltration de la paroi stomacale à ce niveau.
Pas d'adénopathie sus-claviculaire. Il existe un léger œdème susmalléolaire. Rien du côté des poumons ; le cœur paraît normal, pas d'irrégularité du pouls. Les urines {500 grammes par 24 heures) présentent une densité de 1020 avec 9 gr. 50 d’urée par 24 heures et un très léger nuage d’albumine.
Aujourd’hui on ne peut hésiter à porter le diagnostic de carcinome stomacal.
Les jours suivants les hématémèses se renouvellent assez fréquemment; cependant l'état général n’est pas encore très altéré. Vers le milieu de février, un matin, au commencement de la visite, la malade veut s’asseoir, étend le bras pour prendre la corde qui est au pied de son lit, essaie de se relever, puis retombe subitement inanimée sans pousser un cri.
AuToPsi£, pratiquée le lendemain matin.— A l'ouverture du corps, la paroi abdominale présente une quantité considérable de graisse souscutanée ; tous les viscères abdominaux sont également surchargés de tissu adipeux.
L’estomac est dilaté; sa cavité est remplie de matières noirâtres : mais on ne trouve, ni dans l'estomac, ni dans l'intestin, de grand épanchement sanguin pouvant expliquer la mort: Immédiatement avant l'orifice pylorique, on voit, sur la paroi stomacale, un large cancer en nappe, de forme circulaire, atteignant la dimension de la paume de la main,
Le foie, volumineux, du poids de 4850 grammes, contient, tant à la
FN EE surface qu'à l'intérieur, un grand nombre de noyaux carcinomateux blancs, jaunâtres, durs et de dimensions variables.
Les reins paraissent normaux; la rate est grosse, dure, pèse 205 grammes. Rien d’anormal du côté des poumons, ni du cerveau.
Le sac péricardique présente à sa surface une grande quantité de tissu graisseux formant, en certains points, comme des franges.
Le cœur, pesant 300 grammes, est extrêmement surchargé de graisse. -La face antérieure du ventricule droit est complètement recouverte, cachée par cette graisse ; à la base de ce ventricule, au niveau du sillon inter-auriculo-ventriculaire, elle forme un bourrelet considérable, de même que sur le bord droit de ce ventricule: Sur là face antérieure du ventricule gauche, la surcharge graissèuse sous-péricardique est aussi très abondante, on aperçoit encore cependant la substance musculaire un peu au-dessus de la pointe, et près du bord gauche; mais même en ces points, on voit sous la séreuse, un grand nombre de trainées jaunes de graisse parallèles aux fibres musculaires. Dans le sillon inter-ventriculaire antérieur, le tissu adipeux a acquis un développe+ ment considérable, et la pointe du cœur est complètement cachée et recouverte pas un véritable coussinet de graisse.
Sur la face postérieure du cœur, on n’apercçoit plus le musclecardiaque que sur une toute petite surface, située à la partie médiane des deux ventricules ; la région dépourvue de graisse est un peu plus étendue sur le ventricule gauche que sur le droit. En dehors de ces deux points, tout le reste de la face postérieure du cœur est.entièrement re couvert de graisse ; et à la base du ventricule gauche, au niveau du sillon inter-auriculo-ventriculaire elle a acquis un développement énorme.
Au niveau des oreillettes, la surcharge graisseuse sous-épicardique est surtout accentuée sur la face postérieure de l'oreillette gauche ; elle est moins prononcée sur l'oreillette droite, où le tissu adipeux ne forme plus alors une couche continue, mais se présente sous forme de bandes, de traînées jaunes. Dans le sillon inter-auriculaire postérieur, elle atteint jusqu'à 7 millimètres d'épaisseur. La face antérieure des oreillettes en présente au contraire beaucoup moins.