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M. le professeur Brouardel (1) fait observer,à la suite des deux exemples qu'il rapporte, que cet accident survient surtout chez des enfants atteints d’infantilisme, dont le développement se fait mal et qui sont souvent de véritables sacs de graisse ; en un mot chez des dégénérés.
Dans l'adipose cardiaque des gens anémiés ou cachectiques,c’est au contraire le plus souvent par anémie cérébrale, que doit se produire la syncope. Et nous croyons que chez nos deux malades (obs. V et VD) il en a été ainsi. En effet, chez toutes deux, c'est à l’occasion d'un mouvement, l’une en essayant de s’asseoir sur son lit, l’autre en voulant se lever, qu’elles ont été frappées brusquement. Ces deux femmes étaient affaiblies et retenues au lit depuis déjà un certain temps ; l’une avait considérablement maigri par suite de son cancer stomacal, l’autre venait de traverser une période fébrile, le passage du décubitus dorsal à la stalion assise ou debout, a occasionné chez elles de l'anémie cérébrale, qui a déterminé une syncope mortelle à cause de leur altération cardiaque. La mort subite est survenue ici par le même procédé qu’à la suite d’'hémorrhagies abondantes et répétées, ou dans la convalescence de certaines maladies (fièvre typhoïde, diphtérie). 4
. Nous venons de voir que pour nous, dans l’adipose cardiaque simple, la mort avait lieu par syncope indirecte ; mais nous avons déjà indiqué, que si la lésion cardiaque n’était pas la cause immédiate de cette fin soudaine, ce n’en était pas on. elle qui déterminait la gravité de la syncope. Aussi toutes les causes, qui viendront s'ajouter pour affaiblir encore davantage ce cœur Surchargé de graisse, favoriseront, d’autant plus par là même, la possibilité de cet accident,
(1) BRouARDEL, Loc. cif,
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… Et d’abord, suivant que l'adipose cardiaque sera plus ou moins prononcée, la mort subite sera plus ou moins à redouter. Il est évident, en effet, que lorsque la graisse s’accumule surtout à la surface du cœur, sous la séreuse péricardique, mais pénètre peu à l'intérieur des parois ventriculaires, le cœur peut bien être gêné dans son fonctionnement, par suite de cette adipose superficielle, mais les fibres cardiaques ne sont pas atrophiées et dégénérées ; et par conséquent, la puissance cardiaque est peu diminuée. Au contraire, lorsque l'infiltration intermusculaire est très accentuée, lorsque l’atrophie est poussée à un degré extrême, et qu’un grand nombre des éléments contractiles du cœur ont été remplacés par de la graisse, les contractions cardiaques ont forcément beaucoup diminué d'énergie. Et alors, s’il se produit une syncope chez des gens porteurs d'un cœur ainsi adultéré, elle sera’de la plus haute gravité et très probablement mortelle.
Dans notre observation VI, chez cette femme atteinte d'un cancer de l'estomac, la lésion stomacale a peut-être aussi Contribué à accroître l’affaiblissement du cœur, en augmentant la dilatation ventriculaire droite. Depuis les travaux de M. le professeur Potain, on sait combien en effet, les altérations de l’estomac retentissent fréquemment sur le cœur, el principalement sur le cœur droit, dont ils amènent la dilatation.
En même temps que la graisse surcharge le cœur, elle peut envahir aussi les nerfs pneumogastriques. Kennedy (1) rapporte l'observation d’une femme, atteinte d’adipose cardiaque avec ralentissement du pouls (56 pulsations à la minute), à l’autopsie de laquelle il trouva un cœur surchargé de graisse et le
(1) Kenny, Dublin Journ.m.sc., 1880, t. 69, p. 293.
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pneumogastrique droit, également envahi par le tissu adipeux. Dans ce cas, il est vrai, la mort n’est pas survenue subitement, el l’altération du nerf pneumogastrique s'était traduite, pendant la vie par le ralentissement du pouls. Dans les deux cas que nous avons observés (obs. V el VI),nous n'avons pas recherché spécialement celte altération. Il nous semble cependant, que lorsque celte lésion des nerfs pneumogasiriques se surajoute à l'obésité cardiaque, c’est là une complication très sérieuse,et qui pourrait contribuer pour sa part à déterminer l’arrêt définitif du cœur.
Enfin chez les gens atteints d'obésité du cœur, il existe deux circonstances qui les prédisposent singulièrement à ce dénouement subit, c’est lorsque ces individus sont condamnés à une immobilité prolongée, ou lorsqu'il se produit chez eux un amaigrissement rapide.
L'immobilité, et surtout le séjour prolongé au lit,augmentent l'altération cardiaque et diminuent sa puissance contractile. En cffet, par suite de l’inaclion, du défaut d'exercice, surtout chez ces personnes, qui ont déjà une prédisposilion loute spéciale à la polysarcie, l'obésité tend à prendre un plus grand développement, el la graisse s’accumule en plus grande quantité à la surface el à l’intérieur des parois du cœur ; la surcharge graisseuse de cel organe devient donc encore plus prononcée.
Lorsqu'il survient un amaigrissement considérable et surtout rapide, le cœur, comme les autres organes, participe pour sa part à l’émaciation générale. Nous avons vu,que l’une de nos malades (obs. VI) avait beaucoup maigri depuis 2 mois ; l’autre malade (obs. V) venait de traverser une période fébrile, occasionnée par un rhumatisme arliculaire subaigu ; or la fièvre active les combustions el brûle la graisse. Du reste cette résorp-
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tion de la graisse intra-cardiaque pendant la fièvre est bien réelle, puisque certains auteurs la regarderaient même comme salutaire dans l’adipose cardiaque. Clemow (1) rapporte l’observalion d'un homme de 50 ans, atteint d’accès de dyspnée Lerribles, occasionnés par de la surcharge graisseuse du cœur, et chez lequel tous ces accidents disparurent à l'occasion d’une période fébrile. Et il ajoute : « heureusement pour mon malade il eut la chance de traverser une semaine d'état fébrile, pendant laquelle l'excès de tissu adipeux fut consommé ; j'ai cru bien faire, n’y voyant aucun danger, de ne pas chercher à combattre celte fièvre par les antipyrétiques. » Nous croyons, au contraire, que l’hyperthermie ou toute autre cause, amenant une résorption rapide de la graisse intra-cardiaque, diminue encore la résistance de cet organe. Les fibres myocardiques n’ont pas le temps de récupérer leur volume el leur énergie primitive, privées de ce tissu de soutien, leurs contractions ne peuvent en être encore que plus faibles.
En résumé nous dirons : que la mort subite, dans l’adipose cardiaque simple, soit qu'elle survienne chez des individus jeunes, vigoureux et en état de santé parfaite apparente, soit qu’elle se produise au contraire chez des personnes débilitées, anémiées ou cachectisées, ne semble pas devoir être immédiatement attribuable au cœur. La mort a lieu dans ces cas par syncope. Cette syncope déterminée, soit par inhibition, soit par anémie cérébrale, et qui aurait été probablement sans grande gravité chez des personnes dont le cœur serait normal, est devenue au contraire ici mortelle, parce que ces individus avaient leur cœur surchargé de graisse et par conséquent affaibli.
- (1) Czeow, The med. Press and Ctr, London, 1891, p. 426.