IV. — Tumkurs
Les tumeurs malignes des surrénales doivent être signalées
parmi les causes capables d'amener une terminaison brusque de la vie. Elles sont soit secondaires à un cancer de voisinage (rein, pancréas, estomac), soit primitives.
Ce sont des carcinomes, naissant dans la substance corticale, soit des sarcomes, tumeurs remplies de sang, s’observant surtout chez les jeunes sujets.
Dans certains cas ces tumeurs sont arrondies, bosselées, irrégulières, constituant des tumeurs abdominales, et peuvent parfois s'accompagner d’ascite et de circulation collatérale abdominale, d'œdème des membres inférieurs et de la région sous-ombilicale.
Il existe des symptômes de compression: douleurs soushépatiques ou lombaires, unilatérales ou en ceinture, continues avec paroxysmes, troubles digestifs, vomissements, crises de diarrhée ou constipation tenace et surtout même, gêne respiratoire.
La terminaison se fait soit par amaigrissement, cachexie, soit par mort subite, spontanément, soit sous l’influence des mêmes causes occasionnelles que nous avons décrites lors de la tuberculose des capsules surrénales, le mécanisme de cette mort subite étant d’ailleurs identique.
CONSIDÉRATIONS MÉDICO-LÉGAALES
Nous ne pouvons mieux faire que de résumer l'étude magistrale qui a été publiée par Lucien et J. Parisot, dans leur livre: « Glandes surrénales et organes chromaffines ».
On peut classer les faits qui intéressent le médecin légiste et aussi le médecin praticien, appelé dans certains cas à faire des expertises judiciaires, en trois classes :
1° Détermination des causes de la mort subite. — Si, anté-
rieurement à l'issue fatale, des signes classiques d'insuffisance
-surrénale se sont manifestés, tels que mélanodermie, asthénie, etc., on pourra, on devra penser tout naturellement aux lésions destructives des capsules surrénales comme causes de la mort. |
Mais, lorsqu'il n’y aura eu aucun phénomène prémonitoire, que la mort sera survenue brusquement chez un sujet en pleine santé, le diagnostic sera beaucoup plus difficile, par exemple dans le cas d’une hémorragie capsulaire chez un jeune enfant, chose encore relativement fréquente, l'hypothèse d’un infanticide aura pu être envisagée, et seule l’autopsie permettra de lever les soupçons qui avaient pu se porter sur telle ou telle personne.
Rappelons aussi que Balthazard et Mégevand ont récemment attiré l'attention sur la fréquence de la congestion des surrénales dans les autopsies de nouveau-nés, qu’il faut bien savoior distinguer de l’hémorragie.
De même le diagnostic est aussi délicat lorsque la mort est survenue avec les signes classiques d’un ‘empoisonnement accidentel, criminel ou volontaire.
Fréquemment une enquête judiciaire a été ouverte et a déjà pu amener l'arrestation d’une ou de plusieurs personnes.
Ces quelques faits montrent l’absolue nécessité d'examiner avec le plus grand soin les surrénales au cours des autopsies -médico-légales.
2° Responsabilité médicale et lésions surrénales. — Nous avons indiqué la possibilité de la mort subite à l’occasion d’un traumatisme opératoire, après anesthésie, après une injection de sérum antityphoïdique, après un accouchement, etc. qui ont brusquement déclanché des accidents d'insuffisance surré-
AL
nale aiguë chez des sujets porteurs de lésions latentes des
surrénales.
Dans ces cas, se pose devant le médecin-expert la respon-
sabilité du chirurgien, du médecin ou de l’accoucheur.
Lorsque la lésion capsulaire latente ne s’est traduite antérieurement par aucune manifestation clinique, il est bien évident que la responsabilité médicale ne saurait être en cause. Mais il n’en serait plus de même, s’il existait auparavant des signes d'insuffisance surrénale qui auraient permis de faire le diagnostic. |
D'où nécessité absolue, pour le médecin ou chirurgien traitant, de rechercher, avant une intervention quelconque, les signes d'insuffisance surrénale.
3° Accidents du travail et lésions surrénales. — Nous avons vu qu'une cause légère telle que fatigue, surmenage, traumatisme même léger, pouvait amener la mort subite chez des sujets porteurs de lésions latentes des surrénales. Le problème s’est donc posé devant le médecin-expert à propos de cas d'accidents du travail suivis à plus ou moins brève échéance de terminaison fatale, et à l’autopsie desquels on ne trouve d’autres lésions que des lésions destructives de surrénales.
a) Le plus souvent, les sujets chez lesquels le traumatisme a déclanché des accidents d'insuffisance aiguë, étaient porteurs d’une lésion chronique ancienne, la tuberculose caséeuse surtout. Or, nous savons qu’au cours de ces lésions, une cause insignifante telle qu’un léger traumatisme peut entrainer une issue fatale.
Le traumatisme n’a donc certainement dans cé cas qu’un rôle accessoire et ne fait que hâter la mort, qui serait ‘survenue sans lui, plus où moins rapidement (Sharp).
b) Par contre dans quelques cas, notamment d’hémorragies capsulaires, le traumatisme, qui doit être alors assez violent, est manifestement la cause de la mort (Mattei).
c) Enfin d’autres fois, assez longtemps après un, traumatisme, survient une insuffisance surrénale avec ou sans symptômes addisoniens. Il est parfois alors assez difficile de faire la part exacte du traumatisme dans la genèse de ces accidents éloignés.
En effet, à l’autopsie, des suppurations, des hémorragies anciennes peuvent être rapportées directement à un accident antérieur. Les altérations tuberculeuses peuvent aussi avoir été aggravées et influencées par le traumatisme, sans lequel elles seraient peut-être restées silencieuses.
On voit combien est délicate à résoudre pour l’expert cette question du rapport des accidents du travail et des lésions des surrénales, et combien s'impose la nécessité d’une autopsie minutieuse avec examen histologique des surrénales.
Disons enfin deux mots d’une méthode destinée à établir le diagnostic entre la mort lente et la mort rapide. C’est la docimasie surrénale, étudiée par Cevidalli et Léoncini.
Ces auteurs ont établi que l’adrénaline présente dans les capsules une notable résistance aux processus port-mortels à la putréfaction, et que Îles réactions colorantes propres à cette substance peuvent se prêter à sa recherche dans les tissus, même plusieurs jours après la mort.
C’est seulement après la 72° heure après le décès que se produisent des modifications dans la qualité d’adrénaline que contiennent les capsules.
En traitant l'extrait capsulaire ou la solution renfermant de l’adrénaline par la chaleur (suppression des albumines), puis en l’alcalinisant par de l’ammoniaquue, on obtient par
adjonction de quelques gouttes d’une solution saturée à froid de ferricyanure de potassium, une coloration rouge persistante, d'autant plus prononcée que la teneur en adrénaline du - liquide est plus considérable. Il s’agit encore probablement dans cette réaction, d’une oxydation de l’adrénaline avec transformation du ferri-cyanure en ferro-cyanure. Cevidalli et Léoncini ont pu ainsi prouver que la mort lente s’accompagnait d’une diminution notable de la teneur en adrénaline des surrénales; par contre, en cas de mort rapide, l’adrénaline est très abondante dans tous les extraits capsulaires. :
Mais il faut reconnaitre que cete méthode aurait encore
besoin d’être précisée.
OBSERVATIONS