‹ De la mort subite dans ses rapports avec les glandes à sécrétion interne: Étude médico-légaleChapitre 28 sur 41 · PHYSIOLOGIE RÉSUMÉE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE RÉSUMÉE

La glande thyroïde sécréte différents produits, dont le plus important est une substance iodée que Baumann a désignée sous le nom d’iodothyrine. Mais celle-ci ne représente qu’une partie de la sécrétion thyroïdienne ; d’après Oswald, la substance colloide comprend au moins deux substances :

1° Une globuline ou thyréoglobuline contenant tout l’iode de la glande en combinaison organique et d’où dérive l’iodo-. thyrine ;

2° Une nucléo-protéide, dépourvue d’iode mais renfermant d’autres substances minérales, en particulier du phosphore et de l’arsenic.

En 1882, J. et A. Reverdin, de Genève, virent que l’ablation de la thyroïde entrainait chez les opérés, de la bouffissure de la peau, de la päleur et de l’anémie, ‘une chute des poils, des perturbations des fonctions génitales, de la lassi-

RE en

tude et de la torpeur physique et intellectuelle, aboutissant à une déchéance progressive des fonctions psychiques. Ce syndrome est désigné sous le nom de cachexie strumiprine, ou thyréoprine, ou encore de myxœdème (opératoire).

Si, en soulevant la thyroïde, on n’a pas pris soin de respecter les parathyroïdes, des accidents de tétanie apparaissent, cuasés par l’ablation des parathyroïdes.

Si l’ablation du corps thyroïde a lieu pendant une période de croissance, il survient en plus un arrêt de développement physique et psychique. |

Chez les animaux, les phénomènes sont légèrement différents, mais se rapprochent de ceux observés chez l’homme.

Chez le cheval, l’âne, le mouton, le porc, à la suite de la thyroïdectomie, apparaissent des troubles trophiques cutanés, un arrêt de développement, des modifications sexuelles et psychiques ; chez les jeunes animaux, la croissance est arrêtée et la mort survient en quelques mois.

Il existe donc une substance sécrétée par le corps thyroïde normal, dont l'absence, consécutive à la thyroïdectomie, entraine les phénomènes décrits précédemment.

Chez les animaux thyroïdectomisés, la greffe thyroïdienne, ou mieux l’opothérapie thyroïdienne empêche les accidents de se produire. :

De même chez l’homme atteint de myxœdème; les symptômes rétrocèdent devant lopothérapie thyroiïdienne.

L’extrait thyroïdien a une action très nette sur la pression sanguine, le rythme cardiaque, la nutrition.

Schaefer, en 1895, a montré que l'injection intra-veineuse d'extrait de thyroïde détermine une chute caractéristique de la pression sanguine.

Au point de vue des échanges, l'extrait thyroïdien accélère

le métabolisme des matières protéiques ; il contribue à la destrüction des graisse en augmentant les oxydations.

Du reste, consécutivement à l'ingestion de corps thyroïde, les expériences ont montré qu'il s’ensuivait une perte de poids nette, même lorsque l'alimentation est abondante, ainsi qu’une augmentation de la diurèse et de l'élimination de l’urée et de l'azote total.

La glande thyroïde semble aussi favoriser l'élimination de la chaux et du phosphore. , Elle a une action stimulante sur le système nerveux, sa suppression produit une inhibition paralytique des fonctions psychiques et psycho-motrices. C’est ainsi que l’excitabilité galvanique diminue chez le chien myxæœdémateux.

Ballet et Enriquez, en faisant absorber chez l’animal de fortes doses de corps thyroïde, ont observé un syndrome d’hyperthyroïdie caractérisé par la tachycardie, la fièvre, des troubles nerveux (agitation et tremblements) suivis d’amaigrissement et de diarrhée.

L’hyperthyroïidie expérimentale produit donc une hyperexcitabilité du sympathique (Eppinger, Falta et Rudinger). Pour ces auteurs, cette hyperthyroïdie expérimentale sensibilise le sympathique pour l’adrénalise. |

Cette hyperthyroïdie peut aussi entraîner la glycosurie (J. Parisot). Enfin, signalons aussi les rapports étroits qui unissent la glande thyroïde avec les autres glandes à sécrétion interne. C’est ainsi que l’ablation de la thyroïde entraîne une hypertrophie de l’hypophyse, des surrénales et du thymus, et une dégénérescence graisseuse des glandes génitales.

AA ve

Me

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Avec J. Parisot et Richard, on peut résumer ces considérations sur les fonctions de la glande thyroïde, dans les propositions suivantes :

1° La glande thyroïde agit sur le développement des os, des organes génitaux, et sur la trophicité des tissus (peau, poils, cheveux, etc...).

2° Elle abaisse la tension artérielle, agit sur le rythme et la vitesse du cœur, par conséquent contribue au maintien de l'équilibre circulatoire. |

3° Elle agit sur l'équilibre leucocytaire, sur la teneur du sang en hémoglobine et en fer; elle exerce une action ralentissante sur la coagulation du sang.

4° Elle contribue à régler les besoins en oxygène.

5° Elle a une action prépondérante sur le métabolisme; elle conditionne dans une certaine mesure le métabolisine basal; elle accélère le métabolisme des matières protéiques ; elle a une action sur le métabolisme des hydrates de carbone dont elle abaisse le seuil de tolérance; elle détruit les graisses en augmentant les oxydations; elle semble favoriser l’élimination de la chaux et du phosphore. k

6° Elle agit sur le sytème nerveux central et sur le système nerveux organo-végétatif.

7° Elle intervient d’une façon prépondérante dans le maintien de l'équilibre glandulaire.

8° Enfin, elle joue un certain rôle dans les phénomènes digestifs, dans l’immunité et dans les phénomènes d’anaphylaxie.

La glande thyroïde, tout en n'étant pas absolument néces-

saire à la vie, occupe cependant dans l'organisme un rôle de tout premier ordre.

PATHOLOGIE

Nous allons maintenant rapidement passer ne revue les syndromes thyroïdiens : 1° l'insuffisance thyroïdienne ; 2° l’hyperthyroidie et. la dysthyroïdie; 3° les goitres; enfin, nous aurons aussi à jeter un coup d'œil sur les thyroïdites aiguës, la tuberculose et la syphilis du corps thyroïde. .

1° Insuffisance thyroïdienne. — Elle détermine une série d'éttas dystrophiques désignés sous le nom de myxœdèmes.

Il y a le myxæœdème de l'adulte, le myxœdème de l'enfant, le myxœdème post-opératoire, le crétinisme.

À côté de ces lésions, il y a une petite insuffisance thyroidienne qui s’observe également chez l'enfant et chez l'adulte.

Nous ne nous attarderons pas sur ces lésions et nous passerons à l’étude des syndromes d’hyperfonctionnement.

2° Hyperthyroïdie et dysthyroïdie. — Parmi ces syndromes d’hyperfonctionnement thyroïdien, nous avons d’abord: l’hyperthyroïdie simple, qui ne nous intéresse pas beaucoup, et ensuite le goitre exophtalmique, ou maladie de Basedow.

Cette affection est caractérisée comme on le sait par quatre symptomes cardinaux: l’hypertrophie du corps thyroïde, l’exophtalmie, la tachycardie, le tremblement. Comme symptômes accessoires, il y a des troubles nerveux, des troubles digestifs, respiratoires et génito-urinaires.

A l’'exophtalmie s'associent toute une série de signes traduisant l'absence de synergie entre les mouvements des paupières et ceux des yeux. Nous ne citerons ici que les principaux :

Signe de Graefe: Les mouvements des paupières retar-

dent sur ceux de la cornée. Quand le sujet regarde en bas, la paupière supérieure n’accompagne pas le globe oculaire, qui

reste anormalement ouvert.

Signe de Boston: Les paupières suivent par saccades les. mouvements oculaires.

Signe de Mœbius: Les yeux convergent difficilement par suite de la parésie des muscles droits internes.

Signes de Joffroy: Le muscle frontal reste immobile si le malade regarde en haut (par suite du défaut de synergie entre les mouvements du frontal et ceux du releveur de la paupière). |

Le syndrome basedowien n’est pas exactement superposable au syndrome d’hyperthyroïdie expérimentale; dans ce dernier, en effet, l’exophtalmie n’existe pas. De plus, au point de vue anatomo-pathologique, dans la maladie de Basedow, on observe une hyperplasie épithéliale accompagnée d’anomalies des cellules et de la substance colloide, ce qui la différencie des hyperplasies compensatrices expérimentales et en font plutôt une dyshyperplasie thyroïdienne (Roussy).

Pathogénie de la maladie de Basedow. — Comme mécanisme pathogénique de la maladie de Basedow, à la place de l’hyperthyroïdie simple (théorie de Mœæbius), s’est substituée la théorie de la viciation de la sécrétion thyroïdienne, la dysthyroïdie (Gley et Iscovesco). La perversion de la sécrétion thyroïdienne entrainerait l'accumulation dans le sang de substances toxiques normalement détruites par la thyroïde.

D’autres auteurs, surtout en Allemagne et en Amérique, ont soutenu qu’il s'agissait en réalité de troubles polyglandulaires et que le trouble de la sécrétion thyroïdienne, loin d’être primitif, était secondaire à l’altération fonctiennelle d’une autre glande en synergie avec la thyroïde. [Théories thyro-

ovarienne, - thyro- -hypophysaire et surtout sit surrénale (Wilson)]. |

Suivant cet auteur, l’hyperthyroïdie déterniienait un hyperfonctionnement des surrénales, lequel provoquerait à son tour, par hypersécrétion d’adrénaline, une excitation perma- - nente du sympathique, d’où phénomènes oculaires, exophtalmie, tachycardie, etc.

Mais précisément chez les basedowiens, on n’observe pas d’hypertension artérielle, ni d’hyperadrénalinémie. | |

Signalons encore la théorie nerveuse: le goître exophtalmique serait produit par une lésion du sympathique CPR) (Abadie).

L’excitation du sympathique provoque la tachycardie, l’exophtalmie; la glande thyroïde s’hypertrophierait secondairement et, par suite d'une suractivité fonctionnelle, déverserait dans le sang des substances toxiques provocant des symptômes secondaires : tremblement, diarrhée, amaigrissement, etc.

Lexcitabilité du système nerveux organo-végétatif du reste a été vérifiée chez les basedowiens, et on a ainsi pu les classer en deux catégories : |

1° Les basedowiens vagotoniques, chez qui l'excitabilité porte surtout sur le pneumogastrique; ces sujets présentent des troubles cardiaques subjectifs intenses, une exophtalmie légère ; ils ne présentent pas le signe de Mœæbius, mais le signe de Graefe existe. Le réflexe oculo-cardiaque est exagéré. L'injection de pilocarpine ou d’atropine, met bien en évidence ces phénomènes.

2° Les basedowiens sympathicotoniques, chez qui l’excitabilité porte surtout sur le sympathique; ils ont une tachycardie considérable; le signe de Graefe n'existe pas, mais celui de Mœbius est net; l’exophtalmie est très prononcée, le

RATE Y . à | ï he LÉ r » Lie

ai A

al S ue

réflexe oculo-cardiaque est faible. Ces sujets réagissent for- |

tement à l'injection d’adrénaline.

Ces considérations de la maladie de Basedow étant rapidement exposées, nous allons étudier ce qui nous intéresse au point de vue médico-légal. ;

La mort subite ou plus ou moins rapide peut en effet survenir au cours de la maladie de Basedow, soit par accidents cardiaques (dilatation aiguë du cœur, ou asystolie progres-

‘sive), soit alors plus lentement du fait d’une affection intercurrente (tuberculose surtout). La mort peut survenir aussi lors de l’opération du goître exophtalmique.

Or, chez les basedowiens, on a souvent remarqué la pré-

sence d’un gros thymus. Et l’école allemande (Capelle, Kocher,

von Haberer, etc.) a soutenu l’origine thymique du goitre exophtalmique,.en attirant l’attention sur l'existence de gros thymus chez des indivdus morts consécutivement à une opératon pour maladie de Basedow. Et Hart a noté que l’implantation dans la cavité péritonéale d’un cobaye d’un thymus hyperplasié provenant d’un jeune homme mort subitement, entrainait des troubles toxiques graves. Bircher, par implantation à des chiens de thymus humains gros et frais, aurait produit des symptômes rappelant ceux de la maladie de Basedow. |

Mais les expériences de Bircher n’ont pu être répétées par Gebele. Et ni les données expérimentales, ni les relations cliniques n'ont pu traduire une relation pathogénique entre le goître exophtalmique d’une part, l’hypertrophie du thymus d'autre part. Il y a simplement parfois une persistance du thymus chez les individus atteints de goitre exophtalmique (Lucien et J. Parisot), Nous avons du reste déjà parlé de cette question au chapitre concernant le thymus.

Page 1