‹ De La Mort Subite Ou Rapide Au Cours Du Travail: Ses Rapports Avec Le Traumatisme Accidentel, Étude Médico-LégaleChapitre 26 sur 31 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

(Due à l'obligeance de M. le D' Pierre Lane)

Plaies contuses du cuir chevelu chez un alcoolique en état d'ivresse ; hémorragie cérébrale.

Un homme de cinquante-six ans, alcoolique chronique, est trouvé dans la rue en état d'ivresse : il porte sur le côté gauche de la têle deux plaies contuses qui intéressent toute l'épaisseur du cuir chevelu et dont il ne peut indiquer l'origine. Il ne tarde pas d’ailleurs à tomber dans le coma et il succombe quatre heures plus lard.

Aulopste :

4° Tête. — Les blessures du cuir chevelu sont telles qu'il n’est pas possible de reconnaitre si elles sont dues à une chute sur le sol ou si elles résultent de coups qui auraient été portés.

Après avoir ouvert le crâne, dont aucun os n’est fracturé, nous constatons l'existence, dans l'hémisphère droit, d’une grosse hémorragie

(1) Pierre Lanve, Revue de médecine légale, juin 1910.

cérébrale de la région opto-striée avec inondation ventriculaire. Les artères cérébrales sont athéromateuses.

> Thorax et abdomen. — Congestion des lobes inférieurs des deux poumons ; lésions discrètes d’aortique chronique.

Dégénérescence graisseuse du foie ; sclérose rénale. Pas d’altérations macroscopiques appréciables sur les autres organes.

L'estomac contient encore une notable quantité d'aliments incomplètement digérés mélangés à du liquide d’odeur alcoolique.

Donc, mort par hémorragie cérébrale. IL est vraisemblable d'admettre que cette hémorragie, conséquence de lésions vasculaires anciennes, a été déterminée par l'ivresse et aussi peutêtre par le traumatisme qui a produit les plaies du cuir chevelu ci-dessus mentionnées ; mais nous ne croyons pas qu'il soit possible de préciser la part qui revient à chacun de ces deux facteurs étiologiques.

Si la relation de cause à effet entre l’hémorragie cérébrale et l'accident sous l'influence d’un traumatisme est théoriquement admissible, surtout lorsque le sujel présente des signes d’artériosclérose, cette même relation peut souvent prêter à discussion el être très contestable lorsque l'hémorragie ne se produit qu’un certain temps après le traumatisme ; pourtant cette relation peut être très acceptable, même lorsque le retard est assez important, comme dans le cas suivant :

OBsERvATION XI (Tnomnor, 2x Accidents du travail)

Un serrurier âgé de quarante-quatre ans est, dans son travail, violemment frappé à la tête par une machine. Il ne perd pas connaissance et continue à travailler, mais pendant les quatre jours suivants il se plaint de douleurs à la tête. Le quatrième jour, subitement, après un violent éternuement, il vomit et perd connaissance. IL meurt le jour même. À l’autopsie, on trouve une destruction du corps strié et d’une partie de la couche optique par une hémorragie ayant fait irruption dans le ventricule droit. Au milieu du foyer hémorragique, on voit une

arlériole élargie en fuseau, avec une petite déchirure sur la paroi (rupture anévrismale).

Cette hémorragie cérébrale tardive peutsoulever d'autant plus de contestations que le mécanisme de cette hémorragie est mal connu. Thiem cite un cas de traumatisme suivi d'apoplexie huit mois après ; il voit une relation entre ces deux faits. N'y aurait-il pas là seulement une simple coïncidence ?

Pourtant il importe que la relation de cause à effet soit démontrée, car les demandeurs s’appuieront sur ce fait que la mort n'est pas à proprement parler un accident du travail, mais qu'elle a été provoquée à l’occasion du travail, soit à la suite d'un traumatisme, d'une émotion, d’une peur, d’une fatigue plus grande que de coutume, ou encore d’un effort comme dans le cas cité par le docteur Becker:

L'Office impérial allemand nia toute relation, même médiate, entre un accident ct la mort d’un ouvrier tuberculeux : « Cet homme fut pris d'hémoptysie tandis que, aidé de deux compagnons, il était occupé dans une carrière de pierre à retourner avec des leviers un bloc pesant 3 1/2 à # quintaux (quintal — 50 kilogrammes); la mort fut immédiate.

» S'appuyant sur les déclarations des compagnons de travail du défunt et sur le rapport du médecin du district, l'Office impérial reconnut que le travail effectué au moment de la mort n'était pas particulièrement difficile, qu'il ne dépassait pas les bornes du travail habituel du sujet, qu'il n'avait pu exercer une influence nuisible sur son état physique et que l'hémoptysie qui l'avait foudroyé était la conséquence exclusive de l’évolution normale de la tuberculose pulmonaire très avancée dont il était atteint. »

Lorsqu'il y a traumalisme, celui-ci laisse ordinairement des traces plus ou moins visibles. Mais il n’en est pas de même pour toutes les autres causes qui peuvent aggraver l’état morbide de l’ouvrier. Pour trouver la relation de cause à effet, les témoignages des camarades du défunt et des personnes présentes à la mort, les renseignements fournis par la famille sur les antécédents morbides devront concorder avec les résultats de

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