‹ De La Mort Subite Ou Rapide Au Cours Du Travail: Ses Rapports Avec Le Traumatisme Accidentel, Étude Médico-LégaleChapitre 27 sur 31 · RACE · texte numérisé non relu

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l'autopsie. Les causes qui peuvent provoquer la mort sont très diverses et il importe, dans l'intérêt des ayants droil, qu'elles soient trouvées.

Osservarion XII (Due à l'obligeance de M. le Professeur LANDE)

Le sieur C..., âgé de cinquante-quatre ans, agent de police, très énergique, très vigoureux, ayant l'apparence d’un paisible bourgeois, rentrait chez lui, portant son parapluie sous le bras, lorsqu'un mauvais plaisant, doublé d’un malfaiteur, passant derrière lui, saisit le parapluie et, l'ayant tiré violemment à lui, détala à toutes jambes.

Le sieur C... se précipita à sa suite et, bien que le voleur fût un jeune homme de dix-neuf ans, il le rattrapa après une course de plusieurs centaines de mètres. Il le conduisit au commissariat de police du quartier, fit sa déposition et rentra chez lui, où l’attendait son diner, retardé par cet incident.

A peine rendu chez lui, le sieur GC... déclara qu'il était oppressé, qu'il avait de l'angoisse et immédiatement après avoir formulé ces quelques plaintes il tomba raide mort devant sa femme terrifiée.

Plusieurs médecins appelés et qui connaissaient parfaitement le sieur C... furent unanimes à déclarer que la mort devait être attribuée à une dilatation aiguë du cœur, consécutive à l'effort considérable qu'il avait fait en courant après son voleur.

OgservarTion XIII

(Due à l’obligeance de M. le Professeur Lanpe)

Le sieur N..., âgé de quarante-huit ans, gardien de chantier, un peu obèse et rhumatisant, s'apercevait depuis quelque temps qu’on volait les marchandises confiées à sa garde. Il organisa une surveillance spéciale et bientôt surprit un malfaiteur .en flagrant délit. Celui-ci, se voyant découvert, s'échappa en toute hâte. Le sieur N.. le poursuivit, franchit une barrière et, au moment où il allait l’atteindre, il tomba et mourut aussitôt.

L'autopsie, pratiquée peu de jours après, permit de constater que le sieur N... avait un cœur volumineux, à parois musculaires minces, mais légèrement surchargées de graisse et portant, en outre, quelques plaques athéromateuses sur la portion ascendante de l'aorte. La mort fut attribuée à une dilatalion aiguë du cœur.

Voici un arrêt de la Cour de Bordeaux, en date du 23 avril 1907, qui déclare que l’apoplexie pulmonaire provoquée par une émotion violente survenue pendant le travail est considérée comme accident du travail, que la victime soit ou non prédisposée. Il s’agit d’une garde-barrière qui, effrayée par le passage brusque d'une automobile avant la complète ouverture de la barrière, mourut des suites de l'émotion.

Attendu que le 8 juillet 190%, vers sept heures et demie du malin, la dame L..., receveuse et garde-barrière à la station de Calviac, venait de faire son service à l’occasion du passage d’un train, lorsque, entendant venir une automobile, dirigée par le sieur R..., elle s'empressa de se rendre à la barrière pour l'ouvrir et laisser ainsi passer la dite automobile ;

Attendu qu'au moment où elle se disposait à remplir cet office, ayant déjà ouvert le vantail gauche de la barrière, l'automobile, sans attendre l'ouverture de l’autre vantail, s'engagea à une allure encore assez vive sur la voie pour la traverser ;

Attendu qu’à ce moment même, la dame L... s’affaissait subitement. frappée d'une. apoplexie pulmonaire et que son corps élait presque frôlé par le véhicule ;

Attendu que, relevée aussitôt par sa bonne, elle fut transportée dans son lit où elle expira peu après ;

Attendu qu’une instruction correctionnelle ayant été ouverte au résultat de cette mort, il fut, par le médecin légiste, procédé à des constalations qui aboutirent à cette conclusion formelle : que la dite mort avait été provoquée par une émotion violente ; que, d’ailleurs, la dame L..., était prédisposée à un pareil accident par son état de grossesse el

par une légère lésion cardiaque ;

Mais attendu que n'y eut-il aucune faute de R..., il n’est pas moins

certain que sa manœuvre, pour traverser rapidement la voie sans attendre l'ouverture entière de la barrière, a suffi pour impressionner vivement la dame L..., que ses prédispositions rendaient plus sensible ; qu'il y à bien eu sur elle action violente et soudaine d’une cause extérieure, encore qu'il n’y ait pas eu heurt matériel du corps ; qu'il s’agit bien d’un accident dans les termes de la loi du 9 avril 1898 (1);

Pour ces motifs,

La Cour accorde une rente à la famille de la garde-barrière.

Ainsi donc il n’est pas nécessaire qu'il y ait traumatisme, même léger, pour qu'il y ait accident du travail ; l'effort que fait l’ouvrier et qui occasionne l’hémorragie, le petit choc qui donne la mort par inhibition sont encore des traumatismes, mais il faut y ajouter encore le choc moral causé par une émotion, une peur, une affection quelconque, à condition bien entendu qu'il soit prouvé que celle-ci arrive pendant le travail et soit une conséquence du travail lui-même.

(4) Revue de médecine légale, septembre 1907.

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