‹ De La Mort Subite Ou Rapide Au Cours Du Travail: Ses Rapports Avec Le Traumatisme Accidentel, Étude Médico-LégaleChapitre 28 sur 31 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Nous venons de voir dans les cas qui précèdent toute l'utilité qu'apporte l’autopsie pour que le médecin-expert puisse donner des conclusions nettes et précises, qui peuvent fixer le Tribunal et lui dicter en quelque sorte son arrêt. Mais il est des cas fort rares, c'est vrai, où, malgré tous les renseignements obtenus en interrogeant les proches du défunt, ses compagnons de travail, en faisant l'examen du cadavre et même l’autopsie, le médecinexpert ne trouve pas le moindre indice qui puisse le conduire à une opinion acceptable, comme dans l'exemple suivant :

OBservarTion XIV Un Thèse Ramé. Paris, 1901)

H. S... travaillait, en qualité de chauffeur, à la Compagnie urbaine d’eau et d'électricité ; le 9 août 1899, vers six heures du soir, il entra dans le bouilleur d'une chaudière pour nettoyer cet appareil. Il était muni d’une petite lampe électrique dile « balladeuse ». Peu d’instants après, le chef d'atelier appela. Ne recevant pas de réponse, il entra dans le bouilleur et constata que S... était mort. Il était assis la tête légèrement en arrière, le regard dirigé vers la communication aérienne, il une cigarette aux lèvres, la main droite en l'air, appuyée sur la traverse de bois qui sert à accrocher la lampe électrique.

Deux médecins certifièrent que la mort était naturelle, mais qu'une autopsie pouvait seule démontrer à quelle cause elle était due.

La veuve de l’ouvrier, qui soutenait au contraire que son mari avait suecombé à une électrocution, accorda l’autopsie. Il y fut procédé par le docteur S.…..; celui-ci constata qu’il n’y avait pas d’épanchement sanguin

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sous le cuir chevelu, que les méninges n'étaient pas congestionnées, que le cerveau et le cervelet ne présentaient aucune lésion ni tumeur, qu'il n'y avait pas d’épanchements dans les cavités pleurales, que les poumons étaient congestionnés, mais ne contenaient pas de tubercules, que les cavités du cœur étaient vides, les valvules saines.

L'estomac renfermait quelques grammes de matières’alimentaires, sa muqueuse était saine, Il n’y avait pas d’épanchement dans la cavité abdominale, les intestins paraissaient sains.

En somme, concluait le docteur S..., à l'exception d’une congestion pulmonaire, l’autopsie n’a révélé l’existence d'aucune lésion viscérale permettant d'expliquer les causes de la mort. La congestion pulmonaire ne parait pas suffisante pour expliquer la mort et cependant, vu l’absence d'autre lésion il y aurait lieu de l’attribuer à cette lésion.

Le Tribunal de la Seine se déclara insuffisamment édifié et rejeta la possibilité de la mort par congestion pulmonaire.

Attendu que si S..… avait eu une congestion pulmonaire, il aurait été souffrant, malade, qu'il n'aurait pu, sans se plaindre et sans qu’on remarquât son état, se livrer au travail. Qu'en tout cas, une congestion pulmonaire ne l'aurait pas foudroyé sur sa chaise, que sous le coup de l'oppression il eût cherché à sortir, qu’on l’eût trouvé à terre ;

L'arrêt conclut à la nomination comme expert du docteur B..., qui se fera remettre les enquêtes, certificats, rapports et tous autres documents relatifs à l'affaire, prendra connaissance des lieux et se fera assister d’un électricien pour les renseignements et vérifications techniques afin de rechercher et de dire si, d’après les données de la cause, il

est possible, probable ou certain que S... a succombé à une électrocution.

Ces faits se rencontrent assez souvent. P. Brouardel donne la proportion de 10 °/, de morts subites dont il est impossible de donner l'explication.

Si l’on trouve à l'autopsie une lésion organique, on peut à la rigueur supposer que la mort est une conséquence de cette lésion, sans pour cela pouvoir l’affirmer. Mais si l’on ne trouve absolument rien qui puisse faire naître la moindre hypothèse dans l'esprit du médecin et lui dicter ainsi une conclusion

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