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OsservarioN XVI (Brouarpez, /n Blessures et accidents du travail)
Le 15 août 1902, le sieur S.., charpentier, âgé de trente-deux ans, fut désigné avec deux camarades pour hisser, à eux trois, à l’aide de palans, une chaudière tubulaire destinée à être montée au premier étage de l’usine. A cet effet, S.. se hissa sur un sommier, poutre provisoirement fixée dans deux trous spéciaux pratiqués en haut des deux murs opposés. C'est au moment où, assis sur ledit sommier, S... était en train de démarrer un palan, que ses compagnons l'ont vu, selon leur expression® «tourner de l'œil ». Les deux témoins était absolument d'accord. S... était assis, solidement assis; il fallait qu'il le füt pour avoir force de base et pouvoir démarrer le palan ». Quand il tomba, c'était un cadavre qui tombait; en effet, la tête de S... ayant heurté l’orifice du tube de la chaudière que l’on montait, la blessure — toute la peau du crâne avait été coupée — ne donna aucun jaillissement de
sang.
Et comme on demandait au professeur Brouardel si S... était mort ou vivant au moment de sa chute, il répondit que les . médecins légistes considéraient les plaies qui ne donnaient pas d'hémorragies comme faites après la mort; s'il n’y a pas d’hémorragie, c’est que le cœur ne bat plus, car il n’envoie plus d'ondée sanguine dans les vaisseaux. Or, la chute que fit S... n'ayant pas donné d'écoulement sanguin, il en résultait que son cœur avait déjà cessé de battre et que lorsqu'il était tombé, S... était déjà mort.
L'examen microscopique n’est pas assez employé dans les aulopsies, el pourtant il peut être utile non seulement pour vérifier le diagnostic, mais encore, dans les cas douteux, il le crée de toute pièce.
Onservarion XVII (Leruzce, Presse médicale, juillet 1907)
Voici un fait par moi observé, il y a longtemps déjà et qui me
QT De
semble décisif à ce point de vue. Un vigoureux ouvrier de vingt-six ans, robuste et de magnifique, stature, m'est apporté un mardi matin, à l'hôpital, atteint de paraplégie des quatre membres. C'est un ouvrier travaillant dans les caissons immergés, hors de Paris, pour la réfection d'un pont. Il raconte que l'avant-veille, le dimanche, il avait été chargé de certaines réparations dans une des chambres à air comprimé et qu’en sortant, après décompression, ilavait eu une «syncope » pour laquelle on l'avait rapporté chez lui. Nous assistâmes à l’évolution la plus typique de la maladie des caissons, du « coup de pression », et la victime de l'accident, après avoir passé par des phases d'amélioration réelle, suecomba, au bout d'une quarantaine de jours, aux progrès d’escarres sacrées compliquées de lyÿmphangite gangréneuse et de broncho-pneumonie terminale.
Des contestations violentes s'élevèrent autour de ce cas malheureux ; l'avocat patronal, discutantet contestant la nature des accidents médullaires, ne parlait rien moins que de syphilis méningée probable, de gommes médullaires, voire de méningite cérébro-spinale épidémique. Par bonheur pour la malheureuse mère de l’ouvrier, le protocole d’autopsie existait, complété par l'examen histologique de la moelle. Le microscope ayant montré l'absence absolue de méningite, d’artérite, de phlébite et d'hématomyélie, révélait l'existence de foyers récents de ramollissement ischémique de la moelle; disséminés dans toute l’épaisseur de la substance blanche, avec ilots atrophiques de la substance grise, ces lésions réduisaient à néant les arguties pathogéniques de l'avocat.
De même dans l'Observation VIL ce fut l’examen microscopique qui donna le diagnostic. M. le D' Letulle fut frappé qu'un effort si minime püt amener des conséquences si graves ; 1l pratiqua l'examen microscopique du cœur, de l'aorte et du poumon et put établir l'existence d’une aortite scléro-atrophique diffuse, compliquée de péricardite nodulaire et de sclérose bronchectasique du poumon. Le tribunal mieux éclairé rélorma sa première décision.
Dans tous les cas où l’autopsie n'aura révélé aucune preuve scientifique pouvant expliquer la mort, le médecin-expert devra
dire franchement, dans son rapport, qu'il n’a pu trouver aucune lésion pouvant expliquer la mort. Aux questions que pourra lui poser le tribunal, pour savoir si l’ouvrier a pu mourir dans telle ou telle condition, il ne certiliera pas le fait, mais le donnera comme possible.
« Il n’est pas humiliant pour un médecin légiste, lorsqu'il a fait les recherches les plus consciencieuses, d'avouer qu'il ne sait pas : il serait humiliant pour lui d’être obligé de reconnaitre qu'il s’est trompé » (1).
(4) P. Brouarpez, Loc. ct.