‹ De La Mort Subite Ou Rapide Au Cours Du Travail: Ses Rapports Avec Le Traumatisme Accidentel, Étude Médico-LégaleChapitre 8 sur 31 · TAN · texte numérisé non relu

TAN

ordinairement mal placé pour en connaître les causes déterminantes.

Si nous jetons un coup d’œil sur les statistiques, nous voyons qu’en 1907 il y eu 359.700 accidents du travail, environ 1.000 par jour, et 4.760 morts, soit une proportion de 5 pour 1.000.

Dans cette statistique sont comprises les morts naturelles survenant au cours du travail ; mais, ordinairement, celles-ci ne donnent pas lieu à une action judiciaire, ou plutôt ne devraient pas y donner lieu.

Lorsque la mort est causée par un traumatisme et une maladie antérieure, lorsqu' elle survient chez des individus prédisposés, chez qui une affection morbide évolue sournoisement et sans symptômes alarmants, elle peut donner lieu à des constatations judiciaires. Alors le médecin-expert joue un grand rôle dans la discussion du procès, car, selon les conclusions qu'il a fournies, il peut faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

Qu'est-ce donc que la mort subite ? Le professeur Brouardel la définit ainsi : « La terminaison rapide et imprévue d’une maladie aiguë ou chronique qui, le plus souvent, a évolué d'une façon latente ». Le professeur Lacassagne dit que : « C’est la cessation brusque de la vie, succédant aux effets rapides et imprévus de cause interne ou pathologique en dehors de toute action mécanique ou toxique. »

Il serait trop long de rapporter ici à la suite de quelles maladies on peut observer la mort subite. Du temps où régnait la doctrine de Bichat et du trépied vital, il était admis que l’on mourait par le cœur, par le poumon ou par le cerveau. Jusqu'au xvui* siècle, les morts subites étaient attribuées à l’apoplexie et aux affections des centres nerveux. Après Laënnec, les ruptures du cœur et des gros vaisseaux étaient fréquentes ; en 1858, Devergie donne la première place aux congestions pulmonaires. Le professeur Brouardel dit que le plus grand nombre de morts subites est dû à des affections rénales ; le professeur Lacassagne, au contraire, insiste sur la menace de mort que causent les adhérences pleurales et les affections de l'estomac chez les individus qui sont exposés à une faillite de l'organisme.

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Pour les journalistes et dans quelques rares cas pour certains médecins, le diagnostic de rupture d'anévrisme, de congestion cérébrale, d'embolie a loujours cours. Or sur 4.000 cas d’autopsie on rencontre à peine un anévrisme rompu. La congestion ne se diagnostique pas plus souvent, si tant est qu'elle existe réellement comme cause de la mort ; quant à l’'embolie, l'examen macroscopique ne permet que très difficilement de la reconnaître.

Nous pouvons envisager rapidement les morts subites, provoquées par les lésions des grands systèmes de l'organisme, en nous plaçant au point de vue anatomo-pathologique.

En première ligne se trouve l'appareil circulatoire, avec le cœur en premier lieu, et de toutes les affections chroniques cardiaques l’artério-selérose valvulaire tient la tête, puis l’athérome de lacrte, des coronaires, les insuffisances aortiques et mitrales. Puis viennent les morts par surcharge graisseuse du cœur et sa dégénérescence.

Du côté des vaisseaux, la rupture ou la thrombose des artères artério-sclérosées du cerveau tue fréquemment (apoplexie, ramollissement); puis vient la rupture des anévrismes aortiques.

Du côté des veines, nous pouvons signaler la mort subite par rupture de l’azygos ou de la veine cave; par embolie dans les phlébites, par thrombose des sinus méningés après l’otite; par embolie gazeuse ou graisseuse.

En envisageant le système nerveux, nous voyons que la mort subite peut être occasionnée par divers processus, tels sont : les tumeurs cérébrales, les méningites et abcès cérébraux latents, surtout l’épilepsie; enfin il faut encore ranger dans ce paragraphe la mort par inhibition réflexe des centres respiratoires ou circulatoires due au traumatisme.

L'hémoptysie, la phtisie granuleuse avec œdème pulmonaire, l’ædème de la glotte, la pneumonie ambulante, la diphtérie ambulante mettent en troisième ligne le système respiratoire.

Du côté de l'appareil digestif, on trouve des accidents analogues avec : l'hématémèse foudroyante des ulcères ronds, certaines hémorragies des tumeurs stomacales; en général, tous les ulcères

tuberculeux, cancéreux, dysentériques peuvent provoquer lembolie de l'artère mésentérique; enfin la hernie étranglée méconnue, les invaginations et volvuli de l'intestin.

En dernier lieu vient l'appareil génifo-urinaire, avec les hémorragies mortelles des tumeurs vésicales, l'urémie aiguë de l'hydronéphrose, etc.

Celte division est trop minutieuse pour pouvoir donner une théorie générale de la question et pour permettre de l’envisager d’un seul bloc.

En réalité, lorsque chez un individu prédisposé à une maladie un organe vient à faiblir, un autre organe travaille supplémentairement pour subvenir aux besoins de l’économie et remplacer la partie malade; mais celui-ci se fatiguera à son tour et un troisième sera obligé de venir le suppléer et ainsi, de proche en proche, l'organisme entier épuisé sera dans un état de moindre résistance, la circulation défectueuse, la respiration entravée, les organes congestionnés. Et c’est alors que l'individu, qui a vécu tant bien que mal jusque là, arrive « au jour où une rupture, un obstacle, un choc, une inhibition arrêtent le mouvement. Or, dans ces organismes usés une nouvelle mise en train est impossible. Il n’y a point suspension d’un organe, mais arrêt de tous les organes » (Lacassagne).

Aussi lorsque l’on fera l’autopsie, on trouvera non pas un organe défectueux, mais toute l’économie présentera des lésions plus ou moins importantes et le médecin pourra, à son gré, attribuer la mort à tel ou tel système, sans trouver le point de départ.

La mort subite est-elle fréquente au cours du travail? Il est certain que de tous les moments de la journée, c’est pendant les heures de travail que l'on trouve le plus grand nombre de cas. Chez des individus prédisposés, la mort survient à l’occasion des efforts plus grands qu'ils sont obligés de faire dans leur mélier; de même qu'elle surviendrait chez eux pendant l'acte de la défécation ou du coït. Alors la loi de 1898 peut leur être

applicable, suivant les circonstances qui entourent ou occasionnent la mort.

Le nombre des morts subites varie suivant certaines causes: plus fréquent le jour que la nuit, plus fréquent aussi suivant les saisons : en hiver, la mort peut être due aux congestions causées par le froid; en été, aux insolations. L'état de réplétion de l'estomac est aussi à noter, l'indigestion pouvant tuer le sujet. Les émotions, la fatigue, les efforts sont surtout funestes aux cardiopathes.

L'âge à une importance énorme sur la mort subite; rare dans le jeune âge, elle est surtout fréquente vers la cinquantaine.

Il serait intéressant de comparer les statistiques à ce point de vue. Chez les jeunes soldats, chez qui la mort subite revêt un caractère plus impressionnant en raison de la sélection qui préside à la constitution de l’armée, il y a un taux de mortalité peu élevé : 22 cas en 190%, 20 cas en 1905 sur 500.000 hommes’ environ.

Comme on le voit, cette moyenne est faible, mais il faut noter que le soldat-à la éaserne est soumis à une hygiène rigoureuse, sous le contrôle sévère du commandement et du corps médical ; d’ailleurs, le conseil de revision a déjà éliminé les constitutions faibles et prédisposées.

Après son service militaire, l’homme entre à l'usine ; son organisme a à lutter contre les nombreuses intoxications qui menacent l’euvrier, tels sont les intoxications professionnelles et la mauvaise hygiène de l'atelier : la syphilis et l'alcool, dont la consommation est le plus élevée dans les milieux industriels ; l’insouciance des ouvriers et le peu d'importance qu'ils atlachent à de petits malaises qui vont les amener à la maladie chronique, d'autant plus rapidement qu'ils sont réfractaires aux soins médicaux tant qu'ils ne sont pas alités. Toutes ces causes contribuent à élever le nombre des morts subites.

Le docteur Heinrich Hisch réunit 156 cas à ce sujet. En voici la nomenclature :

SU US AS ee à ie 2 er eee 0 cas DO DATO UE AnS Er er NO er Le ee 7 Cas DO 0e ANSE EME TO Re, 20 cas

di Dé Or 50 ANS PASS EE RER EE 34 Cas Dé50:-4 00 4n8 Lee SP PA 39 Cas De60 4:70 ane RER TER 28 cas A Dre. 70 Anse RER ER EE LEE TERS 12 cas

Ces 156 cas se décomposent au point de vue pathogénique :

Surcharge graisseuse du CŒUT... 1... 7"... JD Cas Myocardité désénérairiré. 7.2, me J2 Cas ENdAr té te CLONES RE ee 50 cas NOEUDS CHLONUMICS PR TP OR EN PRE EE 936 Cas SClérOSe COTONATIENDE NE 1 UE ANNE PRES 7 cas Insuthsance MITAIE ER He NE er EE 13 cas Insuffisance mitrale et insuffisance aortique.... 19 cas Anévrismede l'AOTO ENTER CE 13 cas Rupture"du.CŒUr* MER Re ET ARR eee 3 Cas Néphrite chronique. ...... re ee Re SRE 36 cas Emphy$Senme; pulmonaire tr Le PRES 21 cas HémMOrraSie CÉDÉDT SION M PA EEE PES 7 cas

Nous ne voyons pas signalées dans cette classification les morts dues aux affections du tube digestif, ni à d’autres lésions découvertes plus récemment comme pouvant entrainer la mort: telles sont, par exemple, les hémorragies des capsules surrénales.

De plus, nous avons vu que la mort subite n’est pas due la plupart du temps à la lésion exclusive d’un organe, mais à l'ensemble des lésions qui sont communes à plusieurs organes. C’est ainsi que le professeur Kelsch, sur 23 cas de mort subite chez des cardiopathes, à noté 7 fois des adhérences pleurales.

Dans la statistique du docteur Heinrich Hisch, nous ne voyons pas noté de mort subite au-dessous de vingt ans ; or, on en à signalé chez de jeunes apprentis, due à leur élat constlitulionnel lymphatico-chlorotique.

Entin, nous ne voyons pas signalées les morts subites survenant à la suite de maladies aiguës ou infectieuses, comme l'ap-

pendicite perforante, la péritonite aiguë, la scarlatine ignorée, etc.

Il ne faudrait pas appeler du nom de mort subite tous les cas où la mort arrive brusquement et d'une manière imprévue : Le professeur Lacassagne appelle du nom de «fausse mort subite » tous les cas où le décès, quoique très prompt et aussi rapide, n’est pas dù à une cause interne ou pathologique, tels sont les empoisonnements, les chocs inhibitoires, le traumatisme qui, lui, ne lue «ni par hémorragie ni par destruction d’un organe important, il ne cause ni délabrement profond, ni blessures, ni contusions étendues » ; dans ces cas de fausses morts subiles, celles-ci paraissent survenir par un phénomène d’inhibition, c'est-à-dire par l« arrèt des fonctions indispensables à la vie. »

Quel est le nombre de ces morts accidentelles? Les statistiques générales manquent pour pouvoir nous faire une idée précise à ce point de vue: celles qui ont été faites varient beaucoup suivant la Spécialité et la région qu'habitent les auteurs ; il est évident que les localités agricoles donneront des statisliques moins élevées que les villes industrielles comme Le Creusot, Levallois-Perret, où la mortalité par accident est incontestablement beaucoup plus élevée. D'ailleurs, ces cas où la mort survient par une cause extérieure manifeste ont un intérêt scientifique bien moindre pour le médecin légiste, puisque, en règle générale, ils ne donnent pas lieu à procès, par conséquent à autopsie.

Mais entre la mort accidentelle et la mort subite se placent les cas où l'accident du travail, quoique léger, ou le traumatisme le plus superficiel peuvent être. chez des sujets prédisposés la cause de la mort arrivant brusquement ou dans un espace de temps relativement court.

Enfin la mort peut survenir aussi pendant le travail, mais être due à un assassinat, à une rixe entre ouvriers ou encore à un suicide.

Alors le médecin légiste devra rechercher dans l'autopsie si la mort est naturelle ou non, si elle tombe sous le coup de la

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