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Au chapitre de létiologie des anévrismes mous
= avons seulement signalé la syphilis comme cause fréquente de ces anévrismes, nous promettant d'y reve-
nir par la suite, car cette étiologie est trop importante pour ne pas mériter une étude spéciale.
La syphilis, comme cause des anévrismes, a été signalée idepuis longtemps et Lancisi, dans « de anevrismatibus opus posthumum » en donne deux exemples. Pour lui, il n’y a pas à en douter, c'est Venus ou la vérole qui est la seule coupable, et il décrit même le moyen de distinguer ses lésions des autres lésions artérielles.
. Morgagni (Epist. XXVII) de même, rattache quelques anévrismes à la syphilis.
Scarpa la retrouve chez un caporal de 22 ans, mort subitement d’une rupture d’anévrisme.
Puis ce sont Marjolin et Bérard qui écrivent dans le Dictionnaire en 30 volumes : « Le virus syphilitique exerce directement son action sur les tuniques des artères, les ramollit, les rend friables, ou y produit des ulcères, et ces diverses altérations sont
nécessairement suivies de dilatations anévrismales Ps Guthrie, Nélaton, Broca, L. Lefort rejettent, au
contraire, cette étiologie, erreur bien compréhen-
sible, si l’on songe à l'ignorance presque complète des lésions artérielles d’origine Sypiittique"à à ce. moment
de l'anatomie pathologique. | Puis, en Angleterre, Wilks, Russel, Nalty, Welch,
Cunningham. Russel, Macleod, Davidson, Croft, Knight publient des observations d'envcièmes chez les ES En France, Blachez (Obs. XD eu publie aussi un cas, Lancereaux un autre cb ne cesse # d'attirer ait ot sur ce sujet. AE tuE ae |
Enfin en 1879, Fournier, à la Société Médicale des Hôpitaux, se basant sur des faits connus à cette époque et sur d’autres: qui lui étaient personnels, établit la relation pathogénique qui unit la syphilis aux anévrismes. À cette théorie se rallient tous les médecins, en particulier Cornil, Hillairet et Vallier, qui avaient pris part à la discussion, et depuis ce temps elle n’est plus, non seulement contestée, mais : ne fait que s'accroître de preuves. nouvelles.
Les exemples en sont nombreux et nous en avons trouvé, pour notre part, 21 cas fournis par Steenberg, Jackson, Muller Russel, Cunningham, Blachez, Ma cleod, Lancereaux (4 cas), Chauvet, Fournier, Jayle, Dieulafoy, Skwortzoff, Chalier et Nové Josserand, Sacquépée. HMS = pus
Les anévrismes intra-craniens d'origine syphilitique sont fréquents, plus nombreux sans doute que
lon se l’imagine, et si pour tous les anévrismes syphi-
litiques ‘en général, les statistiques de Fournier, Thibierge, Frænkel, Heïberg, Malmsten, Welch donnent
un pourcentage variant de 50 à 80 % de tous les ané- vrismes, pourquoi les proportions ne seraient-elles
pas les mêmes pour les anévrismes cérébraux, surtout si l’on tient compte de la prédilection, universellement admise et observée de la syphilis pour les artères du cerveau.
= Notre hypothèse doit être d'autant plus vraie, que l1 plupart des observations de morts subites par anévrismes intra-craniens que nous avons trouvées, datent d’une époque où la syphilis était une étiologie très douteuse de ces anévrismes et où, par consé-
quent, elle n’a pas été cherchée avec une idée pré-
conçue. Malheureusement, nous n’avons pu, dans l’anévrisme de l’Observation de M. Piédelièvre, pratiquer l'examen microscopique, qui nous aurait été d'une grande démonstration, les parois de cet anévrisme étant infiltrées et rendant toute recherche impossible.
Tenons compte aussi du fait que cette syphilis est souvent ignorée ou niée par le malade et, à ce point de vue, rien n’est plus démonstratif que cette histoire connue d’un officier, atteint de paralysie générale, qui niait avec énergie tout antécédent spécifique jusqu’au jour où le hasard fit arriver à la Clinique où il était soigné, le médecin qui l'avait traité vingt ans auparavant pour un chancre syphilitique.
Beaucoup d’anévrismes intra-craniens doivent
suivre la même règle et relever d’une syphilis ou
méconnue ou pas cherchée ou impossible à chercher: comme dans la plupart des morts subites par anévrismes cérébraux amenées à la Morgue. Mais simplement, le fait d’avoir rencontré vingt et une fois la syphilis avec ces anévrismes, ne constitue- t-il pas à lui seul, sinon une preuve absolument certaine, du moins la plus forte présomption du rôle de cette syphilis dans leur genèse ? et ne pouvons-nous pas établir un rapport de cause à effet ? e
AN quelle époque de la syphilis peuvent se produire ces anévrismes ? C’est assez variable, et si nous trouvons des cas, comme dans une Observation de Steenberg, où l’anévrisme se produisit plus de vingt ans après le début des accidents primitifs, nos Observations XII et XIII nous montrent bien aussi qu ils peuvent se produire quelques mois seulement après ie début de la syphilis, puisque la rupture survient dans ces deux cas onze et huit mois après le chancre.
L'âge des malades est également variable : 27 ans dans notre Observation XIT, 21 dans l’autre Observation de Spillmann, 42 ans chez le malade de Blachez. Dans les 21 Observations que nous avons trouvées il varie de 20 à 58 ans, dont la moitié de 20 à 40 ans, par conséquent à un âge où l’athérome ne peut guère être encore invoqué.
Le sexe ne semble pas avoir une grande influence et sur nos 21 cas, 12 seulement se rapportent à ris hommes. à
Quelles causes peuvent prédisposer aux lésions vasculaires syphilitiques ? On a incriminé les travaux.
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le surmenage cérébral, les veilles, les émotions, les ; nc mais il est assez difficile d’en apprécier la
valeur. Ce que l'on peut affirmer, cependant, c’est que la syphilis, comme le rhumatisme ou la goutte, doit frapper de préférence les organes en état de suractivité physiologique. On a invoqué € également les excès vénériens et l'alcoolisme.
Et maintenant nous arrivons à à cette npoctante £ question : quels sont les rapports réciproques de. l'athérome et de l'artério-sclérose avec la syphilis ? C'est une chose encore un peu floue, mais il est probable, cependant, que la syphilis intervient comme
cause prédisposante des lésions athéromateuses, qui
pourraient donc alors être, dans certains cas, considérées comme des manifestations parasyphilitiques C'est l'opinion de Virchow et-Cornil, et l’on peut comprendre ainsi la présence de l’athérome chez des sujets jeunes comme dans nos Observations IT, XIV, XX, où les âges n'étaient que de 36, 30 et 18 ans, par conséquent bien jeunes pour l’athérome. Welch, Brault, A. Fränkel, Edgren, Runeberg admettent aussi l'artério-sclérose syphilitique. Mais nous n’admettrons pas l'opinion de Fränkel sur l’absence constante de calcification dans ces cas-là, car notre Observation XIV, en effet, où il s’agit d’un anévrisme de la
sylvienne, chez un homme de 30 ans, nous démontre
que, si on trouvait des plaques d'athérome sur des branches de la sylvienne, on trouvait aussi les parois de l'anévrisme de consistance calcaire. Huber a, de même, trouvé cette infiltration calcaire sur les artères
cérébrales d’une prostituée, chez laquelle la plupart des artères étaient calcifiées.
La syphilis et l’athérome semblent donc être, en certaines circonstances, en rapports assez étroits et les anévrismes des sujets jeunes chez lesquels on trouve de l’athérome ne sont sans doute que des anévrismes syphilitiques.
Mais la contre-partie est vraie et, si la syphilis
favorise l’athérome, l'athérome peut aussi favoriser la syphilis, en altérant les paroïs artérielles et en livrant aussi un terrain favorable à la vérole. C’est ce qui explique les anévrismes syphilitiques des sujets âgés athéromateux.
Enfin, remarquons, en terminant cette étiologie, que ce sont de préférence les syphilis incomplètement traitées ou livrées à elles-mêmes qui favorisent ces anévrismes, comme par exemple dans notre Observation XII, où le malade cessé son traitement sur les conseils des rebouteurs du pays, ou bien comme dans lObservation XIII où la malade hier un traitement insuffisant.
Symptomatologie. — Les anévrismes syphilitiques n'ont pas de caractères particuliers, et les symptômes qu’ils présentent ne peuvent faire porter un diagnostic différentiel. Ce sont, au début, des douleurs vagues, puis une céphalalgie excessivement intense, continue, avec €xaspération nocturne, à laquelle se joignent des étourdissements, des vertiges, des éblouissements, ces bruits dans les oreilles, de lobnubilation intel-
Æ Re.
Jectuelle. On trouve ‘aussi des douleurs dans les membres, les pupilles dilatées, des syncopes ie des. vomissements, du ralentissement du pouls, une
incertitude de la marche, une intelligence amoindrie,
une longue hébétude, parfois aussi des mouvements
convulsifs et des contractures. Bref autant de symp-
tômes ne présentant rien de bien particulier.
Quant à la terminaison, c'est ordinairement la
rupture de la poche anévrismale.
Avec des symptômes aussi peu caractéristiques il serait évidemment téméraire d’essayer de faire un
diagnostic pendant la vie. Néanmoins, lorsqu'on verra survenir plusieurs des symptômes que nous * venons d énumérer, et qu l surviendra brusquement ‘une hémorragie méningée, reconnaissable à ses
signes, et cela chez un syphilitique, on sera en droit
de diagnostiquer une rupture vasculaire liée à un
anévrisme syphilitique intra-cranien.
: Anatomie pathologique. — Toutes les artères cérébrales peuvent être atteintes d'anévrismes syphilitiques; néanmoins, certaines semblent plus favorisées sous ce rapport, particulièrement la sylvienne et
le basilaire. C'est aïnsi que sur nos 21 cas, 10 se rap-
portent à la première et 5 à la seconde, Histologiquement, et en nous appuyant sur l’ensemble de nos Observations, nous trouvons au stade ultime, aboutissant des lésions : une advendice formée d'un tissu fibreux dense, n ayant de limites nettes ni en dehors où elle se confond avec les tissus voisins,
hi en dedans où ses trousseaux fibreux et ses vais
LR
seaux pénètrent dans la tunique moyenne. Celle-ci a perdu en partie ses éléments musculaires, il n'en subsiste plus que des lambeaux entre lesquels les trois tuniques se “one en. une seule paroi
fibreuse.
On conçoit alors, sans peine, qu’une paroi artérielle ainsi privée des éléments musculaires qui Jui : confèrent sa solidité, n’offrira plus à la pression sanguine qu'une résistance très amoindrie : ainsi se formeront les anévrismes des artères cérébrales.
En résumé, nous voyons que les anévrismes syphi- Ktiques des artères cérébrales sont assez fréquents, aw’ils apparaissent surtout chez des sujets jeunes où la syphilis est d’ailleurs la seule cause pouvant être invoquée, qu’ils n’ont pas une symptomatologie bien particulière, pas plus qu’une structure caractéristique, et que c'est simplement la concordance de la vérole ou de ses accidents qui peut faire seule le diagnostic.
En terminant, souhaitons qu’un jour de grands cliniciens puissent diagnostiquer les anévrismes intra- Craniens sur le vivant, que de grands thérapeutes trouvent les moyens de les guérir, et qu’ainsi ces anévrismes, étant prévus et soignés, ne puissent plus se rompre et donner lieu aux morts subites que nous venons d’étudier.