OBSERVATION XIII
Mort par rupture d’un anévrisme de l'hexagone de Willis. (SPILLMANN : Bull, Soc. Anat. Paris, 1886.) .
V.. Léontine, âgée de 21 ans, servante, se Bvrant à la prostitution clandestine, est amenée dans mon service le 6 août 1884. C’est une femme de taille moyenne, blonde, un peu lymphatique. Elle dit n’avoir jamais eu de maladie grave. Aucun antécédent alcoolique. Ses parents sont tous bien portants. Elle prétend avoir contracté la maladie qui l’a fait arrêter par la police, il y 4 mois environ.
On constate de l’adénopathie bi-inguinale, des syphilides papuleuses des grandes lèvres, des syphilides papulohypertrophiques en nappe de la marge de l'anus, syphi-
ARS re
lides papuleuses disséminées sur le corps, assez nombreuses à la nuque, syphilide pigmentaire du cou.
On la soumet à un traitement spécifique qui fait disparaître les accidents cutanés et muqueux; seule la syphilide éphélique du cou persiste.
Le 30 novembre, vers 6 heures du soir, la malade qui se trouve avec ses compagnes, pâlit brusquement, tombe à terre et présente des mouvements convulsifs. Elle est transportée dans son lit, pâle et anémiée. On constate alors une hémiplégie droite avec paralysie faciale gauche.
Dans le courant de la nuit elle présente du stertor Elle tombe dans le coma; le pouls faiblit et elle succombe dans la matinée.
AUTOPSIE, — Congestion prononcée des deux poumons, du foie, des reins et de la rate. Rien d’anormal au cœur. |
À l’ouverture de la boîte crânienne on constate une coloration violacée de la dure-mère qui semble refoulée par un épanchement. À la base du cerveau et dans le canal rachidien, on rencontre quelques caïllots hémorragiques. HE
L’encéphale, au premier aspect, présente les caractères d’uhe hémorragie sous-arachnoïdienne abondante. Les grands espaces sous-arachnoïdiens de la base, surtout l’espace antérieur, sont remplis par du sang coagulé, qui masque complètement les organes sous-jacents: il y a là une vaste nappe uniformément rouge d’où partent, à droite et à gauche, des prolongements qui vont jusqu’à
la convexité du cerveau en se logeant dans les sillons de
la masse nerveuse, et qui présentent leur maximum d’ampleur au niveau de la région sylvienne gauche. L’intensité de l’épanchement en ce point conduit à y rechercher tout d’abord la source de l’hémorragie.
On découvre en effet de cette façon une dilatation ané-
vrismale sur la moitié gauche de l'hexagone de Willis.
Elle y forme une tumeur de la grosseur d’une petite noisette, allongée d'avant en arrière et située exactement aux confluents des artères carotide interne, communicante antérieure, communicante postérieure et sylvienne. La dilatation porte principalement sur la communicante postérieure dont elle occupe environ la moitié antérieure.
La rupture s’est faite à la partie interne de la dilatation,
à une petite distance de lembouchure de la carotide interne, ses bords sont irréguliers et son diamètre à peu près semblable à celui de la carotide.
En examinant ensuite le reste de l’hexagone, on le trouve également altéré à droite en un point symétrique par rapport à l’anévrisme : l’altération affecte surtout la carotide qui est noueuse, sans augmentation appréciable du calibre, et qui présente l’apparence habituelle de la dégénérescence athéromateuse.
EXAMEN MICROSCOPIQUE. — À l’étude microscopique d’un certain nombre de tronçons artériels pris çà et là, dans la pie-mère on trouve dans la tunique externe une multiplication de noyaux, indice d’une inflammation commençante des méninges. Les autres tuniques vasculaires sont saines, sans dégénérescence ou altération quelconque, et par conséquent il n’y a bien, dans tout le système artériel des méninges, que deux endroits malades : l’anévrisme et le point symétrique correspon-
dant. Voici les lésions constatées dans ce dernier, sur les
coupes transversales de la paroi artérielle.
Tunique externe : enflammée, surtout dans les parties
superficielles. L’abondance des noyaux diminue au fur et
à mesure que l’on considère les couches les plus internes. Tunique moyenne : à nu sur bien des points dans l’intérieur du vaisseau.
Tunique interne : c’est la plus malade; la lame élas-