DIAGNOSTIC
La mucocèle du sinus frontal à évolution orbitaire présente des symptômes différents, suivant qu’elle est encore localisée au sinus ‘ou qu'elle a pénétré dans la cavité orbitaire. Les maladies avec lesquelles on pourra la confondre, ne seront pas les mêmes dans les deux périodes de son évolution. L'étude du diagnostic devra également être divisée en deux parties ; avant et après la perforation de la paroi inféro-externe du sinus. |
Avant la perforation les symptômes de la mucocèle peuvent être très voilés. Cependant elle présente le plus souvent des signes qui peuvent faire songer à elle. Ce sont : des céphalées, avec sensation d’engourdissement, comparables à celles qu’on éprouve dans le coryza simple, des douleurs violentes, répondant au trajet du sus-orbitaire, des variations dans Ja sécrétion du mucus par la narine correspondante et surtout une . tuméfaction siégeant vers la racine du nez où on sent en touchant, comparativement les deux sinus, l’uu d'eux proéminent et comme soufflé.
Les douleurs vives pourront faire songer à la névralgie sus-orbitaire; mais celle-ci n’est pas accompagnée de troubles dans l’écoulement du mucus, par
les narines. Elle sera augmentée par la pression sur le point d’émergence du nerf et peu ou pas en pressant sur la partie interne du sinus, on ne trouvera pas de signes de distension. L'état général du patient, ses maladies antérieures, surtout les inflammations du voisinage de la région sinusique, éclaireront le diagnostic. :
La lucilia hominivorax, établie dans le sinus, produit des phénomènes qui se rapprochent un peu des signes de la mucocèle. La lucilia hominivorax est rare en France, on ne la rencontre que chez des voyageurs, ceux surtout qui viennent de la Guyane. On n'éprouve pas dans la mucocèle de sensation de fourmillement ; il n’y a pas d’épistaxis, la présence de larve dans le mucus, qui s'écoule abondamment, tranche la difficulté.
Un diagnostic difficile sera celui à l’abcès du sinus frontal, les deux maladies sont, en effet, presque les mêmes, causées souvent par une inflammation de même origine; elles ne diffèrent que par l’intensité plus ou moins grande des phénomènes d’inflammation. L’écoulement nasal a une grande importance ; dans la mucocèle, il est muqueux et sans odeur ; dans l'empyème, il est franchement purulent et de mau- -vaise odeur. La douleur peut être aussi vive dans les deux maladies, mais plus lancinante dans l’empyème et accompagnée ordinairement de céphalées. La région sinusique présente des signes d’inflammation plus vive ; la chaleur locale se rencontre dans l’empyème et nese trouve pas chez les malades atteints de mucocèle. Les phénomènes généraux qui accompa-
opte
gnent toute infectien grave, sout là pour annoncer la présence du pus.
Après la perforation, par la mucocèle, de la paroi inféro-externe du sinus, on devra faire le diagnostic avec les tumeurs de l'orbite.
Nous parlerons, en premier lieu, de la méningocèle qui vient faire hernie de préférence à l’angle supérointerne de l'orbite, par suite de l’absence d’oblitération de la première fente branchiale. La méningocèle forme à l’angle supéro-externe de l'orbite, une tumeur molle et fluctuante. Ce sont là seulement, avec la localisation, les signes communs entre la méningocèle et la mucocèle. La méningocèle est une maladie congénitale du jeune âge. La mucocèle est une maladie de l'adulte. La réductibilité, la présence de mouvements synchrones avec les mouvements respiratoires, les phénomènes nerveux sont les signes de la méningocèle. La mucocèle est au contraire irréductible, son volume ne varie pas sous l'influence des mouvements respiratoires, et elle ne s'accompagne pas de troubles nerveux. Cependant, il sera bon pour préciser, de rechercher les déformations osseuses qui avoisinent le pédicule de la méningocèle.
Les kystes dermoïdes se développent également parfois à l’angle interne de l'orbite. Leur contenu est constitué par des débris épithéliaux, des matières grasses ou calcaires, mais aussi par du liquide muqueux ou huileux. Dans ce dernier cas, le kyste forme une tumeur molle fluctuante, qui peut communiquer avec le sinus frontal, et présenter de grandes difficultés de diagnostic avec la mucocèle. Cependant, c’est
au moment de la puberté, que ces kystes subissent une poussée et se révèlent même pour la première fois. Le développement de la mucocèle n’est pas lié du tout à la puberté. L’accroissement rapide du kyste dermoïde ou mucoïde est encore un élément de diagnostic. Malgré cela, la ponction exploratrice, cependant peu recommandable, peut être la seule chance de faire le diagnostic.
Les kystes hydatiques développés à l’angle interne de l'orbite sont assez fréquents et peuvent eux aussi être d’un diagnostic difficile. Le manque de trouble dans la sécrétion de l’écoulement du mucus par les narines, l'absence des signes de distension du sinus, les adhérences du kyste et le frémissement hydatique de Boinet, sont en faveur du kyste, La recherche des crochets des échinocoques est souvent le seul moyen qui permet de faire le diagnostic.
Nous réunirons dans un même groupe les tumeurs vasculaires, qui se distingueront facilement de la mucocèle par leur réductibilité et l'accroissement qu’elles prendront lorsqu'on fera pencher la tête du malade en avant et en bas.
Les sarcomes et fibromes localisés à l’angle interne présenteront avec la mucocèle de nombreux caractères différenciels. |
Les tumeurs ne sont pas molles, ni fluctuantes, ni libres dans le tissu quiles entoure ; mais au contraire dures, souvent adhérentes à la peau et au tissu sousjacent, eten outre elles ne seront pas accompagnées des signes de rétention, qui précèdent l’évolution orbitaire de la mucocèle.
L’empyème à évolution orbitaire, se différenciera de .
la mucocèle par lintensité des phénomènes d’inflammation.
Les douleurs seront plus vives, lancinantes, la peau qui recouvre la tumeur, au lieu d’être normale sera rouge et chaude, et les phénomènes généraux, fièvre, céphalée, et les autres signes des infections graves, feront reconnaître la formation du pus.
Nous ne devons pas oublier les kystes de Quenu, produits par la rétention intra-glandulaire du mucus des glandes du sinus frontal, ou par des involutions épithéliales. Ces kystes se développent dans le sinus frontal, avec tous les symptômes de la mucocèle ;' comme elle, ils perforent la paroi inférieure du sinus. Ils forment dans l’angle interne de l’orbite une tumeur en tout semblable à la mucocèle.
La ponction exploratrice fait reconnaître la présence du mucus. Ce n’est qu’en ouvrant et le sac et le sinus qu’on pourra reconnaître la présence des kystes muqueux nombreux, souvent agminés comme les alvéoles d’un gâteau de miel. Il s’agit alors d'une tumeur, d’une maladie kystique du sinus. e
Nous devons encore faire le diagnostic de la mucocèle à évolution orbitaire, avec les affections du sac lacrymal.
La muqueuse du sinus frontal refoulée par le mucus vient souvent, en effet, occuper la région où siège normalement le sac lacrymal,
L'écoulement des larmes, accompli d’une façon conforme à l’état physiologique, sera une première raison de croire à l'intégrité du sac.
Le cathétérisme fournira aussi de précieux rensei-
por
gnements, car si le sac n’est pas atteint on ne retirera ni mucus, ni pus, comme cela se produit dans les cas de mucocèle ou d’abcès du sac.
En outre, les maladies du sac lacrymal ne s’accompagnent d'aucun des symptômes produits par la distension du sinus frontal : céphalées, douleurs susorbitaires, etc., etc.
Ainsi donc, le cours normal des larmes, le cathétérisme permettront toujours de diagnostiquer la mucocèle du sinus frontal à évolutiou orbitaire d’avec la rétention, la mucocèle et l’abcès du sac lacrymal.