SYMPTOMES
La mucocèle du sinus frontal débute ordinairement d’une façon lente et insidieuse. Le malade ne souffre pas, il n’a pas de fièvre, ni aucun des symptômes généraux des maladies infectieuses.
Cela est si vrai que le malade opéré par M. Rollet ne s’est aperçu de sa mucocèle qu'au moment où les poches orbitaires étaient assez volumineuses pour produire un déplacement notable des deux yeux. Cependant certains troubles peuvènt se produire avant l’évolution orbitaire. Ce sont des céphalées et surtout une sensation de pesanteur et d'engourdissement comparable à celle quon éprouve dans le coryza. Les céphalées sont, en général, localisées à la partie du front correspondant avec le sinus atteint. Il peut y avoir aussi des douleurs névralgiques du nerf sus-orbitaire; c'était le symptôme dominant chez un malade du docteur Mei.
La tumeur orbitaire peut comprimer le sac lacrymal, il se produit alors un larmoiement qui étonne et frappe le malade.
On constate aussi souvent, à la racine du nez, une tuméfaction produite par la table antérieure du sinus repoussée en avant.
Quand on examine un malade atteint d’une mucocèle qui a déjà pénétré dans l'orbite, on est frappé par l'écartement considérable des deux yeux et par la largeur anormale de la racine du nez.
Dans les cas de mucocèle bilatérale, l’écartement des yeux est encore plus considérable, ce qui donne au malade un aspect étrange.
Si on examine de plus près le malade, on constate l'existence d’une tumeur qui fait tomber la paupière supérieure et forme comme un bourrelet au-dessus de la partie interne de son bordlibre.
La peau qui recouvre la tumeur orbitaire est absolu- .ment normale, elle ne présente aucune rougeur, ni aucun signe d’inflammation.
Si l'on vient à toucher la grosseur anormale qui siège à l’angle interne de l’orbite, on sent une tumeur molle, fluctuante, libre de toute adhérence, soit avec la peau, soit avec les tissus sous-jacents, si ce n’est à sa base. Si l’on cherche à délimiter son contour, ce qui est difficile à cause de sa mollesse, on peut arriver à la trouver comme appendue à la voûte supéro-interne de l'orbite, et la pulpe du doigt peut arriver parfois, en refoulant les tissus, à sentir le rebord antérieur de l’orifice de perforation.
Si l’on vient à comprimer la tumeur, on ne sent pas de battements et on ne provoque aucun écoulement ni de larmes, ni de sang, ni de mucus, ni de pus,
soit par l’orifice du sac lacrymal, soit par la narine
denis
correspondante. En faisant pencher la tête du malade en avant et en bas on ne provoque pas de modifications dans le volume de la tumeur.
La ponction exploratrice, qui n’est pas recommandable, permet de retirer un liquide transparent, filant, légèrement jaunâtre, comparable à celui qui s'écoule par les narines dans le coryza simple,
Une fois le diagnostic établi, si on ouvre, on découvre une poche mince et bleuâtre qui est formée par la muqueuse du sinus frontal refoulée et remplie de mucus. Si on ouvre cette poche on voit s’écouler un liquide blanchâtre ou jaunâtre, clair, visqueux, filant et sans odeur ; sa quantité peut être considérable, elle était évaluée à la valeur de ce que peut contenir une grande cuillerée, chez A... L...., opérée du docteur Mei. M. Rollet a fait mesurer d’une façon plus exacte la quantité de liquide qu’il retira de la mucocèle de son malade.
On mesura 25 centimètres cubes qui pesaient 19 grammes. L'analyse chimique a permis de reconnaître que ce liquide était constituée en partie par du mucus. Au microscope on constata l’existence de quelques globules de pus dont le plus grand nombre avait subi la transformation graisseuse.
Nous ne savons par aucune observation ce que peut devenir la mucocèle du sinus frontal à évolution orbitaire livrée à elle-même, mais il est facile de concevoir que la poche orbitaire ne fera que s’accroître. Le déplacement de l’œil deviendra de plus en plus considérable, l'exophtalmie croissante empêchera locclusion des paupières; la cornée, la conjonclive ne seront
Laon is plus protégées et auront à souffrir de l’inflammation produite par les poussières et les micro-organismes qui les atteindront alors facilement.
La mucocèle livrée à elle-même doit être considérée pour le malade comme un danger constant d'empyème.
La masse de mucus en rétention est un excellent milieu de culture, dans lequel les germes se multiplieront rapidement.
Nous n’avons pas à signaler ici les dangers de l’empyème, nous rappellerons pourtant que les communications des veines du sinus frontal avec le sinus longitudinal permettent à la maladie de se propager jusqu’à l’encéphale.