OBSERVATION III
Publiée par le D' Mri, de Pise.
S... T..., 28 ans, travaille l’albâtre, né à Volterra.
Entré à l'hôpital le 27 septembre 1887. Entré à la clinique le 5 octobre. ;
Son père a eu des bronchites répétées.
Sa mère est bien portante.
Un frère mort en bas âge, maladie inconnue.
Le malade a joui d’une bonne santé jusqu’à la fin de juillet 1887. Il eut alors une pleurésie à épanchement qui fût guérie trente-deux jours après. |
Il raconte, que huit ans auparavant, il s’est heurté si violemment contre le front d’un autre, en dansant, qu’il est tombé sans connaissance. Le lendemain de cet accident, les deux yeux étaient rouges, congestionnés et oedématiés, une sécrétion catarrhale abondante s'en écoulait, le malade. éprouvait une vive douleur de cuisson. Dix jours après tous ces phénomènes avaient disparu.
Un mois après le choc, le sourcil gauche se tuméfie sans douleur, ni spontanée, ni à la pression, cette tuméfaction s'étend sur le côté externe de l'œil. s
Le malade assure que cette tuméfaction a toujours été dure, non compressible. Les téguments ont toujours gardé leur aspect normal.
Tous ces phénomènes persistent sans modification jusqu’à vingt jours avant l’entrée du malade à l’hôpital.
A partir de ce moment la tuméfaction avait augmenté rapi-
dement en s’étendant par sa base vers le grand angle de l’œil et sur la paroi interne de l'orbite.
Sur cette tumeur la peau était normale, la tuméfaction était molle et élastique. Pendant cet accroissement rapide, des douleurs frontales intenses, capables d'empêcher le repos étaient survenues. On place des sangsues à l’apophyse mastoide, et un emplâtre locodolent. Le malade entre à l’hôpital.
L'état du malade à son entrée à la clinique était :
La tuméfaction s’étendait de la ligne médiane à la queue du sourcil, sur une longueur d’environ cinq centimètres, sa hauteur était d'environ deux centimètres, au-dessus du corps du sourcil. En bas, elle se perdait dans le grand angle de . l’œil, jusqu’au tendon de l’orbiculaire.
D'après ce qu’on pouvait en juger, en enfonçant le doit sur le côté interne du globe de l’œil, la tumeur paraissait occuper le 1/6 antérieur de la paroi interne de l'orbite. c
L’arcade sourcilière était normale supérieurement dans ses 2/3 externes et inférieurement dans toute sa longueur.
La tuméfaction était peu proéminente en comparaison avec le côté sain. Elle était d’une dureté osseuse dans toute la région sourcilière et dans la région en rapport avec l’apophyse orbitaire interne ; mais dans celle correspondant à l’unguis elle était fluctuante et la pression provoquait une
douleur intense. Les téguments qui revêtaient l’arcade scurcilière étaient œdématiés, moux et rouges, grâce aux applications médicamenteuses, L’œil avait été repoussé en dehors, mais il n'y avait pas de diplopie. Les mouvements des deux yeux étaient synergiques.
La compression de la tumeur ne provoquait d'écoulement ni par le nez, ni par la voie lacrymale. Les paupières étaient normales, La narine gauche était ouverte comme la droite et ne sécrétait pas davantage. La vue était normale.
Le 6 octobre, incision dans le point le plus fluctuant faite comme pour atteindre le sac lacrymal. £n faisant un sondage, on trouve tout à coup en haut un orifice de communication avec le sinus frontal,
ie 99!
On place un drain, on fait un lavage au sublimé faible, on voit sortir une quantité notable de mucus dense, filant, inodore, Mais après plusieurs irrigations, le liquide injecté revenait limpide,
Les jours suivants on fait des lavages, il sortait une abondante sécrétion qui prit un aspect jaunâtre purulent. Mais bientôt la sécrétion diminue de quantité.
La plaie était près de se fermer lorsque le malade prit une maladie fébrile avec exaspérations vespérales. À l’auscultation on constate des lésions de bronchite au sommet pulmonaire gauche, la fièvre reste vers 39. Pour ne pas fatiguer le malade, on espace les lavages. On les fait de trois en trois jours.
Le 25% jour, on enlève le drain.
La cicatrisation était presque complète,
Le malade était rétabli de sa bronchite, lorsqu’apparaît à nouveau de l’inflammation et un écoulement de pus dû à de la carie osseuse, ou par manque de cicatrisation de la poche.
On recommence les lavages, mais ils étaient si douloureux qu'on fut obligé de les suspendre.
Le malade voulut sortir malgré son état.
À sa sortie :
La tuméfaction s’étendait sur une longueur de 4 ou 5 centimètres de la racine du nez à la queue du sourcil. En hauteur, 2 centimètres au-dessus de la tête ; du sourcil elle s’enfonçait dans l'orbite jusqu’au tendon de l’orbiculaire. La portion orbitaire semblait s’étendre sur le 1/6 antérieur de la paroi interne. L’arcade orbitaire était normale dans les 2/6 externes, en haut et en dessous, sur toute sa longueur. Les téguments étaient sains sur la tumeur, excepté au niveau de la plaie où la peau était rouge et violacée.
La tumeur avait une dureté osseuse, excepté au niveau de l’apophyse orbitaire interne et de l’unguis, elle était peu saillante. La plaie avait la forme d’une fente oblique et était recouverte de croûtes rougeâtres ; ses bords étaient tailladés. En pressant, on provoquait de la douleur et on faisait sourdre
"40 | dü pus ét du sang. En introduisant une sonde avec précau- tion, à cause de la grande sensibilité, on trouvait des fongosités molles et on faisait sortir du sang.
On ne pouvait enfoncer la sonde à cause de la douleur, ce qui empêcha de rechercher la direction de la fistule.
Le malade sortit, portant un pansement. La sécrétion observée au microscope fit voir des corpuscules de pus, des globules de sang et des déchets de cellules.
Les crachats ne contenaient pas de bacilles, mais on sait que deux mois après son départ, S... mourait de tuberculose pulmonaire. Pendant cette maladie, le malade eut des poussées d’inflammation du côté de sa plaie ; elle était cependant fermée 48 heures avant la mort.