‹ De la musique religieuseChapitre 10 sur 32 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

(^nrllo est la miisi(|ii(' qui Joit êlro bannie du litni saint. — Musiqiio profane ap|)liquée aux paiolos sacrées. — Genre de l'oralorio.

La nature de l'art tout composé d'éléments humains, est la même pour les deux genres, sacré et profane, ils ne diffèrent Tun de l'autre que par la couleur, la forme, la manière. Semblable au bloc de marbre au(juel le ciseau du sculpteur peut imprimer la forme, le caractère qui lui plait, l'art musical dépend de l'intention et de l'habileté du compositeur et de l'exécutant. Il y aura toujours sans doute des similitudes, des nuances, des degrés infinis, qui dans plusieurs cas rapprocheront le sacré du profane, la musique avec sa physionomie vague, n'a pas toujours un sens pi-écis, des traits marcpiés et déterminés, sans le secours de la parole, il règne de l'incerlitude dans son langage. L'intention donc et la manière doivent décider la question. La musique sera ))lus ou moins religieuse, selon (pie le conq)ositeur se seia inspii'é dans les pensées de la foi, on n'aura écrit (jue dans un but humain, malériel.

RELIGIEUSE. Cl

Il y a différentes manières de composer une messe ou un motel, comme il y a différentes manières d'écrire sur le même sujet pour la chaire. Mais c'est surtout par les caractères négatifs qu'on peut distinguer le sacré du profane et appréciei' la diversité de manière, de couleur et de ton.

Une musique qui porterait à la dissipation, à la légèreté; une musique qui réveillerait des souvenirs profanes, qui inviterait aux joies du siècle, qui rappellerait des mouvements de danse; une musique qui renfermerait des réminiscences palpables de l'opéra, ou ferait revivre le sens de mauvaises paroles; une musiciue exclusivement savante, sans accès pour l'oreille du vulgaire; une musique dont les allures seraient enjouées, folâtres, vives jusqu'à l'impudence; une musique lâche, molle et voluptueuse; une musique enfin sans caractère, sans idées comme sans sentiment, qui serait plutôt le résultat du calcul, que du génie et du cœur, une musique froide et monotone, comme aussi une musique religieuse en elle-même, mais trop répandue, profanée dans les rues ou chantée dans les concerts mondains : tels sont les éléments qu'il faut bannir de la musique sacrée, sous peine de la dénaturer. Telle est, selon nous, la seule manière d'établir une limite convenable, de tracer une ligne de démarcation rationnelle entre les deux genres différents, le sacré et le profane.

Toutefois, une sage discrétion peut, à la rigueur, et dans de bien rares circonstances, admettre un tempérament dans les exclusions que nous venons de prononcer. Ici se présente naturellement une question qui n'est pas sans importance dans la pratique. Est-il décent, est-il utile de puiser dans les répertoires profanes des pièces de choix, et d'adapter à une musique d'opéra des paroles sacrées? Cette tentative a été exécutée dans les Concerts spirituels imprimés à Avignon; mais nous ne pensons pas qu'elle ait été heui'cuse. Bien des inconvénients sont attachés à ce travail. Le plus fâcheux de tous est que, malgré le couvert des paroles sacrées, le caractère de la musi- (jue est si visible, si transparent, que le sens primitif perce et

se montre à nu, or, ce sens ne rappelle le plus souvent que des idées profanes, pour ne rien dire de plus.

Il y a témérité à entreprendre un tel ouvrage, parce qu'il y a une difficulté immense, insoluble peut-être, à le mener à bonne fin. De loin en loin on y rencontre quelques pièces bien faites comme VEcce Deus et le Se Nasccns de Sacchini; il s'y trouve des dessins religieux d'un grand mérite, comme dans quehjues fiagments de Gluck. On ne pourrait en tirer parti qu'autant (|u'ils appartiendraient à un opéra oublié, et que depuis longtemps on ne monte plus. Il y aurait danger et inconvenance à s'en servir, si la musique accompagnait des paroles légères.

Alors même que le compositeur d'un opéra aurait eu en vue un sentiment religieux, on n'aurait pas toujours une sûre garantie; car la prière de la scène est loin d'être heureuse en l'éalité, on y trouve parfois une exaltation délirante, ou bien les accents du désespoir, ou ce qui est plus condamnable encore, on invoque la divinité pour la satisfaction d'une passion désordonnée. En résumé, il faut tant de tact et de goût, tant de précaution et de sévérité pour puiser dans les œuvres profanes (ju'il est rare qu'on puisse le faire avec fruit, et qu'il est préférable de s'abstenir entièrement de pareils moyens.

Ces inconvénients n'existent plus à l'égard des oratorios. On appelle de ce nom une sorte de drame sacré, quelques scènes religieuses, formant un ensemble, un tout historique dont le sujet et le texte sont pris dans les Saintes Ecritures. S'ils sont composés avec intelligence, avec vérité, ils seront empreints de la couleiu' religieuse qui leur est propre, du ton de dignité, de grandeur inhérent au sujet. Il y a des oratorios pour les fêtes de Noël, de Pâques, de Pentecôte. On cite plus parlicuiièrement l'oiatorio de la Création par Haydn; leChrist au Jardin des Olives par lieelhoven; le Messie d'IIiendel, les oratorios de Debbora, de Rachel, de la Passion, du Couronnement par Le Sueur; la Conversion de Saint Paul par Mendelssobn-Harllioldy, etc. Q(iel(|ues-uns ont été écrits partieulièrejnent j)our l'Eglise, d'autres ont plutôt été composés pour des

concerts. Ces derniers n'ont pas partout également le ton religieux. Le genre lyi'ifjue et {Iraiiiaùque dans lequel ils sont écrits, s'écarte parfois de la modération indispensable à ce genre dans la musique d'Église. Quelques compositeurs, sans prendre leur texte dans l'Ecriture, se sont contentés d'y puiser un sujet qu'ils ont remanié à leur gré et dans lequel ils ont introduit des épisodes de leur invention. Ces pièces n'ont évidemment pas le caractère d'oratorios.

De tout ce que nous avons dit sur la nature de la musique sacrée, il résulte que certains eft'ets purement mondains, profanes, et qui ont été signalés plus haut, sont incompatibles avec elle; qu'elle peut cependant s'allier parfaitement aux trois grands styles historiques. Le plain-chant avec ses antiques mélodies, sa tonalité surprenante; la musique religieuse du seizième siècle, qu'on peut appeler l'école de Palestrina, ou l'ancienne école italienne, à laquelle il faut ajouter les grands noms d'AUegri, et même de Scarlatti , .de Durante et de Marcello, et peut-être le nom récent de l'abbé Baini : elle se distingue par des mélodies larges, pompeuses, graves mais uniformes, et par une harmonie simple et hardie; enfin l'école moderne avec sa souplesse de ton, sa variété de caractères, sa richesse d'harmonie, ses immenses ressources. La musique religieuse peut même lui emprunter quelques-uns de ses accents lyriques et dramatiques, quand elle a à traiter tel sujet grandiose et poétique des prophètes ou des cantiques; mais elle doit le faire avec sobriété, retenue et goût en maintenant partout entre elle et le genre profane, la difféi-ence qui existe entre la chaire chrétienne et la scène mondaine.

De la sorte, le genre religieux demeure intact, et caractérisé, comme tout art chrétien renfermé dans de justes bornes. Nous pouvons, ce nous semble, appliquer à la musique religieuse les belles paroles que Mgi- Dupanloup a apjjliquées aux lettres, dans sou discours de réception à l'Académie française. Après en a\oii- constaté l'ulilité, il dit : « -Je n'ai jamais « pensé que les lettres ne fussent (ju'une vaine parure, un

<»i MUSIQUE

« ornement de convention pour les sociétés humaines, » Et plus loin il ajoute : « Le Cliiistianisme purifie tout ce qui peut « être purifié, ainsi le Panthéon, vieux temple de toutes les «' idoles, n'est pas renversé, mais purifié et consacré à la " Vierge et aux Martyrs. » Ces paroles si judicieuses corrohorent notre opinion sur l'étendue du domaine de la musique sacrée, et en particulier sur l'emploi dans nos temples, de la musi(jue moderne avec la pluj)art de ses moyens. Ainsi la musique sacrée n'est pas un simple ornement, un objet de lécréalion et de passe-temps; elle a une fonction bien noble à remplir, des avantages importants à réaliser. Ainsi, la musicjue sacrée, tout en empruntant au genre profane, au paganisme même, a modifié, purifié, et comme sanctifié ce (ju'clle en a reçu, et dans ce sens, elle est devenue un art chrétien.

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