‹ De la musique religieuseChapitre 13 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Abus qui *;e rciieoiilrent, dans l'exécution actuelle du plaiii-chaiit et de la inusique.

En dehors des ahiis généraux que nous avons signalés dans le chapitre préeédenl, il en est d'aulies (|u'il faut examiner de plus près. Peul-on ranger parmi les abus l'usage de laire ehanler le plain-ehanl par une ou deux voix? Ou, au contraire, celui de faire chanter toute la multitude n'esl-il pas sujet à des inconvénients?

Dans les paroisses secondaires, comme dans les églises de campagne, le plain-chant n'est ordinairement exécuté que par cinq, trois et quehjuefois une seule voix. Harement, et seulement pour les hymnes à caractères et fort connues, le peuple tout entier se mêle au chant. La voix de tout un peuple chantant les louanges divines est certainement (|uel(|tie chose d'im-' posant et de grandiose, et plusieurs de nos prélats désirent voir revivre cet effet majestueux.

Celte manière de chanter date des temps apostoliques, comme Talleste le cardinal Bona (Rcr. iitiirg. 1. 1 . c. ^5. §1 9). SainiChrvsoslôme aflirme qu'elle était en usage dans l'Orienl :

Conveuiebant oUm omnes et psallebant communlter : hoc nunc fjuoque facimus. « Tous les fidèles autrefois prenaient une « part active aux chants sacrés : cet usage s'est conservé par- •: nii nous. » (Hom. 56 m \. Cor). Elle est louée par saint Jérôme qui admire le zèle des chrétiens d'Occident accourant aux tombeaux des martyrs pour y chanter leur gloire; les saintes acclamations de tout ce peuple lui semblaient être majestueuses comme la voix du tonnerre : Ubi plehs ad simiUtn- (lineni cœlesfis tonitrui amen reboat. Longtemps cette coutume s'est maintenue; mais les inconvénients qui se sont peu à peu manifestés ont été nombreux; les clameurs, la confusion, la discordance sont venues troubler les chants sacrés, au point d'y produire une affreuse cacophonie; quelques prélats, comme saint Césaire d'Arles, saint Chrysostôme ont essayé de ramener l'exécution à sa perfection primitive, mais le concile de Laodicée et le second de Tours ont jugé plus convenable d'interdire le chant à la multitude et de le confier à une classe d'hommes instruits et formés, pris tous dans le clergé.

Le premier de ces conciles s'exprime ainsi : Non oportere prœter canonicos cantores qui suggesfnm ascendunt, et ex (lip/itliera seu membrana cantant, alium quemlibet in ecclesia j)sallerc. « Il ne convient pas que personne à l'église fasse en- « tendre sa voix dans les chants, si ce n'est les chanteurs ca- « noniques qui montent au jubé. » Toutefois quand on s'est assuré que le peuple sait parfaitement un chant, il y aura toujours grande utilité à le faire exécuter par la multitude tout entière. A Rome depuis des temps très-anciens, la coutume était autre, il y avait une école de chanteurs composés de sous-diacres, de clercs inférieurs, et d'enfants élevés en commun sous la surveillance d'un maître qui était, dit Terlullien, « leur premier professeur de belles-lettres et qui en <i même temps les initiait à l'art du chant: ^^Primus informalor lillerurwn et piimua eduinator cocis. (^De pallio. C. ait.)

Laissons parler ici un écrivain ancien, Pierre, évêque d'Or- \ieta, qui, dans ses notes sur la vie de Léon IV, dit ces mots

(lonl nous doiinous immcklialemenl la Iraduclion : « Du temps « de sailli Sylvestre, pape, il y avait à Rome un grand nombre « d'églises, chacune d'elles n'avait pas des ecclésiastiques ou « des moines spéciaux pour en remplir les fonctions. On n'y « voyait que des prêtres titrés et des diacres, les premiers ad- « ministraient les sacrements, les seconds servaient les pau- «c vres. Aussi on établit de bonne heure une école commune de « chanteurs chargés des ofiices des stations, des processions « aux solennités principales de chaque église. C'est dans celle « école que des enfants étaient formés au chant, aux lettres « et aux bonnes mœurs; leur chef était le Primicier dont la « dignité était alors considérable dans la cité. » Quelques auteurs, il est vrai, attribuent à saint Grégoire-le-Grand l'établissement de cette école.

iVous nous sommes étendu longuement sur ce fait important, afin de relever un abus que nous regardons comme grave dans l'exécution du plain-chaul. Que le plain-chanl soit chanté alternativement par une ou deux voix et par un chœur dans les messes, et par deux chœurs dans les hymnes et les psaumes : c'est une manière convenable à la fois et variée. La coutume d'alterner le chant, de le diviser en deux chœurs dans le Kyrie Eleison, etc., est aussi très-ancienne dans l'Eglise, on en attribue l'origine à saint Ignace d'Antioche pour l'Orient et à saint Ambroise pour l'Occident. Mais faire habituellement chanter le plain-chaiU par une voix, ou par deux ou trois nous paraît contraire à la nature de ce chant; il est majestueux, grave, il suppose un chœur nourri, le faire exécuter par quelques voix maigres et surtout dans un grand vaisseau, c'est le rendre mesquin, faible, sans vigueur. Et cependant cet inconvénient est fort commun, parce (|ue dans plusieurs églises il n'y a qu'une ou deux personnes qui connaissent le plain-chant et qu'on ne songe point à en former d'autres. Aous sommes dans la conviction ((uil n'est pas d'église de campagne qui ne puisse avec du zèle et quelques soins avoir un chœur d'une vingtaine de voix suffisamment exercées.

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Xods ne (lirons (iifun mol (run abus bien rare heureusenieiil, eUjui nous parail èlre une énorniilé scandaleuse. C'est la eoulunie d'appeler, aux jours de grandes solennités, et de l\iire clianler dans la maison de Dieu, les artistes de théâtre. C'est un moyen simple, mais on l'avouera, très-peu religieux, d'obtenir de belles et habiles voix pour faire de la musique sacrée. Il y a inconvenance sous tous les rapports : inconvenance pour le saint lieu, inconvenance pour le chrétien, inconvenance même pour l'homme sans foi, pour le curieux; le rôle de chanteur chrétien ne peut être sérieux dans la personne d'un acteur, un organe habitué à dire des choses légères, à exalter les mauvaises passions, ne peut que parodier les louanges divines; ceux qui l'auront entendu au théâtre seront révoltés en entendanlà l'église, le même accent, le mêmestyle, le genre théâtral enlhi.

Un autre abus, c'est l'altération de la pensée de l'auteur dans la miusique comme dans le plain-chant. En musique, le chanteur soliste est libre dans quelques cas, de s abandonner à son goût personnel, d'exécuter à son gré un point d'orgue et parfois un trait rapide; l'expression et la nature de la voix exigent aussi des nuances et des inflexions spéciales dans cerlaines cii'conslances. Mais ces cas ne sont pas communs dans la musi(|ue religieuse, pas même dans celle de l'école moderne d'Italie. En général, le chanteur doit se rappeler que son rôle n'est pas de créer, mais d'être l'organe fidèle du compositeur et l'interprète exact de ses sentiments. Le système des broderies et des fioritures fiécjuenles sont de mauvais goùl dans la nuisi(jue profane et la dénaturent, à plus forte raison blessentelles les' convenances de la musi(|ue saciée. D'ailleurs ces ornements tournent à j)eu près dans le même cercle et ne peuvent guère devenir neufs; le chanteur qui en abuse tombera nécessairement dans des formules vulgaires et surannées.

Le plain-cbanl représenté par des signes peu nombreux n'en a aucun pour délerminer les repos de la voix, le mouveni<-nl. le rliyllime. Ceux iju'il a sont insuilisants pour établir

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l;i valeur des noies et pour donner f|iM'l<|ue expression à la mélodie. Il faut que les chanteurs comblent ces lacunes; mais ils ne le feront utilement qu'avec une connaissance parfaite de la nature de ce chant et du genre d'ornement qui lui convient. Dans la musique, mais surtout dans le plain-chant, on doit éviter U!i abus assez commun, l'usage arbitraire de l'appogiature et du port-de-voix. C'est trop souvent une manière de mettre de la langueur dans l'exécution et une atîectation qui altère la pensée musicale.

Mais les deux défauts contre lesquels il faut absolument se prémunir dans un solo accompagne, ou dans des chœurs, sont le manfjuc d'ensemble et une intonation é([uivoque. Le simple bon sens établit cette règle, et pourtant c'est celle qui est le plus ordinairement violée. Il existe tant de causes qui provoquent cette violation, que dans les répétitions on ne saurait apporter trop de soins à lenlière et parfaite observation de ce précepte si naturel de l'art.

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