‹ De la musique religieuseChapitre 17 sur 32 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Suite du méinc sujet. — Organisation des écoles de chant selon M. Jlartin d'Angers.

Dans l'élude de la musique, deux syslèmes pailagenl les écoles : le premier veut qu'on ne s'occupe d'exécution que lors- ((u'on est parfaitement \crsé dans l'art de la lecture, excepté pour les instrumentistes qui apprennent la lecture en s'essayant sur leur instrument. Le second veut qu'on s'applique à l'exécution du moment qu'on a assez de lecture pour le faire avec utilité. C'est le sentiment de Choron qui expose ainsi les inconvénients du premier (Manuel de Musique, p. 88) : « Les plus remarquables sont de détourner l'attention des « commençants de ce qui doit faire l'objet principal de leur « étude, je veux dire la bonne exécution musicale, pour la ra- «I mener tout entière vers un objet secondaire, l'art de lire « la musique; de consumer sur cet objet toute l'ardeur des « élèves pour acquérir, par des efforts multipliés, ce qu'on « obtiendrait sans efforts de l'habitude et du temps, le talent « de lire avec facilité; de faire contracter aux étudiants l'ha- « bitude d'exécuter de mauvais goût, sans aucune intention,

« et de multiplier ainsi la race si répandue parmi nous des « croque-notes et des massacres, pour lesquels toute la musi- 0 que se réduità l'usage familier d'un mécanisme devenu sans « objet entre leurs mains. »

Choron ajoute que ses observations ne portent que sur k mode d'étude et non sur l'utilité de la lecture musicale; il la veut absolument pour les chants qui ne peuvent être retenus de mémoire, pour les chants du genre classique et sévère. Jl veut aussi que, de préférence, les élèves soient exercés sans instrument, mais sous la conduite d'un maître sur de la justesse d'intonation. C'est à l'observation de ces règles et surtout de celle qui veut qu'on mène de front l'étude de la lecture, celle de l'ai't du chant, et re\écution, que Choron attribue les heureux résultats de l'école italienne comparativement à la française. « Les Italiens chantent généralement avec goùl, « dit-il, tandis que les Français chantent avec tant de froi- « deur et de sécheresse. » Toutefois aujourd'hui on reproche aux Italiens de ne faire dans les chœurs que les nuances extrêmes du piano et du forte.

II est aussi, selon nous, de la plus haute importance que le maître, dans l'exécution, donne à ses élèves l'intelligence et du texte, des divers sens des paroles chantées, et de la conlexture musicale, du but du compositeur, du tableau, des idées artistiques destinées à interpréter, à animer le texte lui-même. Qu'il n'oublie point de tenir ses choristes dans une action, un mouvement identique, dans un ensemble et une précision adé- (juales. Que les uns et les autres rendent de la même façon, selon leurs moyens respectifs, les nuances du piano, du sotio voce, du mezzo forte, du forle,dcs sons liés ou détachés; qu'ils donnent aux sons la même teinte, qu'ils les affaiblissent également dans le diminuendo, qu'ils paraissent enfin animés d'un même esprit, d'une même intelligence et concourent de la jnême façon à un effet unique et simultané.

Mais connue nous parlons ici d'une noble fonction, de la consécration de la voix à celui de qui tout bien émane, il faut

H 6 MUSIQLE

que, soit dans la classe, soit surtout dans le saint temple, le chanteur se pénètre profondément de l'objet divin qu'il chante : In le cantatio mea semperj qu'il mette en jeu tous ses moyens pour rendre sa louange digne de Dieu : Bene psallite illi; qu'il n'oublie pas l'avis de saint Jérôme que le cœur doit avoir dans le chant la principale part : Deo non voce, sed corde cantandumj qu'enfin, selon saint Bernard, tout, dans le chant sacré, soit grave, viril et affectueux, parce qu'on y traite des paroles célestes, le langage même du Saint-Esprit : Non fractis et re~ missis vocibus, muliebre quiddam de nare sonantes, sed virili sonitu et affectu voces Sancti Spiritus depromentes . C'est alors qu'on réalise les heureux effets dont parle saint Bernard (Lib. ad sor. o2.) cité par Mgr Parisis dans son mandement sur le chant religieux : Bomim est etiam cum sono vocis, et hymnis et psalmis, et cantibus spiritualibus glori/icare Deum. Sicut orationibus jiivamur, ita psalmornm modulationibus delectamur. Usus cantandi consolatiir tristia corda. Cantus in Ecclesià mentes hominum lœtificat, fastidiosos oblectat, peccatores ad lamenta invitât : nam qnamvis dura sint corda sœcularium hominum, statim ut dulcedinem psalmoruni audierint, ad a)norem pictatis convertuntur. Sunt multi qui suavitate psalmorum compuncti peccata sua lugent. « Il est bon de glorifier Dieu en chantant des psaumes et des « cauti(|ues spirituels. Si nous sommes nourris et fortifiés par » l'oraison, nous sommes encouragés et réjouis par la modu- « lation des psaumes. Dans le chant de l'Eglise, les âmes « tristes trouvent de la joie; les esprits fatigués, du soulage- « ment; les tièdes, un commencement de ferveur; les pécheurs, « un attrait à la componction. Quelque dur que soit le cœur « des hommes du monde, en entendant une belle psalmodie, « ils ressentent toujours au moins quelque commencement «< d'amour pour les choses de Dieu. Il en est même à qui le « seul chant des psaumes, entendu pai' une simple satisfaction •1 naturelle, a fait verseï- des larmes de repentir et de cona version.

Il serait vivement à désirer que tous les chanteurs de musique sacrée prissent à lâche de marcher sur les traces d'un modèle acconij)!!, vivant encore et qui a consacré un bel organe et un magnifique talent au culte divin. Nous voulons parler de M. Alexis Dupont, qu'on a entendu si souvent dans les principales églises de Paris et dans les concerts religieux du j)rince de la Moskowa. Parfaitement versé dans la connaissance de tous les styles, il chante avec une vérité, une grâce, un sentiment et une piété exquise soit les pièces les plus variées de la musique moderne, soit les morceaux sévères de l'école de Palestrina, les motets gracieux de Marcello, soit le chant grégorien. Mais ce chanteur avant d'exécuter, étudie; il veut saisir le dessein, le génie de l'auteur, s'identifier avec la manière antique ou moderne, chanter enfin avec intelligence et se montrer le digne interprète de la musique sacrée. Ils sont malheureusement bien rares les artistes de manière aussi sérieuse, d'un mérite si pur et si élevé!

Si un professeur, dans une école de chant religieux, doit réunir des conditions difficiles, posséder des connaissances musicales fort étendues, avoir de l'habileté et de l'expérience pour faire comprendre et exécuter selon les règles du goût, il ne doit pas moins être versé dans un art moins connu, moins défini, dans l'art du plain-chant. Comme le graduel, l'anliphonaire, le vespéral ne sont pas les mêmes partout, qu'ils renferment de graves imperfections, et qu'il règne bien des obscurités, des divergences, pour ne pas dire de l'arbitraire dans la manière dont les méthodes de plain-chant en règlent l'exécution, le maître devra avant tout s'astreindre au genre, à la manière suivie dans le diocèse où il enseigne, sans y rien mêler du sien, sans y rien innover. Comme il n'a aucune autorité pour prescrire et réglementer, la moindre dérogation à l'usage ajouterait une altération de plus à celles que le plainchant a subies. C'est donc par l'usage qu'il déterminera dans quel cas on doit se servir du dièze ou du bémol; car, si l'antique plain-chant n'a pas de note sensible, dans bien des diocè-

ses on y a souvent recours, et des mélhodes récentes donnent à ce sujet des règles assez confuses et très-peu conformes à la nature du chaut grégorien. Quand les élèves sont à même de comprendre la tonalité anticjue, le maître la définira comparativement à la tonalité moderne, en fera connaitre toutes les conséquences, l'étendue de réchclle diatonique de ce chant; la pose de la tonique et de la dominante, et la différence du ton authentique et plagal; la richesse des cadences grégoriennes; comment le repos peut avoir lieu sur toute note de Téchelle, hormis le sij comment, avant l'invention du si, se faisait la solmisation, et pourquoi, sans qu'il y eût de bémol, on l'exécutait accidentellement ou dans tout le mode, selon le genre de propriété, ou bien pour éviter la quarte augmentée ou la quinte diminuée sur la tonique, intervalles qui n'ont jamais été reçus, au moins depuis l'époque où le plain-chant a commencé à être modifié et régularisé, c'est-à-dire, depuis Gui d'Arezzo; comment, des douze tons, huit seulement sont en usage, parce que les derniers ne sont que la transposition des précédents, et ce que c'est que les tons mixtes et irréguliers.

Le maître réglera le mouvement propre aux messes, hymnes, ))saumes, etc. Ce mouvement est en général lent et grave sans pesanteur, il n'est pas le même pour toutes les pièces, mais il vaut mieux excéder dans un sens plus conforme à la nature du plain-chant que dans l'autre, il vaut mieux être trop lent que rapide et léger. Que de personnes ont souffert en entendant dans plusieurs églises de France le chant cavalier et précipité des proses aux jours de fête! De plus, le maître doit convenir des repos à faire, et s'il est possible, des notes après lesquelles on s'arrête pour respirer; il est si disgracieux d'entendre une j)arlie du cho'ur suspendre le chani, tandis que l'autre continue; le rhylhme étant peu sensible ou nul dans i»ien des pièces, la phrase ayant peine à se faire jour et à se dessiner, il est nécessaire de s'entendre et d'en fixer le sens, comme aussi de savoir (|uelle valeur il faut attribuer aux diverses notes, afinque la marche soit uniforme, aisée et décidée.

RRLIfilEUSF.. 410

Le cardinal Boiia rapporte ((uelque part que, clans un monastère, où la coutume s'était inlioduite de hâter le chant et de le briser, l'abbé forma des enfants de chœur qui devaient prendre l'initiative de tous les chants et obliger ainsi le chœur des moines à s'assujétir au même mouvement grave et majestueux. Nous avons vu aussi dans une cathédrale de France, tous les enfants de chœur tournés vers le maître de chapelle dont ils suivaient les mouvements; celui-ci, à l'aide du bâton de direction, indiquait la valeur des brèves et des carrées, la marche de la pièce, et l'exécution se faisait avec une rare précision.

En terminant nos réflexions sur la formation des chanteurs d'église, nous ne saurions trop insister sur l'absolue nécessité de cette formation et par conséquent de l'établissement d'écoles publiques de chant, au moins dans les grands centres. C'est l'unique moyen de bannir l'ignorance, cause principale de toute mauvaise exécution. Mais, d'autre part, un enseignement mal conçu et mal dirigé ne diminuerait pas le mal; la question de l'enseignement musical doit donc être sérieusement étudiée. C'est pour cela que nous n'avons pas hésité à nous étendre sur ce sujet et que nous allons citer l'opinion d'un praticien expérimenté, M. Martin d'Angers. Il s'exprime ainsi dans la Revue musicale de Paris (19 oct. 1845) :

« C'est vers l'âge de douze ans seulement que les voix en- « fantines prennent toute leur force, leur rondeur et leur bril- .. lant; elles restent belles jusqu'à quinze ou seize; puis, après « avoir jeté un vif éclat, qu'on pourrait comparer au chant du a cygue, elles perdent peu à peu tous leurs charmes. Quand « ces voix blanches sont sur leur déclin, les notes graves se <• voilent d'abord et enfin s'éteignent complètement. Les notes >> supérieures s'altèrent moins vite; mais, après plusieurs en- « rouements précurseurs, elles ont le sort des premières, et la 'I mue commence son travail de transformation. 11 est alors « dangereux, le plus souvent même impossible de chanter, car «i il ne reste dans le larynx que ({uelques mauvais sons éraillés

i:20 MUSIQUE

« qui D'apparlienuent à aucun genre de voix bien précis. Chez <= (|uel(|uc.s-uns la niélaniorpliose vocale s'opère assez promp « leinonl; ciiez daulres, elle esl très-lente; ou doit sans doute « attribuer celte différence à la marche du tempérament, qui «i n'est pas la même chez tous les individus.

«' Une fois ces explications données, c'est au bon sens, à « l'expérience du professeur à faire le reste; c'est à lui d'es- « sayer, à l'ouverture du cours, les facultés vocales de ses élè- « ves, et d'imposer seulement l'étude delà théorie jointe à la « lecture rhythmique à ceux d'entre eux dont la voix se voile ou « se transforme. La musique, on le sait, s'apprend beaucoup « par imitation : la répétition fréquente des intervalles arri- < vaut à leur oreille y laissera gravés les principes de Tintona- « tion; les valeurs, ils les apprendront en lisant en mesure : " de la sorte ils sauront également raisonner musique, puis- « qu'ils assisteront comme les autres au développement des « éléments théoriques sur le tableau. Plus tard aussi rien ne a les empêchera de bien déchiffrer avec un piano ou tout au- « Ire instrument, puisqu'ils connaîtront parfaitement tous les 0 signes usuels de la notation moderne, qu'ils auront suivi les « dictées de valeurs, d'intonation, enfln tous les exercices né- • cessaires à la formation d'un bon lecteur.

« i\ous avons dit que l'âge de qliinze ans, chez les garçons, «t était l'épocjue ordinaire de la mue; c'est aussi l'âge habituel « où les collégiens entrent en quatrième ou tout au moins en « cinquième.

« Etablissez donc, deux divisions bien tranchées : que dans « l'une soient comprises les classes de huitième, septième, « sixième et cinquième; dans l'autre celle de quatrième, troi- « sième, seconde, rhétorique, philoso|)hie. Dans la première « vous n'aurez (juedes \oi\ blanches, enfantines, pouvant tout « chanter, soit à l'unisson, soit en chœur, dans un diapason « nni(|U(', plus ((uelqucs gosiers malades condamnés à rester « muets, mais à suivre meiilalemenl. Dans la seconde, vous « aurez aussi qucb)ues impotents, plus près de la guérison,

« puis des premiers, des seconds ténors, des barytons, quol- « ques basses, pouvant tous chanter pareillement, soit àl'unis- « son. soit en chœur, à voix csales.

<i Le jour où vous voudrez, dans un exercice public, une « solennité religieuse, réunir les meilleurs élèves de vos deux « divisions, vous aurez un quatuor complet, un chœur magni- « tique manœuvrant comme les phalanges de TOrphéon : alors « vous serez fiers de votre œuvre. Mais pour arriver à ce ré- « sultat il y a bien des conditions essentielles à remplir. La « première, c'est de choisir un professeur habile, bon lecteur, « savant harmoniste, chanteur exercé, capable de diriger avec « la voix plu.s qu'avec le geste, d'une instruction solide et " variée, joignant à cela l'expérience de l'enseignement simul- «' tané, beaucoup plus compliqué, plus minutieux que leusei- « gnement individuel.

a La seconde, c'est le choix d'une bonne méthode. M. Fé- « tis dit quelque part, dans la Gazette musicale, que les Al- 0 lemands, infiniment supérieurs aux Français dans l'ensei- « gnement mutuel musical , ne se servent pour ainsi dire « d'aucune méthode, ou plutôt que les professeurs, étant tout « à la fois théoriciens, exécutants, compositeurs, improvisent « leurs cours séance tenante; qu'à l'aide d'un immense tableau « chargé de nombreuses portées, ils tracent les signes expli- « catifs des éléments, ceux de la notation ou alphabet musical, « ceux des intervalles, des valeurs; puis de petites leçons gra- « duées à une, deux ou trois voix. Ensuite ils mettent entre les « mains de leurs élèves des recueils de chants nationaux en « parties, des chœurs d'oratorios, de messes, d'opéras, et « voilà des musiciens formés, non point, comme vous voyez, « par la nature merveilleuse du sol, mais par la puissance de « l'éducation. Il ne faut ni plus de mystère ni plus de charla- « tanisme pour arriver là. ^'ous voyez (|ue c'est bien simple, « bien facile en apparence; le tout est de remettre l'œuvre en- « tre les mains d'un habile ouvrier.

« C'est le général qui fait l'armée; la tète a une puissante

« action sur les membres. Un orchestre médiocre, un chœur « de voix novices, feront des prodiges sous le bâton magique a d'un chef aguerri.

« Mais gardez-vous surtout des fabricants de nouvelles mé- « thodes, qui, sous prétexte de vous apprendre la musique, « vous font faire connaissance avec une science hiéroglyphi- « que appliquée sottement à l'écriture musicale; qui, au lieu « de vous initier aux signes usuels de l'alpliabet moderne, tra- « vestissent les signes en signes conventionnels plus ou moins « absurdes, et vont prônant partout leur ingénieuse trou- « vaille.

« Adressez-vous à des hommes sérieux, élevés dans les sai- « nés doctrines, ennemis du clinquant, du charlatanisme, et u qui enseignent la musique vocale tout bonnement à l'aide 0 d'excellents solfèges, des recueils de chants les plus esti- « mes.

« Nous ne connaissons pas d'autre secret pour devenir par- « fait lecteur, que de lire beaucoup de musique, de déchiffrer Il et de déchiffrer toujours solfèges , morceaux d'ensemble, « partitions de toute nature. Nous soutenons encore que, sans « le concours de ces solfèges qu'il serait urgent d'ajouter à la « méthode Wilhem, parfaite pour la théorie pratique des tons « et des intervalles élémentaii'cs, mais incomplète quant aux « exercices progressifs du rhythme et de l'intonation, on n'ar- « rivera jamais à former de bons musiciens. Il n'y a que des « organisations anti- musicales (|ui puissent résister à ce « moy(4i infaillible; et si l'on commençait par là, l'étude des « instruments deviendrait bien j)lus facile; on ne verrait pas « tant de pianistes jouer sans mesure, sans méthode, estro- « pier à chaque instant le rhythme d'une contredanse ou d'une '( valse; accom|)agner à rebours du sens commun k moindre •' petit morceau de chant. On ne verrait pas tant de ténors, « de sopranos amateurs pâlir pendant un mois sur la plus . simple romance, sans en compiendre ni le ton, ni la me- « sure, ni le mouvement. On n'achèterait pas tant de mau-

'; vaise musique, parce ([iroii verrait d'un coup d'œil quelle « est sa valeur réelle, et les éditeurs eux-mêmes se verraient « contraints d'être plus difficiles dans l'acceplalion d'un ma- « nuscrit.

« Quand on voudrait monter un chœur dans une soirée par- « ticulière, une messe dans une église de village, un concert '1 au profit des pauvres, on trouverait, à défaut d'artistes, des -' amateurs habiles que l'on croirait sortis des maîtrises, et «•qui viendraient tout simplement de nos collèges royaux, a OÙ ils auraient reçu, en même temps qu'une habile instruc- <: tion littéraire, une éducation musicale parfaitement conve- « nable.

< Et ce ne sont pas là des utopies : le sol français est aussi « musical que le sol teuton. Si les universités allemandes ont « trouvé la solution de ce problème, pourquoi ne la trouve- <i rions-nous pas comme elles? Qu'on se mette promptement à « l'œuvre, mais qu'on ne bàti>se pas sur du sable. Si l'on veut « suivre la méthode toute simple, toute claire que nous avons «1 indiquée d'après Le Sueur, dans notre premier travail sur « cette matière, nous garantissons un plein succès. C'est ainsi « que, pendant treize ans, nous avons appris la musique dans « la vieille et célèbre maîtrise de la cathédrale d'Angers; c'est « ainsi que Plantade père, Le Sueur, notre excellent maître « et ami. Desvignes et l'abbé Roze l'avaient apprise. Alexis « Dupont, l'un de nos meilleurs lecteurs , ne reçut jamais « d'autres principes à la métropole de Paris; Duprez, Massel, « chez Choron.

« Félicien David, qui vient de se révéler au monde musical t' par une œuvre remarquable, est un ancien enfant de chœur. «I Meyerbeer lui-même fit ou acheva son éducation d'artiste « au séminaire musical de Darmstadt, dirigé par l'abbé Vo- « gler. Il commença par composer des messes, des oratorios « d'une grande portée, et fut, en outre, un habile organiste. « Les morceaux religieux de Robert et des Huguenots lémoi- « gnent de cette éducation sévère à larges bases.

i 24 MUSIQUE

« Nous citerions cinquante autres artistes parmi nos maî- <i très de chapelle, nos chanteurs les plus renommés, qui, « sortis des maîtrises (car plusieurs se sont relevées), n'ont « appris la musique, nous ne pouvons trop le répéter, qu'en « pâlissant sur les solfèges à toutes les clefs, en se familiari- « sant avec les diflicultés les plus ardues de la lecture musi- «< cale; en transposant des partitions, en écrivant sous la dic- « tée des phrases dans tous les tons, tous les rhythmes, aidés « par le nom des notes ou seulement par l'intonation brute sur « une seule voyelle. Toutefois nou» ne prétendons pas dire « qu'on puisse obtenir de semblables résultats dans les col- « léges; mais, quand bien même on n'irait pas si loin dans la «( bonne roule, pourvu qu'on y entre et qu'on y marche sans « trébucher, la part est déjà belle, le succès satisfaisant. »

Page 1