‹ De la musique religieuseChapitre 18 sur 32 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Accompagnement ancien. — Usage des instruments et de l'orchestre.

Abus.

L'exécution vocale, quelque bonne qu'elle soil, ne suffît pas pour obtenir une musique sacrée convenable et cligne, tant que Taccompagneinent, aujourd'hui si commun, n'est pas avec elle en parfaite harmonie. Dans les siècles primitifs de l'Eglise, l'accompagnement, soit vocal, soit instrumental, n'était pas connu, ou, à raison des circonstances, n'était pas employé. Ce n'est pas à dire que l'harmonie fût complètement igimrée, que les Hébreux et les Grecs n'en aient pas fait usage. On a beaucoup disputé là-dessus, la plupart des auteurs modernes confondent les temps où Ton n'accompagnait qu'à l'unisson et à l'octave, ou croient imperturbablement que l'harmonie que nous avons étant de création moderne, il n'en a jamais existé d'autre.

Pour toute réponse, nous nous contenterons de citer quelques paroles de M. Berlioz, dans sa biographie de Le Sueur : '1 Le Sueur, dit-il, a travaillé pendant trente ans à l'histoire « universelle de la musique. Les recherches de toute espèce

« auxquelles il a dû se livrer pour bien connaître ce qu'était « Tari musical chez les anciens Grecs, chez les Hébreux et «< les Egyptiens, effraient Tiniagination. Le résultat de tant « de travaux accomplis avec la sagacité d'un esprit supérieur, « ne saurait manquer d'offrir le plus vif intérêt aux savants <! et aux artistes. Bien des préjugés tomberont si ce livre pa- <t rait; beaucoup d'opinions généralement admises, et consa- « crées comme des vérités, seront ruinées par leur base. Telle « est, par exemple, celle qui refuse à l'antiquité la connais- « sance et l'usage de l'harmonie.

« Ce n'est point ici le lieu d'exposer les raisons dont le sa- « vant maitre se sert pour combattre le système admis dans « toute l'Europe sur cette question, je me contenterai d'un « (ait : on connaissait avant lui la notation des Grecs, per- «c sonne ne songera donc à lui contester la possibilité de trans- « crire dans nos signes modernes des fragments delà musique. «« Or, c'est par ces fragments eux-mêmes, dont il a ras- « semblé une grande quantité, qu'il prouve, sans réplique, « l'emploi des accords dans la musique antique. J'ai chanté «' avec lui, sur son manuscrit, une ode de Sapho d'un beau « style mélodique et à deux parties; j'ai vu, en outre, divers « morceaux pour des voix, accompagnées de plusieurs instru- « ments,dont les accords ne se composaient guère que de con- « sonna nces, il est vrai, et de quelques rares suspensions dis- « sonnantes, mais dont l'enchainemenl formait cependant une « harmonie très-rare et assez riche. Je ne vois pas trop ce « qu'on pourrait répondre à cola. »

Dans le premier âge de l'Eglise, quand la violence des persécutions poursuivait les chrétiens jusque dans les catacombes; quand ensuite, au milieu de la confusion des guerres, et du dépliu'cmcnl des peuples, le monde ancien croulait sous les coups du monde barbare, les beaux-arts ne devaient guère être cullivés : ils étaient réduits à l'état d'enfance. La science de rharnionicelde raccompagiHîinent disparut pour un temps, lue autre raison, selon la remar(|ue du Docteur angéli'iue,

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einpcclia, pendant plusieurs siècles, l'usage des inslrumenls dans l'Eglise. Ils ne sont pas indispensables au culte, et comme la synagogue en faisait usage, d'après les prescriptions de la loi, l'Eglise chrétienne ne s'en servit pas pour ne pas paraître judaïser. Quand cet inconvénient ne fut plus à craindre, et quand surtout l'orgue fut connu, peu à peu les instruments furent adoptés et quehjue temps après saint Thomas, ils étaient employés dans un grand nombre d'églises.

Mais sont-ils convenables dans le saint lieu, est -il mieux de les abandonner que d'y avoir recours? Les sentiments furent d'abord partagés : saint Justin, saint Chrysostôme et quelques autres les repoussent, mais c'est surtout le tapage et le bruit qu'ils paraissent condamner. D'autres, non-seulement les tolèrent, mais en recommandent l'usage, tels sont Clément d'Alexandrie, Prudence, Jean de Sarisbéry.

Ce dernier en parle en ces termes (L. 2. Policrat.) : Ad mores itaque mstruendos, et aiilmos exultatione virtutis trajlciendos in cultiim Domini, non modo concentum hominum, sed etiam instrumentorum modos censuerunt sancti Patres Do mino applicandos , ciun reverentinm templi dilatarent. Et si milUantis Eccicsiœ tibi parva videtur auctoritas, vel triumphatrix illa prœconia miisicœ non tacebit, cujus seniores vidit, et tibi monstravit tonitrui filius, voces eorum sicut citharœdoruni citharizantiiim in citharis suis. Quos si illos nondti/n aiidisti, Rccjem audias exuUantem, qui le regni et exultalionis suœ vult esse par ticipem. Ait eniîn, sumite psalmum, et date tympanum, psalteriumjucundum cum cithara. Ad quîd inqiiis? Ut laudetis Dominum in tympano, et choro, in chordis et orqano. « Les saints Pères, en cherchant à dilater la « gloire du temple du Seigneur, ont pensé que non seulement « les accents des voix humaines, mais encore l'harmonie des « instruments étaient utiles pour former les mœurs chrétien- •' nés et pousser les coeurs à l'exercice de la vertu et à la pra- « tique du culte divin. Que si l'autorité de l'Eglise militante « ne vous suHit point, élevez vos regaids jusqu'au sein de

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« l'Eglise liiompliaiile, là le fils du tonnerre vous fera voir les « saints vieillards dont les célestes voix résonnent sans cesse « comme la voix de musiciens habiles préludant sur leurs ci- « thares. Entendez de plus le Roi de gloire qui veut vous ren- « dre participant de son royaume et de ses ineffables délices, « il vous dit : Hàtez-vbus de preudi'e vos instruments les plus « solennels et les plus joyeux. Dans quel but demandez-vous? « pour louer le Seigneur au bruit du tambour, aux sons variés « des chœurs et de toute espèce d'instruments. »

Le cardinal Bona ajoute {Div. Ps. 17. | 2. 5.) : Non damnari dcbet moderatus eorum iisus, cum à sanctissimis et sapientissimis vhi's, ac novissimè à sancto Tridentino Concilio approbatus, et periuissus sit. » On ne doit point condamner « un usage modéré des instruments, d'autant plus qu'il a été « permis et approuvé par de graves et saints personnages, et « récemment par le Concile de Trente. » L'usage des instruments, tout comme celui de la musique, ne doit pas être consacré à procurer des plaisirs mauvais : Ne ad usum illicitœ voluptatis assumant, quod sancti Patres ad effectum pietatis histituerunt. « Qu'on n'applique point à la recherche d'un « plaisir mauvais, ce que les saints Pères ont établi pour « nourrir la piété » (Idem). On ne doit pas non plus se borner à faire naître une jouissance innocente, mais on doit viser plus haut et exciter les peuples à l'amour des choses de Dieu : Ut non totum animum ad sui rapiat oblectatiouem, sed pietatis affeclui majorcm relinquat portionem. {Id.)

L'accompagnement soit de la musique vocale, soit du plainchant est non seulement convenable, mais d'une utilité incontestable pour soutenir les voix, les rendre fermes et sûres, pour les maintenir dans le ton, et surtout quand ce sont des masses (|ui chantent, et aussi pour donner de la rondeur et de la j)uissance au chant. Quoiqu'inférieur aux voix, l'instrument a un timbre, un accent (jui forme comme le complément (les parties vocales, puis les dessins de l'instrumentation sont (rniic mer\('illeuse utilité pour achever d'exposer le sens.

pour mettre en relief l'idée principale de la pièce. Dans la musique moderne, du reste, il est rare que la voix marche sans le secours de l'instrument; dépourvu de ce soutien, le chant tomberait aisément dans la monotonie.

Mais parmi les instruments, lesquels faut-il choisir, l'accompagnement doit-il être exécuté par l'orgue ou par l'orchestre? Serait-ce mieux, plus religieux, de bannir l'orchestre proprement dit, et tout au plus d'ajouter de loin en loin à l'orgue quelques instruments de choix comme violoncelle, harpe, cors et peut-être hautbois? Il y a dans l'orchestre des timbres, des accents qu'on entend au théâtre et dans les concerts profanes; il s'y trouve des instruments dont les sons vifs, saisissants, paraissent légers, dont les accompagnements ont le plus souvent une désinvolture, un caractère hardi qui mettent plus en saillie la musique que les paroles, et peuvent ainsi nuire à celles-ci, aboutir seulement à l'amusement de la multitude et peut-être provoquer la dissipation. Plusieurs fois le genre d'accompagnement et l'orchestre lui-même ont soulevé de légitimes réclamations.

Tels sont les griefs que quelques personnes mettent à la charge de l'orchestre. Plusieurs cependant seraient prêtes à se réconcilier avec les instruments à vent, pourvu qu'on bannît de la tribune les instruments à cordes qui, selon elles, ne j)euvent rendre que des accents mondains et sensutîls. Pour nous, nous pensons qu'on a par trop abusé des expressions : dramatique, sensuel, mondain; qu'on a prêté gratuitement aux mots : tonalité, orchestre, violon une portée, une valeur énorme, exagérée. Nous ne voyons nullement comment, dans une composition religieuse bien faite, le violon soit moins avantageux que la flùle, comment cet instrument, qui esl l'âme de l'oichestre, lui ravirait sa couleur religieuse. Il y a eu des abus, il peut y en avoir encore, en cela comme en toute chose; nous voulons rigoureusement la suppression de l'abus, mais nullement l'appauvrissementdela musi([ue sacrée.

Ainsi, à part les abus qu'un zèle éclairé peut toujours

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