‹ De la musique religieuseChapitre 20 sur 32 · CHAPITRE vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE vin

Sentiments de MM. Martin d'Angers et H. Berlioz sur l'usage de l'orcliestre dans les églises.

Aux autorités citées plus haut nous ajouterons le poids d'autorités d'un autre genre, celles de deux écrivains et coinposileur.s modernes d'un .savoir distingué. M. Martin d'Angers s'exprime de la sortedans la Revue Musicale (12 juillet \SiC)) : a Depuis quelques années de prétendus littérateuis-niusiciens « s'efforcent de prouver au\ ignorants que l'orchestre est pro- « fane de sa nature, et, comme tout ce qui est profane, ne doit « pas avoir accès dans l'Eglise, ils en concluent ex professa a qu'il faut impitoyablement le chasser du sanctuaire, et avec « lui, la musique sacrée, sa complice. En voilà de la logique «effrayante! Et pourtant le clergé se laisse séduire par « un verbiage ampoulé, des raisonnements captieux, éidia- « faudés sur des autoiités respectables! Les musiciens eux- « mêmes intéressés dans la question, se laissent écorcher « vifs sans pousseï' un cri. » (Ici, nous sommes obligés de mutiler la citation, et de supprimer quelques mots d'une plaisanterie déplacée).... « Allons donc! un peu de courage,

« cliors confrères; nous passons pour des niais ou pour des « lâches! La musique n'a-t-elle plus donc le pouvoir, comme « chez les anciens, d'exciler l'ardeur des combattants? Les ar- « mées sont en présence, et vous restez dans vos retranche- « ments? On vous insulte et le sang ne bouillonne pas dans vos « veines? Mais vous n'êtes pas faits de chair et d'os, comme & nous, par exemple, que l'amour de la vérité lance seul dans « l'arène? Eh bien! puisqu'il ne se présente pas de David pour « combattre ce fier Goliath qui vous méprise, nous saurons « nous dévouer pour le salut de tous, dussions-nous, comme « Eléazar, être écrasé sous le ventre de l'éléphant!...

» Et, pour parler sans figure, on ne nous accusera pas d'è- « tre partial dans la question, puisqu'on nous sait le défenseur « avoué du chant grégorien que nous essayons de réhabiliter « en l'accouplant à l'harmonie musicale!

« Les ennemis de la musique sacrée prétendent donc que « l'orchestre est profane de sa nature, et veulent en faire un « apostat malgré lui : c'est curieux!

« S'il fallait rassembler toutes les belles phrases cousues « ensemble pour appuyer cet argument sans réplique, la Ga- « zette n'aurait qu'à prendre le format de l'Epoque pendant « deux ans, et à nous accorder tous les dimanches deux ou « trois colonnes. Mais allons aux faits, aux expériences prati- « ques, ce sera moins endormant pour le lecteur et moins coû- .1 teux pour le journal.

« De (|Uoi se compose ordinairement un orchestre? Tout le « monde le sait; mais pour plus de clarté le voici :

« Petite et grande flûte, hautbois ou cor anglais, clarinet- « tes, cors, trompettes, violons, altos, bassons, trombonnes, « violoncelles, contrebasses, timbales, tam-tam, harpes, etc.

a Plusieurs autres instruments sont employés parfois avec « bonheur, mais nous sommes loin de les approuver tous; « ainsi la grosse caisse nous a toujours paru détestable, même « dans les musiques militaires, dont elle écrase et annule la « belle harmonie.

4 Maintenant mettons en regard des éléments de l'orclicslre « les principaux jeux de l'orgue, comme point de comparai- « son :

« Flûtes ouvertes, flûtes bouchées, hautbois, cor anglais, « clarinettes, écho, cornet de récit, cromorne, trompettes, « voix humaine, clairons, cymbales, basson, doubletle ou pe- « tite flûte, preslant, pédales, bombardes, etc.

« Beaucoup d'autres jeux d'une moins grande importance «complètent cette nomenclature déjà si riche; nous avons « choisi les |)lus usités dans les anciennes orgues, ceux qui « constituent le fondement de cet instrument monumental.

« En lisant cette dernière énumération, n'avez -vous pas été «1 frappé de l'analogie qui existe entre les jeux de l'orgue et les « instruments de l'orchestre? Le premier devant, dans mille « occasions, remplacer 'le second, ne s'est-on pas efforcé de « donner à ces jeux le même caractère, la même nature de son « qu'aux instruments qui leur correspondent? Ainsi ne dit-on « pas tous les jours : Ce jeu de flûte est admirable, il imite « parfaitement son homonyme; c'est à s'y méprendre : Dorus « ne tirerait pas de son ébène des sons plus doux, plus velou- «( tés. — Entendez-vous cette voix humaine? N'est-ce pas là « là le larynx du divin Mario? — Et ces clairons, ces cromor- « ncs, ces trompettes si éclatants ne sont-ils pas sortis de la « famille des saxhorns? — Voilà le véritable hautbois avec^son « accent champêtre, le cor anglais avec sa physiononfrie mé- « lancolique, le basson qui semble dialoguer une élégie avec « son partner le suave violoncelle! — Et ces bombardes si ton- « liantes, si majestueuses ne semblent-elles pas renfermer « dans leurs flancs une armée de basses et de contrebasses?

« L'orgue et l'orchestre sont deux grandes puissances fai- « tes pour vivre en bonne intelligence : chacune a son rôle « bien distinct. La première seule doit s'accoupler au chant « ecclésiastique, le soutenir de ses mâles accords ou de son « harmonie la plus céleste; seule encore elle doit jouer la sym- « phonie dans l'église, comme la seconde au théâtre. Mais que

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«c rorchestre ait son entrée libre dans le sanctuaire le jour des « grandes solennilés; qu'il y serve de colonne d'appui à la co- « horte des chanteurs; qu'il y prête au récit musical des mys- « tères de la religion sa voix rugissante comme la tempête, »■ vaporeuse comme les harpes éoliennes! A lui le drame reli- « gieux, les émotions saintes, les élans de la foi triomphante! « A l'orgue le calme, la grandeur, l'adoration des mélodies « grégoriennes! A lui la prière des saintes femmes, des petits a enfants, des vierges timides!...

a Mais ne chassons pas l'un pour rendre l'autre plus puis- « sant. L'orgue est un meuble d'église, il y a son domicile ha- « bituel; l'orchestre n'y doit avoir qu'un pied-à-terre, n'y sé- « journer qu'aux jours fériés.

« Ceux qui crient de toute la puissance de leurs poumons « contre l'admission des instruments pro/hwes dans l'église ne « savent peut-être pas qu'ils s'attaquent à l'orgue lui-même « dont on les croirait les plus fermes appuis? En effet, n'avons- « nous pas constaté tout-à-l'heure que l'orgue n'était vraiment « beau que lorsque ses différents jeux imitaient à s'y mépren- « dre les instruments d'orchestre? Ne dites-vous pas tous les « jours en parlant de l'orgue : Quel puissant orchestre! Il <i nous semble entendre la troupe chaleureuse du célèbreHabe- « neck! Donc si l'un est profane, l'autre l'est aussi, puisqu'ils « s'[mitent l'un l'autre. Ah! si vous disiez : il ne faut pas « donjîftr à l'orchestre un rôle profane dans le lieu saint, nous « serions de votre avis. Tous les genres étant de son domaine, « il importe de lui faire parler le langage qui convient à la « circonstance : il sera religieux, s'il est chargé d'interpréter « une page vraiment religieuse; il sera mondain, si vous lui « donnez à traduire des phrases mondaines. Ce n'est donc pas « l'instrument lui-même, mais ce qu'on lui fait jouer trop sou- « vent à l'église, qu'il est juste de blâmer énergiquement. « Vous reconnaissez bien ((ue l'orgue est un instriuiient émi- 0 ncmnuinl religieux. \ih bien! n'a-t-on pas vu des organistes, « oubliant la gravité de leur mission, faire entendre pendant

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« l'office des ponts-neufs, des contredanses et des am^s d'o- .. péra? Qui donc était coupable? Etait-ce Torgue ou l'orga- « niste? Fallait-il supprimer Tautomate ou changer le musi- « cien?... Si vous rêvez la destruction de la musique sacrée, « certainement Torchestre devient inutile, car nous avons dit « nous-méme que, pour la partie symphonique, l'orgue devait <i le remplacer dans le temple.

« Mais vous, critiques implacables, qui invoquez contre « nous les bulles des papes, les décisions des conciles, êtes- « vous bien certain d'enti'er dans les vues de l'Eglise en chas-

« sant du sanctuaire la musique sacrée? Ne craignez-vous

« pas de condamner implicitement la conduite même de tous a ses chefs suprêmes qui se sont succédé depuis l'apparition « glorieuse de l'immortel Palestrina? L'histoire est là pour at- « tester que les chefs-d'œuvre non seulement de ce grand maî- « tre, mais d'Allegri, de Pergolèse, de Marcello etdetantd'nu- « très compositeurs célèbres, n'ont pas cessé, jusqu'à ce jour, « d'être exécutés dans la basilique de Saint-Pierre de Rome « aux solennités religieuses.

« Il est vrai que vous pourriez tourner contre nous une par- « tie de cette logique des faits, en disant que ces chefs-d'œu- « vre, où respire à chaque instant l'inspiration religieuse, ont « presque toujours été traduits par des niasses vocales, sans « le secours de l'orchestre. Mais nous vous répondrons qu'à « l'époque où la plupart de ces magnifiques ouvrages ont été « composés, l'orchestre moderne était encore dans l'enfance; « qu'il n'offrait aux auteurs que de bien faibles ressources, « tandis qu'ils avaient à leur disposition une pépinière de voix « remarquables, assez fortes pour se soutenir elles-mêmes sans « l'appui des instruments. Etpourtant Palestrina lui-mêmen'a « point négligé de se servir parfois de ceux qui pouvaient con- « courir à la grandeur de l'exécution. Si donc il avait eu à sa « disposition ces orchestres puissants que fournissent aujour- » d'hui la France, l'Allemagneetla Belgique, il aurait cerlaine- « mentprofité de cette immense ressource, et sa musique, bien

« que sublime, eût été plus entraînante, moins monotone.

« Du reste, l'usage des instruments dans l'Eglise est fort « ancien.

«i Nous n'avons point à rechercher quels étaient ces instru- « ments, à quel état de perfection ils étaient arrivés : Burney, « Mersenne, Fétis peuvent vous l'apprendre beaucoup mieux « que nous. Nous voulons seulement faire remarquer, avec le «premier de ces savants littérateurs que ce fut après l'éta- « blissement du Christianisme dans tout l'empire romain « ([u'on commença de s'en servir dans les grandes cérémonies « à l'imitation des Hébreux et même des peuples païens, qui, «f dans tous les temps avaient accompagné les hymnes et tous « les chants religieux avec des instruments.

« Puisqu'il est ici question du peuple juif, ajoutons que, « d'après les livres de Moïse, l'invention des instruments doit « être attribuée à Jubal, enfant de la Judée, qne, dans le récit « de la prise de Jéricho, il est fait mention de trompettes d'une « grande force; que, dans le livre des Rois, on voit ces mêmes « instruments, au nombre de trois ou quatre cents, accompa- « gner les cantiques chantés par le peuple aux portes du lem- « pie de Salomon; que David jouait de la harpe devant le « sanctuaire, et calmait les fureurs de Saiil par ses accords « mélodieux.

« Nous venons de prononcer le mot accord : peut-être ver- « ra-t-on là un anachronisme. Mais nous essaierons de prou- « ver plus tard, en nous appuyant sur des autorités respec- « tables, qu'il n'est pas permis de croire que les anciens igno- « rassent l'harmonie, quand on songe à la puissance physique « et morale qu'ils accordent à la musique dans tous leurs ou- « vrages.

« Donc, depuis bien des siècles, les instruments font partie « intégrante du culte sacré, puisqu'ils servaient à louer Dieu « bien avant l'ère chrétienne, et lorsque le chant grégorien « ainsi que la musique religieuse moderne étaient encore dans « le néant. Donc ce serait un sacrilège d'enlever à l'Église un

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« des plus beaux ornements de ses imposantes cérémonies.

« Quand Dieu lui-même gouvernait son peuple, ne se j)lai- « sait-il pas à entendre ces concerts d'instruments et de voix, « dont l'harmonieux assemblage électrisait les enfants d'Is- « raël?... Qui donc, vers la fin du XVIII' siècle, donnait tant « de lustre à la musique sacrée dans les églises de Rome? — « L'orchestre. Qui donc, à la même époque, prêtait tant d'é- « clat aux solennités de Notre-Dame de Paris, des Saints-Ina nocents, de Samt-Germnin-l'Auxerrois? — L'orchestre. A « qui la chapelle royale dut-elle sa splendeur avant 1830? — A « cette réunion de virtuoses, instrumentistes et chanteurs qui « obéissaient comme un seul homme à la baguette magique de « Planlade père. Croyez-vous que Dieu n'était pas loué d'une « manière plus digne, plus solennelle, quand la foule pieuse, « transportée d'admiration, recueillait avidement ces douces « émotions harmoniques qui montaient au ciel comme un pur « encens.

« — Mais la musique distrait les fidèles de leurs prières en « les transportant dans les régions vaporeuses de l'imagina- « tion, des sensations mondaines. — Dites donc plutôt qu'elle « élève leur âme vers la divinité, qu'elle les transporte dans « un monde meilleur, le ciel; et qu'elle les fait assister à un « spectacle magnifique dont tous les autres spectacles du « monde ne sont qu'une pâle contrefaçon !

« Mais quand vous prêchez la révolte contre la musique sa- « crée, vous plaidez contre l'Eglise, vous l'abaissez de cent « coudées, vous détruisez son prestige; vous désirez qu'on la « déserte, qu'on l'abandonne! Y pensez-vous, tristes logiciens? « Voyez donc les conséquences de votre croisade insensée!

« Ne reculez-vous pas devant l'anathême que l'Église elle- « même lancera contre vous, quand vous l'aurez rendue veuve « de ses enfants, que vous les aurez arrachés de son sein?...

« Nous sommes dans un siècle où le grand talent consiste à « frapper les yeux et les oreilles. Les pompes du culte sont « plus utiles que jamais, et vous osez les priver de leur plus

« bel apanage? Arrêtez, car vous criez contre le vandalisme, « et c'est du vandalisme que vous faites!,..

« Mais, direz-vous encore, le pape Grégoire XVI, quelques <i années avant sa mort, ne s'est-il pas vu contraint de défen- « dreles instruments dans toutes les églises des Etats romains? « — Voici la vérité : le pape a reconnu qu'il y avait abus; •' qu'on exécutait dans le temple saint des ouvertures d'opéra; « qu'on arrangeait des messes entières sur des airs profanes, « des motifs de contredanses; que l'orchestre ne faisait plus •1 entendre que des sons langoureux, passionnés ou d'une « gaîté folâtre; que les organistes eux-mêmes, foulant aux « pieds les traditions, livraient leur instrument divin à l'inter- « prétation de la valse ou de la canzonetta.

« C'est donc contre l'abus et non contre la chose que la bul- « le fut lancée.

« Soyez sévères sur les compositions religieuses; n'admet- « tez dans le sanctuaire que le côté noble et digne du langage « musical; que l'orchestre soit grand, sublime comme dans les « symphonies de Beethoven; que l'accent de la prière ou d'un «< saint enthousiasme remplace les allures trop dégagées du « style profane! 3Iais encore une fois, ne chassez pas qui vous « sert, ne brisez pas votre bâton de voyage! Sur quoi vous ap- « puieriez-vous? Sur l'orgue et le chant grégorien! Mais la « vraie musique sacrée est sa fdlc : l'un fait ressortir l'autre. « Le plain chant est le pain quotidien des fidèles; et celle que a vous méprisez, ce mets tendre et délicat qu'on leur sert aux « grands jours de sainte réjouissance. Si vous séparez de sa « fille ce père déjà vieux, il en mourra, soyez-en sur; car c'est « elle qui le soutient, qui embellit sa vieillesse, la pare de ses •' propres attraits, l'enveloppe et le réchauffe de sa riche har- « inonie. Prenez pitié de vous-mêmes, car vous avez besoin de « l'un et de l'autre.

« Eh bien! oui, nous conserverons les chorals de la inusi- <i (|ue sacrée, mais non l'orchestre. N'avons-nous pas l'orgue « |i()ur le remplacer?

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« — Sans doute l'orgue peut, eu maiulc oceasion, reiupla- « cer roi'chcsire, mais il est des cas où sou iusulTisauce se fait « Irop seutir. Déjà nous avons tracé le rôle de chacun, nous « allons le préciser davantage.

« Toutes les fois qu'il s'agit de chant grégorien, de chorals « à notes soutenues qui n'exigent d'autres nuances que le « passage subit du doux au fort ou du fort au doux; (juand il 'i se présente encore une de ces mélodies célestes qui ne par- « courent que la sphère toute calme de l'humble prière ou de « l'adoration extatique, comme un chant de lever-Dieu, par « exemple, oh! alors les flûtes de l'orgue sont d'une ressource «i inappréciable, d'un charme infini. Mais ayez à peindre une « de ces grandes pages si dramatiques de l'ancien et du nou- 8 veau Testament : donnez à la prière, à l'adoration toutes « les nuances de sentiment qu'elles comportent; à la joie re- •( ligieuse tous les élans d'un pur amour; aux larmes de Jéré- <i mie, toute l'amertume d'un cœur déchiré; aux anathèmes <i des prophètes, toute l'énergie d'une sainte fureur; à la pein- .1 ture de l'enfer, toute l'horrelir qu'il mérite; au tableau de « la Jérusalem éternelle, cette magnificence de pensée, ce re- « flet biblique, cette vivacité de coloris que commande un «i pareil sujet, et vous reconnaîtrez à l'instant même l'impé- « rieuse nécessité de rorcheslie : lui seul pourra traduire « admirablement tant d'impressions diverses, tant de situa - « tions poétiques; les masses vocales elles-mêmes, toutes puis- ' sautes qu'elles sont, se laisseront soulever, entraîner comme « un roseau par cet impétueux torrent qui les portera sur ses « ondes.

« Reconnaissez donc enfin que l'orchestre n'est point une « superfétalion, mais un levier puissant qui remue toutes les « fibres d'un public éclairé. Sa grande voix a l'éclat du lon- <' nerrc ou la douceur de la voix du cygne; il prend tous les « tons, toutes les formes, tous les accents; parcourt avec bon- .1 heur toute l'échelle des nuances, de l'expression; se fait es- « clave de la voix ou son guide le plus sur. Et c'est surtout

« SOUS les voûtes immenses des cathédrales que son eifet est « grandiosCj gigantesque! Là, sa sphère est étendue, il se dé- « vcloppe à l'aise; au théâtre, il est serré comme dans un étau, « sa sonorité n'est plus la même. Laissez-lui donc le plus beau « fleuron de sa couronne, sachez apprécier les richesses qu'il « nous prodigue, et n'enlevez pas à l'Eglise le plus bel orne- « ment de ses cérémonies. »

M. Berlioz a répondu à l'article de M. Martin par la lettre suivante (Id. \9 juillet) : « Je viens de lire votre article sur « Vorchestre dans les églises, et je ne puis résister au plaisir « de vous en faire mon sincère compliment. C'est écrasant de « bon sens et dicté par le sentiment musical le plus élevé et « le plus vrai. J'admire en outre le calme avec lequel vous « avez pu discuter une ([uestion dont le simple énoncé m'a « toujours donné la fièvre, et qui est si vitale pour l'art « qu'elle embrasse tout entierLEn effet, si l'orchestre ne peut a exprimer le sentiment religieux ni les nuances poétiques a qu'il reflète, c'est qu'il est privé de la puissance expressive «1 et, en ce cas, il est aussi déplacé au théâtre qu'à l'église. « Mais, disent ses adversaires, la musique religieuse ne doit « pas être expressive, l'orchestre est trop passionné, et voilà « pourquoi nous n'en voulons pas. — C'est à répondre à de «c semblables propositions que je me suis toujours refusé; j'a- « voue qu'il y a humiliation profonde pour un esprit lucide à « descendre jusqu'à de telles absurdités, et que vous avez fait. « preuve d'une modestie véritable en daignant les combattrej

« 11 est malheureusement vrai que l'art musical est com|)ris « d'un nombre extrêmement restreint d'esprits cultivés, et « qu'il n'a d'action sur les esprits incultes que par son côté « sensible. De là les monstrueuses doctrines qu'on émet et « qu'on soutient avec talent sur son compte; de là les abus « |)lus monstrueux encore que les goûts frivoles ou brutaux « de lii miillitude ont introduits dans sa |)rati(jue. Il faudrait <« comballi'c les unes, cultiver les autres; mais on ne pourrait « bien accomplir cette double tâche (ju'appuyé par de beaux

<! exemples, nombreux, irrésistibles, frappanls. La voix du « critique a peu dccbo; le retentissement d'une belle parti- « tion est plus puissant que toutes nos pbrases. Mais comment « les produire ces belles partitions, en supposant qu'elles exis- « tent? Le clergé lui-même est, en général, hostile à leur exé- « cution; le gouvernement des beaux-arts les accable de son

«1 mépris, et le public de son indifférence IN'imporle, vous

«1 avez bien fait, monsieur, de parler encore du soleil à tous a ces aveugles; peut-être n'ont ils que la cataracte, et cela « leur donnera-t-il l'envie de se laisser opérer? »

Malgré sa longueur, nous avons cru devoir reproduire en entier cette citation, parce qu'elle renferme d'excellentes choses et qu'elle présente la question sous divers points de vue. Toutefois nous ne nous regardons point comme solidaire de toutes les idées et de tous les arguments émis dans cet article.

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