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CHAPITRE XI

L'orgue accompagnaleur. — L'orgue concerlant. — Opinion de M. Gauthier sur les qualités de l'organiste. — Harmonium.

Mais à un bon orgue il faut un bon organiste. Or les fonctions d'organiste supposant de grandes connaissances musicales, de longues éludes, une éducation coûteuse, rien de plus rare qu'un artiste habile sur l'orgue. Les artistes d'un autre genre, instrumentistes ou chanteurs n'ont pas besoin de tant d'études, et ils ont en perspective une carrière |)lus brillante et plus lucrative. Les théâtres sont largement subventionnés, les premiers chanteurs sont richement rétribués, et la j)lupartdes organistes n'ont que quelques centaines de francs |)Our appointements, celui de Paris qui est le mieux lélribué, pensonsnous, M. Lcfébure-Wély, organiste de la Madeleine, a trois mille frjuics, son j)rédécesseur n'avait (juc douze cents francs. Tant que la sollicitude des gouvernements ne se dirigera pas vers celle partie, l'art chrétien, le plus important de tous, puisqu'il n'a pas pour but seulement de récréer, languira et rolera, ce (|u'il a élé longtemps, honteusement nusérable.

Mais après ces considérations, il importe d'ajouter que

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beaucoup dorganisles ne sont mus ni par un senlinicnt ailistique, ni par un zèle chrétien; ils n'étudient et ne se forment point; les vrais artistes s'efforcent chaque jour de cultiver leur talent, pour eux ils préfèrent végéter dans une ignorance routinière et indigne de leur sainte fonction. De là vient qu'au lieu d'édifier, d'élever à Dieu, ils fatiguent et ennuient. Un organiste sérieux doit parfaitement connaître son instrument, pour en tirer tout le parti possible, varier, mélanger adroitement les jeux, passer avec habileté et intention d'un clavier à l'autre ou employer l'un comme récit et l'autre comme accompagnement, se servir de la pédale non pas seulement comme doublure de la basse; mais pour lui confier les dessins inférieurs de l'harmonie, tandis que la main gauche accompagne dans le médium ou contraste tantôt avec le dessus, tantôt avec la basse.

Un bon organiste s'efforcera de faire preuve de goût dans l'accompagnement du plain-chant ou de la musique; les jeux seront en harmonie avec la masse et le timbre des voix, comme aussi la manière d'accompagner en rapport avec le sujet. Pour l'accompagnement du plain-chant, l'organiste a besoin d'une connaissance parfaite de la tonalité qui lui est propre et de la manière de la traiter, ce qui suppose, il ne faut point se le dissimuler, des études profondes d'harmonie, car il faut non-seulement éviter les fausses relations, les mauvaises successions d'intervalle, les basses irrégulières; mais il faut savoir éviter les cadences musicales que le plain-chant repousse en rejetant la sensible, et au contraire ramener convenablement les cadences hardies mais pleines de grandeur qu'appelle celte tonalité spéciale.

D'autre part le plain-chant veut de la sobriété en fait de cadence, les multiplier c'est allourdir ce chant et faire entendre qu'il n'a ni période, ni phrase de quel(|ue étendue. Il faut donc se garder de répéter trop l'accord de quarte et de sixte qui fait pressentir la finale. Il n'y a guère que deux sortes de cadences en usage dans raccompagncmenl du plain chant, celle de la dominante et celle de la sous-dominante sous la tonique.

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a Les anciens, dit Cliérubini (Traité du contrepoint), appea laient cadence autlientique, la cadence parfaite ou le moua vement de la dominante sur la tonique; et cadence plagale, « le mouvement de la sous-dominanle sur la tonique. Souvent « ils terminaient leurs compositions par cette cadence en fai- « sant accord de tonique majeure, quelque fût le modedu mor- « ceau. Cette cadence était propre aux tons plagaux. » Ceci évidemment s'applique aux tons du plain-chant dont la tierce était mineure pendant tout le morceau, mais cet accord majeur ne peut être employé qu'à la fin du chant.

Voici ce qu'en dit M. Adrien de Lafage (JManuel de musique 151 , note) : « L'accord parfait mineur ayant beaucoup moins « de vigueur et de fermeté que l'accord majeur, les anciens <( substituaient généralement ce dernier au premier dans lou- « tes les compositions en mode mineur : cette substitution, « lorsqu'elle est faite maladroitement, produit un effet ridi- « cule, mais lorsqu'elle est faite avec précaution, elle produit « un excellent effet. Les compositions des grands organistes « d'Allemagne offrent des exemples fréquents de ce genre 'c de terminaison. Il est surtout ridicule d'employer la tierce « majeure à la fin d'un morceau où le chant doit reprendre im- « médiatement en mineur, dans les hymnes par exemple, « l'organiste ne doit alors donner la tierce majeure qu'à l'^l- 0 men. » Ceci s'applique également à une des cadences finales du troisième ton, quand la mélodie grégorienne passe de la quarte à la tierce pour s'y reposer définitivement, ou vice-versa quand le chant passe de la seconde à la tierce à la fin du morceau, c'est-à-dire de ré mineur en mi majeur. Dans le plain-chant antique, il ne convient pas de se servir de la septième dominante, quelqu'en soit la douceur, mais plus facilement dans le plain-chant moderne dont la tonalité fait beaucoup plus sentir le majeur ou le mineur. On emploie dans raccon)pagnement les accords parfaits directs ou dans leur premier renversement, rarement dans le deuxième; on fait encore usage des accords de sixte, mais il faut en éviter la

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succession par mouvement semblable, quelquefois on lait usage de l'accord diminué.

De même que le chant grégorien rendu par les voix doit être lié et non martelé et brisé, de même les accords accompagnateurs doivent être autant que possible liés, soutenus, et non plaqués. C'est pour cela que nous admettons un emploi modéré mais plus rare que dans la musique, de suspensions, d'autant plus qu'elles ne répugnent pas absolument à la nature de ce chant, puisque les anciens Grecs s'en sont servis. Il est inutile de relever le genre manifestement inconvenant de quelques organistes qui, dans l'accompagnement du plain-chant, se livrent à des fioritures et à des ornements légers et de mauvais goût.

Mais il faut signaler le mauvais choix d'accords de plusieurs d'entre eux qui se permettent des harmonies dures, entièrement en dehors du système du plain-chant, par exemple dans le huitième ton transposé enmi et en la majeur, quand le chœur soutient longtemps la tonique la, comme dans les psaumes, nous avons entendu quelquefois le malencontreux accord de fa naturel majeur venir jeter le désordre dans les voix, il en est de même de l'accord de septième diminuée et de quelques autres harmonies recherchées qui contrastent péniblement avec la mélodie. Cependant l'harmonie convenable au plain-chant peut être riche et variée, l'organiste de goût et instruit en usera pour mettre en relief le chant et le faire apprécier.

Il convient de relever aussi un autre abus fort enraciné dans plusieurs églises de France, et énergiquement réprouvé par les hommes de goût, entre autres par MM. Berlioz et Adrien de Lafage. C'est l'usage du serpent dans l'accompagnement du plain-chant. Les sons rauques de cet instrument sont disgracieux, quand il est entendu seul et longtemps; au lieu de soutenir les voix il est souvent cause qu'elles manquent de justesse; il empêche toute nuance, toute accentuation, il anéantit le sentiment mélodique et réduit le plain-chant à une suite de notes lourdes et sans expression. « Il y a encore beaucoup de tt paroisses en France, dit M. Adrien de Lafage {Manuel de

« musique p. 187.), où Ton n'observe point les brèves dans le >i plain-chant, presque toutes les églises de Paris sont dans ce « cas. Cette barbarie s'explique facilement et doit même pa- (i railre toute naturelle à ceux qui supportent le serpent et lui «< permettent de se mêler à des voix humaines. '•

Telles sont les observations qu'il nous a paru nécessaire de faire sur l'accompagnement du plain-chant, parce qu'il s'agit d'un objet praticjue, important et trop négligé. Quant à l'accompagnement de la musique, on doit observer qu'il y a peu d'accompagnements écrits pour l'orgue, la plupart sont faits pour piano, quelques-uns sont des accompagnements d'orchestre réduits où souvent l'on rencontre des passages importants pour les instruments et de nul effet à l'orgue. Dans les accompagnements pour piano, l'harmonie n'est pas assez liée, la basse arpège facilement ou fait entendre des batteries communes et peu convenables à l'orgue, la mélodie se précipite parfois dans des octaves au-dessus de la portée de l'orgue, mais à ce sujet, pour l'exécution de plusieurs pièces ou accompagnements, nous émettons le désir que le clavier à main de l'orgue renferme non-seulement quatre octaves et demie à partir de Vut grave, comme cela a lieu ordinairement, mais deux notes de plus, le fa dièzc et le sol, comme on le voit dans les orgues de MM. Mcrklin et Schutze.

Enfin nous ajouterons que, dans les accompagnements de piano, des tenues de plusieurs notes dans la basse n'ont qu'un effet passager, tandis qu'à l'orgue la surabondance d'harmonie soutenue voile la mélodie. C'est à la sagacité, à l'expérience, au goût de l'organiste, qu'il appartient de corriger ces défauts, de mettre ces accompagnements en harmonie avec la natui'c de son instrument et de créer des effets (jui lui soient propres. L'orgue est encore un instrument concertant, qui doit jouer seul et dans un style spécial. Or, c'est ici surtout que les plus graves abus se sont montrés. Disons une fois pour toutes que l'organiste doit se respecter cl respecter le lieu saint assez pour ne jamais faire entendre ni valses, ni rigodons, ni airs

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d'opéras. Ce point ne souffre pas de discussion. Un organiste sérieux ne doit jamais perdre de vue le but de la musique religieuse, il ne doit plaire que pour toucher, pour élever à Dieu, pour exciter des pensées et des atTections conformes aux saints mystères, à l'objet de la fête qu'on célèbre.

« Bannissez, dit M. K^s-lner (Gazette miisic. mai 184.4),les a mélodies et les bruits profanes; ne souillez pas la majesté du « temple par des ressouvenirs du monde, en un mot ne trans- « portez pas l'opéra dans le sanctuaire. Telles sont les réfle- « xions que les gens sensés émettent souvent de nos jours, et « que l'on a déjà faites dans un temps bien antérieur à notre « époque. Sans pousser le rigorisme jusqu'à exiger que la mu- « sique sacrée dépouille entièrement l'expression dramatique « et se purifie de tout contact avec les passions humaines, on « ne peut s'empêcher de reconnaître les résultats déplorables « d'un système qui compromet au plus haut point les desti- « nées de l'art religieux.

« En France, les organistes semblent avoir oublié et mé- « connu si complètement le but auquel ils devaient tendre, « qu'il n'est presque plus permis d'entrer dans une église sans « se voir poursuivi par les airs de danse à la mode ou le motif '1 favori du dernier opéra. Plusieurs causes ont déterminé « cette funeste déviation des saines doctrines; d'abord le mau- 8 vais goût, puis le désir de plaire, enfin et par-dessus tout, « l'ignorance. Sans doute il serait chimérique de prétendre « exiger que chaque organiste fût un docte musicien et un « habile improvisateur, qu'il connût toutes les ressources des « combinaisons harmoniques, des contrepoints doubles, tri- « pies, quadruples, du style fugué et de l'emploi des différents « registres de son instrument; mais il y a plus d'un degré en- « tre ce profond savoir et certaines connaissances élémentai- « res indispensables à celui qui exerce une pareille profes- « sion. ■>

L'organiste a bien des sortes de pièces à exécuter; elles varient selon la circonstance simple ou solennelle, grandiose el

gaie ou triste et lugubre, comme une fête ou un service funèbre, selon les diverses parties qu'il doit remplir dans le cours de l'office divin : comme les entrées et sorties, les préludes ou versets, les offertoires, élévations ou communions. Mais comme les intervalles où il doit jouer ne sont pas tous de même durée, comme il y en a de fort courts, l'organiste ne peut point toujours exécuter des pièces écrites; il doit improviser. Ce mot suppose de l'inspiration, du sentiment, de l'imagination et une facilité acquise dans l'emploi de l'harmonie. L'étude variée des grands maîtres, l'exercice, le zèle et la piété peuvent stimuler un génie paresseux et féconder une imagination stérile.

Cependant le plus souvent c'est le contraire qui a lieu, et une froide routine tient lieu de science et d'inspiration. Que depréludes et de fantaisies barbares, que d'accords durs et sauvages, que de mélodies tronquées, banales, légères jusqu'à la licence! On commence à préluder sans idée, sans dessein, on fait un je ne sais quoi qui n'a pas de nom dans l'art, on fait entendre une multitude de cadences et de conclusions de phrases, ou de périodes, sans qu'il n'y ait eu ni phrase, ni période; ou bien si l'on a quelque motif, une pensée, un dessein de modulation, ce sont des pensées et des accords éternellementles mêmes, et dont on a quelques vingtaines de fois bercé l'oreille de l'auditoire. Il semble que l'organiste ait pris à tâche de le dégoûter du service divin. Voilà, cependant, un tableau malheureusement trop vrai et dont il est aisé de prouver la réalité. Or nous regardons celte ignorance volontaire, ce sans-façon, cette routine comme une sorte de profanation (|u'on devrait poursuivre avec sévérité.

L'organiste le mieux doué de la nature, le plus zélé, le plus habile dans l'improvisation ne peut cependant se suffire complètement à lui-même; ni se fier sans cesse à la richesse de son imagination, sous peine de s'user et de s'exposer à des redites fré((uentes. Car, on ne dispose point à son gré de l'inspiration, les moments ne sont pas également heureux et

bien qu'un savant artiste puisse varier sa manière, et, par le travail et l'habilude de traiter toutes les formules de l'art, faire naitre de belles combinaisons, il est cependant impossible qu'il n'y ait pas dans son style, dans le courant de ses idées, quelque chose de tout uu, de stéréotypé qui à la longue trahit la monotonie.

Il faut ou composer, écrire du neuf, ou mieux encore emprunter aux meilleurs auteurs quelques-unes de leurs sublimes inspirations. A plus forte raison un organiste ordinaire, médiocre doit-il recourir au répertoire des organistes compositeurs. C'est en Allemagne surtout qu'il faut les chercher, c'est le pays où l'orgue a été le plus savamment étudié. On met avec raison au-dessus de tous Bach et Hœudel et un auteur contemporain, >Iendelssohu-Bartholdy.

M. Danjou les apprécie ainsi (Revue critique 1844) : « Personne plus que moi n'admire ces génies immortels : ce- « pendant je ne pense pas qu'ils aient dit le dernier mot de « la science de l'orgue; et, si je propose leurs compositions a comme la meilleure élude possible sous le rapport de la « partie mécanique de l'instrument, je n'admets pas que leur a style doive et puisse être imité dans toutes ses parties. 11 « faut remarquer que dans ma pensée l'orgue catholique et « l'orgue protestant ont un emploi différent l'un de l'autre et « qui influe notablement sur le style a adopter. »

Et après avoir dit qu'il n'y a rien d'extérieur dans le culte protestant, il ajoute : " Les organistes protestants ont donné « presque exclusivement à leurs ouvrages une forme scientifi- « que qui, il faut le dire, manque de poésie, peut être accu- « sée de sécheresse, et intéresse l'esprit sans frapper les « sens. » Nous adoptons entièrement l'avis de M. Danjou; ce n'est pas dans la musique religieuse des réformés qu'il faut chercher quelque chaleur, le sentiment, la communication, l'expansion de l'àme.

Et bien que ce soit sur l'orgue que la fugue brille de tout son éclat, l'emploi habituel de cette forme « avec, dit M. Dan-

« jou, son bagage de recherches ardues, de calculs inexlri- « cables, provoque la lassitude et laisse lame Insensible, »

De plus la musique de Bach est d'une diffîcullé inabordable pour la plupart des organistes, écrite sur trois portées, chargée non-seulement pour les claviers à mains, mais pour la pédale, elle ne peut être bien rendue ([u'après de patientes études et par de vrais artistes. Il en est de même de plusieurs pièces de Mendelssohn dont quelques-unes sont même écrites à quatre portées; mais la plupart sont plus aisées et un grand nombre d'une beauté parfaite. Après eux viennent une foule d'autres célébrités allemandes qu'il serait long de nommer, et spécialement Neukomm, Muller, Hesse, Vogler, Hummel, Spohr, Rinck, etc.

Ce dernier a beaucoup écrit, il a une foule de pièces délicieuses de différents caractères, il est préférable aux autres auteurs en ce qu'il fait généralement ressortir la mélodie et que son harmonie a plus d'inspiration, sent moins l'étude. Cependant tout son genre se résume en fugues et imitations, et en mélodies douces, suaves, mais un peu uniformes. Parmi les organistes français bien plus rares que ceux d'Allemagne on distingue surtout Benoist, Boély, Séjan, Dietsch, Martin d'Angers, Lefébure-Wély, Fessj, Théophile Stern, Valentin. Les coniposilions des quatre premiers se distinguent également par la science et le charme de la mélodie; celles des autres, malgré un mérite incontestable et beaucoupde variété, ont parfois une manière vive, enjouée, légère; on ne peut toutefois nier que Lefébure-Wély ne soit d'une grande richesse d'harmonie, bien (|u'il ait peu recours aux formes savantes, et qu'il n'ait un talent rare d'improvisation. Les pièces nombreuses de Miné sont écrites pour des organistes débutants, elles sont aisées et chantantes, il s'y trouve quelques imitations et passages fugues agréables, à deux parties seulement, partant assez vides d'harmonie ; mais un grand nombre de morceaux sont faibles, à mélodies trop saillantes, plusieurs entrées et sorties surtout sont sautillantes et de mauvais goût.

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Nous citerons ici un fragment de discours sur la profession d'organiste, prononcé par M. Gauthier, |)rofesseur d'orgue et de composition à l'institut des jeunes aveugles. (Voir Ami de la Religion, 5 octobre 1841) : «i Beaucoup de gens touchent « l'orgue; plusieurs exécutent ou improvisent de heaux mor- « ceaux d'orgue; mais peu sont de vrais et de hons organistes. « Cela provient de ce qu'il ne suffit pas, pour être hon orga- « niste, d'être bon musicien, il faut encore être religieux.

<i Lisidas touche l'orgue d'une manière brillante et chaleu- « reuse : c'est un excellent pianiste. Polidor amuse et sur- « prend par son jeu pittoresque et fantasmagorique. Lisis en- « chante et ravit d'admiration les connaisseurs par la science <c de son harmonie et par la beauté des fugues qu'il fait enten- « dre. Cléosthène nous transporte au théâtre par la légèreté « et la désinvolture de sa mélodie, et par de fréquentes rémi- « niscences des airs profanes; mais écoutons Théotime. Cet « artiste chrétien, animé d'une foi vive et profondément péné- « tré de la sainteté de nos mystères, Théotime, comme ins- « pire par ce même Esprit-Saint qui présidait aux accords du « Prophète-Roi, fait entendre une harmonie toute céleste qui « porte l'âme au recueillement et à la piété. Il réveille quel- « quefois dans l'âme du vrai fidèle quelques-uns de ces pieux « et anciens souvenirs dont la réminiscence fait souvent couler « des larmes de componction : Théotime est assurément du « nombre des bons et des vrais organistes.

«I Qu'elles sont douces les émotions que fait éprouver Théo- « time, lorsqu'à certaines époques solennelles de communion « générale, il traite de mille et mille manières et qu'il fait en- « tendre sous mille formes diverses la belle mélodie de ce can- « tique : Mon bien-aimé ne parait pas encore, et d'autres airs « de premièn! communion.

« Le vrai organiste, c'est-à-dire l'organiste chrétien, doit « entrer dans l'esprit des solennités qu'on célèbre, et y faire « entrer, autant que possible, les fidèles qui l'entendent, soit « en traitant le chant de la prose, de l'hymne ou de quehju'au-

« ti'e partie de Toffice de ces fêles, soit en exécutant des nior- « ceaux d'un caractère analogue à ces mêmes fêtes.

« J'ai toujours eu une haute idée des fonctions d'un orga- « niste. Je vois en lui un homme de génie dont les inspira- « tions, venues du ciel, y retournent avec les cœurs qu'elles « ont touchés. Ils sont rares, il est vrai, les bons organistes, « mais il en est plusieurs...

« Je ne prétends pas dire que les organistes qui ne sont que « musiciens ne touchent pas l'orgue de manière à faire plaisir, « ni que tous les organistes religieux soient de bons organis- « tes; mais que l'organiste doit avoir l'esprit de sa profession « et joindre l'esprit religieux au talent musical. C'est pour « cela que, dans une école d'orgue, outre l'instruction musi- « cale, je donnerais une bonne éducation religieuse et unepar- « faite connaissance de l'Ecriture.

« Le caractère de la musique d'orgue toujours appropriée à « la gravité et à la sainteté de nos fêtes, consiste, en général, « dans une grande simplicité de mélodie et dans une harmonie « liée et soutenue ; donc sauter continuellement d'un clavier à « l'autre, faire de la fantasmagorie, se mettre en scène soi- « même au lieu d'y mettre l'objet de nos hommages, faire le .: savant en desséchant les cœurs par l'aridité de l'harmonie, « exécuter des chansons ou airs profanes peu décents, jouer « dans les bals, etc., tout cela ne saurait former un organiste " de mon goût.

« Quoique la musique d'orgue soit d'un style grave et ma- «1 jestueux, le genre religieux n'exclut point les compositions « gaies, vives et brillantes. Les anciens organistes connais- .( saient mieux l'orgue (|ue les modernes qui n'y voient qu'un « instrument à grandes ressources et qui en ont changé le « caractère. Sans être admirateur exclusif de l'ancienne école. .1 ou du nombre de ces organistes qui croient avilir la nou- « vclle harmonie en la faisant entendre sur un instrument « d'église; et à côté du plain-chant, je maintiens que la musi- « que d'orgue doit progresser comme la musique des autres

« iustrumenls et qu'elle doit profiter des effets nombreux du « domaine musical. D'ailleurs ces perfectionnements, comme « l'art musical, viennent de Dieu. Et quel meilleur usage « devons-nous en faire que de les restituer à Celui de qui ils « émanent. »

L'usage de riiarmonium commence à se répandre, en France surtout; il convient d'en dire un mot. Cet instrument est peu coûteux comparativement à l'orgue, d'un transport facile, il garde parfaitement l'accord malgré les changements de température, enfin il est expressif, on peut en diminuer ou en augmenter à volonté l'intensité des sons. Ces avantages sont, nous l'avouons, considérables; mais il serait fâcheux de substituer cet instrument à l'orgue. Car, malgré les nombreux perfectionnements qu'il a reçus récemment, malgré la variété des jeux qu'on y a introduits, il reste toujours atteint d'un vice radical, de la monotonie. Uniquement composé d'anches, il ne peut offrir de timbres foncièrement différents. D'ailleurs, la grande musique d'orgue est inexécutable sur cet instrument, les basses ne peuvent soutenir un accord de trois notes seulement sans étouffer la partie du chant dans le dessus; de plus, les vibrations des basses sont trop fortes même dans le coulé et les arpèges, et les sons des dessus sont maigres. Ajoutez encore que les basses de ce qu'on nomme bourdon ne parlent pas avec promptitude, et qu'on ne peut trouver dans l'harmonium la plénitude et la majesté des sons de l'orgue. Les harmonium de Belgique nous ont paru être d'une construction plus solide que ceux de France: mais en retour les plus grands de ce dernier pays l'emportent de beaucoup sur les harmoniums belges par le volume et l'ampleur des sons, ce qui leur donne un caractère spécial de puissance et de majesté. Ici nous faisons particulièrement allusion aux instruments de la maison Stein, à Paris-

L'orchestrium, qui n'est autre que l'harmonium agrandi et perfectionné par MM. Alerklin et Schûtze, facteurs d'orgues à Bruxelles, nous a paru doué d'un mérite incontestable et

innttendu dans un instrument de cette espèce; bien des défauts de riiannoniuni y sont évités, les sons y sont mieux égalisés dans les différentes combinaisons de jeux; la variété y est plus sensible; mais c'est surtout par le moelleux et le velouté de «•ei'tains jeux doux que cet instrument est remarquable. Cependant il ne peut pas non plus remplacer Torgue à Téglise. En somme, ce genre d'instrument très-utile dans des chapelles privées, ne doit, selon nous, paraître qu'exceptionnellement dans le lieu saint, et seulement pour en obtenir de nouveaux effets de douceur et de suavité.

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