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CHAPITRE III

L'Allemagne: Hayrln, llaRiidcl, IMozarl, Beethoven. — Auteurs modernes. Mendeissohn-Bartholdy et Schubert,

L'école allemande, si célèbre par la vulgarisation de sa musique, par Tensemble et la verve de ses chœurs, par l'habilelé de son inslrumenlalion, est bien plus grave, plus sévère, plus savante et en somme plus religieuse que l'école italienne. Mais en retour elle est moins accessible à rintelligcnce des masses, souvent moins inspirée, parfois elle se réduit à une sorte de calcul compliqué, à une série de profondes combinaisons, à un style tendu, où l'absence d'une idée-mère, d'un dessin mélodique se fait sentir, et par suite elle occupe resi)ril, mais laisse le cœur sec et sans sentiment. Ce n'est pas à dire (ju'il n'y ait pas d'art, pas de beautés dans ce dernier genre, mais l'art y est incomplet, il ne se rend pas as.scz saisissable, ne semble s'adresser (ju'à une faculté, sans tenter de subjuguer l'àme tout entière.

Ces réllexions ontsurtoul rapport à la musiq»>e modernedes compositeurs du second ordre. On doit de j)lus leur reprocher une tendance trop visible à une espèce de mélaph}sique musi-

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cale, à une prédilection pour l'abstraction, pour un style voilé, pour la rêverie et Tobscurité. Les auteurs du j)remicr ordre sont surtout marquants par la beauté de leurs formes harmoniques, par la simplicité et la suavité de leurs mélodies, la majesté et la solennité de leur style.

Le genre et la manière des grands maîtres de l'école allemande, Haiudel, Haydn, Mozart et Beethoven sont assez connus et suflisamment appréciés pour que nous puissions nous dispenser d'en parler longuement. Tous ont composé beaucoup dans le style sacré, Haendel a écrit plusieurs oratorios pleins de savoir et de grandeur; ses chœurs sont d'un puissant efTet et cependant il est peu fait pour parler à des cœurs catholiques, i)rotestant et ayant passé sa vie dans des pays protestants; il y a, à notre jugement, de la sécheresse, une raideur scientifique dans cette musique, presque nulle part le sentiment de la confiance et de l'amour.

Dans les œuvres si nombreuses et si pleines d'inspiration d'Haydn et de Mozart, les mouvements des parties vocales et instrumentales, la science et l'habileté des combinaisons harmoniques, le caractère des mélodies, rien de tout cela n'est ])lacé dans le tableau inusical sans un motif sérieux, la science y est partout subordonnée au but, dans les détails l'effet général n'est jamais perdu de vue. Tout dans leurs compositions est classique, pur, correct; elles auront perpétuellement un éclat, une jeunesse qui est le propre de tout ce qui est beau. Cependant, malgré le respect dû à ces grandes illustrations, on doit convenir que cette musique n'offre pas dans toutes ses parties une constante actualité.

Pour nos oreilles faites à une musique qui, quoi qu'on en ait dit, s'est avancée dans la voie du progrès sous plusieurs rapports, tel passage d'Haydn, telle mélodie de Mozart, telle transition sont empreints de vétusté, et, ce qui était frais et neuf à son apparition, a pour nous ((uelque chose de suranné. Ce qui prouve une fois de plus que la musique, comme le style, comme réloquencc, doit être en parfait rapport avec le temps

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et les idées reçues, non pas précisémcnl pour èlre classique et pure, mais pour exercer une influence complète.

Ces deux auteurs ont écrit une multitude de messes et de motels de tout genre, dans tous on reconnait une plume exercée et le cachetdu génie au moins enquelques endroits. Mozart avec une incroyable souplesse a abordé tous les genres et a excellé en tous. Haydn est surtout remarquable dans la symplionie et dans le genre suave et gracieux où sa belle àme se montre tout entière. Il convient de mentionner comme chefd'œuvre de style et d'invention l'oratorio de la Création et les sept paroles de Jésus en croix du même auteur.

Beethoven, sui\anl la route toute tracée par ces deux grands maitres, s'est élancé beaucoup plus loin dans la carrière artistique. Son genre n'est point le classique pur, son génie n'aime point l'entrave et ne peut se laisser brider par les règles. Compositeur exceptionnel, hardi et plein de feu, l'inspiration le déborde et souvent il atteint au sublime. 11 ne peut être proposé j)oui' modèle, elles sont trop rares les natures (|ui peuvent le suivre; mais ses symphonies, et un grand nombre de ses productions religieuses sont marquées au coin de l'immorlalité.

Elles sont toutefois moins facilement exécutables que celles d'Haydn et de Mozart, non-seulement parce que souvent elles exigent des moyens extraordinaires soit en fait de voix, soit en fait d'instruments, mais parce (|ue la contexture en est tellement une, serrée, les détails mélodiques et harmoniques, les nuances même tellement intimes, inhérentes à l'essence de la coînposition qu'une exécution imparfaite de quelques passages snilit pour bouleverser l'économie, pour enlever le prestige de la pièce.

Parmi les auteurs du second ou du troisième ordre qui ont |)récédé l'école actuelle, on doit citer Emmerig,Buhler,Dreyer, Ohncwald, Dédier. Ils ne brillent point parla richesse de l'harmonie, ni j)ar la science des combinaisons; en revanche leurs mélodies assez souvent agréables ne sont point couvertes par

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raccoiupagnemont, elles sont simples, douces, (|uel'juefois heiireusenieiit msj)iiées. Nous regrettons que M. Danjou ait cru devoir faire usage de persifllage pour réprouver ce genre de musique. (Voir lettre à M. Fétis sur la musique en Belgique. — Gazette musicale, 18 août 1844.)

On trouve quelquefois d'heureuses idées et toujours une excellente facture dans les œuvres de Lasser, de Schmidi, Schicdermayer, Drobiscli, Danzi, Winter, MuUer, etc., mai ; leur manière est trop uniforme et partant languissante. Scliaffard est plus simple et plus mélodieux, Witska, Lachner et Ladurner sont plus élevés que les précédents , leur musique est plus travaillée, leur style clair et aisé, à l'exception de celui du premier. Aiblinger et Eybler ont une touche suave et harmonieuse, ils sont cependant parfois obscurs et nuageux dans leur manière.

Neukomm est un admirable organiste; il a du mérite comme auteur de messes, de motets et de cantiques, le mouvement des parties vocales est bien conçu, chacune contribue au développement de la mélodie, on lui reproche avec raison le manque de variété et la monotonie dans ses motifs et toute sa manière. A part quelque chose de froid, qui fait désirer l'inspiration, la plupart des pièces de Romberg sont excellentes. Nous ne connaissons de Proch qu'un Ave maris Stella, soio qui le place au premier rang des compositeurs.

Diabelli est d'une extrêmi' fécondité, il a des morceaux simples, il en a de solennels. Cet artiste a étudié avec soin les formes savantes de l'Allemagne, sans dédaigner de s'inspirer aux sources italiennes. Plusieurs de ses pièces ont un parfum de fraîcheur et de suavité, son instrumentation comme en général celle de l'école allemande est moins riche et moins variée que; celle de l'école française. Rarement il se répète, il est rarement monotone, souvent il est magnifique et presque toujours il est religieux.

Nous n'avons rien dit de Huninul, il est dilTicile de rencontrer un genre plus profond, plus travaillé que ne l'est le style de

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ce savant, il y a aussi peu ilc musique qui ait plus de peine à s'ouvrir un accès au cœur de la m illilude. Les parties vocales des chœurs sont d'une exécution peu aisée, une préparation longue et ardue est nécessaire, et l'effet ne répond pas toujours au travail. Rincka peu écrit pour les voix, il a de charmantes inspiiations, mais son style est trop constamment fugué.

Les messes de l'illustre compositeur Marie-Charles Weber sont d'un intérêt croissant et que les fréquentes auditions semblent ne pas diminuer; ce qui le caractérise, c'est le charme des mélodies, la parfaite disposition des voix, une conduite distinguée de l'instrumentation, des combinaisons harmoniques assez neuves et qui jamais n'entravent l'émission du motif chantant. Kalliwoda ados formes larges, une mélodie pas toujours assez dessinée, et quelquefois totalement voilée, plusieurs de ses pièces ont un caractère élevé et grandiose.

Trois compositeurs protestants sont spécialement cités comme ayant de belles formes religieuses, ce sont : Henri Reber, Meyerbeer, et Mendelssohn-Barlholdy. Par son Ave Maria, le premier a prouvé qu'il peut s'inspirer heureusement aux sources de la foi catholique; ce morceau admiré partout comme une forme élégante et pure du genre religieux se fait remarquer par une mélodie gracieuse et suave, mais d'un rhytlime luii forme, accompagnée d'une harmonie expressive et variée.

Meyerbeer n'a pas écrit poui' le culte catholique, mais il a introduit dans ses œuvres dramatiques des chorals dans lesquels il a souvent conservé ranti(|ue tonalité dont il a tiré de merveilleux effets. De pins il a publié des chants religieux sans accompagnements dont la mélodie est grave, dit M. Félis père, {Gazette musicale, mars 1845), mais en même temps « animée, expressive, et souvent empreinte de l'inspiration « prophétique. Un autre genre de mérite s'y fait remarquer, « c'est la simplicité du mouvement des voix, imitée de l'école « italienne, de là résulte une exécution facile, grand mérite

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« pour la niiLsique vocale sans accompagnement trinslru- «1 menls. »

Mendelssohn-Barlholdy a composé un admirable Ave 7lf«ria pour huit voix, qui se divisent par moment afin de donner du relief à une mélodie fuguée. Le chant où Fauteur a déposé toutes les richesses de son inspiration, n'est accompagné (pie par quelques instruments à vent et les basses, uniquement destinés à soutenir les voix, excepté au milieu où ils exécutent un de.^sin harmonique d'un bel effet. Le moiceau débute par un solo de ténor, en 6/8 répété harmoniquement j)ar le chœur, puis une seconde phrase également répétée et complétée. Ensuite vient au Sancta Maria une mélodie large et pourtant mouvementée à quatre temps, chantée par les ténors et les basses à l'unisson; les soprani et les alti répondent harmoniquement par une mélodie simple et fraîche sur ces mots : Ora pro nobis, cette même réponse repai'ait plusieurs fois après les répliques des voix d'hommes; ce dialogue est clos par un chant fugué d'un brillant effet qui se termine sur une demi-cadence où une tenue de premier ténor ramène le motif pi imitif qui est bientôt accompagné par des mouvements variés dans les parties vocales.

Tout ce morceau d'un caractère fort élevé, d'une originalité et d'une verve pleines de fraîcheur impressionne vivement, dès la première audition, et le vulgaire et les artistes. Le Laada Sion du même compositeur a moins de prise sur les masses, il en est de même de plusieurs morceaux de ses oratorios, et de quelques parties de ses psaumes et de ses motets. Cependant, comme dit M. Michel Bouiges: « Nul ne possède « à un plus haut degré que Mendelssohn les procédés les plus « raffinés de l'art, personne n'entend mieux le mécanisme du « développement des idées. » Et nous devons ajouter que, dans toutes ses œuvres, on trouve des beautés d'un ordre supérieur quoique parfois il paraisse trop voué au culte de la forme scientifique aux dépens de la mélodie.

Aussi on ne peut trop condamner la manière injuste et pam-

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phlétaiic dont IM, Danjoii a qualifié le Laucla Sion compose pai- ^Icndelssoliii pour la fêle séculaire de Liège. (V. Revue de Ihuxellcs, t. 5, p. 187.) Il est vrai que la plume maligne de cet écrivain s'est moins exercée contre l'illustre compositeur, qu'aux dépens du clergé et du peuple liégeois, à l'occasion d'une fête qui a été incontestablement remarquable par sa pompe et sa dignité. Mendelssohn a été juif, puis protestant; un de ses amis nous a affirmé que la composition du Lauda Sion a été le principe de sa conversion et que réellement il est mort calliolique. Le fait nous parait tout-à-fait probable, nous serions heureux d'avoir des données plus positives pour pouvoir le garantir.

Schubert a écrit une messe et diflërents motets. Son genre est neuf, mélodieux, onctueux, parfois il est quelque peu profane et mondain. Dans cet aperçu des productions religieuses, dans celle analyse rapide des compositeurs d'église, nous omeltons bien des noms, nous sommes loin de faire connaître tons les talents; nous n'avons en \ue que d'indiquer les caraclèies marquants des écoles, de présenlei' la physionomie musicale, des époques les plus rapprochées de la nôtre, et les œuvres les plus célèbres, les plus utiles des auteurs conlemj)orains. Nous n'avons pas classé ceux qui ont écrit pour l'orcheslre et ceux qui ne l'ont fait que pour l'orgue; parce que les productions des derniers ont un caractère assez uniforme, (jue pour l'ordinaire, elles sont dépourvues de la couleur brillante et solennelle des auti'cs, (|u'elles sont enfin plus répandues et plus connues, et (|ue les pièces composées pour orchestre sont souvent réduites pour orgue. Il nous reste à examiner les formes de l'école française.

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