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CHAPITRE IV

La France : compositeurs modernes. — Adolphe Adam et Hector Berlioz. Compositeurs Polonais et Belges.

Celle école a souvent été regardée comme éclectique, comme adoptaut tous les systèmes, et comme n'en ayant aucun, comme imitant toutes les formes et n'en créant aucune. Il y a eu longtemps du vrai dans cette assertion, surtout en fait de musique religieuse. En effet, ceux qui tracent les traits caractéristiques d'un genre, d'une école sont les compositeurs les plus distingués d'une nation, les sommités de l'art. Mais, parmi les compositeurs français, la plupart n'ont rien ou presque rien écrit dans le genre sacré.

Boïeldieu, Méhul, Hérold, Monpou, Halévy, Auber le directeur actuel du Conservatoire, Zimmermann, Boisselol, Clapisson, n'ont guère travaillé que pour la scène, et sans Chérubini et Le Sueur, la France serait, pour la grande musique religieuse, bien inférieure à l'Allemagne et à l'Italie. iNous regrettons que Halévy dont le talent est si noble, si élevé, que ce digne élève de Cbérubini n'ait point travaillé pour l'Eglise. Il n'est pas catholique, il est vrai, mais en s'i?ïs|)i-

1 ant aux sources si pures de la foi chrétienne, son talent ne ferait que grandir et s'élever encore.

Il y a en France beaucoup d'œuvres secondaires, peu d'ouvrages importants; cependant plusieurs étrangers d'un mérite élevé, comme Paër, Paisiello, etc., ont écrit en France et pour la France d'excellentes compositions. La raison principale de cette infériorité ou de cette stérilité, c'est qu'en Allemagne la multiplicité des chapelles des princes, la propension native des peuples allemands pour la musique religieuse, a ouvert à celle-ci des débouchés, en facilite le commerce et empêche la ruine des auteurs et des éditeurs; qu'en Italie la multiplicité des églises bien rentées, le nombre de ces petits Etats qui tous veulent se distinguer par le mérite des arts, enrichit les compositeurs et les artistes; tandis qu'en France, où la musique des cathédrales est si mes((uine comparativement à ce qui existait jadis, où la chapelle impériale et royale de l'empire et de la restauration a été si longtemps fermée, où enfin la spoliation opérée par la grande révolution laisse encore de profondes traces, les compositeurs ne voient aucune perspective avantageuse, aucun stimulant à leurs travaux et il n'est guère raisonnable d'exiger d'eux qu'ils ne composent qu'en vue et par amour de l'art.

Les formes de l'école française constituent un genre mixte entre l'école allemande et celle d'Italie. La mélodie y est prédominante, elle est moins large, moins sentimentale, moins dramati(jue que la mélodie italienne, mais elle est souvent j)lus ferme, plus énergique. Les formules savantes y sont moins en usage qu'en Allemagne, mais les détails harmoniques y sont cependant variés et plus parlants. Il y a dans les grandes com|)ositions françaises de l'originalité et de l'inspiration, des idées élevées, parfois trop vives, toujours agréables, capables souvent d'impressionner, de remuer les masses. Cette école puissante et liche pour la miisicjue profane a déjà lait dire sous rem|)ire à Paisiello : « L'école française » en vaut bien une autre. »

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L'abbé Roze, un des maîtres de Cboron, n'a composé que pour voix et orgue ou harpe. Nous avons entendu de lui une messe bien caractérisée. Sans être entraînant, cet auteur a un mérite mélodique et harmonique bien réel dans les productions qu'il a laissées. L'illustre Choron a produit beaucoup, il a un grand mérite de facture, mais pour nous, dans quelques-unes de ses pièces l'inspiration laisse à désirer. Son successeur Nicou-Choron mérite d'être mentionné quoiqu'il ait une musique inférieure; car sans être savamment travaillée, elle est douce, mélodieuse, populaire.

Nous ne connaissons du grand compositeur Berton qu'un 0 salutaris qui est un chef-d'œuvre d'inspiration et de piété. Panseron a composé pour voix et orgue plusieurs morceaux parfaitement religieux, suaves, où la conception mélodique et le travail harmonique brillent du même éclat. Bertini a écrit d'une manière assez originale ((uelqucs motets, dont la couj»e musicale toutefois est un peu uniforme et dont la mélodie manque d'inspiration. La même observation sur l'uniformité du genre s'adresse à la musique de Félicien David, l'harmonie de celui-ci est pourtant plus riche, et la mélodie mieux caractérisée. Nous ne pensons pas que la musique religieuse de ces deux auteurs ail la même valeur que leurs œuvres profanes.

Leprévost dans plusieurs de ses productions offre des combinaisons à eflet où le goût et la piété sont constamment respectés et où la mélodie est souvent élevée et bien inspirée. Nous avons le même jugement à portei* des œuvres de Gauthier où régnent également le sentiment religieux et un vrai mérite de composition. Celles de Marins Gueit et d'Ehvart sont recommandables par leur facture et dans plusieurs passages par des motifs bien choisis.

Plantade a composé une messe, un ReginaCœli à grand orchestre, et plusieurs motets pour orgue. Cet auteur, sans se distinguer par la science et de hautes conceptions haimoniques, montre de l'habileté, du goût dans la disposition et le mouvement des parties chantantes. Il a d'intéressantes cl foil

belles mélodies, il paraît constamment noble et |)ieux. Prcs- (jiie tous les auteurs dont nous venons de parler n'ont écrit que pour orgue et voix.

Dietsch a produit un assez grand nombre de messes, et des motets de tout genre, les uns avec accompagnement d'orchestre, les autres pour orgue. Dans ceux-ci, on trouve généralement une physionomie plus sérieuse, un ion calme et grave, parfois uniforme. La manière de cet auteur le j'approche des meilleurs compositeurs d'Allemagne; c'est dire assez le mérite de ses œuvres. Elles ne sont pas seulement correctes, consciencieusement travaillées; mais elles sont riches de formes harmoniques, et remarquables par des mélodies franches et aisées. C'est un compo.-^ileur savant, très-religieux, assez insinuant et agréable. Ambroise Thomas a écrit plusieurs pièces sacrées, dont quelques-unes ont un mérite supérieur el de l'élévation dans la pensée.

Adolphe Adam a la composition très-facile, une grande habitude de l'orchestre, une abondance prodigieuse d'idées saillantes et assez neuves. Nous connaissons de cet auteur une messe avec accompagnement de violoncelles, d'orgue et d'instruments de cuivre, et une seconde dite de Sainte-Cécile avec le grand orchestre moderne. La critirjue a essayé d'assimiler ces messes aux opéras du même auteur, et par conséquent elle les rejette comme anivres religieuses. Il y a, sans contredit, de temps en temps des allures vives, des phrases brillantes et à grands eiïets populaires dans cette musique; mais, à notre avis, il existe une difl'érence marquée entre les mélodies religieuses de cet auteur, et celles de la scène; il s'en faut beaucoup qu'il y ait dans la manière d'Adam la désinvolture (pi'on rencontre dans plusieurs messes d'Italie.

Adam est toujours spirituel, incisif, varié, sans cependant l;iire naitre d'impressions mondaines, sans porter à la dissipation. Hien rendues, ses messes aux jours des grandes solennités ont toujours |)aru convenables et dignes du culte. Du reste, elles renferment j)lusieurs morceaux (jui sont reli-

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gieux dans le sens le plus sévère du mot, comme VO salutaris de la première messe. Ce que nous reprocherons à cet auteur, outre quelques rares passages un peu légers, c'est que ses mélodies sont trop fortement dessinées, qu'elles ont des traits trop accusés, si bien qu'après une première audition, on a à peu près tout entendu, tout saisi, et qu'une seconde ne découvre presque rien de nouveau; une musique de ce genre est exposée à s'user. Mais, liàtons-nous de le dire, il y a des exceptions, notamment dans plusieurs passages de la messe de Sainte Cécile, et particulièrement dans YAgnus. La partie harmonique n'est pas traitée avec toute la sévérité classique, elle est cependant remplie de détails piquants et de combinaisons à effet. Mais un reproche d'un autre genre et bien mérité pour celte dernière messe, c'est que les règles de la prosodie latine y sont violées, que la quantité y est constamment peu respectée, si bien que les oreilles tant soit peu exercées sont bien souvent blessées de la mauvaise distribution des brèves et des longues.

Hector Berlioz a peu fourni au répertoire de la musique sacrée; mais il n'a fait que de la grande musique et dans des conceptions entièrement nouvelles. Nous ne pensons pas qu'il ait fait paraître d'autres partitions religieuse qu'une messe de Requiem avec un colossal Di.es irœ, et récemment un magnifique Te Deum. Ces oeuvres d'une facture hardie, d'une magnitîcence poétique inconnue, d'un éclat et d'une fraîcheur sans parallèle, enfin d'une instrumentation tellement originale qu'elle est, à elle seule, une vraie création; ces œuvres, disons-nous, ne peuvent être exécutées que dans des capitales qui abondent en talents extraordinaires et en ressources musicales.

Bien que cet aperçu des célébrités musicales soit rapide et incomplet; bien que nous ne traitions ici que les auteurs qui servent à caractériser les trois grandes écoles, nous ne })ou- \ons nous dispenser de rappeler succinctement les noms de ((uel(|ues compositeurs (|ui méritent une mention spéciale.

La messe de Requiem du j)oloiiais Kolowski est pleine de

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grandeur et de magnificence, elle est à la fois artistique et populaire, partout où elle a été exécuté, elle a fait naître de douces émotions. Cet auteur a écrit de plus un Salve Regina de bonne facture. Albert Sowinski a enricbi la musique sacrée d'une foule d'excellentes productions; messes, motets de tout genre, ce compositeur a tout abordé et a parfaitement réussi en tout. La grâce de mélodie, la pureté de style, le soin et le fini du travail, la beauté des dessins barmoniques, telles sont les qualités qui distinguent les pieuses et suaves compositions de cet auteur.

Parmi les compositeurs belges dont les œuvres ont un caractère élevé et un mérite incontesté, nous devons citer d'abord Duguet, Snel, Soubre. Il serait à désirer que leurs productions fussent plus nombreuses et plus connues en Allemagne et en France. Le genre du premier est mélodieux et correct. Le dernier a été loué par les journaux de France, mais nous n'en connaissons pas les œuvres. Le second est à la fois grave, doux et énergique, à mélodies simples, franches et caractérisées, d'une harmonie agréable et variée.

Un autre auteur belge dont les compositions ont un grand attrait pour le public, est Jansscns. II a surtout écrit pour orchestre; on a de lui des messes, Te Deum, Psaumes et motets divers. Ces productions sont remarquables par un sentiment mélodique large, bien prononcé, et rele\é par une harmonie simple mais variée. L'accoinj)agnement est à effet, souvent la mélodie parcourt successivement avec bonheur l'échelle des cordes depuis le premier violon jusqu'aux basses, sans qu'il y ail jamais confusion ni obscurité dans le style. Une diction aisée; une correspondance parfaite des parties avec léchant; parfois de la distinclion dans les idées et une couleur dramati(|ue; mais (|uel{|uefois aussi des longueurs et des motifs surannés : tels sont les caractères de ce compositeur.

Nous citerons aussi Vanderghinsle, dont les œuvres ont une facture simple, aisée, correcte, et dont les formes populaires ne sont j)as dépourvues de distinction; de plus, le jeune

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compositeur Statl'eld enlevé prématurément; son Ave Maria, morceau plein d'élégance, de fraîcheur et d'idées heureuses parfaitement combinées lui assigne un rang honorable parmi les auteursde musique sacrée; et enfin Eickens qui se dislingue par la pureté de son harmonie et par des motifs suaves mais peu colorés; il laisse à désirer sous le rapport de la variété du style. Nous ne connaissons de Gevaeit qu'un Te Deum à grand orchestre, dont la forme est brillante et solennelle, mais dont quelques mélodies manquent de distinction.

Nous n'avons pas parlé des trois fondateurs de l'école française : de Grétry et de Gossec, Belges, et de Gluck, Allemand. Nous ignorons si le premier a traité le genre religieux. Quant au troisième, la plupart des morceaux sacrés publiés sous son nom sont extraits de ses œuvres dramatiques. On sait du reste quel immense secours le talent de cet illustre savant a apporté à l'art religieux, en lui ouvrant une nouvelle voie et en créant comme un nouveau genre. Gossec n'a fait qu'un 0 salutaris, trio ))our voix égales sans accompagnement, pièce qui suflirait pour immortaliser son auteur et qui est entre les mains de tous les amateurs de musique sacrée.

A|)rès cette revue sommaire des principaux compositeurs de musique d'église, nous croyons devoir nous étendre tout spécialement sur les travaux et la vie artistique de deux compositeurs qui, à notre point de vue, n'ont pas été égalés dans la musique religieuse. Des données biographiques sur ces auteurs, indépendamment de l'intérêt que fait naître le sujet, seront utiles pour faire apprécier la nature et la portée de leur talent, leur position, les conditions de temps et de lieu auxquelles ilsétaient soumis, et sous l'empire de quelles idées, de quels principes, ils ont écrit. Ces deux gloires de la musique d'église sont Le Sueur et Chérubini. Grétry les a caractérisés d'un mol (Voir Esprit des journ. IHio) en disant qu'il ne pouvait se lasser d'admirer le coloris local et le style pittoresque de Le Sueur, et l'imagination enrichie par un |)rofond savoir de Chérubini.

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