‹ De la musique religieuseChapitre 4 sur 32 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Qualités de la musique sacrée. — La musique est susceptible de différents sens. — Le plain-chant ne doit point exclure la musique. — Son origine n'est poiut purement chrétienne.

La musique qui, par la voix unanime des Apôlres el des Pères de l'Eglise, est appelée de concert avec les cérémonies du culte, à produire ces heureux résultats, doit pour cela réunir certaines conditions. Elle doit être religieuse, parfaitement adaptée au texte sacré, variée, persuasive et pleine d'onction.

Tous sont d'accord sur ce point; mais on difi'ère dans l'application. Une plus ample explication devient nécessaire, et c'est ici surtout qu'il importe de se tenir en garde contre tout esprit systématique et exagéré.

Les accents de la musique, sans le secours de la parole, sont de leur nature assez vagues et indéterminés, quelles que soient les formes qu'ils revêtent. C'est ce qui explique comment, sous une mélodie, on peut souvent placer des couplets différents de pensée et de sentiment, sans que l'instinct en soit blessé. Les compositeurs eux-mêmes adaptent à un seul thème de romance ou de ballade des couplets divers, et parfois

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de sens opposé. Ainsi une mélodie quelconque peut cire diversement interprétée et recevoir plusieurs significations. Des paroles saintes peuvent de même être appliquées à plusieurs espèces de musique, celle-ci toutefois ne saurait être arbitrairement choisie.

En conséquence, ce texte de la liturgie : Sanctus Dominus Deus Sabaolli, peut également être rendu par le plain-chant, par la musique du XVP siècle, et par la musique moderne. Et dans ceile-ci, plusieurs genres exprimeront convenablement le même sens : une forme grave et lente par exemple, une forme majestueuse et pourtant animée, une forme même brillante et vive. Il est impossible de fixer pour aucun texte, un genre, une forme arrêtée et circonscrite. Du reste, dans toute parole sacrée il y a des sens divers, le compositeur peut en saisir un et le mettre en relief; et, n'y eùt-il qu'un sens, il est susceptible d'être traduit de différentes manières.

En ceci il y a beaucoup plus d'analogie entre la musique sacrée et l'éloquence de la chaire, qu'entre la musique et les autres arts, comme la peinture et rarchitecture, dont les formes essentielles plus arrêtées, mieux déterminées, laissent moins à faire au sentiment. L'orateur chrétien qui traite en chaire, soit les souffrances du Rédempteur, soit les combats de l'Eglise, les rigueurs de la justice divine, ou les joies du Ciel, peut, indépendamment des former individuelles de style, et du genre grave ou animé, lugubre ou suave, propre à chacun de ces sujets, varier de mille façons la manière de les envisager et de les exprimer. A plus forte raison la musique si féconde en ressources, pourra les mettre à profit et diversifier sa manière, sans s'écarter du naturel, sans sortir des bornes de la convenance religieuse.

La variété de genres et d'espèces est donc acceptée par la lïmsique sacrée: non seulement le plain-chant avec ses distinctions d'accent dans les MKîsses, les hymnes et les antiennes, mais encore la nuisicjue moderne. Cette dernière sera d'autant plus parfaite (jucUe s'harmonisera et s'identifiera plus avec les

saintes paroles dont elle est l'instrument et comme le véhicnlc. Or les paroles de la liturgie ne sont point uniformes : les accents des prophéties, des |)saumes, des cantiques, des messes sont simples ou mystiques; graves, austères, terribles, ou doux, suaves, pathétiques. Il y en a de grandioses, de sublimes; d'autres sont empreintes de vivacité et d'allégresse; l'Eglise chante tantôt les douleurs de la pénitence dans ses miserere, tantôt l'espérance chrétienne et les délices de Sion dans ses alléluia.

Il suit de là qu'il existe bien des manières de composer pour l'Eglise, et qu'une musique est parfaitement religieuse quand elle exprime le vrai sens des paroles sacrées, sans aller audelà, sans réveiller des idées étrangères au texte. Une musique qui n'atteint pas le sens des paroles ou qui le défigure est insignifiante; elle n'est pas plus religieuse que celle qui outrepasse le sens, qui en exagère la portée.

Cette qualité peut se trouver à différents degrés dans une composition. Un auteur peu inspiré restera en-dessous de l'idée religieuse; un auteur mondain, peu familiarisé avec les pensées de la foi, mêlera des réminiscences profanes. Une connaissance approfondie de la grandeur de nos saints mystères est tout aussi indispensable que le vrai talent pour écrire religieusement.

Mais est-il mieux que les sentiments chrétiens soient rendus par le plain-chant plutôt que par la musique? Et celle-ci peut-elle se livrer au transport, à la passion religieuse? Peutelle être poétique, lyrique, dramatique? Les chapitres suivants répondront aux deux dernières questions?

Le plain-chant est sans doute vénérable pai' son antiquité et la juste prescription dont il jouit presque partout, il n'est pas moins recommandable par ses formes, sa tonalité et la beauté de plusieurs de ses mélodies. C'est un des genres de musique sacrée , un genre spécial , indispensable à plus d'un titre. Mais à côté de l'éloge du plain-chant, qui est dans toutes les bouches, il faut aussi mettre ses inconvénients et je dirai

ses imperfections. Le plain-chant est une forme de la musi(jue grcc([ue remaniée par saint Grégoire; malgré les dénégations de quelques savants, qui voudraient lui assigner une origine plus chrétienne, le fait nous paraît incontestable.

Avant saintGrégoire, les fidèles chantaient des hymnes, des psaumes, des cantiques sur une musique qu'ils connaissaient, mais qu'ils n'avaient pas inventée. Elle était grecque, c'était la seule connue et régularisée, et avec les mœurs grecques, elle avait été répandue depuis Scipion l'Africain dans tout le monde romain. Des archéologues de musique sacrée, et entre autres Le Sueur, ont découvert dans les airs de quelques cantiques que la tradition a perpétués, dans quelques Noëls que le temps a en partie modifiés, de vieux chants usités dans l'Eglise primitive et provenant les uns de la Synagogue, les autres de la Grèce. La plupart nous viennent de l'Eglise d'Alexandrie, les grecs convertis en faisaient usage et les "ont propagés.

La première musique chrétienne a donc été une musique exotique , une musique d'emprunt ; tout comme les temples chrétiens ont reçu les formes architecturales découvertes par le paganisme. Le Christianisme a, sans contredit, exercé une influence profonde sur tous les arts, il les a sanctifiés et souvent modifiés; mais il ne s'est point créé un ordre nouveau pas plus dans les arts que dans les sciences, il n'a jamais répudié le beau idéal : il l'a accepté sans s'informer de son origine. Il n'est pas plus étrange d'adopter la musiciue des grecs, ((ue de laisser entre les mains des jeunes chrétiens les œuvres litlélaires des paycns.

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