TH. JOUFFROY
« QQ*on Teuille bien considérer que l'Éclectisme est tonte « la philosophie que l'on enseigne depuis quinze ans à nos en-
• fants, et que nou-seulement nos enfants, mais le public tui- « même, sont depuis quinze ans Tictimes de cette fausse phiio- « Sophie. Si peu d'hommes ont le loisir ou prennent la peine « d'examiner les problèmes philosophiques, qu'on s'en remet « facilement sur ce sujet, le plus important néanmoins peur
• l'État et pour les particuliers, à ceux qni sont officiellement
• chargés de professer sur ces matières. Or, si ces philosophe» « accrédités et investis d'une certaine autorité dans l'État n'ont « pour toute philosophie, sons les grands mots dont ils s'abric tent, qu'un déplorable pyrrhonisme, voyez quel dommage en « résulte ! Bacon disait du scepticisme : Le sceptique été à noc tre dme toutes ses fot'ces, et le vrai philosophe lui en rend « Vusage. Voilà le tort que. suivant nous, l'Éclectisme fait à « la France : il enchaîne les esprits, il ôte à l'intelligence ses « forces, comme dit Bacon ; il empêche tout sentiment relire gieux, social, patriotique, de germer et de croître; il jette
« dans la société et dans le gouvernement de la société non « pas seulement de la léthargie et une lâche torpeur, mais le « principe de la démoralisation et de la corruption. En sorte
• qne nous dirions volontiers de l'Éclectisme ceque Bacon disait « encore du scepticisme : La patrie et Inhumanité réelammt « contre cette philosophie oiseuse, »
(RiFOTiTION DB L'ÉCLBCTISMB, 1837.)
Des joarnaai qui ont pris la défense de M^ Goiisin. et de cette défense en général.
Nous avions intitulé notre premiei* article : De la mutikitum d'Kfi écrit posthume dé Th, Jauffroy. Nous intitulons celui-ci :
M. COUSIN auteur de la mutilation d'un écrit posthume de Th. Jouffroy. Voilà ce que les insinuatious ou les meuaces de M. Cousin auront obtequ.
Avant de parler de ces insiqiia|[ic|n^ e^ mena(!$66, qui nous forcent, malgré noms, à revenir sur cette affaire, disons un mot de la défense ^Q M, Çopsip eq jgéqérsl.
M. Cousin, attaqué directement, ne s^est pas défendu lui-même. Il s'est fait défendre.
Le Constitutionnel, le Courf^ier, «l le Siècle, sont les journaux qui ont pris la défense de M. Cousin, et ils sont les seuls.
Comment cette défense a-t-elle été présentée?
On n'a pas osé braver le seaUpueqt \mb\ic i^ljiUv^nient à la gravité du méfait $ on a'a pas eisayé bor plus dt eiep ee méfait : mais on en a rejeté impitoyablement toute la honte sur le seul M. Damiron. Ainsi, on a sacriflé sans pitié, pour l'utilité de M. Cousin, un homme qui méritait d'être plalpty un hopoime dont le tort était surtout d'avoir obéi à M. Cousin. A voir ces journaux si coulants au sujet de M. Cousin, si sévère^ pour M. Damiron, on se demande si ce ne serait pas d'eux, par hasai«d, que Juvénal aurait écrit :
Dat veniam corvîs, vfexat censura çolumbas.
Quant à nous, qui préférons la devise :
Parcere subjectis et debellare superbos,
pous défendrons M. Damiron, fût-ce contrp lui-même. Quand un bomme reeonnaU sa faute, insister et le fi^^pper dans la poussière est une ^c|ion peu noble, poup ne pas la qualifier plus sévèrement. Mais le frapper ainsi pour en sauver un autre évidemment plus coupable, H îmve cela non pas seulement par suite d'andennes liaisons ou de liaisons encore subsistantes, mais dans un but d'avenir plus ou iqo|ns entaché d'égoïsme, voilà ce qu'on peut appeler, sans exagération, une déplorable erreur. Or nous craignons que les trois journaux dont il est question n'aient commis cette erreur. Écpa«ar, 4iomi»e ite Vont fait, M. Damiron dans riptérêt de M. Cousjn, c'est foqdroyer, du haut de Jttpptjoqy, Barcelone repentante, pour avoir la faculté de s'allier avec les Anglais, dont on aperçoit les voiles flottant à l'horizon.
La voile du Premier Mars peut en effet reparaître ; elle n'est pds teiteœeDit eQchée qia'on m la déoottvre ûyeè de boa» ysui ; et ù te CwsHt^timnel, par exempte, seat bien interroger 0a oon^
sçteqo^, pwt«-étre trouvera-Wil qv^m défendant le pbilosopl|« accusé d'avoir mutilé la pensée d'un autre philosophe, il n'a défeudM f p^oa aqeij^ ministre, o|)jet de «es regrots et de ses soupirs.
Nou^ poiivons dire cela avec d^au^aut plus de raison que c^ u'ept
^u'è rétre ^bstr^it gu'pp 9ppeUe im journal que notre re|ll^rq||^
§ - 9dre3S^• Li^s jouraau^i^ ont des centres d'attraptjon vers lesquels ils
gr^YÎNnt ayepiglément, En oiitre, la rapidité de leur publioatiop em*^
pèche souvent les hommes honorables qui les rédigent et 1^9 siéent
diç prendre nm «opnaâssfînce ^i^aete des questions qui y soot traitées.
Pape part ^qqp, la tQp4fl9ce générale de l^r potitique, ^U d'aiitra
PAPt, ce^e péc^sîté de p9i»ltre éclairé qu^pd on m Test pps, eo*
traip^pt fréqpeiinxwiitles jQoiwiii^ diips (lei actes de complaisnoee
plus op mpips cpqpA^Ies. Qç e'est oe qpî est {|rm4 oette fois. Op savait
4' avance que JA. Qovm serait défepdn là où il Ta été; et nous ppfh
vons ajouter qu'il avait Ipi-iq^^ anqppeé qup 1^ ConHitutiemi^f
un jnom^ m Iw ferait pas défaut,
£p (ail, iç'eipt r^letn^nt 1^:. Oowim f tti ^'ert déf^dv dans les tppîi jpurpaux en question; les potes insérées ont été rédigées par lut ou spus ses yeux. Certes, il p'eptre pas dms notre pensée de eomparer ep apeune f^n la défeps§ au délit qui l'a rendue péee$saire. Mais pourtant, ep liiis^pt récusé parler m leur place sou9 le voile coio-' plaisant de Twonyme, en le lalssfmt juger dans sa propre cause, c^ joquîQUf fQ tropvçpt pvoir agi sous son influence, et avoir §)Kliqué, pour Ipi pep^rg serFÛ^^» kur propre jugement, comme Uf DwfWm 4«0$ W f^H ^ A àoi9P4 lieu ^ ipute cette polépuque.
Qwi W'H m 90Îtt nWB qui ovon^ aocusé, nous voici doof^ Ufr cusé à qpù*e tour 1 i
Qrêm à Dieu, pops ne sopipaes pas acepsé, du moips» d'mr<^ epipècbé }a vérité de se faire jour, ni d'avoir altéré la pensée 4es morts, ni d'avrâ* fdsifié des écrits, ni 4'avpir iputilé up teataïueiit. Haii^ ep^p pous sommes aoous^.
Ejt de qpoi? faut-il le dire?,,., Pe n'moir pm aeauU k 9eul M' Dqmrm.
Oh ! ici notre conscience se révf^ttCi» Si nous n'avions dâ aoeuser qve If i#t4{ Jf. Jiamir^f^y nous n'eussions accusé personne. Nous §{)rippf» sppppa^ qpe les gptUatiops, altérations et falsîficaltons s'étaient opérées toutes seules et par miraole. Car mus asvans de
science certaiae que H. Damiroa ne les a faites que forcé et contraint,
H. Damiron accomplissait fidèlement sa tâche d'éditeur, qnani M. Cousin Ta violemment interrompu dans cette fonction, et ne lui a donné que le choix ou d'anéantir complètement la publication des manuscrits de Jouffi-oy, ou de les falsifier. H. Damiron a pris ce dernier parti ; il Favoue, il se déclare coupable. Mais M. Cousin est-il innocent ?
M. Cousin a lu les feuilles qui étaient déjà imprimées et qui ont été cartonnées pour lui obéir ; il a donc connu tous les traits qui le concernaient et qui ont été ou supprimés on changés. C^est sur ces traits qu'il s'est fondé pour empêcher la publication. Il a signalé ces traits à H. Damiron, il les a peut-être notés de sa main. Ces traits ont été changés ; M. Damiron se reconnaît coupable de ces changements. Mais M. Cousin est* il innocent?
H. Cousin a prétendu, pour empêcher la publication, que la veuve de Jouffroy, étant son héritière, avait un droit absolu sur ses manuscrits ; qu'il fallait considérer l'intérêt de cette veuve et de ses enfants ; que la pension universitaire qu'on a faite à cette veuve ne pourrait être continuée si le livre voyait la lumière. M. Damiron a eu la faiblesse decroire M. Cousin, et il a agi en conséquence. 11 se reconnaît coupable. Mais M. Cousin est-il innocent?
M. Cousin a fait intervenir aussi dans sa propre cause l'Université ; et, si nous sommes bien informé, deux réunions, an moins officieuses, de quelques-iflis des membres du conseQ suprême de cette Université ont eu lieu à ce sujet. Il a donc, par cette voie, et au nom dé ce conseil, intimidé, troublé, démoralisé H. Damiron, qui, se voyant exposé à la désapprobation dn corps dont il fait partie, n'a pas osé encourir une pareille désapprobation, et, ne pouvant toutefois se décider à supprimer un legs qu'il regardait, avant toutes ces persécutions, comme sacré, s'est décidé à accomplir ce legs tout en le mutilant. M. Damiron s'avoue coupable de n'avoir pas bravé cette haute désapprobation soulevée par M. Cousin. Mais M. Cousin, qui l'avait soulevée, est*il innocent?
Suffira-t*il donc, pour qu'il soit réputé innocent et renvoyé de l'accusation, qu'il dise : Ce n'est pas moi qui ai accompli liiatériel* lement le crime, c'est M. Damiron?
Eh! sans doute, c'est H. Damiron qui a été votre instrument, parce que vous l'avez forcé à l'être. Mais c'est vous qui avez accompli intéliectudleraent le crime.
M. COUSIN AUTEUR DE LA MUTILATION. m
Monsieur Cousin, vous êtes de ceux qui ont fait les lois de septembre et qui les appliquent. Or que disent ces lois? Poursuiventelles seulement les faits matérieh ? Ne remontent-elles pas aux auteurs intellecluels de ces faits? Qu'une émeute ait lieu» et, d'après les lois que vous avez volées, tout écrit que la Cour des Pairs, où vous avez Tbonneur de siéger, regardera comme connivant à cette émeute, même indépendamment de toute volonté précise de l'auteur de cet écrit, sera incriminé, et l'écrivain condamné, soit Gomine complice, soit comme auteur et cause première de la révolte et de tous les maux qui en seront résultés. Voilà la loi qœ vous avez votée, et dont vous êtes un des gardiens et des applicateurs. Cette loi, suivs^nt nous, est injuste, en ce qu'elle néglige ou plutôt supprime un intermédiaire indispensable, la volonté on le désir de produire le crime. Elle viole de celte façon le premier principe de toute saine législation, de toute pénalité légitime. Car elle punit, même lorsque la volonté du crime est absente. Elle suppose, en effet, une volonté générale du mal, et impute à cette vo- JoBté an mal particulier et défini, sans liaison manifestée, sans rapport démontré et certain entre cette volonté et le fait qui s est produit. Biais cette loi a raison lorsque, ne se contentant pas des agents matériels du crime, elle remonte aux auteurs intellectuels du crime, lorsqu'elle dit : Un crime n'est pas seulement le fait de celui qui rac4M>mplit matériellement; il est encore le fait de celui qui le cause, en le provoquant, en l'ordonnant, ou en l'amenant par des voies quelconques.
Eh bien I je veux vous appliquer votre loi, mais en la dépouillant de ce qu'elle a d'injuste. Et ainsi ce n'est pas même votre loi, mais la jusëce ordinaire, que je veux vous appliquer.
Un délit a été commis. Celui qui l'a commis matériellement se reconnait coupable. Hais vous voulez qu'il soit le seul coupable. Et moi je dis que vous êtes coupable aussi, et plus que l'homme qui vous a servi d'instrument; car vous êtes l'auteur du délit.
Si nous vous appliquions la justice des lois de septembre, nous dirions :*^Lors même que M. Damircm eût agi sans être poussé par M. Cousin, M. Cousin serait coupable. Car M. Damiron est l'élève de M. Cousin ; son intérêt est lié à celui de H« Cousin; il a vu le tort que les aveux de Jouffroy faisaient à l'Éclectisme, et il a voulu sauver rÉclectisme* Donc PÉclectisme en général est coupable de la fraude qu'Q a commise. Donc le dief de rÉclectteme, le maître de II. DamiroD, oeM qui l'a inspiré, ee^iiii qui l'a nourri de i
é« m. èOlJSll^ ÂlfFEÙIt DE LA MUtlLÂTlOM.
esprit, est coftfpable. Ed tin tnot, nous vous ferions un pràéii de iéndancBy et nous tous condamnerions comme Id haute Cour de justiÊé dont tous faites partie a condamné, il y a un an à {>eine, lé rédacteur du Journal du Peuple, dans le pTocès Quénisset. Mais loin de noiis cette législation exceptionnelle. Nous ne vous condamnons pas (^mme Dupoty a été condamné, par tendance. Ncfué jurons d'après la justice ordinaire, et strivant leâ voies directes dé l'équité.
Todë lés jonrs, dan» les tribuÈiaux, ôti ptrutsuit ft la foie ceUttî qtfi à Vdttiu, qui H ordonné uri eriffie, et edui qui Ta décote niAtértéllémedt.
Or y daii^ le cas pré^nt, est-ee H. Dftnûfrto qui a voulu le criniét Kdd, ifeêt vous.
n y a tin fêlit éclatant, solennel, aussi clair que la Imnlère, tpA prôuVé qtie eé n'est pas H. Damiroù qtn a ert le pfeodier l'idée dta ijrinie, toaîs que c'est vous.
Ce ftMt, je tiedè âe le dire : M, Damiron aààofnpHêsait fidêh^ HHîht éa tâché d'éditeur, lo^f^e tous tatez Hdlemnient intéftonipû dctnà cette fonction, ne lui laissant que h choix ^anéaiit^ emnplêtement la publication des manUsetit^ dé Joiiffrég oè âe les fùlsifUr.
Lei èélit n'aurait pas été èomtnis sanâ vbtisf, sans Votre ibtërvetf- Ubûy sand votre volonté : donc VotM êtes l'Auteur dti délit.
Toute la défense de M. Cousin roule sm* un point ; elte eottûte à dire :- Si on m'eût laiasé faire, j'aurais aoeompli le crioie tout autrettient ; je n'aurais pas fait de mcdadresée ; leë écrit» de Joirffiray n'auraient pas vu le jour ; et aûsî il n'y am^aâi yaa de cotf» dé délit ; ni M. Ôanùtoft ni moi^ ne seriona en cause ; et touki serait pour le mieux d«B le meilleur des moodesi poMîbieii.
Et là«des8us M. Goustt abatidooie^ déseveaey iétrk et déd»m^ sen difmier diseipk, M. Damiron : -^ Oh ! le maladroil fui s'dit làitté poiisndffel Pourquoi né m'a441 pae éaouté? Je kit diSàië bîÉi ^iln'y attit q«e rjuqiie et nnURtfr » iUtniièr ke vieiUee g ae ntlto ^e lui «va» iMséee imatfnqf Tait pi» flour lui e'B M mnw nÉk Potirqiiol8'e6UII feMpédaueeetttgaKreS ûmoI^w*^ îa niè iwgo tes iMiw4tieiite^yied^ fiât: »|W*iMii»
i Ri. ê6(}MN AUtÊUR 0K U MUlILAÏÎOll; i^
fl vodlu pBblier ; Aone je ne toulais rien 7 ohanger ; car ce qû*(m anéantit;, on ne le change pas. J'ai proposé un avis, on ne Ta pan éooiité ; j« suis donc Innoeent de tout ce qui arrive, et j'ai ménde le droit de dire que je suis ignorant du fait. Je suis Gomme un général qui aurait proposé Mû plan avant la bataille, et dont on ii'atirait pas suivi les idées. La bataille perdue, aton le droit de lui repro^ ^hët là défaite? Yotis vous êtes mis dans un diauvais jt^s } cela me concerne-t-il? Il fallait suivre en tout mon conseil, sans y riett changer ^ Je ne voulala pas ôeUezi^ mmim, nuAi Um booae sbppres^ôti. att^n m'eût donné les manuserits de Jouffroy , je le» Mfià» Jetés <iaâ8 tlli ptMs, êmïtÊè fit Roland du premier fusil inventé pat* te ûêmm $ et 11 n'y aurait eu qtie lu posfitité qui aurait coiintt le fpall de Jouffroy. Mais la postérité s'en serait-elle souciée? Cela eitptt fMre, icM au plus, par là suite^ une eé(^andre d'érudite, comme ities rebheriÈfea sur le maÂuserit de PaaeaL Mais nous n'abrions^s été présenta à la disetisston. fit Von veut que je pr enile part au chagrin de M. Damiron, que je m en reconnaisse responsable I On vevtqne je le défende, qiie Je me porte solidaire do tort qu'il tioBS a fsît ! Mais, et» vérité, eela est absurde. Qui souffre le plus de tout cela?^ C'est moi. Qui done a le plus h ae plaindre? C'est mot
Yoilè, en résumé, la défense de Mi Cousin. En doute-t-ôn? Qu'on relise les note» offieiellea des joiiroaux qui liri ont ouvert une porte si complaisante.
VmUMlàKE PiUftTIE.
MrfiifÉmèfâefMniMlÉlllaëll. OèiMn iÉoiHritfp(ib«econirt M.
Noua allkyoe sans délai les eiter et les discuter, ees note», vrais diels^d'teovre de diphxfiaiie^ ai Toii peot appeler ainsi te meiolsonge kebilemeat dlstOlé. Mais une crainte noua arrête.
Qdrt est te reproche que M. Gouain mtfs a fsit SKfa^aser par les jônrnmtfr, et par leqiiel il a iiiamaé notre témoignage? Odui d*ètre dod e^memi perimnel. Soomiea-nciis dMc l'ennemâ personiiel dé M.' OeosiA? Est-^e par mi esprit de haine que nous avons ptiè eb ÈàkHk te rétaUlssenaent ^ la pensée de Jouffroy? Est-oe par oo éspnt de buine qv'Mjoirâ*htti floi»^re«einnie sur eè sujet? fkm^ ée reprcfèkè est èMore un loicmmge. Noue sentOËS â«iis fletre
m M. COUSIN AUTEUR DE LA MUTILATION.
cœur que nous sommes le juge de M. Cousin, et ikhi pas skm eoDemi.
Mais on ne lit pas dans les cœurs, les cœurs ne paraissent pas k nu ; et puisque M. Cousin affirme que nous avons une inimitié personnelle contre lui , puisque plusieurs journaux se sont faits les échos de H. Cousin, il faut, avant d'aller plus loin, nous défendre contre ce reproche d'être mû par le bas sentiment d'une inimitié personnelle.
Nous entendons, en effet, deux voix qui portent à nos oreilles des conseils bien divers. L'une nous dit : Continue, tu as encore ici un devoir à remplir. Mais en même temps une autre voix nous dit : Si tu poursuis 9 on va t'accuser de plus belle d'agir par de mauvais motifs.
J^ai écouté ces deux voix, et pesé leurs conseils. J'accomplirai ce que je regarde comme un devoir. Mais j'ai besoin de montrer en quel sens je suis l'ennemi de M. Cousin, et comment je ne suis nullement Tennemi de sa personne.
Lecteur, ce qui va suivre est ma justification. Elle n'a pas été, comme vous le verrez, préparée pour la cause. Lisez-la donc, avant de passer outre. Interrompre un moment ce qui nous occupe n'est pas seulement nécessaire pour moi, mais peut-être aussi pour vous, si vous voulez juger en toute connaissance dans le procès actuel.
II y a déjà plusieurs années que réfutant, dans un livre, la fausse philosophie de M. Cousin, je m'interrompais de même pour repousser le même reproche. •
^ « Il est nécessaire, disais-je, avant de continuer la réfutation du système, que je m'explique sur les sentiments que j'ai pour l'auteur.
«f Je l'ai beaucoup admiré, mais aujourd'hui je le plains. Je me rends cette justice que rien de personnel, rien qui sente l'égoïsme et l'intérêt privé, ne m'aveugle à son égard et ne me passiomie contre lui. Tout ce qu'il pourrait y avoir de personnel en moi qui influât sur mon jugement, ce serait le ressentiment d'avoir été trompé.
« Nous avons eu l'exemple de tant de déceptions, nous avons va tant d'hommes abjurer leurs croyances, nous'avons prodigué tant de fois mal à propos notre attention, notre estime, notre sympathie, notre admiration même ; oui, la génération présente a fait de si rude^ expériences ea ce genre, qu'elle ne doit plus se sentir que de la réserve envers ceux qui osent encore lui parler de philosophie et d'at-
M. COUSIN AUTEUR DE LA MUTILATION; g9
lâchement è des principes. Ah! moi qui écris ces lignes, combien n'ai*je pas été trompé ! Où sont-ils ces sages dont, jeune, j'écootais la parole avec un religieux transport , dont je ne m'approchais qu avec respect, comme le sectateur d'une religion s'approche du dieu qui va parler et raidre ses oracles? Où sont-ils ceux qui m'ont fait entendre d'austères leçons de liberté et de vertu? Je reconnais bien maintenant pourquoi, malgré Tattrait que je me sentais pour eux, je n'ai jamais reçu d^eux aucune véritable impulsion; pourquoi la parole d'un philosophe ignoré (1) , cette parole substantielle et claire, entendue une seule fois, m'a plus frappé et plus éclairé que n'ont fait leurs discours retentissants. Lui, s'il vivait encore, il serait encore avec le peuple, qu'il voulait régénérer : eux, ils sont passés dans les rangs de l'aristocratie ; philosophes parvenus, ils ont crucifié la philosophie sur toutes les croix, ils l'ont accolée à toutes les Chartes; et aujourd'hui qu'il ne leur en reste plus que le cadavre, ils voudraient vendre ce cadavre à la religion du Moyen Age, menteurs à la fois envers la Philosophie et envers le Christianisme. Hais si ces hommes ont trahi la 'Philosophie, c'est que réellement ils n'en ont connu que le nom ; c'est à eux-mêmes qu'ils ont manqué, et non à la Philosophie.
« Oui, en effet (je fais de vains efforts pour arrêter une vérité qui veut s'échapper de mon cœur), j'ai connu M. Cousin prêchant les idées les plus révolutionnaires, je Tai connu mêlé à l'insurrection du Carbonarisme, puis je l'ai connu rallié à la Restauration. Vous aviez changé, dites -vous, vous aviez changé de système à Berlin. Mais nous, nous n'avions pas changé. Voulez-vous donc être un tel tyran de la pensée, que le monde tout entier soit oUigé de changer quand vous changez de système ? Changer, pour un philosophe, c'est développer son principe de certitude, ce n'est pas Fabandonner brusquement pour en prendre un autre. Où prenies* vous, je vous le demande, votre certitude quand vous combattiez dans nos rangs? où la prenez-vous donc maintenant que vous nous abandonnez ? Vous avez changé, dites-vous : nous, encore une fois, nous ne changeons pas ; nous avons toujours la même foi dans la tradition de la Révolution Française : nous voulons continuer le ecHnbat.
« Nous le continuâmes en eflfet, et la révolution de juillet arriva. Je me rappelle que, pendant ces journées, je vis entrer M. Coudin au journal que j'avais fondé avec mon ami M. Dubois, Çç jour,
(4) Saint-Simon.
te 11. cousm auteur de la muulatiov.
j'atais imprimé et signé le Olabe^ malgré lesOrdonnanees. M. Oou* sin était indigné. « Voas compromettez vos amis, me dit-it. La Res^ « laoration est encore nécessaire pendant cinquante ans. QaaDt è ir moi, je déclare qoe le drapeau blanc sera toujours mon drapeau. « le ris de seâ prophéties. Un mois ou deux après, il inscrivait en tête d'an voimne de sa traduction de Platon qu'à avait pris une part active à la révolotion de juillet ; il se vantait devant la postérité de •'être emparé hardiment de la municipalité de son arrondissetoenl, et il dédiait ne volume i la mémoire de Farcy^ mwrt pour IM lois (1).
< 8i Farcy est mort pour les loisy nous combattions doue pour lea lois quand vous vouliez nous empêcher de combattre !
« Mais pourquoi cette inscription adressée par vous à la posté* ritâ è l'oocÉBioB de la mort de Farey ? Farey n'était plus de votre école quand il est mort en combattant. J'en atteste les dernières pages qu'il a écrites^ et qui sout loin, bien Mn de votre Édeetîsme {%). Farcy était un jeune homme géoéreux, qui, voyant le peuple Hvré à la noiitraille, trouva mauvais ce que vous faiaez, vous qui vouliez nous empêcher de combattre^ le dit à ses amis, le dit plusieurs fois hautement, et s^en alla mourir. Farcy appartient à notre cause, à notre tradition, et non à la vôtre. Sa mort est trop telle pour que nous ne la revendiquions pas, et pour que nous m vous demandions paa de quel droit vous avez fait votre profit de son tnartyre.
n Vous avez fait pour Farcy ce que vous aviez déjà fait pou^ Sanfa-4losa, de la marne façon, dans une dédicace, quand vous àvea falsifié Fhistaire^ en insinuant en tète d'un autre volume de votre Platon que 8anta-Rosa n'appartraait pas au parti révolution* naire, et qu'il n'avait agi que dans l'intérêt p(riîtiqtie de la soaiscni dt Savoie.
^ Vos dédicaces sont sans doute chose glorieuse pour ceux à qui vous les décernez; mais pourtant, quand ils ont cru mourir pour leur cause, vous avez tort de les faire mourir pour le compte ûb vôtre Écleetinne.
« H est vrai enc<nre que teUe est sur vous la séiueticm de votre système, qu'il a presque effacé dans votre mémoire le souveuir ëe
. H)^ G'é8tftii8alMqM|iQRle)'iiwsvi|«lMn»flM:^ sel^ et rédigée par H. Cooainw
(2) Voyez dans le Globe de iÈSÔ, mois de jailfek, un article de iWcy sor un ouVrage de Benjamin Genstant.
Il; am» AUTRUI! m la mutilation. m
votrapNi^e passée A peine vous i^appetes^TOus oombiM voii8air«£ été révolutioDoaire. Il ne m'étoûiteratt pas^e voua enaaies perda le aûnlreQir dû Carbonarisme, ^ar cette rai^n que vous ne figuriez pas der totre pei^onne dana nm teates. Gomblim en effet se sont phîDto (et je T0ua citerai ento^e attires Sautelet , ee camarade de to^ lie eDfanee et de la nalefine^ ^ui ftrt longtemps sous votre diseipline, et qoi a'.eM taé ayMt perdu imÈt edfifiance généreuse et toute religion de la vie), combieny dla^«^ se sont plaints que voua ressemkliefl^à cet ^ri, iila femme d^l'ÉcritUPê^ qucàêémêdit, et térgens os suum, dicit : Non sum operata malum.
« ieidroky moi, que ¥m v^g jufe mal, qti^il n'y a obe2 vous dans ces sorte» d'oitiblt qu'une erreur involontaire, et que e'est le 9f atème auquel vous vous êtes à la fin fixé qui é^eire ainsi votre imagiBtttiùn^ et vous fait passer l'éponge sur des minées de jeunesse q« ûe s'accordent pas bien avec ce ^yslème. Mais oda étant, je »*etÊ déMteque davanta^ votre système.
« Qâànà nous lisoas dans l'histoire qu'un homme a abandonné un beau jour le parti auquel il appartenait, nous sommes parfaitement désinté^sséa dans le jugemeiit que noua portons : c'est que cet àoBOOne a vôeo dans un autre temps que nous. Mais fti nous avions véeu aveo eet homme, et appartenu au parti abandomé par lui, le jugem^t que doua poMerions de lui serait, q^ que nous fassions, emprûnide netee persooBalité ^ car et noaeq[)éranee8 déçues^ et le souvenir douloureux des émis morts à la peine, soit qu'ite aient été ÈmjigéadÊÊÈS le combat ou qu'ils n^aieot pu supporter plus Imgt^nps la ifkfy- et lÊièatô le regret que nous éprouvons de ceux que de mail> vris esempleaddnoéd de hMt ont fin par égarer^ noue rervierafa^ieBt ttalgrénôus.Yoilè^ je le eonfease, le cas où je me trouve; Ma» toilà ausH,. jele repaie, toat ce que je sens en moi de ressratiment per^ Mnndi contre M^ €oQsin; ear, du reste, je puis dire de lui : Aac bêmpioii nm injwtia eognitm.
« Je etdia, en vérité, que j'aunâs la même dbaleur contre Mi Cmt*aifty CB tant qii^il représente son système^ lors même que je ne l'au^ rai$ jamak connu personudlemeot. Il pent y avoir scnjd^iteBt, dans oetle cÉrcoÉstalice que je Tai eDmm, un motif de pisa pour nm de MwiiskÊÊÊflmr doùtre kn des idées qUe|eei^ois plue vraie» friè l«l aiettMfi^ et plus t^ofitabte» h niumanité^
«) ^ fè À'avaiâ' pas eettè ckalesr^ eu. si j'avhis bodte û&lê m^/sh trer, ou encore si j'employais la ruse pour la déguiser adroitement, je démenlbrais moi-même la doctrine que î^ai émiseï qpe le pbilo-
tô M. COUSIN AUTEUR DE LA MUTIUTION.
8ophe n'est pas une pensée seulement» une pensée abstraite^ bmîs une pensée entée sur un sentiment.
f Pour qu'un homme ait le droit d'en juger un antre/ il fant que le sentiment au nom duquel il le juge soit pur de motifs égoisles et intéressés : voilà la r^le. Mais vouloir détruire le sentiment, vouloir que nous jugions indépendamment d'un sentiment, oed est ah*surde ; et je ne connais en vérité que rÉcleetisme qui ait prétende opérer dans le philosophe cette mutilation*
« Je m'interroge donc, je me scrute au fond dn coeur, înltM et in cute^ et je me demande :
« Est-ce un sentiment personnel qui nous anime, quand nous reprochons à M. Cousin ses variations politiques? Non, c'est une convietion philosophique. Pour ne pas être blessé de ce qu'il a fait en politique, il faudrait que nous fussions nous-méme de sa philosophie. Or son Éclectisme philosophique n^ayant pas notre foi, son Éclectisme politique ne peut avoir notre assentiment. Notre chaleur snr ce point est grande, il est vrai ; mais c'est que notre convidion est profonde.
« Est-ce encore une passion personnelle qui nous fait nous indigner contre M. Cousin, parce qu'il a déprécié, insulté la tradition philosophique du Dix-Huitième Siècle, sans avoir à donner pour excuse aucun attachement sincère pour le Christianisme ? Eh 1 que serions-nous donc, si nous n^avions pas un juste ressentiment pour les dénigrements que rÉcleetisme a prodigués à la grande tradition française ! Avec quel aveuglement, en effet, avec quel absurde dédain, les éclectiques ont traité les grands hommes dont la p^sée a produit la Révolution, et ne s'arrêtera pas là ! H. Cousin a été plus modéré peut-être qne ses élèves ; mais comment lui-même a-t-fl traité nos pères, nos devanciers, ceux dont la prasée a engendré notre pensée ? quel sentiment en a-t-il eu, quel hommage leur a^t-il rendu ? On trouve à peine dans ses ouvrages quinze ou vingt lignes consacrées aux penseurs de la France : et quelles lignes ! Obligé de citer Voltaire, voici ce qu'il en dira : « Qu'est-ce que Voltaire, mes- « sieurs? Le bon sens universel et superficiel : or, à ce di^ré, le « bon sens mène toujours au scepticisme (1). » Voilé coaunent M. Cousin comprend le scepticisme de Voltaire ! Le scepticisme du Dix-Huitième Siècle venant de œ que Voltaire n^avait qu'un ban $em iuperficiel! Obligé de citer Rousseau, il veut qu'on néglige « ses
(1) Cours de l'histoire de la philosophie ^ tom. II» p. 12.
m: cousin AUTEIJli DE LÀ llUtlLÀTION: M
« preœfers 4>uvrage8, où Rousseau, dit-il, s'ignorait et se cherehait « lui-même (1), n et ii ne voit d'ailleurs dans Rousseau « qu^ua « système brillant et prononcé de spiritualisme, sous des formes « plus ou moins sévères (2). » Il appelle Diderot un philosophe obseur, et s'étonne que Buhle ait consacré une si grande place dans son Histoire à cet homme, « qui ne fut, dit^il, ni métaphysicien, ni « moraliste, ni politique (3). n Ailleurs, Diderot n*est pour lui remarquable que « par ses idées sur la théorie des beaux-arts ; c'e^ « on critique paradoxal et enthousiaste (4). » Voilà le Dix-Haitième Siècle pour M. Cousin ! Ainsi, tant que M. Cousin a occupé sa chaire, voilà les seuls hommages que les penseurs de la France aient reçus de loi ! Ah ! TAllemagne était plus équitable envers eux que son disciple. Goethe ne trouvait pas que Diderot tét un philosophe si méprisable, et r Allemagne ne trràve pas apparemment aujourd'hui que YoUaire soit un homme si superficiel, puisque tant de ses écrivains répètent maintenant le scepticisme de Voltaire ! ff Mais ce n'était pas assez pour H. Cousin de ne voir dans tout le Dix-Huitième Siècle de penseur un peu respectable que Condillac, ce n'était pas assez que de sacrifier la pensée vivante du Dix-Huitième Siède et de la France aux élucubrations insignifiantes des psychologues de l'Ecosse et des moindres penseurs de TAllemagne : il fal« lait fahre plus, il fallait courber ce géant, le Dbc-Huitième Siècle, avec foutes ses aspirations d'avenir, aux pieds d'un mattre, et c'est ce que H. Cousin a fait. Mais aux pieds de quel maître, grand Dieu I le croirait-on ? aux pieds de Louis XVIH.
« Ah I courtisan, c'était en 4829 que vous disiez à la'jeunesse : — « Vue autùriU supérieure a tranché la question. Celui qui a fait la «f Charte a porté un jugement péremptoire sur le Dix~Huitièmé « Sièele. Il a fait la part du bien et celle du mal ; il a condanmé ce « qui était eondanmable, il a légitimé ce qui était légitime. . . En der- « nière analyse, tout examiné et pesé, la part du bien et du mal « équitablement faite, il me semble, et je n'hésite pas à conclure, « avec mes deux honorables collègues et amis M. Guizot et M. Vil- M lemain, que le Dix^Huitième Siède en masse est un des plus « grands siècles qui aient paru dans le monde. La mission que lui
(1) C'est apparemment le Discours sur Vinégaliti des conditions qui ne plait pas à M. Cousin. Quel dommage que le Contrat social ne soit pas aussi de ces premiers oamget i
(2) Cours de l'histoire de la philosophie^ tom. Il, p. H . (5) Fraffments,p. il 2.
(I) CotirsderM5(otrédelapMIo5opfcié/tom.n, p.3S.
•4 M, (SWSW AUTIim DE II «OflUnON.
f imfifmii l'hî^re était à'm Odif avee le Uofea Af^ ; il à 0ei»py f cette tragique mission ^ il o'a rempli que êdleJà. Il a détruit» il f o'9 rieo élevé; il ne pouvait faire davantage. Sur Tahlme de rim«^ H umnse révolutioa qu^il a ouverte et qu'il a fermée, le Dix^Hui» n ti^ipe Siècle n^a guère laissé que des abstractions; mais eesahstraat f tjQus sont des vérités immortelles qui contiemient l'avenir. La H Di:(<?Nettvièiae Siècle les a recueillies ; sa mission est da las réai» $ lisef en leur imprimant une organisation vigoureuse... Cette « organisation naissante est la Gbar te, que TEurope doit à la Fraaee^ n que la France doit à la noble dynastie qui marehe à sa tète (i). »
« Quel amas de contradictions I Si le Dix-Huitièmé Sièele est un des plus grands siècles qpi aient paru dans le monde, si sa missiffli a été d'en finir avec le Moyen Age, s'il a aeeompli cette missioii, il a donc détruit la religion de ce Moymi Age et l'organisatioD so-^ eiale de ce Moyen Age; et par eooséquait, s'il n'a rian mis à la place, la mission du Dix-Neuvième Sièele sera d^élevar un nouvel édifice pour remplacer celui qui est tombé enriikies : il s'agtldanc pour l'avenir d'une organisation religieuse et soeiale k la tam. Mais quds yeu]c il faut avoir pour découvrir un tel lyatèmia dans la Charte de Louis XYIU, et pour faire de ce monarque le Moïaa de l'avenir 1 Quel pbilQsoph^ il f^ut ^re pour soumettre la ftÂias^ phi^ à c^tte fmtoriti mpirimrêy pour negardar nomme pénmpn foiV^Ie jugeipept qu'un tel bomme a pu porter siir le fiii-^Hidtîraia S^^lel Ah! vous prenez le tranaitoife pour le durable, vous êtes dupe d'un incident. Les abstractions du INx'^JImtîème Siàefe, que nous ^vmsPQUueilUes sur les bords de l'aUme, sont, oomme vous 0itç^, d^s iférilés inmiortelles qui contiennent l'avei^. Mais l'ave^ pîr n'eit pap o^ misérable présent que àts eourtisms ifpbéeOas ado^ rent au$ Tuil^ies. L^aventr, ce sera oe que, lifêvelûppée, produira la pensée du Dix-Huitième Siècle. En dernière analyse, tout examiné ^t tout p(^é, pour parler comme vous, nous croyons que ie Dix'- Huitième Siècle a visé plus haut et ira plus leûn que vous ne tous rôties imaginé dans vos chaires, vous et vos honorables eollègees et amis M. Guizotet M. Villemain, et plus loin aussi que ne Ta voulu sur son trdne votre respectable maitra Louis XV)1L
« Comment veut-on que nous n'ayons pas de chaleur contre l'homme qui a fait un pareil abus d^ la science, qui d n)ts aqssi platement le Dix-Huitième Siècle aux pieds de Louis XVIII, qui a
(I) Cours de Hiistoire de ^p^oaopl^. tm< Um^. |«49.
toit îliger Valtaîpe, Diderot, Jeaa-Jiçq^es^ ces gi^od^ lioiii»ie0t p%r Tautarité supérieure d^ Tiiuteur de la C\mv\» ?
H Gomment veut-pQ que mw A'ayoD» pas quelqud îadi|QatiP0 quand oous voyoo^ H. Qonm répéter aujourd'htii, et m需 avec pliis d'aissuraBoe, ce qu'il di^it loua 1^ Reslauratioa? Cette Rear tauraUoa, qui dei^it durer au rooioa oiaquaute ans autvapt lui et ses eoUègues, étâot tombée, lia ont lait à aa suite la QuâfiTKe$to|i^ rs^tion. Ne pouyaat paa epasepyer le drapeau ))lanc, Usant eonisenti à reprendre le drapeau tricolore ; maia (g'eatpour eux tout de même. « Je p0r$i8kf dit M, Cousin (4), Dea convictions fondées, non sur <( de^ eireonstani^es passagères, mais sur une étude approfondie de n riiumanité et de Tbistoiret ne s'ébranlent point au vent de la <r première tempêta, Trois jours n'ont point changé la nature des « chpses, p n^tyr^i, trois jours n'ont pas ebangé la natuve des pbosiesf ee qui est aujourd'hui ressejublê beaucoup b ee qui ébsà aviint ces trois jours. Mais vquI^z^ypus que jevQus dise pourquoi? p'est que vjqus aye^ professé l'Écleptisme sous Ip Restauration. Vous vous êtes mis, voua penseur, h la mît» deschos^t les ^èosas sont l^estées ce qu'elles étaient. S'il m s'élevait pas d'autp^ p&miMHqa^ vous, la nature des choses ne obnngerait jamais.
« Il faut convenir que M. Cousin, de m^me que sni collègues, (ait tous ses efforts pom:" qu^ 1^ nature des qboses m Pbange paa^ M^ Il est montent, diMli de Tétat présent du nie^de, et il s'y ti^t. » Qa s'y tiendrait h m/^ins, qpand on n'a pas dans le poeur d'autre religion que rÉclecti^nie, M. Consin n'^t-ii pas à la Chambre des Pairs, au Cc^seil royal d9 rUpiyep9it4« h h fmàlé, à TÉcole Norm^le^ h r A^adén^ie^ m iQ^rmï i^ jSay^ptp, h la iCommission lit^ térair^? J'ignore si je n'pnbli? pas quelqu'une d^ ses U^mOtm* Où est le teoips où il montait |t ^^ abair# ponr laisser ton)ber de» pa-r rôles telles que eelles-pi : << )e noe rf^ini à moirméme ee témoin M gnage, qu'au mit^Bu des Agitations de notre époque^ parmi les « chances diverses des éyéIJ^p[fj5nt6 politiques açxquel^ j'ai pu être « juêlé, mes Tfo^m n'c^t Î9^Vfim dépa«§é cett§ eni^einie- Péyoué f tout entier A la philosophe, apr/èp §vqîr §^ rhonneuf? de soufu fnr un peu po^r elle, je vieQf lui m^af^&Çr s^ps reton^ ^^ W^ M r^feerve, fout ce qni pie r^ts de fqnee et d? vie (g), » Qu te §mr vraît alors d'apIdaudi^se^)ents. AlaF§ aussi il parlait d^ son ii^Hç pkihsqphiq^^* « ^^ public, di§aiMl eij 18?8, verr^ mon JjuJ, iq^ <( desseins, et pour ainsi dire cette étoile philosophique, etc. » Le
(1) Préface de la deaxième é^iUm de ses FragmeiUs, 1S35«
(2) Cours de iS28«
m M. COUSIN AUTEUR DE LA IIUTILÂTIOM.
public voit aujourd'hui ce qu^il ne voyait pas clairement alors. Il voit rÉcl^tisme à Fœuvre, il voit le système mis en pratique. Voilà donc où son étoile a conduit M. Cousin !
« Il est vrai que M. Cousin nous dira qu*il est toujours dévoué à la philosophie, et que c'est pour la plus grande gloire de la philosophie qu'il travaille en ce moment. Que pouvait-il faire de mieux, ayant formulé TÉcIectisme, que de propager TÉclectisme? Il lui fallait donc être une puissance. Or quelle puissance, en ce temps, a de l'éclat et de la soUdité sans argent? Il lui fallait donc de l'argent. Et pour être une puissance durable, il fallait s'allier avec toutes les puissances. Et M. Cousin s'est allié avec toutes les puissances. Il y a deux puissances surtout, deux très-anciennes puissances, contre lesquelles la philosophie moderne avait toujours été en guerre : ce sont les rois et les prêtres. M. Cousin s'est fait courtisan des rois et des prêtres. Il rédige lui-même des Catéehi$me$ très-orthodoxes, à ce qu'il assure, et il vote à la Chambre des Pairs avec plus d'acharnement qu'aucun vieux courtisan dans les procès de régicides, oubliant qu'il lisait autrefois en secret à ses élèves les journaux de Marat, après qu'il avait dans sa leçon publique excusé les fautes du dernier des Brutus (1).
ft Je n'attaque pas Topinion du juge qui siège au Luxembourg; mais je demande s'il n'est pas bien malheureux que le même honmie qui a prononcé cette phrase sur le dernier des Brutus, et quelques autres semblables, devant la jeunesse studieuse qui venait étudier auprès de lui la philosophie, se soit montré le plus violent partisan des condamnations à mort dans les procès des révolutionnaires accusés de régicide. N'est-il pas odieux, par exemple, que dans le procès récent de Lavaux, reconnu innocent par la Chambre des Pairs, M. Cousin se soit levé six fois pour demander la mort ? Il est vrai qu'en cas de condamnation la grâce royale était prête; elle n'eut à s'exercer que sur une seule tête. Il est notoire aujourd'hui que des erreurs judiciaires ont eu lieu ; il vient d'être révélé, dans un procès qui se juge maintenant en cour d'assises, que des hommes ont été envoyésà Téchafaud par une méprise. Et M. Cousin a été de tous les opinants le plus véhément pour qu'on envoyât ces hommes à Téchafaud! Que n'a-t-il pas dit pour la condamnation à mort des accusés Pépin et Horey I II avait élevé son vote à la hauteur d'une théorie. Il voulait montrer, disait-il, aux bourgeois,
(0 « Je connais les fautes da dernier des Brutus, je pourrais les dire ; mais il y a « pour tet homme au fond de mon cœur une inrtnci5{e tendresse. » Pbrase eéièhre d« M. Goutia.
aux gardes nationaux, qu'on saurait aussi les frapper ^piand ils conspireraient ; et il a contribué à faire frapper des liomcnes qu^on nous dit aujourd'hui innocents des faits qui leur étaient imputés ! Et il avait fait autrefois, sinon Tapologie, au moins Texcuse de Brutus ! et il avait pris part à la conspiration du Carbonarisme! et il lisait à ses élèves en petit comité les journaux les plus incen-* diaires des sans-culottes de 95! et j'ai entendu moi-même M. Thiers, à qui M. Cousin reprochait son admiration pour Robespierre, lui reprocher à son tour sa tendre sympathie pour Marat I Qu'on ne parle plus des lâchetés du chancelier Bacon : je connais dans rhistoire de la philosophie des lâchetés plus grandes et sans compensation (1).
«Juste Lipse, cet autre éclectique, revenu de ses erreurs, con* seillait aux princes le fer et le feu. Mais, plus heureux que Juste Lipse, M. Cousin a l'avantage d'appliquer ses nouveaux principes. Et devenu ainsi une puissance, revêtu d'armes à son usage, d'armes de toute espèce, invulnéraUe et monté sur le faite, il nous dédaigne, et nous dit doctoralement : « La nature ^es choses n'a pas changé ; quant à moi, je me conforme à la nature des choses. »
« Mais ne voyez-vous pas que c'est là un cercle vicieux? Comment, encore une fois, la nature des choses changerait-elle, si la philosophie s'emploie à arrêter le développement du monde? Si la pensée décrète l'immobilité, comment vouiez*vous que l'Humanité fasse des progrès?
(( Le dernier mot de votre philosophie est un impasse. Vous dites : « L'Humanité en est à tel point; » et vous vous conduisez de façon qu'elle ne puisse faire un seul pas en avant. C'est un cercle vicieux, je vous le dis encore, qu'un tel raisonnement. Vous êtes dupe de la plus étrange illusion que jamais penseur se soit faite. Narcisse se mirait dans l'eau, et il aimait son image. Vous, vous confondez, faute d'idéal, là philosophie avec le monde présent, et vous retrouvez partout votre philosophie dans le miroir de ce monde. Comment, je vous le demande, en serait*il autrement? Vous ne donnez pas au monde plus qu'il n'a; il vous rend juste tout ce que vous lui donnez. Gela doit être. Votre illusion est évidente.
« Yantez-vous donc maintenant de la preuve à posteriori que
(I) Nous devons dire, pour être juste, que, dans les derniers procès jugéi par la Cbambre des Pairs, M. Gousio a en une conduite modérée, et qu'il a soayent incliné aux mesures les plus cléoientes. Si nos reprochei ont coutribué à ce cbaugemeat, nous nous en félicitons.
le monde présent vous (onrnitt Prenez un air de triomphe pour nou8 dire que l'Éclectisme fait tous les jours de nouvelles conquêtes; que « le nom d'Éclectisme a retenti d'un bout de TEurope à l'autre, » depuis que votre voix l'a prononcé? Proclamez-vous un grand philosophe, « parce que l'esprit du Dix-Neuvième Siècle s'est reconnu dans rÉclectisme (4). »
« Il a dû s'y reconnaître, en effet; car c'était lui-même qui composait tout votre idéal. C'est lui que vous réfléchissiez : comment ne se serait-il pas reconnu? Vous avez appelé la nature actuelle des choses Éclectisme^ et la nature actuelle des choses vous répond ÊckctUme.
« Ce n'est pas là une philosophie. Que diriez-vous d'un peintre qui, au lieu d'un tableau, vous présenterait un miroir, et vous dirait : Ce miroir est le chef-d'œuvre de l'art; car il réfléchit parfaitemei)! la nature ; ce miroir est donc en lui-même un tableau, «me peinture? Vous diriez que cet homme est insensé, qu'une glaee est un produit de l'industrie, et non de l'art. Vous êtes ce peintre, votre Éclectisme est cette glace qui réfléchit la nature des choses et n'y ajoute rien. Votre prétendue philosophie est à la philosophie véritable ce que l'industrie est h l'art. . Il Et M. Cousin est en ce moment le pouvoir éducateur de la France! Il exerce un empire officiel, sans limite et sans contrôle, sur l'enseignement de la philosophie, et par là sur toute l'éducation publique. Quel professeur n'est pas sous sa tutelle, sous sa loi, sous son gouvernement? Il use et abtise de son autorité. Il propage à son aise l'Éeleotisme par la voie du Compelle tntrare. Ah ! quand nous pensons à ce que devrait être dans l'État le pouvoir éducateur, à ce qu'il sera dans l'avenir, l'éducation de nos enfants ainsi livrée à V. Cousin nous remplit le cœur de tristesse. Quoi I vous n'avez pas d'antre idéal que le fait présent, pas d'autre prino^HB, pas d'autre foi^ psis d'autre religion ; et vous êtes le pouvoir édneateur de la France ! Au moins ne nous i^fuserez-vous pas le droit constitutionnel de réclamer contre votre magistrature, et de trouver que votre tyrannie philosophique est exorbitante.
n Le lecteur est à même de juger maintenant si les reproches que nous avons à faire à M. Cousin sont le produit d'une passion personnelle, ou s'ils tiennent à des motifs sociaux et à notre conviction philosophique.
« Faut-il donc, à cause des personnes, ménager à tel peint
(I) Préface des Fragments, f S33.
M. <ïélîSïN Alil^ECk 6É LA MOilLATlON. *
Tef reùi', qu'on la laisse régner à son aise dans le mbiîde ? Serong^nôus aussi utiles que nous pouvons Têtre à ceux qui souffrent, si nous craignons de faire de la peine à ceux qai triomphent et qui oublient ceux qui souffrent? Quand on s'occupe des choses pirilosdphîques, peut-on rien faire de mieux que d'imiter à propos dans leurs actions les grands mattres de la philosophie ? Or les plus sages et les plus calmes des hommes n'ont-ils pas donné Texemple irune justice sévère? »
Leeteur, voilà en quel sens îe suis Teiuftemi fde M. Cousin, et me fais gloire de Têtre. Dans ces pages, qui, je le répète, ne sont pas fabriquées à dessein pour me défendre aujourd'hui, puifqo'ellfs sont écrites et imprimées depuis des années, vous avez pu déeou- ?rir tous mes «eatimaits, que je n'ai d'ailleurs jamais eoehés, mais que j'ai au contraire avoués et proclamés chaque lois q«e roccasion s'en est offerte.
C'est donc à dire que je suis l'ennemi de œ que M, Cousin nppelle sa ^Hosopliie. Pour œla, j'en ^conviens. Je suis l'^niKsmi et, si l'on veut, Vmnemi personne} de cette philosophie qu'il proeiamait en 4855 ta philéêopkie de ÏÊtat^ et dont il a écrit si orgueilleusement : Le nom ffÈclêCtiême a reiênti d*un bout de l'Ewr&pe é VautTêi fart» qu$ fe$pri$du Di^-NeutUwie SUd« s'est remnnu dans VÉclectisme. Quant à moi, quoi quil puisse m'arriver^ jis ne v«nx pas m'y rtoonnaitre; et je dirais ^utàt, eomme û&t ftlicien philosophe à qui Denys le Tyran ne laissait que le choiK de Tfpprouver ou d'aller «n prison : Qu'on me conduise au» Carrières.
Après cela, est-«ee ma faute à moi si M. Cousin rjesseœble à «on système, et si, lorsque je poursuis son eystème, e-est iijii que je semble attaquer? Il y a eu des philosophes (à ce que l'on dit^ du moins) qni ne ressemblaient pas à leurs idées ^ mais ce n'est pas Sf . Cousin, l'ai mcmtré uilleurs que TÉcèectisme de M; Cousin n-est que le nom pompeux donné par lui-même à ses variatîcms successives.
Certes, personne ne respecte plus que nous révolution sincère d'un philosophe. Nous comprenons à merveille qu^il y ait dans la vie d'un penseur diverses phases, que le^énie ait un développement et fevéte suecessivement des formes en apparence fort différentes,
qu'il ait une enfance, une jeunesse, une virilité, et que sa décadence nécessaire, révélant le fini de Thomme, inspire même du respect et de la piété. Mais une évolution qui n'est qu'une série de variations, et qui n'aboutit qu'à légitimer le fait et à immobiliser le présent, une évolution qui semble, en définitive, n'avoir eu pour but que l'élévation d'un homme et sa fortune particulière, n'a rien à nos yeux de bien respectable.
L'Éclectisme est la formule philosophique d'un homme dépourvu de tradition et d'idéal. Un tel homme est indifférent ou sceptique par nature ; il peut avoir une belle, une vaste intelligence, mais son aspiration manque de base et de but, et par conséquent de règle. Or quand un système se réduit ainsi, faute de lien avec l'Humanité, à n'être, pour tout dire, que le nom propre de son auteur, comment séparer ces deux choses, l'homme et le système, de manière que, frappant sur le système, il n'en rejaillisse pas quelque chose sur l'homme? J'ai déjà déclaré ailleurs et je déclare de nouveau ici que , pour ma part , je regarde cela comme impossible.
Quand donc, par exemple, je reproche à M. Cousin de n'avoir pas d'autre idéal que le fait présent, pas d'autre principe, pas d'autre foi^ pas d'autre religion^ et d'être le pouvoir éducateur de la France^ on dit que j'attaque personnellement H. Cousin, que je suis l'ennemi personnel de M. Cousin; tandis que réellement j'attaque, dans le pouvoir éducateur actuel de la France , le défaut d'idéal, l'adoration idolâ trique du fait, le déficit de toute foi, l'absence de toute religion.
Mais on ajoute que j'y mets trop de zèle, pour que ce zèle soit pur, philosophique, et désintéressé !
Eh! que sommes-nous donc, nous tous qui parlons philosophie ou politique , si nous n'avons pas le zèle de la vérité, et, par une conséquence nécessaire, la haine de l'erreur ! Ne peut-on avoir du zèle sans être coupable de quelque sentinîent méprisable? Pour moi je pense et je sens que le zèle de la vérité et la haine de l'erreur sont au contraire un préservatif assuré contre les sentiments égoïstes et intéressés. Tout homme qui s'est élevé véritablement aux idées générales n'a pas de haine pour les personnes.
Montlosier, de nos jours, quand il dénonçait les Jésuites, étaitil Vennemi personnel des Jésuites ? Autant vaudrait demander si Pascal était i'mnemtj9er$onn€ld'Escobard, si Socrate était l'ennemi personnel des Sophistes de son temps, ou enfin si notre maître à
tous, iésus^ était rentiifint personnel des marchands qu'il chassait du Temple.
Pour qu'on puisse accuser justement un homme d'avoir une inimilié personnelle contre un autre, il faut qu'on puisse formuler ou au moins soupçonner les causes de cette inimitié. Or je défie bien M. Cousin de baser les motifs de la haine quMI me suppose contre lui, autrement que sur ce point, mon amour du vrai et ma haine du faux. Et cela est si certain, que dans les notes officielles de sa défense, où il dénonce au public mon inimitié personnelle^ il la déclare en même temps inexplicable.
Inexplicable !... Oh ! oui, je le crois bien, elle est inexplicable par des motifs personnels. Si vous ne savez attribuer à vos adversaires que des motifs égoïstes et intéressés, vous avez raison ; l'inimitié que vous me supposez contre vous est, sous ce rapport, inexplicable, car elle n'existe pas.
Hais, homme doué de tant d'intelligence et qui faites semblant de ne pas comprendre, faut-il donc vous expliquer pourquoi je parais votre ennemi? C'est que je vous regarde, avec votre Éclectisme, qui ne vous quitte pas, qui marche toujours avec vous, comme une calamité publique.
Vous infiltrez depuis vingt ans à la jeunesse les plus pernicieuses erreurs, et il y a longtemps que pour m'excuser d'avoir attaché trop d'importance à votre Éclectisme et employé trop de temps à le réfuter, j'ai écrit cette page, qu'en cette occasion-ci j'ai prise pour épigraphe :
« Qu'on veuille bien considérer (disais-je) que ces erreurs (les « erreurs de l'Éclectisme) sont toute la philosophie que Ton en- « seigne depuis quinze ans à nos enfants, et que non-seulement nos « enfants, mais le public lui-même, sont depuis quinze ans victimes « de cette fausse philosophie. Si peu d'hommes ont le loisir ou « prennent la peine d'examiner les problèmes philosophiques, qu'on « s'en remet facilement sur ce sujet, le plus important néanmoins « pour l'État et pour les particuliers, à ceux qui sont officiellement « chaînés de professer sur ces matières. Or si ces philosophes ac- « crédités et investis d'une certaine autorité dans l'État n'ont pour « toute philosophie, sous les grands mots dont ils s'abritent, qu'un « déplorable pyrrhonisme, voyez quel dommage en résulte ! Bacon « disait du scepticisme : Le sceptique Ole à notre âme toutes ses « forces, et le vrai philosophe lui en rend l'usage. Voilà le tort que, « suivant nous, l'Éclectisme fait à la France : il enchaîne les esprits, « il ôte à l'intelligence ses forces, conune dit Bacon ; il empêche tout
IQi Bl. COUSIN AUTEUR DE LÀ MUTiLATlOIi
ti seatbne&t relîgiedx/social, patriotique, de germer et de croître ; « il jette dans la société et dans le gouvernement de la société noa « pas seulement de la léthargie et une lâche torpeur, mais le prin- (« cipe de la d^oraUsation et de la corruption. Eu sorte que oous « dkions volontiers de rÉclectisme ce que Bacon disait encore du a scepticisme : La pairie et VhumaniU réclament contre cette philo* « eophUùiswse. »
TliOZSXAMS FAmTIB.
Défense de M. Damiron.
En cette occasion donc, où il s^agissait encore, au premier chef et de toute façon, de pette philosophie oiseuse contre laquelle, suivant Bacon, la patrie et l'humanité réclament d'un commun accord (car Éclectisme et Scepticisme c'est la même chose) ; en cette occasion, dis-je, ce que vous appelez le déchaînement de notre inimitié est-il un phénomène si étrange?
Il s'agissait d un déUt évidemment commis au proât de TÉelectiscpe; et vous vouliez que je n'accusasse pas de ce délit rÉclectisme, qui ne vous quitte jamais, qui marche toujours avec vous !
£t vous vouliez que J'accusasse uniquement M. Damiron, que je savais incapable d'une pareille initiative !
Le crime est à celui à qui le crime sert : U fectt cuipfodest, vel cui prodesse debebit : voilà un axiome que l'on applique tous les jours dans tous les tribunaux du monde, et qui en effet ne souffre guère d'exception. Un crime est-il découvert, on cherche celui ou ceux qui avaient intérêt à ce qu'il fût commis ; et même, sans autre indice, on les arrête souvent par précaution. Des indices se montrentils ensuite, on leur fait leur procès, et on base ce procès sur Tintérét qu'ils avaient à la perpétration du crime. Réciproquement, les défenseurs des accusés croient leur cause gagnée, lorsqu'ils ont démontré que leurs clients n'avaient pas intérêt au crime. En un mot, cet axiome est la lumière de la justice. C'est ce que dît Cicéron , c'est ce que répètent après lui tous les grands maîtres dé l*art judiciaire. Et ils ont raison. Car qui fait le mal dans le monde, qui commet des délits, des crimes? N'est-ce pas un seul mobile, tiniirét privé, Végoïsmef C'est ce mobile unique du mal, appelé par les auciennes religions le Diable, Satan, Python, le Serpeût, et de mille
autres noms, c'est ce grand êiparateur, qui, en nous séparant do rHumanité, et par là de Dieu, nous fait coupables. Aimes» oooune dit Jésus, Dieu de tout votre cœur et votre prochain comme vousmême^ vous ne serez jamais coupable ; vous serez ce que rÉvangîlid appelle un homme de bonne volonté^ quand cet Évangile nous raprésente les anges chantant dans le ciel : Paix sur la terre aux hommeê de bonne volonté. Mais rÉclectisme n'a jamais compris l'Évangile.
Or donc» si l'axiome h feeit cui prode$t est vrai» qui avait com-^ mis le délit de censure et d'étouffement sur la pensée de Jouffroy? Qui) sinon TÉclectisme?
Car, on ne peut se le dissimuler» llntérét pour TÉdectisme d'étooffer la pensée de Jouffroy était immense. J'ai montré cette vérité dans mon premier article ; et qui ne la voit d'ailleurs aujourd'hui ?
D'où vient, en effet, le grand retentissement qu'a eu cette affaire? Est-ce seulement le scandale produit par l'altération d'un manu* scrit qui en est cause? Ce scandale, sans doute» a soulevé toutes les consciences ; mais la raison de l'éclat que ce scandale a fait est plus profonde, et tient à l'intérêt immense que l'ÉclectiâBe avait à commettre cette mutilation. La révélation de Jouffroy frappe, en effet» de mort» en la démasquant» la philosophie de M. Cousin. Dans nn jour de bonne foi» M. Cousin avait dit : « On m'accuse de n'avoir fait qu'un obscur synchrétisme» de n'avoir rien découvert qui m'ap* partienne» d'avoir seulement exposé ou publié sous mon nom les idées des autres. J'ai fait plus qu'un livre, plus qu'un système. J'ai fàii Jouffroy^ et Jouffroy est presque un homme. » Jouffroy» eu déclarant nuls quant à lui et votre enseignement et votre philosophie, en protestant qu'il n'était pas voti*e œuvre, vous arrachait ce qui» suivant vous, était presque une œuvre.
Aussi vous étes-vous levé comme un dragon pour empêcher le fantôme de Jouffroy de revenir sur la terre. Vous aviez scellé sa tombe par un discours mystérieux dont nous avons expliqué le sens» et vous ne vouliez pas qu'elle se rouvrit. Vous aviez promis ironiquement les écrits posthumes de votre disciple à la postérité y et, oon* séquent avec vous-même, vous avez tout fait pour que les vivants ne les connussent pas. Il n'a pas t^u à vous qu'il n'en fût ainsi ; et si qudque chose a vu le jour, c'est à M. Damirou que nous le devons.
Oui (et ceci vous condamne d'une façon irrémissible)» qaelle que soit la faute que M. Damiron a commise, cette faute est ce qm a
sauvé la protestation de Jouffroy, que vous vouliez étouffer à jamais daus le froid cercueil où reposent ses cendres.
Tous les jours, pour échapper à un plus grand mal , on se résout à un moindre. Un prisonnier se mulile ou s'expose à mourir pour se sauver du cachot. Brutus contrefait l'idiot, pour tromper ses observateurs.
Ainsi a raisonné M. Damiron pour sauver le manuscrit de iouffroy. Il a mal raisonné, il a mal agi ; il a été faible, il a craint votre ressentiment; il n'a pas su vous braver, rompre avec vous, et vivre libre, heureux du sentiment d'un devoir accompli. Mais, s'il n'a pas osé vous résister, il n'a pas du moins voulu vous complaire jusqu'au bout, vous suivre jusque dans le mal plus grand que vous lui proposiez, la censure absolue, c'est-à-dire l'extinction absolue de cette pensée d'un mort, écrite pour protester contre vous tant que vivra le souvenir de votre Éclectisme.
Et moi qui avais le sentiment que tel avait été le rôle de M. Damiron dans cette déplorable affaire, vous auriez voulu que je Taccusasse tout seul !
Ah ! je le répète, je n*aurais en ce cas accusé personne.
M. Damiron avait imprimé d'abord fidèlement le manuscrit de Jouffroy. J'en avais la preuve, puisque les feuilles 8 et 9 du volume, premier tirage^ imprimées par ses soins sans mutilation, avaient survécu dans quelques exemplaires. Comment donc auraisje pu Taccuser d'avoir tout fait, tout fait à lui seul? Je le demande, n'est-il pas contre la raison de supposer qu'il ait lu les épreuves et donné le bon à tirer, pour se raviser plus tard et mutiler ces feuilles? Mais, s'il voulait mutiler, il aurait mutilé tout d'abord. Il n'aurait pas imprimé pour réimprimer ensuite avec des mutilations. Avant de confier le manuscrit à la presse, il aurait pu le changer a sa guise. Plus tard, en lisant les épreuves, il pouvait mutiler à son aise. Il ne l'avait pas fait ; il avait imprimé sans changement, sans altération, sans mutilation. Donc si ensuite il a fait détruire ce premier travail, c'est qu'il a été contraint, par une autre conscience et volonté que la sienne, de faire ce qu'il n'avait pas fait d'abord.
Et vous vouliez que je l'accusasse d'avoir tout fait, proprio motu^ sans la participation de personne... pas même de vous!
Mais songez donc que, si je vous connais, je le connais aussi. Songez que, cinq ans durant, je l'ai vu chaque jour fidèle à ses devoirs, loyal, honnête, d'une réputation intacte et méritée. Sa vie
tout entière était là pour repousser le soupçon que lui seul eût tout fait.
Car, s'il eût tout fait, quel homme était-il donc, puisqu'il n Savait pas même les motifs de passion ou d'intérêt direct et personnel que vous avez? Gomment expliquer une pareille action, ou, pour mieux dire, une pareille folie, si elle eût été sienne complètement? Personne n'a vécu plus intimement avec Jouffroy; personne par conséquent n'a mieux su les pensées de Jouffroy sur vous. Sa cause, après tout, est celle de Jouffroy; les reproches que Jouffroy vous fait , il a le droit aussi de vous les faire. Et il aurait supprimé les pensées de son ami, sans y être contraint, sans y être même convié par personne, uniquement par prudence personnelle, et pour ne pas vous blesser ! Mais un tel homme serait le plus lâche et le plus vil des adulateurs !
J'ajoute qu'il serait le plus absurde des hommes. Car, enfin, les mutilations qu'il a faites n'empêchent pas que l'ouvrage ne Vous soit extrêmement défavorable et funeste. S'il avait agi spontanément , qu'âurait-il donc dû faire? Évidemment ne pas le publier du tout, le supprimer tout à fait, le renvoyer comme vous à la postérité.
Puis, en examinant, il était facile de s'apercevoir que tout, dans son travail d'éditeur, portait la trace d'une sorte de violence morale exercée sur lui. Sa Notice a été allongée après coup, et les dernières pages ne s'accordent pas avec les premières. Dans les premières, il parie comme un homme qui écrit librement; dans les dernières, on sent l'embarras et la contrainte d'un homme effrayé et qui a des remords.
Il y a un autre trait évident de la sincérité de M. Damiron avant qu'on le troublât dans son rôle d'éditeur, un trait irrécusable pour tout juge impartial et dont le cœur n'est pas glacé. 11 y a un endroit dans cette Notice où, parlant des morceaux dont il se fait Téditenr, il dit : « Toys sont rédigés et écrits de la main de Jouffroy. Ici tout « émane du maitre lui-même ; non que tout soit en l'état où il l'an- « rait pu mettre, s'il l'avait revu, corrigé et arrangé pour l'impres- « sion; mais tout est du moins tel que, d'un premier jet, il l'a pro- « duit et exprimé. )» Et M. DamiroD, qui a écrit cela, aurait été l'auteur, le seul auteur des altérations I C'est lui , lui seul , qui en aurait conçu l'idée spontanément I C'est lui seul qui les aurait faites librement, volontairement 1 Non, cela est impossible. Le trait le plus fort que de Maistre ait pu trouver pour peindre le bourreau, c est son calme avant et après son ^uvantable office. Il dort, dit'îl>
puis il tue, puis il dort. Un homme qui écrit froidement : « Voici la pensée fidèle de mon ami, telle que, d'un premier jet, il Ta pro-* duite et exprimée, » au moment où, de son chef, par une lâcheté de son propre cœur, sans contrainte, sans violence, il vient de la mutileri ressemblerait au bourreau, il en aurait Tinsensibilité machinale.
Gomment M. Cousin n'a-t-il pas réfléchi à Taffreuse position qu'il faisait à M. Damiron en l'abandonnant conuneil Tabandonne au-* jourd'hui !
Dans sa situation réelle, M. Damiron a commis une faute ; mais il n'a qu^une part de responsabilité. Il n'a pas agi seul, de son propre mouvement. Loin de là, 11 n'a fait que céder ^ obéir; et encore a*t-il pu se dissimuler à lui-même qu'il faisait mal de céder ; il a pu revêtir sa faiblesse de certaines couleurs. Mais dans la situation que lui fait aujourd'hui M. Cousin, quelle différence! 11 a de son action tous les démérites ; initiative et exécution, tout lui appartient. Quand on lui reproche le calme et Tinsensibililé du bour-; reau, quand on met en contraste ses paroles et son acte, il n'a rien à répondre.
QVATazim fahtxz.
M. Cousio est coapable.
Or, je le dis avec une profonde conviction, M. Damiron ne méritait pas cela, et M. Cousin a ajouté une mauvaise action à une mauvaise action. 11 avait forcé M. Damiron à mutiler le manuscrit de Jouffroy, il ne lui mauquait que de sacrifier M. Damiron au soin de sa propre défense.
J'avoue que puisque la chose a ainsi tourné, et que M. Damiron souffre plus qu'il ne devait souffrir, je me sens en partie responsable de ses cbagrios ; car ayant accusé M. Cousin au prjemier chef, c'est M. Damiron seul que j'ai frappé.
Faeit indignatio versus. Je ne sais pas railler, mais j'emploierai jusqu è des armes que je ne manie pas ordinairement, pour montrer la perfidie de M. Cousin en cette occasion.
Voyons donc enfin cette défense, devant laquelle, certes, nous ne reculons pas, pour l'avoir ajournée jusqu'ici. Mais il convient dédire d'abord que cette défense s'est fait fort attendre, et voici pourquoi.
Que lait le sage Rominagrobîs, ce philosophe éclectique des chaÉs» qui a tant de tours «hiBs w» sac? Voyant que souris et rats,
tous ont appri» à le connaître, il fait le mort. Faire le mort, c'est le grand art des diplomates, quand ils n'ont pas la chance pour eux. Us se tiennent cois, on les dit malades, mourants; ils attendent ce que pourra leur amener le hasard, et secrètement ils préparent ce hasard. M. Cousin a donc fait le mort.
L'Univers avait dénoncé la mutilation avant nous, dès les premiers jours de décembre; mais jusqu'au 11, où a paru son premier memorandumy M. Cousin n'avait pas donné signe de vie. On le disait fort occupé de sa restitution des mutilations de Pascal. Les mutilations de Jouffroy étaient faites depuis longtemps ; il n'y pensait plus, ou paraissait n'y plus penser.
Il laissait M. Damiron se dépêtrer tout seul de l'affaire, ou s'y empêtra ; c'était déjà un signe qu'il soutiendrait plus tard que M. Damiron tout seul avait tout fait. Il revoyait au besoin (et nous en savons quelque chose) les lettres du trop généreux M. Damiron en réponse à Y Univers et au National. Il observait, s'il ne les dirigeait pas, les aveux de M. Damiron. Frappez-moi, s'écriait M. Damiron dans ces lettres ; c'est moi qui ai tout fait. — Bravo ! disait en luimême M. Cousin ; s'il a tout fait, il est clair que je n'ai rien fait.
Cela dura dix jours; enfin, le onzième, M. Cousin, cessa de faire le mort, et, comme Rominagrobis, il tomba fort éveillé du sac de farine où il avait paru endormi pour l'éternité.
M. Damiron s'était perdu par ses aveux.
Quoi! mes enfants, dit alors M. Cousin à ses alliés (c'est au Courrier français qu'il parla tout d'abord), on prétend que je suis ppur quelque chose dans une assez vilaine affaire. Sachez qu'il n'en est rien, et faites-le savoir au public. Mettez en avant l'intérêt de l'Université, cette sage et pudique Université, la fille aînée dç nos rois. Il ne faut pas que la fenune de César soit même soupçonnée.
Et là-dessus parut la première note diplomatique où la cause du César universitaire fut défendue. La voici :
M Plusieurs journaux s'entretiennent des mutilations tBt des trans- « formations qu'a subies^ entre les mains de l'éditeur, un écrit pos- « tbttmede M. Jouffroy. Nom partageons le juste étonnement que « ee$ acte de censure a provoqué. On peut ajourner une publieationy k en vue des convenances ou de l'intérêt général, quand on n'a pas « reçu le mandat impératif de saisir le publie sans délai de la derr #. niêre pensée d'un mourant. Mais il faut respecter cette pensée, « quand on l'expose au grand jour, et n'imprimer que oe que l'au- » tmrm MUa Qu^Hpiea feuilles ont supposé que l'éditeur du livre de
« M. Joyffroy avait agi, en le dénaturant ainsi, ci Tinstigation de « M. Cousin, Par nne sollicitude que Ton comprendra, pour la ré^ « putation de l'Université, nous avons voulu remonter à la source (( de ces bruits ; et nous sommes autorisés à dire que M. Cousin n*a ni « demandé , ni indiqué, ni connu les corrections, additions ou supa pressions qu'il a plu à V éditeur d'opérer. M. Cousin a donné le « conseil d'ajourner cette publication, et il Ta motivé sur l'intérêt « quil porte à la mémoire de M. Jouffroy. Mais il se défend haute- « ment de toute autre responsabilité. »
N^avais^je pas raison d'affirmer que la défense de M. Cousin con* siste à dire : Si on m'eût laissé faire ^ j'aurais a^ccompli le crime tout autrement ; je n'aurais pas fait de maladresse ; les écrits de Jouffroy n auraient pas vu le jour ; et ainsi il n* y aurait pas de corps de délit.
Mais que cette note de M. Cousin est habile ! Il faut lui rendre justice. Nous ne dirons pas qu'on voit bien là un homme qui a été ministre, et qui veut Fétre encore; nous croyons qu'on peut être ministre et ambassadeur, et ne pas savoir si bien rédiger une pièce diplomatique.
Voyez, en effet, avec quel art M. Cousin dispose à Tavance sa défense personnelle, sans qu'il y paraisse, dans cet axiome préparatoire : On peut ajourner une publication en vue des convenances ou de l'intérêt général, quand on n'a pas reçu le mandat impératif de saisir le public sans délai de la dernière pensée d'un mourant. Cette phrase se glisse dans l'esprit du lecteur, comme une vérité simple et incontestable. Ce lecteur, ignorant l'usage qu'on veut en faire, Tacceple sans la regarder de trop près, parce qu'elle semble n'être qu'une préparation à cette restriction d'une morale sévère : Mais il faut respecter cette pensée quand on V expose au grand jour^ et n'imprimer que ce que l'auteur a écrit. Alors, mais alors seulement, vient le fait particulier, et le lecteur apprend avec édification que M. Cousin a donné le conseil d'ajourner lapublieationy et qu'il l'a motivé sur Vinlérêt qu'il porte à la mémoire de Jouffroy. M. Cousin n'a donc pas manqué à la morale la plus stricte ; il a pour lui l'aiiome préparatoire : On peut ajourner une publication en vue dès convenances ou de Vintérêt général, etc. ; il a, de plus, rinîérêt qu'il porte à la mémoire de Jouffroy. — Le pauvre homme !
Mais pourtant si M. Cousin n'avait voulu ajourner qu'en vue de son intérêt propre, la question changerait de face.
Et si ce prétendu motif de P intérêt qu'il porte à la mémoire de
Jouffray n'était qu'une dérision , la question changerait encore, et prendrait une autre tournure.
Et si M. Cousin n'avait pas donné un simple conseil, s'il était intervenu sans avoir été consulté, ce serait encore autre chose.
Et si ajourner la publication, c'était Tempécher à jamais; si Tajournement ici équivalait à une destruction complète, ce serait encore différent.
Enfin si, pour ajourner ou pour empocher à jamais la publication, M. Cousin avait effrayé par ses menaces, séduit par ses prières, parlé au nom de TUniversité, abusé de ses fonctions publiques, ee serait bien une autre affaire.
Que devient donc Thabileté de M. Cousin et sa savante note diplomatique?
Une curieuse pièce qni montre l'habileté de M. Cousin. Son axiome, qu'on peut ajourner une publication en vue des convenances ou de l'intérêt général est fort problématique. Car qui décidera des convenances? Ici c'était M. Cousin qui voulait décider des convenances à sa convenance.
Sans doute il n'y a pas de loi qui, en l'absence d'un testament formel, contenant des moyens d'exécution précis et déterminés, oblige à imprimer l'écrit d'un philosophe après sa mort. Mais nous nions pourtant que l'écrit posthume d'un philosophe qui avait compté surlabonne volonté de ses héritiers puisse dépendre des convenances de ces mêmes héritiers. Ce prétendu droit des héritiers avait déjà été mïs en avant par M. Cousin pour les manuscrits de Maine de Biran. Il les a gardés quinze ans, prétendant qu'il n'entrait pas dans les convenances des héritiers du philosophe qu'ils fussent publiés. Et pourtant Maine de Biran avait voulu qu'ils fussent publiés aussitôt que possible après sa mort, n'ayant pas eu assez de jours pour les publier lui-même.
Dans le cas présent, il est certain que Jouffroy avait entendu que ses héritiers livreraient au public son manuscrit, puisque M. Damiron dit dans sa Notice que ce manuscrit portait écrit de la main de Jouffroy : A imprimer. Or Jouffroy certainement n'avait pas entendu être imprimé dans un siècle. Sa volonté était donc précise, certaine; et abuser de ce que Jouffroy, plein de confiance dans sa femme et dans l'ami auquel il avait légué cette publication, n'avait pas cru devoir faire un codicille tout exprès et donner à ce sujet un mandat impératif, est une ruse digne d'Escobard.
Mais voici bien une autre escobarderie! M. Cousin fait dire au journal chargé de sa défense : Nous sommes autorisés à dire que
n\0 M. COWSIN AUTEUR DE lA MUTTLàTIOÏt.
M. Cousin n'a ni demandé, ni indiqué^ ni connu les correcH&m qu'il a plu à l'éditeur d'opérer. Ceci mérite un chapitre à part.
Vous n'avez pas demandé, diles-vous, les corrections quMl a plu à M. Damiron d'opérer.
Distinguo. Quand M. Damiron (je raisonne dans votre hypothèse) a mis, par exemple, la prudence de M. Cousin , au lieu de l'inexpérience de M. Cousin, vous n'aviez pas demandé qu'il fît cette correction précisément de cette façon ; mais vous aviez noté (au moins verbalement) la phrase, pour qu'elle disparût ou fût modifiée. Vous aviez donc demandé cette correction en essence, in essentiâ, comme on aurait dit, à Tépoque de la Scolastique, sinon en forme, in forma ou formaliter. M. Damiron, sachant ce que vous vouliez, a modifié dans le sens que vous désiriez. H s'est fait rinstrument de votre censure. Son tort à lui est bien clair; mais empêche-t-il le vôtre, et avez- vous le droit de dire que vous n'avez pas demandé cette correction ? Votre restriction mentale roule sur ce que (dans votre hypotlièse), vous ne l'auriez pas demandée précisément sous cette forme.
Avez-vous également le droit de dire que vous ne l'avez pas indiquée, quand (dans votre hypothèse), vous l'auriez tout au moins, par vos observations, indiquée à faire?
Et de même, enfin, avez-vous le droit de dire que vous ne Favez pas connue^ parce que (toujours dans votre hypothèse), vous ne l'auriez connue réalisée suivant vos désirs que lorsque l'ouvrage a été livré au public ?
Vous ressemblez, en ce cas, à un faiseur de fausse monnaie qui aurait ses outils dans une chambre où il n*entrerait jamais, mais qui saurait faire agir ces outils sans mettre le pied dans ce laboratoire. Serait-il bien venu dire â ses juges t Je n'ai ni demandé, ni indiqué, ni connu ces fausses pièces qui ont été fabriquées sans que je les visse. Je ne les ai vues que quand on les a mises en circulation. Jusque-là je n'étais jamais entré dans la chambre où elles se fabriquaient. Mes mains sont innocentes, mon œil n'a jamais contemplé ces impuretés. J'invoque mon alibi. — Les juges lui répondraient : Vous étiez dans cette chambre où vous prétendez n'être jamais entré. Vous y étiez invisible, vous y agissiez sans qu'il parût. Vos mains et votre œil peuvent être innocents, mais vous ne Tètes pas.
Biais si vous étiez entré vous-même dans le laboratoire! 11.,,
M. COUSIN AUTEim DE LA MUTILATION. I!1
Nous Q^avons pas rintention da rappeler toute la polémique à laquelle ce procès, une fois porté au tribunal de Topinion publique, a donné lieu. Mais nous ne pouvons cependant passer sous silence l'éloquente réprobation et les judicieuses remarques du National,
Le jour même où paraissait, dans le Courrier, la note de M. Cousin, que nous venons d'examiner, le Natiotud la réfutait Indirectement, en répondant à M. Damiron, qui voulait être seul coupable :
• Qui avait intérêt a cï que ie public ignorât la vérité ? « M. Cousin. Qui avait empêché la publication dans la Revue des « Dedx-Mondes? m. Cousin.
« M: Damiron essaye de le justifier, et 11 ne voit pas qu'il raccuse en le « défendant. Déjà, dans sa lettre à Y Univers^ il nous avait appris qu'il n'a- « vait pas suivi Tavis de M. Cousin, et il nous dit aujourd'hui :quel qu'ait pu « être son avis général. Pourquoi tout ce jargon et ces mystères ? L'avis gé- « néral, tout le monde le connaît. M. Cousin voulait qu'on ne publiât pas du • tout cette partie des oeuvres de Joufproy; il y était attaqué, donc elle était « détestable. Il voulait mieux que la censure : il voulait la suppression totale « de l'ouvrage ; Il voulait enterrer les manuscrits dans la tombe de son ami. « M. Damiron n'a pas osé pousser la complaisance aussi loin, et, pour ména- « ger à la fois le mort et le vivant, il a pris ce juste milieu pitoyable qui « l'expose à tous les mépris. Aurait -il modifié la pensée de Jouffroy comme « il Ta fait, si M. Cousin n'avait p6s été là ? Faible envers celui-ci, coupable « envers l'autre, plus coupable enéore aux yeux du public, il a donné par ce a seul fait la mesure de cette secte ambitieuse et vaniteuse, qui vit de men- « songe et de charlatanisme ; il a montré la valeur de cette philosophie éclec- « tique, qui n'est autre chose que la théorie de ces intérêts sordides, de ces « passions viles dont Forguell est le principe, et dont le succès est le dernier « mot» I)
Trois jours après, le National iasistait encore sur Tévidente culpabilité de M. Cousin, en ces termes :
« Nous ne voulions pas revenir sur cette censure déloyale et maladroite, « exercée par M. Damiron sur Tœuvre posthume de Jouffroy. La presse a été « unanime pour flétrir de pareils procédés, et il ne nous convient pas d'in- !• sister snr nne circonstance qui offre aux ennemis de l'Université une occa- « sion nouvelle de faciles déclamations. Mais il nous est impossible de laisser « passer, sans les relever, les notes officielles que M. Cousin a fait paraître « dans le Courrier, dans le Constitutionnel^ et dans le Siècle. Ce philosophe, « encore plus ami de Platon que de la vérité, a raconté au pAblic qu'il n'avait « ni autorisé, ni indiqué, ni même connu les mutilations qu'a subies Tœuvre « de Jouf&oy. Il en rejette toute la responsabilité snr M. Damiron, et le sa- « crifioe sans miséricorde.
« Qa'il nous soit permis de le demander : an profit de qui ont été faites «( toutes ces suppressions ? Quelle doctrine devait souffrir des révélations de « Jouffroy ? quel enseignement était attaqué dans sa base? Sauf deux passages « qui se rapportaient au Christianisme, tous les autres ont été tronqués ou « faussés pour ménager M. Cousin, pour plaire à M. Cousin, pour ne pas « laisser planer le plus léger soupçon de charlatanisme, de vanité, et d'impuis- « sance, sur les leçons, sur les écrits de M. Cousin. Jouffroy avait levé don* « cément un des coins du rideau, et M. Damiron s'est hâté de couvrir le tem- « pie. Mais derrière ce rideau, et au fond de ces coulisses, quel était Facteur « qu'on démasquait? quelle était la philosophie guindée, fardée, bavarde et « fausse, que Jouffroy arrachaii aux lueurs de la rampe pour en montrer les « guenilles en plein soleil? Que M. Cousin nous réponde. Il s'était si bien senti « blessé, qu'il s'opposa énergiquement à ce que la Revue des Deux-Mondes « publiât un extrait de l'ouvrage ; il en avait si bien compris la portée, qu'il « en avait demandé l'entière suppression. Il Tavoue lui-même : il ne voulait « pas qu'on publiât, il voulait qu'on ajournât^ et il avait dit sur la tombe de <i Jouffroy : « Il a laissé des écrits que la poslérilé connaîtra. » Il demandait « l'ajournement jusqu'à la postérité ; il eût été plus commode pour lui, sans « doute, de n'être pas présent à la discussion.
« Voilà donc ce qui s'est passé : M. Damirôn ne pouvait pas laisser dans « l'oubli les dernières pensées de son ami; M. Cousin exigeait qu'on en ren- « voyât la publication indéfiniment. Placé dans cette situation difficile, « M. Damiron a été d'une faiblesse coupable. S'il avait réussi à cacher la mu- « tilation, si la censure n'avait pas été prise en flagrant délit, M . Cousin en « aurait recueilli les profits et l'honneur, et il aurait été fort redevable à la « main habile de son trop complaisant ami. Aujourd'hui le faux est avoué, <' l'honnêteté publique s'en indigne, et M. Cousin s'en vient bravement dé- « clarer qu'il n'y est pour rien, que M. Damiron est seul coupable; il assure « même qu'il a partagé l'étonnement de tout le monde, et il ajoute son « blâme personnel au l^lâme de la presse et du public.
« Nous n'avons pas épargné la critique à M. Damiron ; sa conduite a été « faible et condamnable ; mais, du moins, il avait l'excuse d'un bon scnti- « ment. Quelle excuse pouvons-nous trouver à la conduite de M. Cousin, qui « seul avait intérêt à la censure, qui seul en a été l'instigateur, et qui vient « aujourd'hui désavouer et condamner l'homme qui s'est dévoué pour le servir? « De quel mot qualifier cette conduite ? »
Ce qui avait donné lieu à cette dernière réplique du National^ c'étaient deux notes supplémentaires de M. Cousin, ou de ses amis, insérées dans le Consliiutionnel et dans le Siècle,
Car il est surprenant combien^ d'humble et silencieuse à Torigine, la défense de M. Cousin était devenue rogue et menaçante. On en jugera par cet extrait du Constitutionnel. Après s'être servi
des areux de M. DamiroD pour tout lui imputer, le journal officiel de M. Cousin ajoute :
« Qu^a donc fait M. Cousin? Quel est ce comeU général qu'il a donné à « M. Damiron ? Consulté un peu tard, il a donné à M. Damiron un excellent « conseil : celai d'ajourner cette publication, et il Ta motivé, dit avec vérité « le Courrier, sur l'intérêt qu'il porte à la mémoire de JoafTroy.
« Des journaux, qui ont exploité cette affaire avec une passion et une violence inspirées par une inexplicable haine, affirment que M. Cousin, en « donnant ce conseil, voulait empêcher la publication des quelques critiques « que M. Jouffroy faisait porter sur ses leçons de l'École Normale. Ce$t une « abiurde calomnie. Nous plaignons les écrivains qui ont tant de fiel et de « fureur, et qui aiment mieux accuser faussement que.de ne point accuser.
« Nous concevons, du reste, que Técrivain de la Revue Indépendante, advertt saire déclaré de la religion chrétienne, ait cherché dans Jouffroy un complice « d'incrédulité, et se soit plaint de Téditeur qui lui enlevait des textes à citer « contre le Christianisme. Mais que dire des journaux religieux, refusant de « croire, avec M. Damiron, que les doutes de M. Jouffroy s'étaient dissipés « dans les dernières années de sa vie ; recherchant le scandale ; se réjouissant « de l'espérance de trouver un incrédule de plus ; accueillant avec transport « ce qui peut, disent ils, envenimer la querelle?
« Nous croyons que tout ce qu'il y a d'ecclésiastiques sages et éclairés en « France tomberont d'accord avec nous pour blâmer ces spéculateurs de scan- « dale, et pour applaudir au conseil qu'avait donné M. Cousin de réserver « pour des temps plus calmes la publication de l'ouvrage posthume de « M. Jouffroy et le jugement définitif à porter sur les opinions qu'a profes- « sées pendant sa vie ce philosophe. »
Voilà un article qui sent l'hypocrisie d'une lieue.
Cet appel aux ecclésiastiques sages et éclairés f ennemis du scandale, quand il s'agit d'étouffer un scandale qu'on a produit, est bien dans la couleur du Constitutionnel, On a souvent reproché à cette feuille de ne tant poursuivre les Jésuites que parce qu'elle a hérité de leurs armes.
Et le beau zèle qu'on se vante d'avoir mis à ôter, par avance, des citations aux ennemis du Christianisme I
Et cette indigaation à la Tartufe : On dit que M. Cousin était intéressé là dedans ; c'est une absurde calomnie!
Mais voici le trait le plus charmant du morceau. M. Cousin, dédare-t-on, a été conmlté un peu tard. Consulté un peu tard! Un de vos voisins s'occupe tranquillement à imprimer un livre. Vous en êtes instruit; son occupation vous déplaît; vous entrez chez lui, vous le menacez, vous lui faites perdre la tète, et il* se jette par la fenêtre. Rentré chez vous, vous dites tranquillement à ceux qui vous interrogent : Tai été consulté un peu tard! •
H4 M. COUSIN AUteUR DE LA MUULATION.
Un article du Siècle, venu ensuite, bien qu'empreint, par rapport au journal qui le publiait, d'une plus grande dignité, n*était cependant que le développement des notes insérées au Courrier et au Constitutionnel. Il y a plus ; sous des dehors très-graves, et avec une apparence de calme et d'impartialité, se cachait, non plus une plaidoirie, mais un arrêt souverain, ayant force de chose jugée et prononçant déflnitîvement en faveur de M. Cousin. Voici cet article du Siècle :
« Nous regrettons d'avoir à nous occuper d'un fait qui est arrivé jusqu'au « public avec de fâcheux commentaires, et qui paraît devoir être un nouveau « sujet de dispute et de scandale entre les représentants de l'Université et les «r plus fougueux apôtres de l'école ultramontaine.
« Voici, à travers les accusations passionnées et les justifications pleines « d'embarras, ce que nous sommes parvenus à démêler : M. Jouffroy, en « mourant, a laissé au nombre de ses manuscrits un Mémoire dans lequel, « revenant sur les premières impressions de sa jeunesse et sur les débuts de « son enseignement, il raconte comment la foi aux dogmes chrétiens s'est « retirée de son âme, et quel vide y ont laissé les leçons, suivant lui très- « insuffisantes, de M. Cousin.
« Chargé de la publication de Foeuvre de son ami, un professeur distingué « de philosophie, M. Damiron, s'est cru autorisé à modifier assez gravement <c plusieurs passages de ce Mémoire, dans un double but qui ressort claire- « ment : d'abord, de dissimuler ou d'atténuer autant que possible les doutes « exprimés par M. Jouffroy sur la divinité et la durée du Christianisme; et en « second lieu, de faire disparaître les traits les plus vifis de la censure dirigée « par ua ancien disciple contre l'enseignement philosophique de M. Cousin.
a Les adversaires, nous ne voulons pas dire les ennemis» que compte ce « dernier, soit dans les rangs du clergé, soit parmi les libres penseurs, se sont « émus à cette nouvelle, et de plusieurs côtés à la fois sont parties des inter- « pellatîôns véhémenles , detnandaht compte , non pas à Téditeur, mais à « M. Cousin, de la falsification de l'écrit de Jouffroy. M. Pierre Leroux, dans « la Retme Indépendanêe, a prouvé les altérations qu'a subies cet écrit en réu- « blissant le texte des premières pages. Sur ce point la démonstratioil est coo- « cluante.
« Aussi le fait n'est-il pas nié. Mais M. Leroux va plus loin : il affirme que « M. Cousin est le véritabfe atitear des retranchements et des changements « qu'a sabis là pensée de JMiffboy ; il l'affirme, en appuyant cette accusation « principale d'insinuations fort graves, et en loi prêtant d'odieox oatculs « d'égoîsme et de vanité.
« Or, le Courrier françq^s^ei le Constitutionnel se disent autorisés à décla- « rer « que M. Cousin n'a ni demandé, ni indiqué, ni connu les corrections, « additions ou suppressions qu'il a plu à l'éditeur d'opérer. » Et, d'un autre « côté, M. Damiron lui-même confirme pleinement cette déclaration dans deux « lettres où, après avoir donné à entendre que Tavts de SI. Cousin était l'ajoHr<«
M. COUMN AUTEUR DE LÀ MUTtLÀTtoN. I|S
« nemenlde la publication, il dit expressément que Fhonofable paif de IfVance « a tùmplétemerU ignoré les moditications dont il assume, lui éditeur, tonte la K responsabilité.
« Ce témoignage péremptoire nous semble mettre hors de cause le philoso^ « phe sur lequel la Revue Indépendante fait retomber, nous ne savons pour- « quoi, tout le poids de ses amèrës incriminations. Quant à M. Damiron, « qu'on dit avoir été dirigé en cette occasion par d'antres conseils que ceux « de M. Oonsin; si lui-même n'avait reconnu ses torts, si ses intentions, seule « excuse qu'il allègue, ne passaient pour driaites et loyales auprès de tous ceux « qui le connaissent personneit^nem, nous croirions ne pouvoir trouver des « termes assez sévères pour qualifier sa conduite.
« Ce qu'il y a de plus sacré, de plus inviolable au monde, c'est la pensée « d'un homme, d'un écrivain qui n'est plus là pour la défendre, et qui en a « confié le dépôt à la fidélité de ceux qui lui survivent. Les regrets de M. Da- « miron prouvent qu'il n'a commis qu'une faute, et qu'il croyait remplir un « devoir envers son ami. Mais s'il n'avait pas cette excuse, qu'admettront dtf- « ficilement ceux dont il n'est pas connu, il se serait rendu coupable d'un acte « de véritable impiété. »
Nous en avons appelé do Siède à lui-même, par la lettre suivante :
« A monsieur le réda/cteur du Siècle.
« Paris, 45 décembre 1S42.
« Monsieur,
« En Usaffit, dans le SièdU du 15, un article sur la mutilirt;îon d'un écrit « posthume de Jouffroy, où je suis nommé, ma première pensée fut de vous « adresser une réponse capable de me justifier, devant vos lecteurs, du repro- « che que Vous me faites d'avoir dirigé contre M. Cousin d'amères încrimi- « nations. Mais je me suis bientôt aperçu que cette réponse dépasserait les « bornes d'une lettre, et je dois l'ajourner à la prochaine livraison de la JRet^tie « Indépendante. Toutefois, je veux vous dire dès à présent qu'en dénonçaiK i « l'honnêteté publique un acte que vous qualifiez de véritable impiété^ si j'a- « vais frappé le coupable qui s'avoue et qui ne fut que rmstrumeiit, sans re- « chercher ({Mirce qu'il est puissant) le vrai coupable qui se cache et qui pro- « fite, je croirais n'avoir rempli que la moitié de mon devoir. »
Et voici la réponse que le Sièc^ ûoua a faite» ea însératit lef aie* ment notre lettre ;
« Nous n'avons qu'une réponse à faire à M. Leroux. SHl peut fournir la « preuve que M. Cousin a réeUement exigé, dans son intérêt, de M. Dami- « ron, les falsifications que celui-ci a £ait subir au manuscrit de !t, Jouffroy, « nous ne trouverons pas ses incriminations trop amères^ si graves qu'elles « soient d^ailleùrs ; mais si elles ne reposaient que sur une simple conjecture, « elles nous paraîtraient profondément injustes. Or, jusqu'à présent, le dé-
ii6 M. COUSIN AUTEUR DE LA MUTiLATK)]!!.
« menti formel de M. Coasin s'élève contre ces imputations, fortifié par le lé- « moignage de M. Damiron lui-même. Ce dernier, dont Taveu et les regrets « sincères ont presque réparé la faute, s'est sacrifié, dit-on, pour mettre à « couvert un homme puissant, M. Cousin ne nie pas, lui, qu'il ait donné le « conseil d'ajourner la publication de l'écrit de M. Juuffroy. Attaquez-le donc « sur ce point, c'est votre droit. Mais si c'était un autre, non moins puissarU « que lui, si c'était M. Yillemain par exemple, qui, dans une intention para faitement loyale et désintéressée, eût conseillé de publier cet écrit avec queh- « ques changements, pourquoi vos accusations iraient-elles s'égarer sur « M. Cousin? Cest là, avant tout, un fait k éclaircir. Nous serions désolés, « quant à nous, si en voulant rectifier une erreur, nous étions exposés à en « commettre une autre. »
On voit que la défense de M. Cousin va comme la Renommée, suivant Virgile : Crescit eundo. D'abord presque imperceptible , la voilà qui touche le ciel. D'accusé, M. Cousin va se faire accusateur.
Il était donc temps d'y mettre ordre, et de montrer qu'après avoir dit la vérité, toute la vérité à nous connue, et rien que cette vérité, nous n'eulendons pas que le coupable, au lieu de se repentir et de se corriger, nous traite de calomniateur.
Puisque le dernier mot de AI. Cousin ou de ses défenseurs est celui du Siècle, nous acceptons l'espèce de défi que nous fait ce journal. Nous nous adressons donc aux directeurs de cette feuille, lesquels ont toute notre estime, et qui, nous en sonunes certain, n'ont laissé décider ainsi la question en faveur de M. Cousin, que faute d'être suffisamment éclairés, et nous leur disons :
Vous n*étes pas contents de tant de preuves qui ont paru dans cette affaire ; il vous en faut d'autres ;
Vous n'êtes pas contents, par exemple, de cette preuve : M. Damiron accomplissait avec intégrité sa fonction d' éditeur ^ lorsquHl a été violemment interrompu dans cette fonction^ et forcé de muti^ 1er l'ouvrage ou de le supprimer (ce qui se prouve par les feuilles du premier tirage qui ont subâsté) ;
Ni de celle-ci : C*est bien M. Cousin qui a interrompu violemment M. Damiron dans sa fonction d'éditeur (ce qui se prouve par ce qui s'est passé relativement à l'extrait qui devait paraître dans la Revue des Deux-Mondes) ;
Ni de celle-ci : Le crime n'intéressait que M. Cousin, ou intéressait surtout M. Cousin; donc il est à M. Cousin.
M. COUSIN AUTEUn DE LA MUTILATION. 4n
Ces preuves, dis-je, ne vous suffisent pas; il vous eu faut d'autres.
Eh bien, permettez-nous d'abord de vous dire que vous êtes, en cette occasion, trop difficiles en fait de preuves. Car voilà trois preuves excellentes» qui se soutiennent mutuellement, et qui, réunies, sont irréfragables.
Qu'on forme un jury, et qu'on le compose au moyen des diffé- • rentes corporations dont M. Cousin fait partie. M. Cousin est pair de France ; qu'un pair de France soit membre de ce jury. M. Cousin est de l'Académie des Sciences Morales et de l'Académie Française ; que chacune de ces académies fournisse un membre h ce jury. M. Cousin est conseiller de l'Université, et de plus professeur à la Faculté, bien que depuis douze ans il ne professe pas ; que rUni« versité soit donc représentée, et doublement, dans ce jury. Que le Conseil d'État, la Légion d'Honneur, la Commission des livres, et toutes les Commissions dont M. Cousin peut être membre, y soient également représentées. Que le Journal des Savants, entretenu aux frais de l'État, et où M. Cousin vient d'écrire six articles sur les mutilations des Pensées de Pa^cal, y figure aussi. Enfin que les journaux où M. Cousin a introduit sa défense complètent le nombre des juges. Que les trois preuves que nous venons d'indiquer soient mises successivement en question. Il est certain, suivant nous, que les trois preuves seront faites d'emblée, et que, les trois preuves faites, H. Cousin sera déclaré coupable, à l'unanimité des voix.
Mais enfin vous n'êtes pas satisfaits ; vous opposez toujours le témoignage de M. Damiron, la dénégation de M. Damiron, sans vous bien demander si ce témoignage signifie précisément ce que M. Cousin lui a fait signifier. Voyons donc ensemble ce témoignage.
Dans une première lettre, adressée à Y Univers, M. Damiron a dit, en termes fort obscurs :
« Pour ce qui regarde les personnes dont vous m'avez fait l'honneur d'as- « soder le nom au mien, si elles avaient besoin d'être défendues, elles pour- « raient Pêtre bien simplement. U suffirait de dire que vous ne savez pas ce «( qui s'est passé entre elles et moi, et que, si tous le saviez, vous sauriez « qu'après avoir provoqué et reçu leurs conseils, je suis resté libre de les « suivre ; qu'en fiit je ne les ai pas suivis, et que je suis seul responsable du « parti auquel je me suis arrêté. »
Dans une seconde lettre, adressée au National, M. Damiron a dit encore :
« Vous me permettrez d'ajouter, en ce qui regarde M. Cousin, que quel « qu*ait pu être son avis général, que j'avais d'ailleurs solUcîté, sur la publica-
il8 M. COUSIN AUTIUR DE LA MUTILATION.
« Uoo de cette partie de Tceuvre de M. Jouffroy, il est resté tout à Ciit étran- « ger à cette publication elie-même, et qu'à la lettre il ignorait, lorsque le <« livre a paru, les changements qui avaient pu être faits, et que, par consé- « quent, il n'avait ni exigés ni indiqués; il serait dans son droit en le déclati rant. Je le dis et je dois le dire pour moi beaucoup plus que pour lui. »
Voilà le témolgaage dont M. Cousin s'est armé, et dont il s'est muré, comme dans une citadelle. Il est vrai que ces phrases ont donné le change au public, et M. Cousin en a largement profité. Mais pourtant rénigme digne du Spbynx qu'a proposée M, Damiron n'est peut-être pas inexplicable*
Supposez que, consulté une première fois à la hâte, relativement ^ certaines phrases, M. Cousin ait conclu vaguement à raiourne«> ment, et que M. Damiron n'ait pas eu égard à cet avis. Supposai que plus tard, après l'éclat qu'avait fait dans le bureau de la Revu$ 4^1 Deux-Mondes l'extrait prêt à paraître dans cette Revuey M. Damiron ait remis à M. Cousin les feuilles déjà imprimées et les épreuyes de ce qui venait à la suite, afin qu'il les lât, y notât tout ce qui TofCensait, et donuât son avis sur le tout. Supposez que M. Cousin $ât, en effet, examiné, qu'il ait noté les phrases qui le blessaient principalement, et que, tout considéré, il ait été d'avis à'ajourner^ pomme il dit, la publication entière. Supposez que M. Damiron ait senti dans sa conscience qu il n'avait pas le droit de supprimer l'écrit, et pensé qu'il était trop tard pour rajourner. Supposez que M, Cousin, irrité de cette résistance, ait caché sa passion personnelle sous le manteaudu décorum universitaire, et de l'intérêt qu'il porte, comme il dit, à la mémoire de Jouffroy. Supposez qu'il ait fait intervenir aussi rinlérètdelû veuve, dont la pension serait, disait-il, inévitablement supprimée. Supposez que M. Damiron, troublé, et, comme je l'ai déjà dit, démoralisé par tant d'assauts, ait provoqué Favis de quelques-uns des membres du Conseil de rUniversitë, et du chef de cette Umversité, M. Villemaiu. Supposez que plusieurs de ces membres (nous pourrions ea nommer un, au moins) aient été d'avis qu'il fallait ou supprimer la publication ou imprimer sans rien changer au manuscrit; que d'autres, cest^à-dire au moins M. Cousin, aient voulu la suppression sans miséricorde; et que M, Damiron, embarrassé, incertain entre sa conscience et les avis qu'on lui don- IMit, s'en remettant encore, sur un point décisif pour lui, à M. Yillemain, celui-ci lui ait dit : « Quoi que vous fassiez, la pension de a madame Jouffroy sera conservée ;» qu'alors, certain de ce point, M. Damiron ait publié le livre, en ayant égard toutefois à toutes
M. COUSIN AUTBUR m LA MUTILATION. lift
les annotatiOTs ou peut-être... (nous verrous cela tout à l'heure),., à toutes les corrections de M. Cousin. Vous aurex un tableau, sinon tout à fait exact, du moins fidèle de ce qui s'est passé.
Et vous comprendrez alors comment M. Damiron a pu, sans mensonge apparent, écrire qu'il avait provoqué ks conseils des personnes dont Y Univers avait associé le nom au sien. Il le pouvait dire d'autant plus, dans cette première lettre, que c'était M. Villemain que Y Univers avait surtout désigné, quoiqu'il eût aussi ncmimé M. Cousin. Vous comprendrez comment, sans mensonge apparent, M. Damiron ^ pu dire qnHl avait soUieité F avis giniral deM. Cousin; et enfin comment il a pw éorire qu'à te lettre M. Cousin igno^ fait, lorsque fe livre a paru^ les changements qui avaient pu être /ail|. Il les ignorait, à la letire, ainsi que je Tai expliqué plus haut, sans pourtant les ignorer. Il les aurait faits lui même (ce qui, pour tout dire, est notre hypothèse), qu'il serait encore exact (quoique un peu jésuitique) de dire qu'il les ignorait, puisqu'il ne savait pas à quel parti M. Damiron s'était arrêté. Car, quant à lui, tout considéré, il avait renoncé à toute suppression partielle^ et conclu à ce que tout fût supprimé. Ce fut là, nous en convenons, Son avis gé^ néral, il faut lui rendre cette justice.
Etmainleuanl êtes- vous satisfaits? Croyez-vous encore à l'innocence et à la candeur de M. Cousin? Ne voyez-vous pas qu'il ne lui reste que cette alternative, ou d'admettre qu'il est coupable, au premier chef, du délit qui a été commis, ou de se déclarer encore plus coupable, ayant été cause de tout (car M. Damiron coupable n?est que V effet dont il est la cause), et n'ayant pas encore été satisfait de ce qui a été fait pour lui plaire, parce qu'il voulait davantage?
Je vous vois plus qu'ébranlés, messieurs les directeurs du Siècle; car vous êtes d'honnêtes gens, et* vous eussiez mieux aimé que M. Cousin fit comme M. Damiron, qu'il s'avouât coupable, et qu'il montrât de la vergogne et du repentir.
Mais vous m'avez porté un défi, et vous aimeriez, pour être enfin bien convaincus, que j'y répondisse. Vous voudriez un fait nouveau dans In cause, un de ces témoignages simples, précis, irrécusables, que le basard suscite quelquefois dans les procès, pour y jeter une lumière qui paraît venir d'en haut.
J'aimerais à vous satisfaire. Vous me demandez donc que je vous donne la preuve directe que M. Cousin a, dans son intérêt, exigé les suppressions. Ceux qui vous ont conseillé de me demander cela se croient bien sûrs de leur affaire. Comme M. Cousin voulai
4M M. COUSIN AUTEUR DE LA MUTlUTION.
obstinément la suppression totale, ils se croient bien certains que je ne pourrai pas prouver qu^il ait voulu les suppressions partielles. Us réduisent donc tout le procès à ces termes, et ils vous ont persuadé, Messieurs y de le poser de cette façon. Vous, ne voyant pas la ruse, vous les avez écoutés.
Je pourrais, quant à cette intervention directe de M. Cousin dans les suppressions partielles^ rejeter votre défi. Car je ne vous donnerais pas la preuve directe que vous me demandez, que je n'en aurais pas moins prouvé ma thèse. En effet : 4» ces falsifications ne se sont pas faites toutes seules; 2^ M. Cousin les a demandées ; cela est incontestable, puisqu'il demandait davantage ; en ce cas , qui demande le plus, demande le moins ; 3^ ces falsifications étaient dans son intérêt ; il suffit d'ouvrir les yeux pour le voir. Donc il les a demandées dans son intérêt ; et vous avez tort de chercher, dans M. Villemain, le coupable puissant y quand vous l'avez sous la main.
Mais vous me pressez, vous voulez plus que des inductions, quelque certaines, quelque évidentes qu'elles soient.
Voulez-vous donc mettre sur un seul coup de dé tout le sort de TEclectisme,
De l'Eclectisme méthode ,
De l'Eclectisme système ,
De l'Eclectisme théorique, et de l'Eclectisme pratique.
De l'Eclectisme enfin, et de son auteur?
Le voulez-vous? est-ce convenu?
Eh bien , nous acceptons. Et voici notre réponse :
Il existe entre les mains de M. Damiron une lettre de M. Cousin où celui-ci, occupé de préparer les mutilations qui ont été faites, lui écrivait : Me voici gomme Arnauld sur Pascal I
M. Cousin avait, comme on voit, l'esprit plein de la double œuvre qu'il accomplissait en même temps, savoir la mutilation de Jouffroy et la restitution de Pascal.
Trouvera-t-on encore nos incriminations trop amères ?