‹ De la mutilation d'un écrit posthume de Théodore Jouffroy: avec une lettre àChapitre 7 sur 9 · PIÈGES DU PROCÈS · texte numérisé non relu

PIÈGES DU PROCÈS

« du 47. J'annonçais à vos lecteurs que je répondrais in extemo dans la Revue « Indépendante. La lettre de M. Damiron, que je lis aujourd'hui dans votre « feuille, m'oblige à vous demander de nouveau l'insertion de quelques lignes.

« J'ai rempli exactement ma promesse. La Revue du 25 contient un article « intitulé : M, Cousin auteur de la Mutilation d*un Écrit posthume de Théo- « doreJouffroy. Je termine ma démonstration en disant :. — • E ^sle entre « les mains de^ M- Ikuniro» une lettre de M. Cousin^ cù cdui-ci, occupé de « préparer les mutilations qui ont été faites, lui écrivait : Me voici comme « Arnauld sur Pascal ! •

« En sîgoaluQt, pour dernière évidence, ce fait, qui m'avait été certifié par « des personnes dignes de foi, mais dont je n'avais aucune preuve matérielle, « je me fiais évidemment à la probité de M. Damiron, et j'avais une satisfac- <i tion intérieure à lui rendre cet hommage. Ma confiance n'a pas été trom- « pée. Que dit, en effet, M. Damiron dans la lettre que vous avez publiée ce K matin?

« Après avoir annoncé qu'il vient relever une pouvelle assertion inexacte « (ce ^ont ses expressions) de 1^ Reiiue Indépendante^ et avoir répété, à cet « égard, que M. Cousin ne lui a demandé aucune des mutilations qui ont été « commises, H ajoute : « Puisque la Revue parle d'Arnauld et de Pascal, deux « noms qui, il y a quelques mois, devaient être souvent dans la bouehê ou « sous la plume de M* Cousin, je dirai qu't7 appartenait, en effet, à M, Cou- « sin d*étre consulté dans ce{t^ affaire commie Arnauld l'avait été dans celle « des Pensées; et je répète une dernière fois que Tavis formel de M. Cousin, a soit par écrit, soit de vive voix, a été de supprimer pour le mQQaent une pu- <i blication qui lui semblait inopportune. »

« Certes, je ne pouvais demander une adhésion plus manifeste au fait que « j*avais signalé. Les noms d^Arnauld et de Pascal se sont donc trouvés en « cette occasion, et dans la bouche et sous laplume de M. Cousin. « Illuiap- « partenait en effet, dit M. Damiron, d'être consulté dans cette affaire comme « Arnauld l'avait été dans celle des Pensées, » C'est-à-dire qu'on l'a consulté « à titre de chef dVcole, et qu'il a donné son avis, à ce titre, de vive voix et « par écrit. Il a écrit la phrase : « Me voici comme Arnauld sur Pascal! » « J'ignore si l'avis d' Arnauld fut de supprimer l'écrit posthume de Pascal ; « mais, ce qui est certain, c'est que cet écrit fut mutilé, comme vient de le dé- « montrer M. Cousin, après Condorcet. Ce qui est certain aussi pour moi, ce « qui doit l'être aujourd'hui pour vous, monsieur le rédacteur, et pour tout « le monde, c'est que M. Cousin n'a opiné pour qu'on supprimât l'écrit de « Jouffroy, qu'après avoir pris une connaissance approfondie de cet écrit, et « mAlrement médité sur chacune des phrases qui ont été mutilées. Or, untel « avis, ainsi motivé, emportait, au minimum, la mutilation.

« Ce simple rapprochement preuve qn'en nccasant M. Cousin d'être Vau- « leur des mutilations de l'écrit de Jouffroy, je ne me sois pas livré, comme « votre journal l'avait dit (faute d'être suffisamment éclairé), à des incrimina- « tions trop amères.

« Recevez, etc.

« Pari«| 27 déa^|»r« %$Â%, u

PltCSS DU PROCtS. m

En iQsérant celte répoDse, les rédacteurs du 5»éol« semblèrent abaiidoQuer ou plutôt abandonDèrent évidemment la défense de H. Cousin; car voici les seules remarques dont ils accompagnèrent cette insertion :

« M. Pierre Leroux, malgré les dénégations répétées de M. Damiron, affirme • de nouveau que M. Cousin est le véritable auteur des mutilations qu'a suit bm r^rit de M» Jouffroy. U nous écrit à ce sujet une seconda lettre que « nous publions pour conserver dans la question notre position d'impartialité. « Le public jugera jusqu'à quel point les raisonnements qt les inductions de « M. Leroux équivalent à des preuves positives. »

Plusieurs journaux interprétèrent la lettre de M. Damiron comme nous, et il était en effet impossible de l'interpréter autres ment. Nous citerons seulement les réflexions de V Union CûthO'lique:

n M. Damiron aurait mieux fait, sons tous les rapports, de garder cette « fois encore le silence. Il vaut mieux se taire que de dire qu'on ne peut pas « parler, et de prétendre réfuter une assertion ineseactê en laecmfirmant.

« Quelle est cette assertion inexacte que relève M. Danûroni? M. Damiron « n'a-t-il pas entre les mains une lettre où M. Cousin a écrit ces mots : Mb « VOICI COMME ÂRNAULD suu PASCAL ! Tel cst Icpolut sur lequel il n'y a qu'à « dire : Oui ou non ! Est-ce dire non que de répondre : « Les deux noms de « Pascal et d*Arnauld devaient être souvent dans la bouche ou sous la p(ttm« ¥ d$ M. Comn* » Évidemment eette phrase est un aveu ; nous en prenons « acte.

« Ensuite M. Damiron déclare ce quUl a déjà déclaré U y a un mois, à « savoir que M. Cousin ne lui a jamais demandé aucune des mutilations qui ont été faites. M. Pierre Leroux a démontré que M. Cousin ne les « pas « demandées^ mais quUl les a obtenues comme pis-aUer, tandis qu'il exigeait « davantage. C'est encore ce que vient assurer M..pamiron, quand il répète « qu'il «ppartenait à M. Cousin d'être consulté dans cette affaire, et que Vavis « form/^l de M. Cousin, soit par écrite mi de vive vqi>, a été de ^uj^imer la « publication,

« U est donc prouvé :

« r Que M. Cousin, consulté, a donné un <ms formel di9 vive vQiic et par « écrit ;

« 2"" Qiia les mutilations, exercées par M, Damiron, $Qnt dm^ ou méconéena tement de M. Cousin ;

« 3*" Que M. Cousin a écrit ces mots qui retombent autant sur Port-Royal ¥ que sur rÉclectisme : a Me voici comms Abnauld sur PascjOi! »

« Cette affaire ç'eût-elle pas d'autre conséquences, à noç y«u¥ eUei n'au- « rait pas <r^ occupé le public »

iS4 PIÈCES DU PROCÈS.

M. Damiron n'avait pas adressé seulement sa lettre au Siècle. Pourquoi donc n'a-t-elle été publiée ni par le Courrier français ni par le Constitutionnel f

N'est-ce pas évidemment parce que cette lettre ne plut pas à M. Cousin, et qu'elle ne cadrait plus avec sa défense?

M. Damiron avait été trop sincère ; il n'avait pas nié que M. Cousin, occupé d'examiner l'écrit de Jouffroy, lui eût écrit : Me voia GOMME Arnadld SUR PASCAL ! Il avaît, au contraire, implicitement reconnu la vérité de ce fait ; et, pour la première fois, il avait attribué à M. Cousin, en cette affaire, son véritable rôle, son rôle de chef d'école, appelé à donner son avis de vive voix et par écrite les pièces en main, après examen et délibération. Notre assertion même que M. Cousin a fait ou au moins préparé par des annotalions les mutilations qui ont été commises, bien quil ait définitivement conclu à la suppression totale de lécrit, n'était pas réfutée ni mise en doute par M. Damiron. En un mot, M. Damiron nous accordait tout ce que nous demandions. 11 se retranchait seulement, pour maintenir sa culpabilité personnelle, sur ce point que c'était lui qui avait consulté M. Cousin, et que M. Cousin ayant demandé la suppression totale, n'avait pas demandé les mutilations*

Le Courrier et le Constitutionnel y influencés apparemment par leur ancienne alliance avec M. Cousin, se gardèrent donc bien de publier cette lettre. Elle ne vit pas non plus le jour dans les Débats. Mais elle figura dans le National, entourée d*un commentaire accablant pour M. Cousin, qui s'obstinait à garder le silence. Voici cet article :

« Nous avons reçu, hier au soir, de M. Damiron, unelettre qui abesoin, pour ft être comprise, de quelques éclaircissements. L'Éclectisme, en générai, ne « se pique pas d'être clair, et c'est là son moindre défaut. 1\ en a de plus « grands, et l'affaire encore toute récente des œuvres posthumes de Jouffroy « vient de prouver aux plus incrédules que non-seulement cette doctrine est, « au point de vue de la philosophie, une oeuvre de mensonge, mais qu'au « point de vue de la morale pratique, elle est une école d'intolérance, de des- « potîsme et de détestables sentiments.

« M. Pierre Leroux, qui avait fait connaître avec des détails précis et une « série de preuves accablantes l'indigne mutilation des écrits de Jooffroy, a <( été attaqué, à son tour, par les journaux de la gauche qui sont restés fidèles « au ministère du 1*' mars. Ils ont blâmé, commîe nous, cette censure inqua- « lifiable ; mais ils ont été autorisés à dire que M* Cousin n'avait ni indiqué « ni même connu les changements qui avaient été faits. Nous avons d^à ré- « pondu, pour notre compte, à cette méchante défaite; M. Pierre Leroux

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