‹ De la myélite aiguëChapitre 3 sur 4 · V..., garde mobile, âgé de vingt ans, n’ayant présenté aucun · texte numérisé non relu

V..., garde mobile, âgé de vingt ans, n’ayant présenté aucun

(1) Jaccoud. Des paraplégies, p. 5ào.

(2) Larrey. Mémoires de médecine militaire, t. IV.

ÉTIOLOGIE ET GENÈSE.

anlccüdent paUiologiqiie, mais après avoir passé une nuit sur les remparts et s’ètre longtemps couché sur l’herbe refroidie, est pris de douleurs et de faihle.'^se dans les jambes.

Le lendemain, lundi 15 août 1870, il arrive à l’hôpital, à grand’peitie, soutenu à l’aide de deux bras.

Il se plaint de faibles.'^e dans les membres inférieurs, de rétention complète d’urine et de douleurs au creux épigastriijue.

Le pouls est à 80, assez régulier.

Le soir, on constate une insensibilité des jambes et du tronc, limitée par un cercle passant vers les dernières vertèbres dorsales. Il n’y a pas de mouvements réflexes.

La miction a été involontaire, probablement par regorgement.

Du reste, le malade voit bien, entend et comprend parfaitement.

Des ventouses sèches et scarifiées sont appliquées dans la région dorso-lombaire.

Après le cathétérisme, la sonde est restée à demeure.

Mardi 16. — Intelligence plus engourdie que la veille. Mal de de tète. Sensibilité des membres supérieurs. L’insensibilité semble localisée dans les membres inférieurs et ne va que jusqu’à l’ombilic.

Le malade comprend plus difficilement. Toujours rétention des matières fécales et paralysie de la vessie. État typhoïde. De temps en temps, les bras cberchent dans le vague et ramassent les couvertures. Il paiaît fatigué et répond mal aux questions. Un peu de délire la nuit. Pouls 66. Cautères, pointes de feu dans la région dorso-lombaire. Lavement purgatif.

Mercredi 17. — Délire toute la nuit, pas plus de fièvre, mais crispation des dents. Mâchoires serrées. Yeux fermés. Quand on veut les ouvrir, difficulté. Photophobie. Carpbologie. Raideur de tète, extension en arrière. Balbmnement du ventre, raies rouges facilement produites, quelques taches peu marquées. Difficulté à boire. 11 crie : « A l’assaut! » chaque fois qu’il se réveille.

Le soir, il ne comprend plus. Les bras sont insensibles. Le regard est éteint.

Jeudi 18. — La mort arrive à sept heures du matin.

ÉTIOLOGIE ET GENÈSE.

L’autopsie est faite, six heures après la mort, le 18 août 1870.

Pupilles égales, dilatées. Rigidité complète des bras, des jambes et du cou. Marbrures violacées sur le corps. Teinte violacée aux oreilles et à la région cervicale. Les mâchoires très-fortement serrées, le sang est très-fioisseux.

Nous passons sous silence les détails de l’autopsie des différents viscères des cavités thoraciques et abdominales, qui n’ont rien offert de particulier. Il n’y avait pas de plaques de Peyer dans l’intestin ni psorentérie.

Les méninges sont fortement injectées, une énorme quantité de sang s’écoule des vaisseaux à la base du crrveau, les muscles du dos ainsi que le sang sont d’un rouge noirâtre comme dans les asphyxies. Les méninges de la moelle sont fortement injectées comme celles du cerveau. Les méninges sous la dure-mère sont également très-vascularisées et présententdans quelques places des congestions sanguines; au tiers inférieur de la face postérieure dans l’arachnoïde, exsudât dur sous forme d’une lentille, de consistance fibrineuse, solide; à la face antérieure, vascularisation également considérable ne disparaissant pas sous l’eau; la vas-, cularisation est surtout remarquée dans la région lombaire. A la face postérieure, l’hypérémie persistant après le lavage est plus prononcée et plus généralisée.

Dans diiïérentes coupes horizontales, on constate dans la région dorso-lombaire, surtout dans les cordons latéraux à gauche une vascularisation et une hémorrhagie sous forme de petits pointillés rouireâtres ne disparaissant pas sous l’eau, existant dans la substance blanche et dans la substance grise, dans les cornes antérieures; à chaiiue coupe la moelle fait hernie, toutefois il n’y pas de ramollissement diffluenl réel.

Cerveau. — Vascularisation considérable des méninges, arachnoïde et pie-mère, vascularisation trè.s-intense à la face sur tout le cervelet, congestion très-\ive, vascularisation très-inb nse du plancher du quatrième ventricule sour forme d’arborisation, vascularisation dans le corps rhomboï lal. Dans la protubéi ance : à gauche, en arrière dans une zone de la grandeur d’une petite lentille, pointillé et teinte ecchymotique; en avant, dans l’écorce, également pointillé rougeâtre. Pointillé vasculaire dans tout le

ÉTIOLOGIE ET GENÈSE.

cerveau (subslaiice blanche et substance grise); les ventricules latéraux sont très-injectés ainsi que les méninges qui y sont contenues.

Le sang, dans toutes les parties du corps, a une teinte rougenoirâtre, est poisseux, et les muscles sont comme injectés d’une grande quantité de ce liquide.

Un examen plus complet de la moelle a permis de noter : Dans le tiers supérieur de la région dorsale :

A gauche: Vascularisation intense; aspect tuméfié, mâchonné^ enflammé, surtout de la corne antérieure de la substance grise. Teinte un peu ecchymotique de certains points de la substance grise, surtout autour des parties tuméfiées, rouges.

A droite : Tuméfaction et vascularisation, mais moindre de la substance grise. Le vaisseau du sillon postérieur était énorme. Dans le tiers inférieur de la région dorsale :

A gauche, dans le cordon latéral et allant jusqu’à la substance grise, zone de vascularisation intense et de tissu à aspect boursouflé , tuméfié. Marbrures et arborisations multiples. Tissu d’apparence tout à fait mâchonnée.

A droite : Zone moins mâchonnée qu’à gauche, mais encore un peu tuméfiée et très-arborisée; cela dans le cordon latéral, mais allant jusqu’à la substance grise. Cette substance grise, dans la corne antérieure, est très-vasculaire et un peu tuméfiée. Dans la région lombaire, vers la partie moyenne :

Aspect tuméfié, vasculaire, un peu mâchonné de la substance grise, dans un point surtout, et cela quand on s’est assuré complètement qu’il n’y avait pas eu de ramollissement traumatique lors de l’ablation de la moelle, faite avec le plus grand soin, par l’un de nous. Dans d’autres points rapprochés, véritable aspect de tissu enflammé de la substance grise, surtout des cornes antérieures.

Vascularisation dans quelques places des cornes postérieures, avec arborisation, surtout à gauche.

Dans quelques zones des cordons latéraux aussi, il y a des traces d’hypéréraie avec dilatation anormale des vaisseaux, mais moins prononcée que pour la substance grise.

Enfin, il existe une rougeur intense et une hypérémie des plus

ÉTIOLOGIE ET GENÈSE. 49

notables vers le canal de l’épendyine. Tous les signes de la myélite aiguë la plus manifeste existaient donc dans ce cas.

En dehors de ces deux causes, efforts musculaires exagérés et impression du froid, les autres circonstances occasionnelles et déterminantes de la myélite aiguë ne sont plus qu’hypothétiques. On a signalé la suppression brusque d’un écoulement sanguin soit menstruel, soit hémorrhoïdaire, et Ollivier d’Angers cite un fait de ce genre.

Mais il est à supposer que les auteurs ont confondu, dans la plupart des cas, la congestion avec l’inflammation de la moelle.

On a aussi invoqué, d’une façon tout aussi hypothétique, la suppression d’un exanthème ou d’une sécrétion habituelle, la sueur des pieds, par exemple.

Les excès vénériens, la masturbation, le coït debout sont aussi des causes que l’on retrouve indiquées dans tous les auteurs comme pouvant déterminer l’inflammation de la moelle (1). Nous ne pensons pas que ces faits puissent déterminer par eux-mémes la myélite aiguë. Ils prédisposent plutôt à ces inflammations, comme l’a dit fort bien Gendrin, par l’excitation anormale qu’ils déterminent dans la partie inférieure de la moelle et ils permettent alors, une cause déterminante survenant, le

(1) Deslandes. Traité de L’onanisme et des abus vénériens^ Paris,

Bourbon. De l’influence du coït et de L’onanisme dans la station debout sur La production des paraplégies. (Thèse de Paris, 1857.)

Rdssell. ParapLegia fi'om Eachaustion of ilie spinal cord. (Med. Times and Gaz., 1863.)

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rapide développement de la plilegmasie ; il est probable que l’excilalion fonctionnelle de certains éléments de la moelle, qui résulte des fatigues et des efforts prolongés, agit de la môme façon.

La myélite partielle des cornes antérieures (paralysie spinale de l’enfance) n’offre pas plus que la myélite généralisée de causes déterminantes nettes et précises, mais son étiologie présente un fait fort intéressant, qui donne à cetie forme de myélite un cachet tout spécial : elle apparaît le plus ordinairement vers l’ûge de un à deux ans, d’où le nom de paralysie essentielle ou atrophique de l’enfance qui lui a été donné.

Dans un tableau dressé par Duchenne (de Boulogne) fils (1), nous voyous ainsi distribués les cinquante-six cas qu’il a observés :

Douze jours après la naissance. . . 1

A l’âge d’un mois ... 1

A deux mois 2

De quatre à six mois 6

De six mois à un an 6

De un an à dix-huit mois 20

De dix-huit mois à deux ans. ... il

De deux à trois ans 5

De trois à quatre ans 2

A sept ans 1

A dix ans 1

(1) Duchenne (de Boulogne), fils. Ardu gén. de môd., 186/i, l. IV, p. /i9.

Duchenne (de Boulogne). De l’éLecirisation localisée, 3' édition 1872, p. /(17. ’ euiuon,

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On peut comparer cette statistique avec celle de Laborde (1).

De deux à dix mois . 6 cas

De un à deux ans 10 —

De deux à quatre ans 10 —

C’est, comme on le remarquera, dans la période de la dentition qu’apparaissent les phénomènes de myélite, mais, malgré l’opinion de Heine, cette apparition n’est pas en rapport direct avec la plus ou moins grande difficulté de l’évolution dentaire.

Cette prédominance si marquée de la myélite aiguë des cornes antérieures pour la première enfance exclutelle la possibilité de son apparition dans l’âge adulte ? Nous ne le pensons pas et nous fondons cette opinion sur les observations si intéressantes publiées par Ducbenne (de Boulogne) sous le nom de paralysies antérieures aiguës de l’adulte ou par atrophie des cellules antérieures (2).

L’identité des symptômes avec ceux de la paralysie atrophique de renlance nous fait conclure à 1 identité du processus morbide du côté de la moelle, quoique jusqu’à présent les examens nécroscopiques aient fait complètement défaut.

Une de ces observations surtout est intéressante par la cause déterminante des accidents; il s’agit d’un étudiant russe qui, à l’âge de vingt-un ans, après quelques libations, avait parié avec ses camarades de se

(1) Laborde, De la paralysie {dite essentielle) de l’enfance, 186/i, p. 97.

(2) Düchenne (de Boulogne). Loc. cit., 1872, p. û27.

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coucher nu dans la neige. Ayant mis son pari à exécution, il vit survenir une fièvre intense, et, dès ce moment, il fut dans l’impossibilité de faire le moindre mouvement. Le froid aurait donc été, dans ce cas, comme dans la myélite aiguë généralisée, la cause première des accidents. Déjà Kennedy (1) et Bouchut (2) avaient signalé cette influence sur la production de la paralysie atrophique.

Afin d’expliquer cette prédominance si marquée de la myélite des cornes antérieures de la moelle dans la première enfance, il faudrait, pour certains médecins, faire entrer en ligne de compte la facile congestion de la moelle chez les jeunes sujets, congestion qui jouerait un grand rôle dans la production des symptômes observés et précéderait l’apparition des phénomènes phlegmasiques.

L'hypothèse de cette congestion est toute gratuite, et rien n’en vient démontrer la réalité. Etant donnée la disposition du réseau vasculaire de la moelle, comment expliquer cette congestion uniquement localisée au niveau de la colonne des cellules antérieures ? la cause véritable de la fréquence de celle variété de myélite partielle, dans la première enhince, nous échappe donc; cependant on peut dire, d’une façon générale, et cela, aussi bien pour la myélite aiguë partielle que pour la myélite généralisée, qu’elles sont rares et trèspeu observées chez le vieillard, tandis qu’on les voit sc montrer dans renfance et l’âge adulte.

Dans un relevé de 28 observations de myélite aiguë,

(1) Kennedy. Dublin medical Ress, ISZil, 1850, 1862.

(2) Bodchüt. De la nature et du traitement des paralysies essentielles de l’enfance, Union médicale, 1867.

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OÙ nous avons noté l’âge et le sexe du sujet, les chiffres

se groupent de la manière suivante

Hommes.

Femmes.

Total.

De 10 à 20 ans.

De 20 à 30. . .

De 30 à AO. . .

De AO à 50. . .

De 50 à 60. . .

De 60 à 70. . .

Totaux ....

A propos de l’âge, Virchow (1) a

décrit,

sous le nom

de myélite congénitale, une altération de la moelle, chez les nouveau-nés qui succombent soit avant, soit pendant, soit après l’accouchement. Ces altérations, caractérisées essentiellement par une dégénérescence graisseuse de la névroglie et par une hypérémie trèsnotahle, n’auraient pas une origine bien nette; Yirchow hésite, pour les expliquer, entre un trouble de nutrition et le résultat d’une véritable phlegmasie. Aussi n’insisterons-nous pas plus longtemps sur ces variétés de myélite ; nous nous bornerons, suivant en cela Virchow, à signaler ce fait à Tattention des médecins légistes. Dans les cas douteux d’asphyxie des nouveau-nés, on devra rechercher ces altérations par un examen histologique approfondi ; car elles sont, dans la plupart des cas, invisibles à l’œil nu.

Quant au sexe, les [hommes paraissent beaucoup plus prédisposés que les femmes aux phlegmasies aiguës de la moelle.

Myélites consécutives. — Ici les causes sont beau-

ViRCHOW. Gaz. hebd., 1867, p, 268.

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coup plus nombreuses, et nous allons passer successivement en revue les maladies locales ou générales qui favorisent le développement de la myélite aiguë.

Plaies et contusions de la moelle. — Malgré les difficultés qu’on rencontre pour déterminer expérimentalement chez les animaux une myélite aiguë en irritant ou blessant la moelle, il n’en est pas moins certain que chez l’homme, les lésions traumatiques de cet organe s’accompagnent très-lréquemment d’une myélite aiguë plus ou moins généralisée. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir les cas réunis dans le mémoire de Laugier (1) et dans les thèses récentes de Couyba(2) et Midland (3). Ces derniers surtout empruntent un grand intérêt à l’examen histologique des lésions observées.

Qu’il s’agisse d’une contusion produite par une vertèbre fracturée ou d’une plaie faite par un instrument piquant, la lésion consécutive est presque toujours un ramollissement inflammatoire compliqué d’une phlegmasie des enveloppes médullaires.

Le docteur Lannelongue a bien voulu nous confier l’observation suivante, qui est un des faits les plus intéressants de la myélite traumatique :

Obs. XI. — Plaie par arme à feu de la colonne vertébrale. —

Fractures des neuvième et dixième vertèbres dorsales. Section

de la moelle. — Myélite auju'é consécutive. — Mort. —

Autopsie.

Observation recueillie par le docteur Lannelongue .

Razel (Edouard), trente-six ans, garde national des bataillons

(1) Laugier. Thèse sur les lésions traumatiques de la moelle, 1848.

(2) COUYBA. Des troubles trophiques^ 1871.

(3) Michaud. De la méningite et de la myélite dans Le mal vertébral.

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de la Commune, est amené à la Charité (annexe) le 9 mai 1871.

11 a reçu, dans la journée du 8 mai, une balle qui, pénétrant au niveau de la huitième côte droüe et en arrière, a parcouru sous les téguments un trajet oblique en bas et en dedans. Il n’y a pas d’oriHce de sortie. Il m’a été impossible de suivre le trajet de la balle à travers les muscles; du reste, j’ai cru ne pas devoir insister.

A son arrivée à l’hôpital, il présente une paraplégie complète des membres intérieurs, avec paralysie de la vessie et du rectum. La paralysie des membres inférieurs porte à la fois sur la sensibilité et sur le mouvement. Le scrotum est insensible ainsi que la verge. La paroi abdominale a conservé sa sensibilité. La verge est en demi-érection.

Du 9 au 16 mai, l’état du malade n’a présenté aucun changement digne d’être noté, à part un écoulement uréthral mucopurulent, apparu dès le premier jour, qui n’existait pas, d’après les affirmations du malade, avant son entrée à rhôpital.

Pendant ce laps de temps, on n’a observé aucun phénomène douloureux du côté de la moelle : il semble ne pas se produire de myélite, ni ascendante, ni descendante.

16 mai. — Epanchement assez considérable, indolent, dans l’un et l’autre genou. A la constipation des premiers jours a succédé un écoulement involontaire de matières fécales, plutôt liquides que solides.

Le malade raconte qu’il a senti, il y a trois jours, quelques picotements dans les genoux.

17 mai. — Le malade éprouve, dans la cuisse gauche surtout, un sentiment de lassitude, qui descend jusqu’au genou.

18 mai. — Le malade peut uriner depuis la veille au soir. Le premier jet est rougeâtre, sanguinolent, le reste fortement teinté en rouge. 11 y a toujours de l’incontinence des matières fécales. On fait au malade des frictions matin et soir, moitié eau moitié alcool.

19 tnai. — Selle involontaire liquide dans la journée. Même caractère des urines.

21 mai. — Le malade ne peut remuer aucune de ses jambes, qui sont complètement insensibles. Ni au pincement, ni au

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toucher il ne se produit d’actions réflexes, ce qui me fait supposer que le segment inférieur de la moelle s’altère, car dans les treize premiers jours, on provoquait facilement desjmouve* ments réflexes.

Les deux genoux sont gonflés, fluctuants, sans chaleur ni rougeur; les autres articulations sont saines ; cependant, au niveau du pli de l’aine du côté droit, je trouve un gonflement profond que je rapporte à l’articulation de la hanche. Les veines superficielles du membre sont un peu dilatées. Sentiment de pesanteur dans les deux membres. Urines et selles comme précédemment.

22 mai. — La cuisse droite paraît gonflée : en l’explorant, on découvre profondément une crépitation fine qui n’existe qu’à la cuisse. Le membre paraît un peu froid. Réseaux veineux souscutanés dilatés. Rien à gauche.

Abattement. Fatigue extrême. La peau est terne, les conjonctives un peu jaunes. Le pouls très-dépressible. Les urines sont toujours sanguinolentes et la diarrhée persiste. Je prescris une potion de Todd et de l’extrait de quinquina.

23 mai. — Emphysème des deux membres, sous-cutané et profond aux cuisses, sous-cutané à la jambe. Teinte ictérique générale plus accusée. Le foie est augmenté de volume. Tympanite abdominale.

24 mai. — Ictère généralisé. La peau est jaune safran. Emphysème énorme des membres inférieurs et d’une partie de la paroi abdominale. Les membres sont froids, et cependant la fémorale et la pédieuse battent.

25 mai. ~ Abattement extrême. Pouls très-petit. Tympanisme énorme.

26 mai. — Mort.

Voici quelle a été la marche du pouls et de la température chez cet homme :

10 mai, pouls 85 température 38° prise dans le rectum.

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K-i' Ot

\A mai, pouls 82 température 38<> 2 prise dans le rectum.

Autopsie, vingt-quatre heures après la mort.

Cadavre emphysémateux.

Poumons. — En un ou deux endroits du poumon, hémorrhagies du volume d’une noisette. En d’autres points, il existe quelques petits noyaux hémorrhagiques qui ressemblent à des infarctus, peu nombreux et ne siégeant ni sur le bord ni près de la surface pulmonaire.

Foie. — Augmentation de volume.

Rate. — Très-volumineuse. 24 centimètres de longueur sur 10 de large.

Rien au cœur.

Rien dans le tube intestinal.

Membres inférieurs très-emphysémateux. Pas de caillots dans les veines fémorales. Les gaz sont répandus dans le tissu cellulaire intermusculaire ainsi que dans la gaine des muscles et au milieu même des faisceaux musculaires.

Voies urinaires. — Muqueuse uréthrale épaissie dans sa portion spongieuse, jusqu’à la prostate ; elle est recouverte d’un enduit muqueux. Si on la coupe, on remarque qu’elle est trèsfriable. Coloration rouge par place de la muqueuse vésicale. Il y a quelques petites ecchymoses disséminées dans ces épaisseurs.

Nombreuses altérations arrondies et très-petites, à fond grisâtre, disséminées sur toute la muqueuse rectale.

Moelle. — La balle a pénétré dans le canal rachidien, en

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brisant lu partie la'érale droite de l’arc de la neuvième vertèbre dorsale et celui de la dixième. Elle a traversé la moelle et s’est loïée dans le corps de la onzième vertèbre dorsale. Dans une étendue de 2 ou 3 cent mètres environ, à l’origine du renflement médullaire, on trouve que la continuité de l’axe médullaire est totalement interrompue. Il n’y a à ce niveau qu’un tissu de couleur orange, formé par la substance médullaire ramollie, en bouillie, dans laquelle plongent les racines des nerfs. Au-dessus de ce point, le tissu médullaire est plus ferme; il a au niveau du ramollissement une coloration gri.'-âlre et par un fdet d'eau se dissocie. Plus haut encore, on remarque une coloration plus rouge, la surface de la moelle est parcourue par de nombreux vaisse'tux. Plus haut la moelle est saine.

Le segment inférieur, situé au-dessous du foyer, est assez court ; à ce niveau la substance médullaire est molle, grisâtre; la partie inférieure de la moelle est plus dense. Autour de la moelle, sauf au niveau du ramollissement, on ne trouve pas de pus dans le canal rachidien.

Les chutes sur le dos, les coups violents portés sur la colonne vertébrale peuvent encore déterminer une myélite traumatique sans que pour cela il existe nécessairement une lésion de l’enveloppe osseuse. (Ollivier, Laugier, etc.)

^’ous n’insisterons pas davantage sur ce point qui appartient plus spécialement à la pathologie externe. Mais nous signalerons, pour ceux qui voudraient avoir des notions plus complètes sur les plaies de la moelle, les travaux de Hutchinson (1) , Gürlt (â) , Richter (3) et Bouquerot(/t).

(1) Hutchinson. Fracture of the spîne Clinical lect. and reports of London hospital, t. III, 1866.

(2) Gürlt. Krischenbrüch, 186â.

(3) Bichter. Uber dnen FaLlvon einsectiger Ruckenmarks verbezuna . Diss., Berlin, 1868.

(â) Bodqüerot. Lésions traumatiques de la moelle. Thèse de Paris,

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Compression de la moelle. — A côté de ces myélites traumatiques il faut placer celles qui ont pour point de départ soit les arthrites vertébrales, soit le mal de Polt; mais la myélite aiguë est très-rare dans ces cas. Ce qu’on observe le plus souvent, comme l’a bien montré Midland , c’est un épaississement considérable des méninges spinales et un processus phlegmasique à marche chronique du côté de la moelle. Bouchard avait déjà décrit, dans des cas analogues, des dégénérescences scléreusjs secondaires. Cependant on a pu observer une marche aiguë de l’inflammation, et Cornil, en particulier, a signalé un cas de myélite aiguë, amenant la mort dans l’espace de quinze jours, chez une négresse atteinte du mal de Pott (1).

Tumeurs du canal rachidien. — Les tumeurs qui se développent, soit dans les méninges, soit dans les parois osseuses du rachis, quelle que soit d’ailleurs leur nature, qu’il s’agisse d’un sarcôme , d’un psammôme ou d’un cancer (2), peuvent amener, comme dans le mal de Pott, là aussi, la compression et l’inflammation de la moelle ; mais ces inflammations, qui portent plus particulièrement sur les méninges, suivent un processus lent et progressif, et elles n’ont pas encore donné lien à l’observation d’une véritable myélite aiguë.

Tumeurs de la moelle. — Ce que nous venons de dire s’applique également aux tumeurs développées dans la moelle elle-même (gliôme, syphilôme), elles phénomènes inflammatoires, lorsqu’ils se déclarent, suivent une marche chronique. Je veux cependant signaler

(1) CORNIL. Journal médical de Lyon.

(2) Tripier. Du cancer de la colonne vertébrale. Thèse de Paris,

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ici tout particulièrement les granulations tuberculeuses dont H. Liouville (1) a démontré l’existence, non-seulement dans les méninges, mais encore dans le tissu conjonctif de la moelle elle-même. Ces granulations peuvent être le point de départ d’une inflammation aiguë ou subaiguë de la moelle, inflammation que cet auteur a décrite sous le nom de méningo-myélite tuberculeuse.

Inflammation des méninges. — L’inflammation des méninges se propage à la moelle et y détermine une myélite périphérique. C’est là un fait tout à fait analogue à ce qui se passe dans l’encéphale où nous voyons la méningite s’accompagner d’un certain degré d’encéphalite. Mais cependant l’indépendance de la substance nerveuse et des méninges paraît plus marquée pour la moelle que pour le cerveau, et l’on peut voir des cas de méningite spinale très-accusés où la substance médullaire n’est pas enflammée.

Dans la méningite spinale aiguë et cérébro-spinale, on peut donc rencontrer des myélites secondaires aiguës ; mais nous repousserons, n’imitant pas en cela Giutrac (2), ces dernières presque complètement de ce travail; en voici la raison : les symptômes méningitiques occupent la première place dans la description des phénomènes cliniques, et masquent presque complètement ceux qui résultent de la myélite aiguë secondaire.

C’est aussi par l’intermédiaire de l’inflammation des méninges que se produisent ces myélites observées chez

(1) Liouville. Archives de "physiologie , 1869. Méinoîres de' la Soc, de biologie, 1869, p. 295.

(2) GintrAC. Loc. cit.

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les fous, à la suite d’eschares très-étendues du sacrum ; on trouve dans ce cas la moelle "baignant dans le pus, et subissant même, dans certains cas, un véritable sphacèle.

Jusqu’ici nous avons étudié les affections locales de la moelle ou des enveloppes qui déterminent la myélite aiguë, mais il existe des affections d’organes plus ou moins éloignés du rachis qui, cependant, peuvent déterminer la phlegmasie aiguë de la moelle. En première ligne se placent les myélites consécutives aux maladies des voies urinaires.

Myélites aiguës consécutives aux maladies des voies urinaires (1). — Les phénomènes paralytiques que l’on

(1) Graves. Lectures onclinical medicine, 2* édition, publisiiedby J.-M. Neligan, 18/!i8, vol. I", p. SS'i; Leçons de clinique médicale, traduct. de Jaccoud, 1862, p. 70Zi.

Raodl Leroy (d’Étiolles). Des paralysies des membres inférieurs, etc. Paris, 1856.

Güll. Loc. cit. (Mémoire de 1856, in Med.-chir. Transact.)', on Paralysies of the loiver extremities conséquent upon disease of the bladder ' and kidneys (Guy’s hospital reports, 1861.)

Spencer Wells. Incomplète paralysies of the loiver extremities connected ivith disease of the urinary organs. (Med. Times and Gaz., 1857.)

Brown Seqdard. Lectures on the diagnosis and treatment of the principal forms of Paralysis of the lower extremities. Philadelphia, 1861, traduct. de Gordon, 1866.

Küssmaül. Zurlehre von der Paraplegia minaria. Wurz, burger med. Zeitschrift, VI, 1863.

Jaccoud. Des paraplégies et l'ataxie du mouvement, p. 378, 1866.

Mannkopff. Paraplégie bei einem complicirten Rückenmarksleiden. Berlin, 1866.

Leyden. Versammlung deutscher Naturforscher und Aerzte zu Hannover, 1865.

Tiesler. Neder Rewiter. Kœnisberg, 1869, p. 25.

Charcot. Des paraplégies urinaires. Juillet 1870. (Leçons inédites.)

()2 ÉTIOLOGIE ET GENESE.

observe dans le cours des maladies des voies urinaires peuvent se diviser en deux groupes; dans l’un, le seul qui nous intéresse ici, ces symptômes ont pour point de départ des altérations évidentes de Taxe spinal ; dans l’autre, au contraire, ces altérations font coinplélement déüuit.

Dans le premier de ces groupes, nous trouvons une myélite à marche aiguë et subaiguë, sur laquelle nous allons insister. Celte myélite partielle siège, dans presque tous les cas, au niveau du renflement lombaire, eu ce point où Budge et Gianuzzi ont placé le centre génitospinal ; elle est caractérisée anatomiquement, soit par des ramollissements que l’on constate facilement à l’œil nu, soit par des altérations que le microscope seul peut indiquer ; tel a été le cas de Giill, où l’examen histologique a permis de constater des lésions phlegmasiques parfaitement accusées dans une moelle qui paraissait saine à l’œil nu.

Cette myélite apparaît le plus souvent à une période avancée de la maladie génito-urinaire et lorsque cette dernière existe depuis un temps qui varie entre deux et dix années; Ceydena cependant cité un cas fort curieux où la myélite a paru quatre semaines après une rétention d’urine causée par le froid. Ces lésions inflammatoires, dont le début est le plus souvent rapide, passent à l’état chronique, laissant à leur suite des troubles irrémédiables. On a vu toutefois la myélite prendre une marche rapide et généralisée ; Gull a cité nu cas où la mort est survenue en quinze jours.

Les symptômes principaux sont : une paralysie portant sur les membres inférieurs, qui peut cependant gagner les supérieurs ; cette paralysie est complète et

ÉTIOLOGIE ET GENÈSE.

s’accompagne de Ibiirmillemenls, d’exaltation de Texcitabiliié réflexe. Ce dernier phénomène disparaît lorsque l’extrémité inférieure de la moelle est complètement détruite. I! survient encore des troubles trophiques caractérisés par l’amaigrissement et la production d’eschares.

Parmi les maladies des organes génito-urinaires qui développent le plus fréquemment la myélite, il faut placer, en première ligne, les maladies prolongées de la vessie et de l’urèthre, telles que les gonorrhées rebelles, les rétrécissements, les cystites chroniques, les maladies de la prostate et les calculs de la vessie.

La fréquence plus grande de ces aifections urinaires chez l’homme nous explique pourquoi il est, plus souvent que la femme, atteint de myélites consécutives.

Comme nous venons de le voir, les paraplégies dites urinaires peuvent être dues soit à des lésions permanentes de la moelle, soit, au contraire, à des troubles passagers dont la véritable nature nous échappe encore, troubles qui ont été rapportés à la paralysie de nature réflexe; on a cherché à établir des signes cliniques qui permissent de séparer ces deux formes. Brown-Sequard a même tracé à ce sujet le tableau diagnostic suivant :

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