‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 10 sur 80 · ANALYSE DE LA PUISSANCE HUSSE · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LA PUISSANCE HUSSE

Bulgares et les Grecs qui lui prêteront le leur. La nation turque ne se décomposera pas par cela seul que ses anciens sujets redeviendront ses voisins ; et ces voisins la renvoyassent-ils même en Asie, que ce ne serait encore pour les Ottomans qu'une modification de frontières, compensable peut-être par leurs progrès économiques ou par leurs conquêtes ailleurs.

C'est que ces Turcs , quelque déteints qu'ils nous paraissent, sont néanmoins toujours une nation véritable <, nation un peu gênante , mais irrévocablement déiinie et pourvue pour toute la durée de cette définition , de quoi suffire à une destinée qui ne regarde que Dieu et son Prophète. Ses fonctions vitales ont beaucoup baissé, il est vrai, mais ce qui lui en reste ne dépend en rien de cette chevelure superflue qu'elle empruntait aux têtes abattues des Giaours dans son âge de luxueuses fantaisies. Que l'on coupe au contraire à la Russie sa plica poUmicaj et on la verra se tordre immédiatement dans les convulsions de la mort.

En effet, la Russie moderne, la Russie de Pierre !«', de Catherine et de Nicolas, ne saurait trouver aucune garantie d'existence dans sa nationalité, puisque ce n'est pas du tout une nation^ mais au contraire une machine à broyer ensemble toutes les nationalités slaves ou autres, pour les mêler en une bouillie confuse, dans laquelle toute mémoire de ce qu'elles furent et toute aspiration à ce qu'elles devaient être, disparaîtront avec leurs identités. Il en résulte qu'excepté ses procédés mécaniques de trituration, la Russie moderne ne possède rien en propre, pas même son nom que, comme la Prusse, elle a pris parmi les choses qui lui appartiennent le moins.

Toutes ses conditions d'existence , c'est-à-dire d'agrandissement illimité , elle les emprunte aux nationalités déjà absorbées par cette extension ; de manière que toutes les

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dates de l 'asservisBement saccessif aux fonctions de rraripire de chacune de ces forces étrangères correspondent à une phase nouvelle de sa croissance dévorante.

Ainsi : 1* La Moscovie , débris de l'ancienne fédération slavo-varègue, greffée sur Félénient finnois et oubliée dans le bassin supérieur du Volga , ne sert plus à la Russie moderne que de prétexte historique au slavisme ; de même que le testament d'un patriarche qudconque de Byzance en faveur d'Ivan IV, lorsqu'il n'y avait plus de Byzance, lui sert de titre à l'héritage de l'empire orthodoxe (*).

Mais la soustraction de cette nationalité rudimentaire au joug de la Horde d'Or, complétée par l'asservissement de oes mêmes Tatars , fournit déjà un premier échelon aux envahissements de ce qui sera bientôt la Russie ; car de ce

(0 M. Ducbyiuki, savant eUmograpbe pokNiais de Kiiow» a poblié il y a quelque temps, dans le Journal de ConttantinopU^ noe dîasenatioo très intéressante sur Torlgine de la nationalité moscovie, tendant à prooTer que ce people est fondèrement Finnois, de race Honniqne et non SlaTe. S*appityant anssi bien sur Tantorité da père de Thiatoire slave, Nestor» que sur ceDe do célèbre etbnograpbe bohème, Szalfurxfk , et des historiens rosses eux-mêmes , Karamzin , Soloviey et Bialaley, Pantear cherche & démontrer qoe Télément slave n'entre qa*en proportion très minime dans Ja compodtion de Tamalgaoïe moscovite.

Malgré toot ce qoe cette ingénieuse analyse offre d*otileneat réprrasif contre les prétentions panslaviques de la Russie moderne, nous ne saurions , avec M. Dnchynski, refuser aujourdlini la qualité de Slaves aux Moscovites. Originairement Finnois , à la vérité , le bassin supérieur du Volga a été complètement slavonisé par les émigrations du Dnieper, dès le X' siècle, c*est-à-dire dans la première époque de la formaU<m des nationalités chrétiennes. Ce qu'il y a donc aujourd'hui de mongolien dans le sang et le caractère des Moscovites ne peut se rapporter qu*à la période des retours offensifs de cette race asiatique contre la Moscovie déjà sUitonisée, ce qui n'eut lien qu*au xiii* siècle. L'énergie avec laquelle l'élément slave a prévalu définitivement sur tous les éléments hunniques dans le bassin entier du Volga, pour former un peuple de 30 millions de Moscovites, nous révèle au contraire la véritable mission de cette respectable DSlIonaliié qui est, non pas de russifier la Slavie , comme le voodrait la politique des Tsars, mais de slavoniser le plqs d'Asie possible, comme le permet et le désire la politique chrétieiine,

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mélange d'assez de Slaves avec beaucoup de Mongols , naît un empire au deuxième degré , qui pèsera un peu sur l'Europe et beaucoup sur l'Asie. C'est, en effet, par les fonctions mongoliennes de sa première métamorphose , que la Russie, après s'être établie dans le nord de l'Asie, convoite et circonvient aujourd'hui tout ce qu'il en reste : la Tartarie indépendante , la Perse , l'Afghanistan ; pourquoi pas l'Inde anglaise et la Chine aussi?

Voilà pour les premières relationê eootérieures de la Russie Mais cet élément mongolien joue un bien plus grand rôle encore dans ses fonctions intérietires; car ce sont les Mongols qui , selon l'expression d'Adam Mickiewicz, ont appris aux Slaves de l'est : « cet héroïsme de la servitude , a cette impassibilité dans la souffrance physique et morale , qui les rend également invulnérables à la honte, à la défaite et aux supplices. Et cette féroce insensibilité, que l'on serait tenté de confondre avec les autres fanatismes , a sur tous les fanatismes connus cette redoutable supériorité, qu'elle semble incurable, étant l'apanage d'un peuple qui, tout en s'étendant aux dépens de ce qui l'en» toure, reste en lui-même stationnaire et ne dépense rien de sa barbare jeunesse*

2" En suite, cette Moscovo-Mongolie abat les républiques slaves des bassins de l'Ilmen et du Peïpus, pour atteindre et absorber lentement les Finnois septentrionaux, auxquels les colonies intruses des Allemands disputaient, derrière ces républiques, le versant oriental de la mer Raltique, sous la domination mal assise des Suédois. La destruction des démocraties prospères, éclairées et contagieuses de Pskow et de Novgorod la Grande , ne profitera point à l'organisme de la Russie (*), parce que certains organismes

(<) Nous nous trompons, sous le rapport matériel du moins; car avec 'Ces types originels de la démocratie slave, la Mongolo-Moscofie avala sans y regarder toutes ces institutioi^s démocratiques et communautaires de la

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ne digèrent pas même les débris de ces choses-là ; mais le concours des Finnois dégourdira un peu ses facultés marilimes ^ déplacera son centre d'action en la mettant en rap* port au moins détourné avec l'Europe , et lui permettra de se cramponner à Textrême septentrion de notre O/Ontinent^ bien avant que les Suédois lui cèdent par traités tout le sud, puis tout le nord du golfe de Finlande. Ce ne sera néanmoins que l'agrégation des colonies allemandes de l'Estonie, de la Livonie et de la Courlande, agrégation également accomplie par contact et entente tacite, avant d'être consacrée par la conquête, qui perfectionnera le Tsarat et le rendra enfin capable de la malfaisance dont il n'avait eu jusqu'alors que les instincts. Elle lui livrera, en effet, cette précieuse pépinière d'ingénieurs et de mécaniciens en tyrannie qui, étages par emplois, de la base au faîte de l'État, veilleront avec une conscience draconienne à son foulement automatique, perpétuel et bien régulier. Il est reconnu qu'il n'y a que l'intrus allemand pour faire un vrai fonctionnaire russe, et les Tsars perdront leur empire à vouloir ^ remplacer ce merveilleux agent d'asservissement par des Moscovites, sujets incomparables, mais tyrans par bou- i tade seulement, sans vocation ni système aucuns.

.V Seulement, à cette aristocratie d'intermédiaires aile- i mands, privés de scrupules et d'entrailles, parce qu'ils •*.. n'avaient point de patrie, il fallait pour complément une nation entière d'aveugles exécuteurs. C'est une cinquième ji nationalité, celle des Transborysthéniens ou Cosaques, qui

grande Russie actuelle qui, de nos Jours, retrouvées pour ainsi dire toutes vivantes dans les entrailles du Tsarat, donnent tant à réfléchir aux écoDoraisles de TOccident. Mais les Tsars ne s^en servent, comme l^estomac de Tantrucbe ne se sert des corps durs , que pour broyer et pétrir le reste. (Voyez, au sujet de ces remarquables institutions de la commune russe , dans les biens de la Couronne surtout, les auteurs Aug, Haxtbauzea , Allemand ; Turgenieff, Russe , et Krysztopor, Polonais.)

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