‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 11 sur 80 · ANALYSE DE LA PUISSANCE IICSSE · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LA PUISSANCE IICSSE

fournira la fonction complémentaire de cette écrasante harmonie* Aussi bien, société primitive, démocratie toute nue, devenue sans transition servitude extrême, cette grande tribu militaire était seule capable d'accomplir sans réflexion les plus mauvais rêves de la pensée allemande, corrompue et façonnée pour le service d'une volonté mongolienne. Psychologiquement donc, l'empire de Russie est une incubation principalement germanique , et c'est ce qui explique les invincibles séductions qu'il exerce sur cette race pleine d'engouements mystérieux. On dirait que l'orgueil de sa coupable paternité , aveuglant constamment le génie allemand sur la monstruosité de sa progéniture, il se complaît secrètement dans le tsarisme moderne, comme les poètes extravagants dans le plus obscène de leurs drames.

Telles sont les trois métamorphoses et les cinq espèces de matériaux qui ont fini par constituer ce qu'on appelle la Russie, sous la main de Pierre I". Tout le reste, dans l'histoire de cette écluse submersive, n'est qu'incidents ou étiquettes ; et lorsque apparut le Bacchus, le Thésée passablement apocryphe de cette légende inintelligible pour l'Occident, on lui en attribua tous les miracles, trois fois séculaires.

A la mort de Pierre !•% qui n'avait eu que la peine d'ajuster, puis de vernir un peu cet engin de destruction et d'absorption, beaucoup de philosophes le crurent prêt et bon à tout; or, il se trouva que, par erreur d'orientation, il n'était encore applicable qu'à l'Asie, où il n'y avait plus rien de palpable à détruire et encore rien de mûr à absorber. Bornée à cela, la Russie restait chose étonnante, mais mineuse, qui n'aurait pas fait ses frais à l'exposition universelle de l'histoire. Inventée contre l'Europe Latine et Germanique, eHe n'y touchait d'aucune part, malgré sa maladive immensité ; prétendue Moscovite , elle était gouvernée par des Allemands, logée par des Finnois, gardée

1& DB LÀ MATIONàUTÉ POLONAISE.

par des Cosaques, après avoir été allaitée par la louve mongole; prétendue légataire des empereurs orthodoxes d'Orient , il lui fallait aller chercher son tabernacle sous le cimeterre des Osmanlis ; appuyée à deux mers, elle n'y possé-* dait que quelques pontons et n'y péchait que des tarets ; aspirant au panslavisme, et par le panslavisme à la domination universelle , elle ne dominait que la plus reculée des tribus slaves et ne comptait pas dans les congrès de la chrétienté. Lorsque donc, en exécution du fameux testament qui n'est de Pierre I" qu'autant que ce tsar est le fondateur de la Russie, ses successeurs essayèrent de frapper sur l'Europe à travers les autres nations slaves et la Turquie, la vigueur infirme de cet empire dévia contre lui-même, et toute l'adresse des bourreaux qu'il s'était donnés pour ministres n'aboutit qu'à le disloquer intérieurement. Si bien que les derniers batardeaux entre lesquels l'ingénieux et sombre charpentier de Saardam lui-même espérait avoir emprisonné dequoi inonder le vieux monde, ne servaient qu'à faire de tout son ouvrage une sanglante mare à reptiles dans un grand cimetière. C'est que Tisthme tendu de la mer Noire à la mer Baltique, sous le nom de Pologne, pour préserver la presqu'île européenne des submersions de l'Asie , quoique déjà battu en brèche par devant et par derrière, fermait encore aux Tsars les portes de l'Occident.

A cette époque, le quart de la vigilance et un dixième des réparations que l'on consacre aujourd'hui à la digue ottomane eussent suffi pour rendre la digue polonaise infranchissable, et, empruntant notre comparaison au langage de la locomotion moderne, pour changer l'aiguille du convoi humanitaire. Mais la France trouva plus simple d'abandonner ce rempart aux démolisseurs, sous prétexte qu'il était un peu loin. Elle crut gagner au change en se donnant la Lorraine et en obtenant la restitution du royaume de Naples aux Bourbons d'Espagne. Or, par ce fiaital traité

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