INFLUENCE OU PATKIOTISME POLONAIS
outre rinfime société de ses conquérants, comme l'élément grec avait jadis pénétré les Romains , comme les Chinois ont absorbé les Tatars , comme les Léchites eux-mêmes avaient déjà depuis plusieurs siècles , sans conquête et par le seul ascendant de leur démocratie équestre , complètement polonisé les vastes et passives régions de la Chrobatie, de la Lithuanie, des Poméranies et de la Ruthénie.
C'est ce sang bouillant et vermeil des Léchites qui monte déjà dans les plus lointains tissus de Tempire des Tsars, par les voies mêmes où Ton espérait le glacer; à ce point que, malgréîes atroces précautions du gouvernement, la déportation clans les provinces Asiatiques, autrefois tant redoutée, est en partie devenue illusoire pour le flux perpétuel des exilés polonais. Us s'y sont acclimatés, y ont formé peu à peu des centres d'industrie et d'intelligence, qui ne sont point sans analogie avec les premières colonies anglaises de l'Amérique, et ils n'ont même pas pu s'y soustraire entièrement aux fonctions publiques. Cette eœpansivité polonaise n'a du reste aucun rapport avec la faculté colonisatrice des Allemands , et réprouve même toute expatriation intéressée à l'égal de l'apostasie; mais lorsque les malheurs publics, venant en aide à sa conscience, ont ôté tout prétexte à sa paresse , elle réagit aii loin sur tout ce qui la comprime avec une fervente persévérance , qui fait du patriotisme polonais une véritable et profonde religion. Dans cette sorte d'extase active et consolée, le Polonais se trouve bien partout : non pas comme les émigrations germaniques, pour y rester, non pas comme les Juifs , pour y butiner, mais comme dans un gîte de dernière étape, avant d'arriver chez lui. La Pologne Affranchie étant exactement pour lui ce qu'était la vie future pour un Croisé, hors de cette Jérusalem Céleste, son insouciante bienveillance et son tempérament de soldat lui font paraître tout également passager et également supportable. En attendant sa patrie qui lui est
promise sur mesure, il endosse et quitte avec une égale aisance toutes celles qu'on lui prête, qu*il ramasse ou qu'on lui impose, comme un caban de sentinelle, toujours gai dans sa mélancolie , libre dans les fers , et croyant ne manquer jamais que d'un écu pour faire un immense héritage.
Le vrai Russe , au contraire , a un patriotisme matériel et végétatif, qui lui fait aimer la servitude , parce qu'elle le rive au lieu de sa naissance. S'il se déplace, ce n'est ni pour coloniser, comme les Allemands^ ni pour accomplir (les pèlerinages politiques et apostoliques, comme les Polonais, mais pour engraisser son propre sol par le trafic , ou y rattacher celui des autres par la conquête. Aussi, tous les essais tentés par le gouvernement depuis vingt ans pour transplanter le peuple russe en Pologne, ont-ils échoue. Excepté quelques centaines de bourlaks établis militairement sous les canons des places fortes , la plupart de ces colons forcés se pendent ou s'enfuient dans les bois; le petit nombre ne conserve que les pratiques les plus grossières du culte grec , dissimule sa nationalité et périt rapidement dans une morne et muette ivrognerie; on a même observé que, comme les bêtes fauves en captivité, ces malheureux ne se reproduisent que très difficilement dans la P.ologne occidentale, et que leur rare progéniture y tourne dès la première génération au crétin-albinos.
En revanche, le marchand ambulant, ou katsape, y prospère au grand désespoir des Juifs ; mais il y prend encore moins racine que le bourlak. Quant aux fonctionnaires russes dont le gouvernement infeste la Pologne , dans la double intention d'exploiter matériellement cette conquête ^ et de la dénationaliser, leur zèle s'épuise complètement à remplir la première. Le suprême bon ton , dans l'opinion de ces messieurs, consiste à prendre tout au pays conquis, V son argent avec son esprit, son sang avec ses coutumes , li sans y rien laisser traîner des leurs. Faire vite et énergi- •