‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 17 sur 80 · PRÉPONDÉRANCE DE LA LITTÉRATURE POLONAISE · texte numérisé non relu

PRÉPONDÉRANCE DE LA LITTÉRATURE POLONAISE

révolutionnaires, n'avaient été pour eux qu'une distraction de désœuvrés, qu'une rareté coûteuse, mais sans saveur, comme les fameuses cerises du mois de janvier, à Saint- Pétersbourg.

Il est malheureux queFamour de la liberté tienne rarement plus de deux ans au cœur d'un Russe ; mais encore pour y tenir pendant ces deux printemps, faut-il qu'il lui soit chanté sur le rhythme slave. C'est pendant ces deux années de \a folle jeunessç russe, que les livres, les petits journaux, les moindres brochures polonaises imprimées à Paris, â Londres, à Bruxelles, pénètrent jusque dans les mines de Nertschinsk. Tandis que LomonozofT et Kaïdanoff ne se font lire que sous peine de verges , dans l'épaisseur des bancs des deux hautes classes de tout collège russe, se creusent au canif, avec l'art particulier à ce peuple de receleurs, des cachettes qui recueillent ces larmes das bannis et des vaincus, pleurées en noir sur les chiffons de l'étranger. Tout ce qu'il y a de ^éve, de crûnerie^ de franches allures dans ces âmes encore inadmises aux vrais mystères du culte tsarien, prend ^es vacances avec MICKIEWICZ, Krasinski, Malczeski, Pol, Zaleski, Goszczynski, Balinski, Slowacki, et s'exalte aux. accords de ces Orphées de la Slavie à venir, avant de ^'atteler aux brouettes de la Slayie présente. Si parfois la génération russe actuelle ose soupçonner que les crucifiés de 1825 n'étaient pas de vulgaires criminels, c'estde Mochnacki qu'elle l'a appris ; si elle (Commence à deviner que l'empire russe et la nation russe font deux, c'est en interrogeant Lelewel et Macieiowski ; si elle pense en slave, et non plus en allemand ni en français, c'est grâce à Cieszkowski et à Libelt.

Non pas, répétons-le, qu'elle cède-en cela aux invitations réfléchies de son cœur, et en conçoive la moindre estime pour la nationalité vaincue, laquelle ne fait qu'aigrir en plie les dépita de la sîe^nne ; mais elle subit cette fascination tout

en la haïssant, comme elle avait déjà subi successivement la terreur et la servitude mongole , puis la discipline et la bureaucratie allemandes, puis les manières et le libéralisme français. Aussi voit-on ceux des Russes que les poëtes polonais ont le plus fait pleurer et conspirer au collège, devenir, en atteignant leur tschine^ ou grade hiérarchique dans là pyramide impériale, les persécuteurs les plus acharnés de tout ce qui les avait entraînés dans cette région féerique. De même , r Allemagne n*a pas d'ennemis plus dangereux que celte diplomatie et cet art miKtaire qu'elle enseigna à la génération de Catherine II, dé Paul et d'Alexandre !•'; de même, la France n'aura jamais de plus habiles détracteurs que les lecteur^ de ses^ romans et les consommateurs de ses vins de Champagne, aux bords de la Neva et du Volga. Mais il y a cette différence entre les larcins faits au lointain rayonnement professionnel ou artistique de l'Occident , et le contact ifnmédiat de l'esprit polonais, que ceux-là n'endettent nullement la Russie, les Russes n*en prenant que ce qu'ilà veulent ; tandis que celuici l'étreint fatalement et la consume comme une chemise de Nessus.

Personne n'ignore non plus les mesures impitoyables, qu'après avoir dompté l'insurrection de 1830-1831, le gouvernement tsarien prit contre l'éducation nationale, dans toutes les provinces de la Pologne. Cette éducation ne pouvait pas émigrer comme les littérateurs el la littérature ; les vengeances vandaliques du conquérant avaient donc tout loisir et toute sécurité, pour y procéder avec métliode. On commença par faire trois parts de la jeunesse orpheline de l'insurrection. L'enseignement supérieur que la plus avancée d'entre elle aurait pu recevoir dans les universités de Varsovie, de Vilna, ou au gymnase de Krzemienietz, fut à jamais et entièrement supprimé avec ces écoles célèbres. L'enseighement des lyfcéeè fut réduit à Tétude des sciences

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