ANTAGONISME RELIGIEUX
était évidemment destinée à devenir celle de la race slave tout entière. L'agrégation politique de la Moscovie, si facile à accomplir bénévolement sous le règne suivant, eut inévitablement abouti à une agrégation religieuse, toute pareille à celle des pays rulhéniens, et alors, dès la première moitié du xYii*' siècle V le schisme d'Orient se cachait à jamais dans quelques replis ignorés de l'Archipel.
Mais cet épanchement du cathdicisme grec dans Test de la Slavie n'eût pa^ tardé à réagir sur l'occident purement catholique de la Pologne, avec toute la puissance de ses victoires externes. De même que* la nationalité particulière des Léchites et des Chrobates se délayait peu à peu dans cette vaste association jageilonienne , leur Église primitive aurait plié à son tour sous la prépondérance numérique des grecs eatholicisés, et se serait fondue dans leur masse. C'est-à-dire que cette même réformation religieuse qui agitait les races Latine et Germanique depuis cent ans, et allait les ensanglanter encore pendant trente années , prenait dans la Slavie une autre voie : elle visait à reléguer la suprématie papale dans le domaine spirituel , mars sans détruire le catholicisme, dont elle tendait à faire une perpétuelle et hospitalière communion d'Ëglises fédérées. Le patriotisme polonais était loin de s'en alarmer ; car ces destinées de l'Église slave étaient inséparablP/S des destinées politiques de la république jagellonienne.
La masse de la nation polonaise parait avoir admirablement saisi la portée de cette double fusion de tribus et de croyances , pendant toute la durée des xv« et xvi« siècle». Elle mit en éfl'et à l'étendre une persévérance, une activité persuasive et une abnégation qui font le plus grand honneur à son intelligence démocratique ; puisque, n'empruntant un prince aux Lithuaniens que pour lui faire exjécuter ta volonté des diètes, elle avait, du reste , conservé le plus vaillant self-govemment qui se soit jamais vu dans aucune
république. Or, pas de concessions, pas de complaisances dont les Polonais de ces deux cents années dépensées par-* tout ailleurs en fanatisme exterminateur, ne se soient ingé* niés pour enlacer les Lithuaniens et les Ruthènes dans leur civilisation nationale et religieuse. Si bien que, sous le règne du dernier Jagellon, le dialecte ruthénienîtait devenu, concurremment avec le latin, la langue officielle de la féàé^ ration ; que près de lai moitié des sénateurs professaient le culte grec-uni, et que, dans les assemblées générales ^ e'étaimt le plus souvent les npnces des voïévodies de Test qui faisaient la loi. "^
C'est aussi durant cette période des plus cruelles guerres politiques , religieuses et sociales que se soient livrées les autres nations eiu^opéennes^ que, bannie de partout ailleurs, la liberté de croire , de penser, de parler et d'écrire se réfugia dans cette immense et heureuse cité. Cependant , bien que par ce droit illimité d'asile accordé à toutes les illustrations et à tous les courages vaincus dans le monde^ la Slavie polonaise fût devenue la plus âot*te région de ia chrétienté, elle ne put produire ni son Arius, ni son Luther, pas plus que son Lycurgue ou même son JeanJacques Rousseau. Ses réformateurs , et tout citoyen Tétait un peu ou heaucoup sans le savoir^ semblent de la nature et de la taille de ses guerriers, dont la grandeur, quelque éclatante qu'elle fût, disparait constamment 4ans la grandeur coU lective de la République. «Mais c'est précisément à ces œuvres glorieusement anonymes d'un peuple tout entier pendant une série bicentenaire de générations, non pas au hasard des génies particuliers, que Dieu éprouve la valeur des. races pour leur déléguer une part de sa souveraineté bienfaisante sur la terre. Yoilà en quoi consiste le messia** nisme des démocraties. Elles peuvent pécher après, déchoir et souffrir pour l'enseignement de pis qu^elles , mais elleg
APOGÉE DE L^EXPAVftlVlTÉ POLOHAISE. 79
se relèveront un jour, sous peine d'impliquer la Providence elle-même dans leur défaillance.
C'est donc au xv' et au xvi* siède que se rapporte Taccomplissement de ta neUionalilé polonaise, e'est-à-dire Tin^ sufflation d'une conscience libre, rayonnante et immortelle, à la masse centrale des Slaves. C'est pendant ces deux cents ans que s'élabore la mission conciliatrice et vivifiante. des Polonais dans la chrétienté orientale, que s'établit le sacerdoce de leur religieux. démecratisipe à travers toute la Slavie, sous peine d'asservissement et de damnation historique pour cette race. Désormais donc, supprimer la Pologne ne voii^dra pas dire dénationaliser telle contrée de l'Europe au profit d'une autre nationalité, mais détruire ce qui donnait une âme et un nom à toute cette portion de l'humanité, sans qu'aucune violence ni aucun artifice conventionnel parviennent jamais à mettre autre chose de vivant et de sacré à sa place.
En 1609, au commencement du. troisième siècle de cette invasion spirituaUste , à laquelle les victoires d'Etienne Batory et des généraux de Sigismond 111 sur la Moscovie ne prêtèrent pour ainsi dire qu'un coup de main^ le génie polonais ^toucha barre au Kremlin. Pour peu que l'on re^ garde au fond de celte bruyante épopée, avec les moyens d'investigation que l'hiijtoriologie moderne met au. service des hommes d'État, on découvrira facilement que durant ces deux siècles les expéditions polonaises , même les plus guerrières, n'ont aucun caractère conquérant, et ressemblent plutôt soit à l'essaimage fécondant de la race et du génie grqcs dans l'antiquité^ soit awc annexions modernes des Angle- Américains. C'est aussi ce qui,, en attristant profondément la morale universelle , va nous, expliquer le recul de cette frateroité militante devant l'épée toute matérielle des États voisins; et cela par les mêmes raisons qui jetèreat l'01yHq)e grec en pâture à la louve romaine , et
aujourd'hui défient d'autres ÉtaU-Unn de s'acc\imater dans notre vieille Europe.
Donc, comme la Grèce entrée dans Babylone, comme rUnion américaine quand , à défaut de voisins , elle se heurtera contre elle-mpme, comme la Première Croisade le lendemain de la prise de Jérusalem , comme toutes les croisades et tous les élans humanitaires à peine parvenus aux confins de leur itinéraire , le génie polonais s'abattit sans respiration dans les flammes de Moscou.
Néanmoins, cette explication de l'épuisement du polonisme dans la Skvie- ne conclurait à queFque chose que si la Pobgne était un être abstrait et n'intéressait plus que les antiquaires. L'huile , dirait-on , n'avait qu'à ne pas brûler si follement pendant deux cent cinquante ans dans cette lampe solaire ; il n''y a maintenant qu'à allumer sur sa cendre les torches du Tsar, et qu'on nous baille la paix !
Mais toute nationalité accomplie étant devenue un organe insuppléable de la Providence , et faisant ainsi partie intégrante de l'humartité , elle ne saurait jamais être ni seule coupable^, ni seule punie de ses chutes. Si donc la lampe polonaise s'est éteinte, avant d'avoir éclairé de ses dogmes politiques et religieux toute la Slavie, ce n'est pas seulement parce qu'elle a brûlé trop vile , mais aussi parce que l'Occident lui ayant refusé de son huile, à peine s'est-elle mise à fumer un peu , que les Jésuites et Toligarchie se sont hâtés de la souffler.
Aussi bien, quoiqu'elle repoussât la barbarie asiatique et le schisme d!Orient, cette puissance d'agrégation bénévole et de tolérance religieuse devait singulièrement offusquer tout rOccident papal , féodal et dynastique.
C'est ici le lieu de se rappeler que , née et grandie sur les espaces complètement <lérobés par la démocratie primitive des barbares à la domination romaine, elle devait rester à jamais incompréhensible pour tous les Etats bâtia
PÉCHÉ OflIGtKEL Dfi LA POLOGNE. 8i
avec les décombres de cette domination. Il y avait là entre elle et te reste du monde moderne un malentendu que ni son baptême latin , ni son complaisant esprit d'imitation ne pouvaient écarter.
Echappé seul, avec la Scandinavie, à la superposition de races quf constituait toutes les autres sociétés européennes ; se maintenant autochthone, libre et triomphant au milieu et à côté de toutes ces hiérarchies de servitude; retraite aussi inviolable de toutes les hérésies et de tontes les infortunes que respectueux sanctuaire de toute foi sincère et de toute autorité d'élection, ce vaste et fier empire semblait une condamnation de tous les autres gouvernements de l'Europe. Dès lors fous les pouvoirs d'origine hostile à ce mode d'ordre et de puissance convinrent witre eux d'appeler celui-ci : Vanarehie de la Pologne et de le détruire comme attentatoire à leur légitimité. L'involontaire répulsion que le nom seul de cette illustre anomalie soulève encore aujourd'hui dans tous les congrès, la haine inavouée, dont l'implacable hypocrisie de notre siècle poursuit <c ces 20 millions de Taborites » jusque dans les extrêmes profondeurs de leur défaite, n'a pas d'autre motif; même après l'apparente rénovation de la société occidentale, que cet indélébile contraste d'origines. Et comme preuve éclatante que ce n'est pas le mauvais, mais le bon eôté des institutions polonaises, que ce n'est pas l'asservissement tardif de notre peuple et la tardive anarchie de notre noblesse, mais bien notre démocratie antérieure qui nous vaut ces ressentiments de tous les pays de genèse féodale,'la postérité se rappellera les imprécations dont leurs autorités ont accablé sans trêve depuis 1832, non pas l'aristocratie de là Pologne, tous les martyrs de ce pays en omt pris Dieu à témoin, mais exclusivement les saints et les héros qui donnaient leur vie pour y restaurer l'antique justice sociale.
Dans son histoire de la Bohême, Palatski constate le
8f|* DK LA NATlONALlTi POLMIAm.
même phénomène de fureur universelle^ Bupérotitieude» inexpliquée 5 pourchassant cette glorieuse nation, pendaitt plus d'un siècle après qu'elle eut succombé sous les coupe de rAllemagne impérialiste et papale. Ce nom d'héroïque et docte mçmoire devint une telle injure dans tout TOceidentf qu'il ne parut plus digne que d'une sauvage tribu égyptienne et des plus infâmes vagabonds. Or, le erirofe de la Bohême au tribunal de TAUemagne et de la Latinité féodalisées, fut le même que celui de la Pologne, son émule dans la Slavie : la démocratie politique et sociale des Slaves. Il y a cette difTérence que les Polonais cberchèreni à la développer lentement par la fuMon des Églises exis* tantes , . et que les disciples de Jean Huss voulurent d'un seul bond l'assimiler au ehristianisme primitif. C'est cette forme hérétique du. patriotisme Bohême, non pas ce patrie* tisme lui-même, que le monde catholique prétend avoir attaquée; mais pour confondre la mauvaise foi île cett^ excuse. , vient la condamnation toute pareille du slavisme polonais, de ce slavisme très catholique pourtant, trop ca« tholique même au moment de sa destruction.
La nationaUté polonaise n'a eu qu'un avantage sur celle de^ Bohèmes : c'est d'avoir succombé deux- siècles plus tard^ c'est-à-dire à une heure de l'humanité où la tardive inbu«mation des peuples ne peut plus rien contre la persistante maturité de leur génie et n'est plus pour leurs fonctions physiques elles-mêmes qu'un sommeil, qu'un repos réparateur. Mais reposez d'un somuieil plein de sérénité, vous aussi cendres des ÇaHxtins , dans votre urne oubliée ! car il y a dans l'insondable calice de la Pologne, du réveil pour les frères de tout âge.
En parlant de l'économie sociale de la Pologne,, nous verrons â quel degré l'introduction du christiauisme et du monarchisme aristocratiques dans cjd .pays y ' avait dès le X* ^siècle dérangé l'organisme slave; comment, à
déchAahgb db l'idée polonaise. 8S
défaut de féodalité de droite cette influence occîdentdley avait développé à son image une hiérarchie de fait, contre laquelle la nature indigène lutte encore aujourd'hui ; comment s'y établirent ainsi peu à peu la servitude du travail agricole et l'expropriation des masses par leurs administrateurs. Nous expliquerons comment, en un mot, Tesprit féodal de TOccideni finit par y corrompre et y déformer Vesprit démocratique du slavismef ; mais sans pouvoir se substituer historiquement à ce dernier et implanter dans cette région aucune tyrannie régulière, ce qui lui ftiit dire encore de nos jours, que la Pologne est ingôuvematlê. Pour Tintelligence de ce chapitre-ci, il suffit de remarquer que Rome et la célèbre compagnie préposée à tes défiances en Pologne n'avaient pas pu voir sans émoi leur supré** matie temporelle disparaître graduellement dans cette ré«publique d'Eglises. Elles commençaient donc à lui préférer le schisme lui-même, relégué comme il l'était dans sa loin* taine éclipse. De son côté, la féodalité lithuanienne et ru* thénienne, vestige des invasions Varègues qui se fondait à regret dans la démocratie autochthone , chercha un ^ppui Hecrét, soit auprès des Tsars, dès que ceux-ci eurent secoué le joug des Mongols, soit auprès des empereur» d'Allemagne^ soit dans l'exemple de la féodalité occidentale. Ces deux malveillances, ces deux réactions, intimement liguées entre elles, malgré la différence de leur point de départ, étaient restées longtemps étouffées et muettes sous les triotnphes piri)lics ; mais à la première lassitude de eeu;c-ci, elles édatèrent à l'appel de leurs afPmités externes. A ce moment, ellea durent avoir bon marché de cet édifice élevé comme un défi, deux siècles trop tôt et par tine sorte d'intrépide anachronisme , en travers d'un monde encollé régi pftr le droit de la violence et des ténèbres; mais m* jourd'hui que son heure véritable est venue, et que gor ses ruines imméritées te dressent trois anachronisme»
opposés, ne faut-il pas le restaurer à tout prix, pour renouer la chaîne des temps et remettre toute chose à sa place dans la cité de l'avenir?
Pendant les deux règnes d'Etienne Batory et de Sigismond III, qui marquent l'îpogée de la puissance polonaise, les Jésuites déployèrent toute leur influence sur l'esprit de cesdeux princes, usèrent aussi de la latitude que leur donnait l'égale liberté de toutes les propagandes dans la république, pour renverser l'œuvre des deux siècles écoulés, et décomposer cette synthèse orientale de l'Europe au profit mal calculé de Rome et de la féodalité. La gloire militaire voila encore longtemps, aux yeux de l'histoire cette décadence, comme les flammes de la fusillade empêchant de juger trop tôt des défaites honorables ; mais la bataille polonaise et latine dans les champs de l'humanité fut compromise dès l'instant où le pape Grégoire XIII arrêta l'irrésistibleépée de Batory sur la tête du tsar Ivan IV, et irréparablement perdue, le jour où , par jalousie catholique, Sigismond III refusa l'agrégation fraternelle de la Moscovie aux États- Unis de la Slavie.
La retraite de l'Occident devant l'Orient, de. la liberté européenne devant l'autocratie mongolienne, de la croix de rédemption devant la croix d'expiation, commença sous le règne suivant, et cela comme toutes les retraites, par le suicide et par la destruction de tout ce que l'on désespère de conserver. C'est alors que la démocratie et la liberté de croyance, ces deux sceptres de la puissance polonaise, furent brisés par les Jésuites et l'oligarchie sur la tête des Cosaques, ces plus naïfs et ces plusfldèles gardiens delà république! Cette épouvantable guerre sociale dans laquelle périrent, sous des monceaux de cendres et de cadavres, le bon sens national, l'antique hyménée slave de l'égalité civique avec la paisible coexistence de tous les cultes, toutes les institutions de la patrie en deux mots, ce crime de
DÉCHÉAMCE DE l'iDÉE POLONAISE. 85
famille servit de marche piex) ascensionnel à la revanche moscovite.
L'Église gréco-latine recula devant FOrthodoxic, exactement comme elle avait avancé : pendant deux siècles. Sauf les moyens propres à chacun des antagonistes, Nicolas rie rencontra ni plus ni moins de résistance à convertir les Ruthènes au schisme en 18&0, que Ladislas leVaméen n'en avait éprouvé à les rallier àTÉglise latine en i&&0, heure pour heure historique , quatre siècles auparavant. Ce qui cependant dérange un peu cette analogie, c'est que, quoi rjue-ensevdi hii-même aux confins de l'Asie sous la domination dès Mongols , le cacique de Moscou n'en avait pas moins bravé les puissants ravisseurs de son Église, jusqu'à faire enlever le métropolitain abjurateur et protester au nom de tout l'Orient contre ison abjuration. 11 y a cette différence encore, qu'il n'invita pas Eugène IV à venir prier dans Moscou, pour la conversion des grecs au culte latin. C'est de ce jour-là que les Paléoiogues et les patriarches de Byzance abdiquèrent en faveur des Tsars ; aussi trouvons-nous ceux-ci bien bons de seiaire fabriquer d'autres parchemins testamentaires.
Tous les éléments soit positife, soit négatifs, de cet organisme cdossalement délicat qu on appelle une nation, sont indissolublement solidaires. C'est pourquoi la démocratie se gâta en Pologne, et l'oHgarchie liée à l'intolérance catholique y grandit, en rapport exact avec la prépondérance inoscovo-schismatique et le recul de' l'Eglise gréco-latine : jusqu'au moment où le bien, devenu infmiment petit, et le mal devenu infiniment grand, se sentirent frappés ensemble de la même paralysie par les Démembrements. Mais il est clair aussi que toute résurrection n'étant que la prépondérance des éléments, de vie sur les raisons de mort, si résurrection il y a, la Pologne ressuscitera dans les conditions qui Font fait grandir du xiv« au xvii' siècle, et non
pus dans celles qui l'ont fait mourir du xvii* au xviiiV Dans cette hypothèse, son Église gréco-latine et sa démocratie politique recommenceront nécessairement et aussitôt leur ascension de TOuest à TEst, mais toutes deux avec la vigueur abréviative qui est particulière au siècle électrique où nous vivons. Les apôtres et les tribuns de cette double vérité n'auront donc qu'à la demander à leurs trisaïeux; seulen^ent au lieu de la transmettre par la procuration des conciles ou de l'atteler au lent trot des escadrons, ils la lanceront, étincelle plus irrésistible que les foudres de Rome et les charges de Zolkiewski , sur la trace des épées brisées de Varsovie ^ Moscou. r
Mais il y a l'hypothèse contraire : celle d'un enlacement vengeur de la Pologne autour de son meurtrier. Dans ce cas, sera-t-il donné au démocratisme des vaincus et â l'Église gréco-latine, deux forces inséparables comme la dualité anatomique du corps humain, sera-t^il donné à ces deux forces un second tour d'ascension é travers les fibres de l'empire russe, comme il en est promis un au génie littéraire et à la priorité sociale des Yallenrods' (^) polonais? Evidemment non, jusqu'à ce que toute cette fornication s'use de vieillesse, sedécompose par dégoût d'elle-même et finisse de son propre poids. Il en sortira bien alors une Pologne défigurée, au milieu de ruines étranges et dans des proportions que nous ne saurions préciser avec nos idées actuelles ; mais quant à cette sève vierge et jaillissante de la Pologne jagellonienne, qui coula pendant trois siècles,
(1) Type créé par Adam Mickiewicz , pour exprimer les abjurations simulées dans une pensée de vengeance patriotique. Malgré Tadmirable beanlé et les intentions héroïques de ce poème, Texpérience conteste également la moralité et IVfûcacité de cette sorte de patriotisme; car jusqu'ici la plupart des imitateurs du héros -lithuanien paraissept avoir complètement oublié leur r6te dans les Jouissances qu'il leur procure , et fis an, que neus sachions, ho sVst encore enseveli sous la moindre ruine 4e Vijimfà^
DISSOLdlM M LA MMSa PAR LA POLO^E. 8T
Jourdain cénovateur et feeondant à travers la Slavie, éOê 86 aéra à jamais troublée dans les abîmes du Tsarat et n^ sortira que limon de sa mer Morte. Dans cette lutte de haine mise à la place des luttes d'amour dont naquit la (é^ dération polonaise du ii^ et du iv' «iècle, TÉglise mili^ tante et résolument sauvage des Russes remportera nécessairement , et sur une Église trabie comme celle des catholiques purs , et sur une Église de conciliation oomme celle des gréco**latins^ et sur ces bouts de templea, de synagogues, de metschets, que la bonne et forte lolé^ jraince polonaise laissait grandir , aller et venir à travers ses jambes, sans jamais marcher dessus. Le Tsar n'a donc rien à «raindre de la propagande gréco-latine dans son empire; bien moins encore il redoute les retours ofTeaaifs de Rome, et sous ce rappoi:t l'assimilation de la Pologne lui est tout profit, il faut en convenir. Mais a!ors, rin<* fluence du génie polonais dans^ l'empire se rattrapera sur la propagande négative, comme son patriotisme démoora<« tique et organique s'y supplée par les convuldons littév rairea et l'ambition. Au lieu de combattre le schisme par le eatbûlioisme, ce génie désespéré bondira partdessus tous les deux, entraînant toutes les intelligences dans le tourbillon de son propre athéisme. Il ne sauçait, à la vérité, entamer ainsi la robuste superstition des masses,sur lesquelles s'était le Tsarat, mais en inoculant son incrédulité passionnée xà tout ce qui domine ces, masses, il aura rompu le seul anneau qui , rattachant encore les maîtres aux esclaves, maintenait oet amas de pierres en juxtaposition. C'est^-dire qu'w ceci conwoe en propagande philosophique, politique et sociale^ la Pologne, empêchée de communiquer aux Russes ce que ceux-ci lui auront gâté ou ôté, leur inoculera du moins l|t (!i0rruption et la malfaisance de tout cela. • Condamné à vivre jusqu'à la mort avec son crime, le.
rossa est pripfon^én^ préocçttp^ 4epiii'^
88 DE LA NATlOIf ALITÉ POLONAKB,
quarante ans des dangers futurs de cette contagion ; mais privé de tout antidote moral, il ri*a jamais su employer contre eu?t que des préservatifs brutalement empiriques. Ce qui semblait lui réussir le mieux, avant rinsurreetion de 1830, c'était de tenir les divers démembrements de la Pologne séquestrés du reste de Tempire et entre euxmêmes par des institutions diverses, à des degrés difîé* rents de servitude avec une. hiérarchie sociale perfidement séparatiste, des douanes et des armées distinctes, mais sous la verge d'impitoyables proconsuls et la menace* perpé^ tueUe d'une incorporation pire que tout cela. Il a fallu rirréfu table épreuve de 1830 pour dégoûter le Tsar de ces artifices, puisés à l'exemple d'une puissance voisine, trop maniérée et trop savante en tyrannie. Le Tsar s'est aperçu que séquestrer, singulariser une fraction de Pologne quelconque, c'était les singulariser toutes ; qu'octroyer, ne fûtce qu'à six cents gardes- chasse polonais, l'uniforme bleu et amarante, c'était encore armer le cadre d'une insurrection future.
Alors Nicolas lit en un seul, les trois r^ves de Nabuehodonosor, d'Hérode et de Ferdinand IL II jura d'étouffer la race* tout entière , génération par génération , dans les muettes et insondables profondeurs de son empire. Pendant vingt années, à peine ridé à la surface par quelques sanglots désespérés, que tes murmures unanimes de la chrétienté bien élevée faisaient aussitôt rentrer dans la gorge des trouble-fête, ce gouffre, ce Maëlstrom, engloutit la semence, la fleur et les fruits de quinze millions de créatures divines dont il ne restera pas trace dans le livre étemel..' Vingt fois la semence, la fleur et les fruits de la nation qui avait produit Kopemik, Sobieski et Kosciuszko, et qui ne produit plUs que dei$ attelages de charrue et de la chair à canon.
Cependant toute expiation a une ftn sur la terre, qw