‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 22 sur 80 · EHREDRS DE L OCCIDENT SUR LA RUSSIE · texte numérisé non relu

EHREDRS DE L OCCIDENT SUR LA RUSSIE

là dont nous enlevons les navires, brûlons les ports et troublons les plaisirs ; c'est celle que nous ruinons, séquestrons et tenons à la gorge, jusqu'à ce qu'elle rende les armes. Malheureusement ce n'est qu'un poil soyeux et luisant, mais parasite, que le Tsar lui-même fait tondre et flamber par les serfs, sans que l'empire s'en dérange, toutes les fois que le soleil d'Occident gêne trop le Tsar et ses serfs. Car ce sont les serfs et leur tsar, non pas ce que nous brûlons, qui constituent la vraie Russie : celle dont nous ne prendrons pas les navires, vu qu'elle ne possède que des pontons ou des brûlots ; celle dont nous ne détruirons pas les docks, puisqu'il n'y a que des batteries ; celle dont nous ne dérangerons pas les flnances,*tout s'y percevant en nature et s'y réalisant par corvées ; celle dont la guerre n'interrompra pas rindustrie, au contraire, la guerre étant son unique industrie ; celle dont nous ne troublerons ni les arts, ni ce confort dont le culte orthodoxe, l'eau-de-vie et les étuves font tous les frais ; celle dont nous n'ébranlerons pas la constitution, car le bâton et les lanières de cuir n'y manqueront jamais; celle enfm dont la propriété est inattaquable, pesons bien surtout ceci, car elle n'a jamais rien eu à elle. Colossal et indivis communisme de la glèbe, eelte vraie, cette sainte Russie, comme elle s'appelle elle-même en se caressant la barbe, ne connaît que la propriété d'autrui. A ce compte ce sont torches el poudre perdues, que de brûler la Russie propriétaire, cm' la Russie communiste et tsarienne nous en épargnera volontiers les. frais, soit comme en 1812 , soit comme cinq ou six fois depuis vingt ans , dans les gouvernements du centre, dès que la Russie propriétaire, y faisait mine de ne pas être contente du Tsar. » <* Pendant longtemps, la première, c'est-à-dire la Russie raisonnable, civilisable et attaquable, avait cru tenir le sort de l'empire dans ses mains, avec la vie, du souverain de l'autre Russie. C'est pourquoi jusqu'à Nicolas, pas un 4sar

9B IXE LA NÀTiOHÀLlTÉ POLONAISE.

n^avait régné vingt-cinq ans et n'avait joui d'un décès régulier : mais depuis qu'elle a découvert le dogme commun à toutes les théogonies orientales, elle saitqu'elle ne gagnerait rien à tuer le bœuf Apis, puisque sa viande ne vaut pas mieux que celle d'un bœuf ordinaire, et que son âme ne se mange pas. Nicolas a donc régné plus de vingt-cinq ans, règne encore, n'ayant changé que de numéro d'ordre, et régnera jusqu'à ce que la sainte Russie change de tout: car c'est elle qui crée son Dieu, et non pas son Dieu qui la crée, comme se Tétaient imaginé les Orloff et les Pahlen. En somme, dans tout ce que nous avons essayé jusqu'à pré- ^nt pour châtier ces deux Russies, il n'y a de désagréments que pour celle qui nous gêne le moins, et dont la ruine, voire même l'extermination , n'avancerait en rien nos affaires. »

« Ce n'est pas tout. Gomme corps à deux dimensions, la Russie est affectée d'un double duaUsme. En profondeur, elle s'étage en aristocratie impuissante et en servi* tude autocratique, et c'est à la première que nous rendons les coups que nous porte la seconde; en surface, elle se délimite en désert inaccessible et en Pologne palpable , et c'est la Pologne que nous fuyons , pour courir après le désert. Que nous importe de suratteler l'Allemagne et le reste du monde à cette erreur cubique? Nous serons-nous moins trompés de calcul et de chemin à huit qu'à deux? »

Et en effet, hors d'une Pologne assez vaste, assez solide et assez libre de ses mouvements pour faire perpétuellement et à elle toute seule contre-poids à la Russie dans lequilibre slave, quel gage sérieux et durable de modération espère-t-on arracher au Tsar? Admettons que la Russie actuelle ait perdu toutes ses casernes flottantes dans les deux mers; 30,000 lieues carrées de steppes et de marécages au protit de la Turquie et de la Suède ; tous ses débouchés de commerce maritime au protit de l'Angleterre;

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