‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 24 sur 80 · SÉCURITÉ DE LA RUSSIE HORS DE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

SÉCURITÉ DE LA RUSSIE HORS DE LA POLOGNE

encore rien aux rapports des démembreurs de la Pologne vi8«à*vis de TOccident. Les faire b9?lre entre eu* sans rompre radioaletnent leur fédération par Térection préalable d'une succursale vivante et militante de rOccident au milieu d'euxs «ans préalablement insurger et définir la Po* logne , ce ne serait allumer qu*une guerre domestique qui \ aprèft a'étre terminée au profirdu plus fort et du plus logique des ^rois, les relancerait tous encore mieux rivés ensemble contre les instigateurs de ce fratricide. Pour parler avec plus de précision , armer ou la Prusse ou rAutriche , ou toutes les deux contre la Russie , avant d'avoir armé la Pologne comme démarcateur entre eux, en avant-garde de l'Occident, c'est premièrement promettre les trois Polognes à la Russie, et ensuite provoquer une coalition universelle des vainqueurs et des vaincus contre la France. Aussi bien, dans la première phase de «ce conflit , c'est le plus gros actionnaire de la Pologne qui aura pour lui et la force et le droit ; parce que c'est lui qui aura le moins violé le pacte sociétaire , et qu'en saignant les deux autres il aura encore sauvé leur raison commune d'existence. Dans la seconde phaBe, il arrivera ce qui arrive constamment dans les guerres civiles^ lorsque tous les partis moins un étant abattus, celui qui est resté debout parjc et agit pour tous les autres, avec la somme et la procuration de toutes leurs volontés supposées.

Et comme nous avons déjà surabondamment démontré d'une part, que toute guerre faite à la Russie hors du terri* toire polonais n'est qu'un ruineux et sanglant divertisse menti et de l'autre, que de ne point la (ui faire du tout, c'est la lui laisser faire pacifiquiement, irrésistible, jusqu'à éclipse et asphyxie totales du continient européen, la science politique et stratégique de TOccident, encore libre do sa pensée et de «es mouvements, se réduit tout entière à ceci : Insurger la Pologne russe sans en demander auœ puis-

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sancea allemandes une permission qu'il leur est aussi impossible de donner sincèrement dans leur état d'être actuel^ qu'il est impossible à un aveugle de s'enlever lui-même la caêa* racte. Pour trouver un terme commun de délibération et d'entente entre TOccident et ces deux puisBances, il faudrait opérer d'abord la guérison de leurs sens au sujet de la Pologne, dégager ainsi une Allemagne voyante, homogène et responsable, de Tindébrouillable infirmité qui a pris ce pseudonyme dans les congrès. Alors peut-être pourra -i-on lui faire comprendre la nécessité européenne de relever une barrière polonaise contre la Russie; mais alors aussi, n*auralt-il pas été bien plus prompt et bien moins coûteux de restaurer la Pologne, sans obligation pour aucune espèce d'Allemagne?

Jusque-là vous aurez beau corriger au profit des deux puissances qui se disent l'incarnation de l'Allemagne les traités de 1815 et le démembrement de la Pologne, en en rejetant toute l'expiation sur la Russie ; ajouter à Tune, le trop -plein de la Confédération Germanique et à Fautre le trop-plein de la Turquie; leur donner pour complices de vigilance contre les Tsars la Suède qui ressaisirait la Finlande, la Turquie indemnisée en Asie, l'Angleterre concierge des mers et des détroits, la France en faction aussi glorieuse que désintéressée devant tout cela : ces puissances ont l'esprit h mal fait, tant qu'une Pologne préalable n^aura pas été chargée de le leur redresser, qu'elles ne verront dans toutes ces offres qu'un piège tendu à leur pudeur de partageuses et une invitation à mourir.

De quoi vivent-elles en efTet ? De deux aliments parfaitement étrangers à l'Allemagne que nous désirerions, et â la justice comme apparemment vous l'entendez ; du partage de la Pologne et des défaites de la France en 1815. C'est-àdire qu'abstraction faite de leur blason germanique, elles vivent en petit, mais exactement de ce qui fait vivre en

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grand la Russie ; de façon qu'il suffit de toucher à ta moindre partie de cette grande existence, pour ébranler profondément la leur, qui n'en est que le superflu. Image mathématique : l'équilibre Européen, tel que Font défini les traités de 1815, est une pyramide triangulaire, à laquelle trois baïonnettes plantées dans trois morceaux de Pologne servent de base, et l'abdication de la France de hauteur. Vous voulez faire battre ces trois baïonnettes entre eHes, sans que les arêtes delà pyramide bougent? En attendant la solution d'un pareil problème, la Russie n'a-t-elle pas raison de prendreau sérieux cet Agamennionat que l'Europe entière lui décerna en 1815, et que l'on n'a songé à lui contester qu'après que toutes les consé(|uences en eurent été déduites , et toutes les prérogatives capitalisées à son bénéfice? On lui a accordé trente-huit ans de loisir, non pour qu'elle se rendît elle-même digne et capable de cette suprématie, mais pour qu'elle empêchât seulement la France d'y prétendre. Elle n'a eu d'autre peine, pour accomplir cette tâche, que d'entretenir par la peur des révolutions le mal de paix qui tonrniente la maturité déclinante des races latines et germaniques, et de cultiver leur superstitieux respect pour la pyramide de 1815. Avec cela, voyant que tous les aquilons de 1848 venaient de passer au travers de cet équilibre sans le déranger, la Russie n'a-t-elle pas bien pu se dire :

<c C'est décidément plus solide que le monde d'Occident, lequel est à moi ce qu'en Asie, l'Inde et la Chine ont été à la Mongolie. Il y a parla, abstraction faite de l'Angleterre, variété navale et conquérante de l'archipel Japonais avec laquelle nous causerons à part, cent millions d'humains, mes aînés de beaucoup en civilisation, en sagesse, en prudence surtout; mes maîtres en industrie, en arts, en littérature, en philosophie, et ce qui devrait m'inquiéter davantage, en marine, en artillerie, en infanterie, rtiême en cavalerie. Avec

leur richesse et leur expérience en toutes ces choses, puis leurs chemins de fer, leurs pyroscaphes et leur télégraphie électrique, ils pourraient palper^ entendre, marcher et frapper cinquante fois mieux et plus vite que moi ; mais dans l'excès cl la satéité de cette faculté polytechnique, ils ont à la fois perdu l'usage de leurs quatre membres et oublié la vraie manière de se servir de leur science. Depuis la ba* taille de Waterloo, ils me font l'effet de n'avoir ravi à la nature les secrets de la chimie que pour varier leurs ragoûts, et de n'avoir apprivoisé la foudre que pour jouer à la bourse. 11 est certain qu'ils dépensent en trains de plaisir plus de vapeur et de charbon qu'il ne m'en faudrait, à moi, pour les échauder et les incendier tous, cent millions qu'ils sont. Ne sachant plus que faire de leurs fameux et i:mombrables fusils, ils s'en construisent des grilles dejardins, ou bien ils y mettent des bougies pour illuminer ces fêtes dans lesquelles il se brûle en feux d'artifice de quoi faire sauter tous mes Cronstadts et affranchir deux Polognes. Vu ce que j'ai à y perdre, ma foi, j'ai bien envie de risquer le peu que je leur en ai volé , pour tâcher de leur enlever le reste, et alors je leur montrerai ce que signifient ces merveilleux outils, au pouvoir d'un vrai travailleur. Jusque-là, usons de ce que Dieu nous a mis sous la main : caillou, mais au boutd'uoe fronde, flèche durcie au feu, mais lancée, mâchoire d'âne même, mais qui frappe, valent mieux que cuirasse damasquinée qui attend. Debout donc, les Slaves! debout les déshérités! en avant les Tard -Venus I Suivez le labarum de Constantin et rapportes ^ moi les clefs du monde I A leur place, sur la ooupole de Sainte- Sophie, vous mettre» la croix orthodoxe. »

On s'est beaucoup moqué en France et en Angleterre de cçtte boutade mentale de la barbarie contre la civiliasition, parce qu'ayant. personnellen)6nt manqué de cœur, Nicolas a envoyé prendre ces clefs par Menschikow tout smI, au

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