‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 25 sur 80 · SÉCURITÉ DE LA RUSSIE RORS DE LÀ POLOGNE · texte numérisé non relu

SÉCURITÉ DE LA RUSSIE RORS DE LÀ POLOGNE

lieu de Ifes avoir envoyé chercher par trente vaisseaux et trente-mille hommes ; mais en cela, on oublie que c'est encore une des licences accordées à la Russie parles tribunaux de 1815, de pouvoir se tromper impunément, aussi souvent et aussi longtemps qu'il lui plaira., pourvu qu'elle se trompe avec résignation et persévérance. La Pologne lui a été donnée pour payer ses amendes, et l'équilibre Européen pour équilibrer à perpétuité ses erreurs. Dixsept fois déjà les Tsars se sont trompés de la sorte, en plongeant leurs ongles dans le$ entrailles de la Turquie, et dix-sept fois ils les en ont retirés, se contentant d'y creuser à chaque coup une empreinte plus profonde, plus .indélébile. Ils ont l'air de se retirer une dix-huitième fois devant l'importune, mais passagère vigilance de l'Occident; néan^ moins cette dix-huitième erreur les a rapprochés singulièrement d'une dix-neuvième tentative, qui n'en sera plus une, si pendant que ou la guerre ou la paix leur interdira les clefs du Bosphore, ils vont eette fois-ci demander un passe-partout à leurs serruriers de Vienne et de Berlin.

Remarquons à ce propos que cette nature coriace et impassible, que cette même indiflcrence à la douleur qui rend la Russie imperméable aux projectiles de l'Occident, la rend également irrésolue et maladroite pour toute ofTensiv6 déclarée. U faut que ses ennemis la poussent et la guident en l'exaspérant, pour qu'elle retrouve son but, se décide à changer d'allure et bondisse au lieu de ramper; mais ee n'en est qu'un phénomène plus dangereux et, à ce que prouve le genre de chasse qu'on lui a fait, jusqu'à présent, aussi peu connu des diplomates, des amiraux et des généraux, que des naturalistes et des psychologues. Ceux de l'Allemagne officielle surtout n'oseraient pour rien au monde l'examiner de trop près.

Au physique, enfoui dans son antre insondable que gardent les deux spectres de la Pologne et de dix-huit

cent douze ; ne présentant à ses ennemis que deux cornes par les embrasures de la Crimée et de la Finlande, le monstre enroule de sa trompe, et refoule lentement sous son ventre de hideux lambeaux de proie que le plus intrépide courage a horreur d'aller y chercher.

Au moral, tentatem* longtemps embusqué dans le confessionnal des nations latines et germaniques, il a surpris tous les secrets de leurs défaillances et s'en est fait une ca« rapace qui défie leurs tardives alarmes. Supputant Tintérêt composé des quarante années de bonne chère et de gras sommeil dont il leur a fait crédit sous ses grandes ailes de chauve-souris, il les attend avec un calme effronté à l'heure de réchéance. Parfois un éclair de Dieu, un seul, fouette le blasphémateur et le fait frissonner sOus ses écailles cyniques : c'est le nom de la Pologne au bout d'une épée; mais a bah ! se dit-il, qui est-ce qui osera ?» Et s'accroupissant de nouveau sur Tincommensurable largeur de rOrient, il braque tranquillement ses deux cornes contre la poitrine de ses débiteurs (*).

(<) D'un ix)at à Taatre de ce livre, nous raisonnons aussi bien pour le cas d*ane prolongation de la lutte actuelle ^ que dans l^bypothèse d'une paix boiteuse qui n'aura fait que rendre plus acharnée la prochaine reprise des ho.stilités entre tout l'orient et tout Toccldent de la Chrétienté, il est facile, en outre, de prédire dans Thistoire à cette seconde période de la guerre européenne , le nom de Période polonaise.

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