CHAPITRE
ÉUD( doooé HB pareil équilibre earapéeo, eommeat ta dégager noe Polognt BoflerDel — Intérêt qa'r ont In pniiMoceiOccideaialei. — Opiono dea patriote* allenUDdi à ce lujet, ea IStS. — Hiiloire dn rapporli de la Pologne tTCt la Prince depaii 1 789. — Errean de Napoléon *ur la natnre de la paiuanee polooaite. — La variété dei goaTerneineiiti de la Franca n'a point modiGé lei [H^lagéa de re paja contre one reilauratiOD poh>naiae. — La Pologne ponuée daiu les brai du Panilaviuiie iMriqoe par lei dédaini dr TOccident. — Le palrioliime des Polonais est seul doué dei (euanécessaireipoarcoacexrir leidangen de cet enlralûemeal, — Identité dn démocratifine et du patriotianie polonai», ~ Erreqn accréditées en Occident par l'etprit mue coalrt ce déaMcratitme. — h6le dn patriotisme polonais, de 1846 k 1850. — Uaiimes Datioiiales dédiiiles de en eipérienni, an profit d'une prochaine restauration. — Qaelt sont ki éléments internet d'une régénération polonaise?
Pour élucider ce problème, commentons : !• par réduire à leur plus simple résultanle toutes les forces externes qui ont un intérêt vilal au rétablissement de la Pologne et sont matériellement capables d'y concourir; 2* par éliminer tous les galvanismes résurredionnels dont l'histoire a démontré l'inanité ou l'insiiffisimce. Cela réglé, nous nous trouverons en face de la seule Pologne qui vaille ses frais d'exhumation.
Nous avons vu dans le chapitre précédent que nulle puissance, complice directe ou indirecte du partage de la Pologne, n'a ou intérêt véritable ou envie sérieuse de coopérer à sa restauration. En ajoutant à ces souteneurs forcés de la Russie les États auxquels la voix manque pour faire connaître leui-s intérêts et exprimer une envie quelconque, on arrive brièvemenl à la certitude, qu'en dehors de la Pologne elle-même, deux puissances seulement resfent A consulter: l'Angleterre et la France.
La funeste rivalité de ces deux puissances a longtemps fait peser sur la France seule, dans l'opinion vulgaire, toute la responsabilité du démembrement de la Pologne. Oubliant les insistances assez significatives pourtant de lord Castlereagh au congrès de Vienne, on aimait à répéter, avec les habiles de la sainte-alliance , que la Grande-Bretagne n'a que feire d'une seconde France sur le continent, el que ^a Pologne, à elle, c'est : comme force, r>4utrîche, et comme idée, la Prusse. Préjugé de rancunes, reposant sur les ficfionB diplomatiques dont nous venons de démontrer toule la perfidie, et sur la confusion introduite exprès, au profit de la Russie par la politique des congrès, entre les improvisations mécaniques qu'on appelle des ÉtaU^ et les organismes naturels de la fédération chrétienne qui s'appellent des nattons; préjugé de scolastique aussi, pareil a celui qui emprisonna si longtemps les sciences physiques dans l'invincible absurdité des quatre éléments d'Aristote. Il n'a fallu rien moins que l'effet de cette confusion sur les plans de campagne des alliés de la Turquie, pour leur expliquer pourquoi la Pologne ne saurait être suppléée par toutes les Prusses et Autriches possibles , comme antidote de la Aussie.
Pour ce qui concerne l'Angleterre, elle doit avoir compris maintenant, ou jamais elle ne le comprendra, en quoi consistent la force et la faiblesse de la Russie. Il lui en a coûté assez cher pour voir et palper que cette machine essentiellen)ent continentale n'a ni marine ni colonies attaquables, et ne pourra y prétendre qu'après s'être assimilé les popula*tiens Scandinaves de la Baltique et grecques de l'Archipel ; que cette assimilation elle-même suppose préalablement la métamorphose de l'empire de Russie en empire panslavique, ce qui lui ouvrira les chemins véritables des Dardanelles et du Sund; quç jusque-là ses plus gigantesques naumachies ne sont encore que de l'artillerie amphibie, de
INTÉRÊTS DE l'aNGLETERRE DANS LA QUESTION POLONAISE. 15S
la pontonnerie en cabotage, des blockhaus flottants, un accesisoire ruineux de ses armes de terre, en un mot, nullement une force navale; que, par consé(|uent, g' attaquer à cette excroissance elle-même, au lieu de remonter au laboratoire qui la sécrète, elle et tout le reste, c'est perdre son temps et accepter le change que les Tsars veulent donner à T An* gleterre sur la véritable direction de leurs envahissements. Ce n'est pas par mer, mais par terre qu'ils se mettront en possession de la mer. C'est à Varsovie qu'ils forgent les clefs de ce qu'Alexandre I' ' appelait les deux portes de sa maison, sans même avoir besoin d'en prendre les dimen* sions sur les lieux, car ils en ont des empreintes très exactes à Vienne et à Berlin. Il est donc manifeste pour tout esprit m p6u observateur, que dans sa lutte contre l'Angleterre, la Russie, ne pouvant prétendre à aucune action navale, reprend en sous-œuvre le Mysième eontinenial de Napo« léon V ; seulement elle le fait dans des conditions de succès infiniment supérieures et bien moins hypothétiques que celles dont les hasards passagers de la fortune avaient leurré le grand empereur.
Par défaut absolu d'études sur ce que l'on pourrait appeler la chimie organique des nations et par préjugé de mécanicien, Napoléon n'a jamais su boucher, à la respira^ tion politique et industrielle de l'Angleterre, que quelques fissures continentales aussitôt rouvertes par les licences, la contrebande et les protestations de tout le monde, La Russie, elle, ferme lentement, patiemment, végétalivement, pour ainsi dire, non pas quelques fissures, mais les pores mêipes de l'humanité en Europe et .en Asie, avec la sève imperméable des Slaves, les frayeurs encore plus imperméables des Allemands et les cendres éteintes de l'Orient. C'est qu'elle a su s'approprier pour la mort des nations la science que Napoléon dédaigna d'employer pour les faire vivre* Isolé d'ailleurs dans sa colossale, mais fragile per^oimalitfi,
Napoléon n'a fait que passer devant TAngleterre comme un fâcheux accident. Son blocus continental ne pouvait durer que ce que dure une manœuvre de bataille, et son opposition à cette puissance n'avait pas plus d'héritiers que les pleurs du vieux Charlemagne sur l'apparition des Normands. Aussi les implacables soucis de l'oligarchie britannique au sujet du blocus napoléonien ne sont-ils pas plus intelligibles pour les idées actuelles, que ne l'est l'acharnement de Napoléon à dis[)uter aux Anglais leur incontestable empire maritime et colonial. Le blocus continental par la France, c'est la terre boudant l'eau et refusant de s'en abreuver; les prétentions de la France à l'égalité sur mer, c'est la poste aux chevaux faisant concurrence aux paquebots transatlantiques; mais, par contre, depuisle traité de Paris (1763) qui a irrévocablement délimité les spécialités de ces deux civilisateurs, loute coalition anglo-continentale contre la France ne peut plus être pour l'Angleterre qu'un fratricide préludant au suicide.
Le véritable assiégeant de l'Angleterre en Europe et en Asie, c'est la Russie. La Russie n est pas un accident, et son Napoléon ne mourra (|u'à la séparation de ce qui en fait tout ce qu'elle est. Son blocus continental ne tient pas à des évolutions de gnrdcs-côles, et en se séquestrant de l'Angleterre, elle lui retire la terre sous les pieds sans s'égratigner elle-même; car c'est un monde à part qui porte tout en lui-même, n'a besoin des autres que pour les dévorer s'il le peut, et ne s'étale à son aise que dans la solitude. Quand ce monde aura ainsi , pendant la paix , étendu ses polypes à travers les complaisances de l'Allemagne , à travers les irivitations des Slaves, des Grecs, et par-dessus la timide résistance desÉtats Scandinaves, d'une part jusqu'au littoral de l'Adriatique, et de l'autre jusqu'au littoral de la mer du Nord , alors son blocus continental sera fait. Mais du même coup et à l'heure même surgira sa puissance
INTÉRÊTS DE L* ANGLETERRE DANS Li UtESTION POLONAISE. 157
navale, sans que ses allures toutes continentales aient pu en avertir personne ni fourni à l'Angleterre le moindre prétexte à un Trafalgar.
A partir de ce moment, c'est peut-être la Russie qui ira chercher les batailles navales dans les eaux de la Grande- Bretagne, en y donnant rendez -vous à certaine autre puissance maritime, la seule sur le globe qui croie pouvoir se commettre avec les Tsars sans tomber sous leurs flétrissures . Gare à cette conjuration des deux jeunes contempteurs du vieux monde; car, bien que présomptueusement , la libre et altière Amérique ne s'en juge pas moins, dans l'excellence de sa nature vis-à-vis des Tsars, comme ces femmes créoles qui se font porter par des nègres nus , sans que pei*sonne songe à en médire. 11 suffit que le nègre ait pris un bain de savon ce jour-là et soit vigoureux. Ceci aurait dû bien plus faire réfléchir l'Amirauté et la diplomatie anglaise que tous les vaisseaux de cent canons submergés en estacade à l'entrée de la rade de Sébastopol, que les fantaisies coloniales de la France et les susceptibilités de l'équilibre fondé en 1815. C'est-à-dire que plus l'oligarchie anglaise s'imaginera bloquer les Tsars dans leurs ports de la Baltique et de la mer Noire , mieux elle se bloquera ellemême tout le continent , sur lequel elle rejette ainsi les envahissements compensateurs de son ennemi; car ce n'est que du moment où on lui a fait couler ou rentrer en magasin ses ponts flottants entre le cap Chersonèse et IC'Bosphore, entre les rives de Finlande et le Sund, que la Russie va reprendre par terre les approches réelles de ces deux détroits; de même qu'il a fallu absolument les attaques navales des alliés, pour rappeler à ses caronades et à ses marins leur véritable vocation.
Attaquez donc la Russie aux deux véritabtes extrémités de l'isthme par lequel elle s'est éboulée sur le centre de l'Europe, et ensable toutes les embouchures qui découpent
ISS DC LA BIATIONALITÉ POLO^fAIftK.
le littoral de ce continent ; retranchez-vous dans la presqu'île gernnanico-latine tout entière, derrière une insurrection polonaise , comme Wellington se retrancha sur la presqu'île Roca, derrière les lignes de Torrès-Vedras ; frappez votre ennenoi aux entrailles, laissez tranquilles ses cors aux pieds , car ce n'est pas par ceux-ci qu'il grandit et vous menace. Allumez-lui hardiment la Pologne sous le ventre, et au même instant vous le sentirez lâcher prise à Sébas-* topol et à Gronstadt, au Bosphore et au Sund, à Hérat et au lapon , à la cour de Berlin et à la cour de Téhéran , en hurlant , en se tordant , en se ramassant sur lui-même , comme tout organisme, quelqtie gigantesque qu'il soit, quand l'attaque a trouvé le chemin de son cœur.
Pour l'Angleterre, la question n'est évidemment pas de Vaincre la Russie sur mer et de détruire ses colonies , car 06 serait s'escrimer contre ce qui n'existe pas encore; mais bien d'empêcher que cela n'existe jamais. Donc pour elle, comme pour la France, tout se réduit à priver & temps les Tsars de leur laboratoire central et général d'envahissements, qui est en Pologne, nulle part ailleurs. Il faut en outre que ces deux puissances trouvent le moyen d'opérer cet assainissement, sans y mêler l'Allemagne officielle ni en bien, ni en mal, sous peine de retomber immédiatement dans ce cercle vicieux où s'égarent , en tournant sur ellesmêmes depuis quatre-vingt-dix ans , les plus légitimes et les plus ingénieuses sympathies de l'Occident pour la Pologne.
Or, étant données des escadres capables de porter tout ce qui a été jeté au vent et à la mer depuis deux ans, ce ne sont pas les moyens de tourner l'Allemagne pour aborder aux deux bouts de l'isthme polonais, qui peuvent manquer. Le tout est de vouloir les employer. Cette expédition libératrice par l'une des deux mers qui baignent les extrémités de la Pologne russe » été le rêve de tous les véritables
INTÉRÊT DES VRAIS ALLEMAl^DS A RESTAURER LA POLOGNE. 159
patriotes allemands en 18/i8. Connaissant Tombrageuse défiance de leurs compatriotes à l'endroit des expansions transrhénanes des Français, ils désiraient réserver à TAllemagne elle-même les fonctions continentales de cette croisade, feten attribuer à la France toute la part maritime. L'honnête et savant général Willisen , employé à son insu par la cour de Berlin pour tromper les Polonais, s'imaginait leur exprimer les sentiments de son gouvernement en leur communiquant les siens propres, à cet égard. Mais ces propositions n'en sont pas moins dignes de la plus sérieuse attention , puisqu'elles ont été faites de bonne foi par un personnage qui pouvait se croire réellement investi des pleins pouvoirs de son souverain , et que d'ailleurs elles répondaient à la seule hypothèse admissible , hors de cette contre-révolution universelle qui devait si tôt restituer à la Russie sa suzeraineté européenne. Ce général, développant avec beaucoup d'ardeur son plan de campagne contre la Russie , devant le Polonais dont les circonstances venaient de faire le mandataire de ses compatriotes, lui disait, une carte sous les yeux , les 26 et 27 mars 1848 :
a Depuis que l'accaparement des quatre cinquièmes de » Votre pays par la Russie nous a donné les jolies frontières » que vous voyez, il faut que nous soyons son plus intime » ami ou son plus implacable ennemi. Du moment que le » roi m'a désigné pour concerter avec vous une action » commune, je ne puis admettre que la dernière de ces deux » hypothèses. Je suppose en outré que nous sommes toute » l'Europe civilisée contre un formidable, mais unique État » barbare, et qu'en profondeur, notre ordre de bataille » s'étend jusqu'à Paris. Si la République se sent d'humeur » à remplir tout son rôle en Europe, nous n'aurons pas à » lui contester ses moyens d'appui ; nous laisserons passer » son armée en Pologne, comme nous avons laissé passer » son souffle irrésistible à travers toutes nos populations.
» Tout ce que nous lui demandons dans ce cas, pour notre 0 salut, c'est qu'elle ne nous abandonne pas à mi-chemin » dans celte croisade contre la Russie, et que pour le sien, » elle ne s'avise pas de nous traiter en pays conquis, mais >^ en étapes hospitalières , sans quoi les Cosaques nous » ramèneraient aussi vite à Paris qu'elle nous aurait conduits » à Varsovie. A mon avis, cette considération devrait rendre » à une armée française le trajet par mer de beaucoup » préférable à toute pérégrination continentale. Nos ports » des deux Prusses lui seraient ouverts de bien meilleure » grâce que notre territoire. Son escadre, qui peutimpuné- » ment braver les immobiles pontons de la Russie jusque » sous les feux de Rewel, de Sweaborg et de Cronstadt, » nous aidera singulièrement à entraîner et à maintenir les » États Scandinaves dans notre ligue. La République se pla- » cerait ainsi à notre égard dans lesmeilleurs termes d'appui 0 et d'alliance possible, sans fournir aucun prétexte de » pruderie patriotique à nos russophiles.
» Nul doute que l'Angleterre elle-même trouvera ce » mode de participation bien plus rassurant pour elle qu'une ï> expédition française par terre, laquelle échapperait com- » plétemenl à sa surveillance, et risquerait par une raison » ou par une autre, de dégénérer en conquête égoïste. » Du reste, je reconnais l'absolue nécessité de cette parti- »» cipalion de la France au rétablissement de la Pologne ; D elle est indispensable, à nous Allemands, pour doubler » nos forces et nous rassurer contre le ressentiment de la » Russie; à vousPolonais, pourvous garantir, par le contrôle » mutuel de vos libérateurs, du gênant et exclusif protecto- » rat de l'un d'eux. En cet état de choses, quelles forces » croyez-vous que la République puisse débarquer d'ici à x> six semaines à Dantzig et à Memel ?»
Le Polonais, qui n'avait qu'à reconnaître la justesse de ces imroles, répondit que tout cela lui paraissait une simple
POLITIQUE INTBRNATIOKALB DB LA KRANCE EN 18&8. 161
question de locomotion maritime et de volonté nationale, la France étant au fond inépuisable d'armées, lorsqu'elle est chaufTée à blanc par une passion collectîve jusqu'aux insondables profondeurs de son éeont)mie. Que les escadres et msdières à escadres de k France, prodl^eusement augmentées depuis la révolution de Juillet, dans l'arrière-pensée d'un conflit toujours possible avec l'Angleterre, constituait incontestablement. la seconde [Aiissance navale du globe. Que quant aux intentions nationales de la République, il fallait les supposer passionnément et impatiemment secourâbles à un armement polonais, à moins d'une telle déchéance, d'une telle décomposition du génie occidental, que la révolution de Février n'eût été réellement^ comme Je prétendait la faction russe de Berlin, qu'une querelle de cochers de cirque, « entre verts et bleus. 9 Que d'après ces inductions, l'Allemagrie pouvait en toute confiance compter sur ledébarquementdeâO.OOO Français danslei^ports prussien^ un mois ou six semaines après l'ordre d'embarquement.
M. de Lamartine fut aussitôt instruit de tous les dé^ tails de cette conférence , avec supplication « de prendre » sans le moindre délais l'initiative des propositions., ou » plutôt des injonctions à faire dans ce sens, au gouverne- » mentprussien; ce gouvernement ne'pouvant évidemment » être entraîné dans une alliance offensive contre son suze- » rain d'habitude, que par l'impérieuse et indiscutable vo- » lonté de la France, » vdontédu reste aussi n[iagique à ce moment dans toute l'Allemagne, que les résistances du parti russe l'étaient peu. Nous ignorons sous quelle forme le ministre des relations extérieures de la République présenta ces prppoâtions au gouvernement prussien,, et même s'il en fit aucunes; mais nous savons que pendant tout le temps propre à les faire, son fondé de pouvoirs à Berlin, M. de Gircoort, ne fut occupé qu'à recueillir à J'emhassade de Russie et à arranger pour les besoins du repos universel,
i6S BB LA 1IÀT10N4L1TÊ MLONÀ19B.
ees lâches calofinnies contre des tombeaux, dont l^auteur des Méditations a eonsterné la pudeur publique 'à la tribune de 1 * Assemblée Nationale (^ ) .
A ce sujet pourtant, le consentement de ce peu d'Ailemagne inteUigtble que l'éclaircie delSftS nous laissa entrevoir, n'a pas plus manqué au gôuvernemient de la République, que les avertissements des Polonais; et l'accord même des restrictions et des méfiances qui accompagnaient toutes ces invitations témoigne de leur sincérité. Nous ne citerons, parmi beaucoup d'appels de même nature, qu'un passage du m^oire émt en i8/i8 par le docteur Gisenmann d'Ërlangen, pour la gouverne du parlen)ent de Frankfort. Ce publiciste dont les paroles ont souvent feit loi pour la minorité raisonnable de cette extravagante assemblée, semble avoir copié le plan du *génci^} WilHsen en disant : • Dès qu'il s'agit du rétabMsse- M ment de h Pologne, nous devons compter avant tout sur » la coopération de la France. Mais afin que cette coopé- -jt ration ne nous amène pas des embsurras qui en ^eutrali- ]^ seraient les avantages, nous invitons la République Fran- » çaîse à envoyer ses flottes à Memeï ou à Riga avec une •9 armée de débarquement. Une force imposante, jetée sur a un point quelconque des cotes méridionales de la nier Balistique, dégagera toute la Lithuanie, et en. menaçant à -» revers tes troupes russes qui nous feraient face sur la ' » Visiule, porteront à notre attaque un secours bien plus » efficace, que si elle arrivait par terre à. travers lesinquié- '» tudes de ceux-ci, la malveillance de <;eux-là, pour se pla- » cer à côté de nos armées, où derrière elles. »
On voit que le bravé docteur, comme le brave général, coinme toù&les braves et noUes patriotes allemands aux-
(') Voyez les expllcationa données ^r M. de Lamartine à T Assemblée, I propos de la joarnée dtf Quinze Mai.
L*ALLIilNCE AM^O-PflANÇÀlgti VIS-A-tlS M LA POLOGNE. 46S
quels Dieu n'a accordé pendant leur vie que ce quart d'heure de parole à la Iribune de rhumanité, se croyaient très sérieuseroent alors duns une Allemagne souveraine, homogène, libre de ses mouvements et de sa raison ; qu'ils avaient également pris au sérieux la République de Février et sa mission internationale, et qu'enfin ils ne comptaient pas plus avec Tétrange sagesse de cette république, qu'avec l'égaremMt de leurs monarchies. Toutefois leurs généreuses illusions n'en sont pas moins restées l'unique règle de guerre possible contre la Russie ; si bien qu'après huit années de désillusions, les hommes d'Etat les plus expérimentés , les plu& pratiques de l'Europe, ne paraissent pas encore avoir inventé mieujtque les rêveries de ces idéologues, pour contenir refiervescenoe des Tsars dansdes bornessupportables. La substitution de l'Angleterre à l'Allemagne dans la costitîon occidentale, loin de donner tort à ces utopies, semblerait au contraire n'être advenue que pour écarter toutes les objections que la défiance ou k mauvaise foi de l'Ailemagne conservatrice avaient soulevées contre elles ; puisque dorénavant en pouvak et laissa tranquilles les Allemands qui ne veulent pas marcher, et employer contre le Tsar tout ce que la République de iSkS avait inutilisé en précautions contre l'Angleterre. De jJus, par cet accord des deux plus foriiiîâables marines du monde qui avait manqué aux combinaisons de i8&&, autant il avait été difficile à cette époque de donner des proportions décisives à une expédition navale, autant' il était diffidle en 1895 de faire autre chose de décisif pour seconder l'aifraïichissement de la Pologne. C'est-â-dire que le temps et la réflexion n'ont servi qu'à délivrer ce qu'on appelait alors notre folie, de toute hésitation, de tout ce qui en 18&8 la distrayait de son Idée fixe. Nou3 nous jcroyons d'ailleurs dispensés de tracer un itinéraire phis précis à ces escadres qui, 'chargées des décrets de rhnmaonté, seraient allées tout de suite dénolir la
Russie, au lieu d'écorner des tours côtières et de se démolir elles-méines ; car si jamais elles finissent par découvrir le seul cap sur leqiiel il leur faut gouverner, ce ne sera qu'à force de se cogner contre tous ceux qui ne sont pas celui-là.
A peu près par la- même raison, et en renvoyant à un autre chapitre la recherche des affinités générales et permanentes (|ui enchaînent entre elles les diverses nationalités de l'Europe^ nous nods abstenons ici, et de spécifier le rôle particulier qui incomberait à la France dans eet effort suprême de l'Occident, pour relever une barrière polonaise, et àe rappeler les motifs d'honnenr et de salut qui lui en font un devoir inéluctable. Il n'y aurait pas moyen de finir up livre de mathématiques, si l'on était tenu d'y démontrer les axiomes. Nous^upposons donc tous les rapport&de sentiment et d'intérêt entre la Pologne et l'Occident réglés, pour passer à Texamç n des éléments de vie nouvelle que renferme le. tombeau de la Pologne, et distinguer aveé soin les restaurations fausses, galvaniques, de pure commande, des vraies résurrections que l'héroïque charité de Jésus opère.
. Un peu d'histoire :
De 1791 à 1795, déjà à moitié démembrée et, surprise au milieu des expériences de libéralisme honnête et modéré qu'elle faisait sur sa société et sur son gouvernement, la Pologne se défendit seule, en désespérée, avec ses moignons sanglants. On peut dire qu'elle combattit et succomba uniq uemenl pour dissoudi^e la première coalition dressée Cjontre lu révolution française. Les armées du roi de Prusse ne cédèrent toute la rive gauelie du Rhin à celles de la République, que pour courir dans les champs de Scekociny et de Yola; les armée» autrichiennes ne disputèrent la Belgique et les électorats Ecclésiastiques, qu'avec l'excédant des forces employées à circonscrire l'insurrection polo-
LA RÉVOLUT. FRAMÇAISB ET LÈS IMSURREGT. DB POLOGNE. 165
naise dans les deux parts de ses voisins ; ]a Russie se trouva entièrement coupée de FEtirope pendaînl quatre années. Voilà la raison palpable, dynamique, pour laquelle la coalition de 181 & n'aboutit pas à ses fins dès 1793.
Certain chauvinisme historiogcaphique a voulu égarer le sens international de la France , en lui taisant combien les insurrections polonaises de 1792 et de 1794 avaient contribué au salut d'abord, puis au triomphe de sa République. Mais depuis que le jour s'est fait sur la rigoureuse solidarité des camps humanitaires, il n'est plus possible de méconnaître que, sans cette diversion prdvidentielle surgie à l'autre pôle' de la Révolution européenne, nul prodige* de terrorisme interne n'aurait suffi pour conjurer l'orage des vengeances amoncelées contre son pôle occidental. Non pas, entendons-nous,* que les évolutions delà liberté générale aient pu être supprimées par la victoire passagère des monai'chies; mais sans le dévouement de la Pologne, ces évolutions auraient été réduites dans tout l'Occident à des ajournements et 5 des détours, au milieu desquels les formes géographiques et jusqu'au nom de la France couraient grand risque de disparaître.
Ainsi donc, grâce à Dnbienka^ à Ruclaviize et à Maciéiovitze, autant'poûr je moins qu'à Jemmapes, qu'à Flenrus et qu'au passage de la Roër, la France rentra dans les limites de son ancien empire austrasien. Aussi par le traité de Baie, s'en tenant pieusement ^uX traditions diplomatiques de l'abbé Fleupy, solda-trcUe au roi de Prusse ses acquisitions cisrhéhanes, en équivalents jusqu'à la Yistule. Quant aux survivants de Macieiovitze dt de Pragâ, ils obtinrent avec beaucoup de peine et de défiances d'aller réjoindre leurs compagnons, mais en faisant un circuit par la Calabre, le Damanhour et Saint-Domingue ; ils n'étaient plus assez décemment vêtus , pour mourir sur le contmenf européen. Mais aux quatre traités de Baie, de Gampo For-
^j56 DE LA NATIONALITÉ POLOlfAIftE.
mio, de LunéviUç et de Presbourg^ Dieu ajouta un para*graplie illisible, pour les négociateurs officiels : c'e^t que désormais le martyre de. la Pologne, revenant inexorable, troublerait sans trêve et sans merci • la conscience des peuples, de façon que leur repos et leur salut soient à jamais inséparables de la résurrection de leur victime.
Le tort et le malheur des Polonais, c'est d'avoir trop connu ce codicille providentiel; le tort et le malheur de la révolution française,, puis de tous ses^ eKecuteurs testamentaires, c'est de n'avoir même pas voulu eq. soupçonner lexistence. Jl résulte de cet excès de confiance d'une part, de cet excès d'ignoraace de l'autre, qu'à partir de ce nM)ment, la Pologne se laissa beaucoup trop, faire par la France, qui ne savait qu'en faire. . . .
En IftOÔ, 1809 et 18112, la Pologne fut plutôt soulevée qu'elle ne se souleva d'elle-même., par des pesées de 150, puis de 200, puis de /iOO,o6o baionqettes, opérées mécaniquement sur lecouvercle.de son tombeau. D'une part, les Polonais insensibilisés par quarante années de supplice, avaient l'air de dire, tout en ressaisissant leurs fusils etleurs lances avec une joyeuse insouciance : « Vous êtes restés sourds pendant un demi-siècle àious nos appels ^e détresse ; vous n'avez voulu comprendre, pendant qu'il en était temps^ ni Leszczynski, ni Pulawski, ni Kosciuszko; vous avez j)oussé cette surdité de l'égoïsme en 1785 et en 1795, jusqu'à légaliser vos conquêtes aux dépens de notre indépendance, puis de notre dernier souille. Aujourjd'hui, nous ne sommes plus de cette terre et ne vivons que dans les limbes 4e l'humanité. Si pourtant vous trouvez nos mânes bons à quelque chose, faites-en ce qu'il vous plaira, braves sapeurs; car malgré votre athéisme, vous valez encore n)ieux que nos fossoyeurs, et si vous, parvenez à nous ressusciter, nous serions bien aise que le miracle vous profitât plutôt qu'à ces implacables scélérate. >* -,
LA POLlTlOra UK NAPQLtoM BT LA POLOGNE. 167
D'une autre part, le souverain mineur, sur lequel la révolution francs^ s'était déchargée de ces fouilles sa- (srées , s*y entendait comme lord Elgin à l'exploration des t^»ptes de la Grèce , avec la diflerence seulement qu'il y a du soldat au touriste'. Pour Napoléon, il s'agissait d'emr ployer les durs ossements de la Pologne en guise de mitraille , nullement de les assembler pour une résurrection^ Fatal et mutuel .malentendu^ qui devait conduire la Pologne pour la quatrième fois au chevalet des démembrements^ l'audadeux fouilleur a Sainte-Hélène , l'humanité entière i laroue d'ixion.
En y eonçrenant les légions de Dombrowski ^ de Kniaziewicz et de Malachowski , ces ossements , dispersés, d» Saint-Domingue i Moscou , et de Dantsig aux cataractes du Nil, fournirent depuis 1796 jusqu'en 1815, sans figure de rhétorique aucune,vde quoi élever entre Riga et Odessa, une haie à l'épreuve de toutes les flèches de l'Asie.
Rien que les 116^000 Polonais disséminés au commencement de 1813 dans quatre cocps de la Grande- Armée, dans vingt-deux forteresses en Allemagne et dans l'armée d'Espagne, auraient sufS, massés sous la main au prince Poniatowski, pour couvrir la haute Dwina et. le haut Dnieper contre les retours offensifs de fiarclay, en attendant que 110 autres mille hommes, levés et instruits dwrière cette première ligne, sous l'égide de la Grande- Armée, vinssent compléter cette garde permanente des portes européennes. On aurait vu dès ce moment , mais à des conditions bien moins onéreuses et bien autrement décisives, le facile^prodige d'une nation réputée éteinte parce qu'elle ne fume pas pour .le quart d'heure, se dressant invincible, comme les Turcç* d'aujourd'hui , en face de Pimpuissante immensité. Car, de même que les Cir^assiens seuls savent défendre leurs montagnes tutélaires , que seuls les Osmanlis savent cendre le Danube infranchissable, de même lés Polona'»
Lithoaniens ont seuls le secret et la mesure de Y offensive" défensive qui peut arrêter les débordements asiatiques dans les bassins supérieurs de la Dwina et du Dnieper. C'est pour eux un métier , une spécialité nationale qu'ils oAt pratiquée de père en fils , depuis le grand Olgerd jusqu'à l'hetman Sobieski , pendant tous les siècles que les autres nations avaient employés à autre chose. Ce métier, ils l'avaient beaucoup désappris, nous en convenons^ depuis que l'helman Sobieski, en se laissant élire roi , de simple cyclope était devenu paladin encyclopédique; pas plus cependant que les Turcs n'ont désappris à défendre le Uanube depuis le traité d' Andrinople et la bataille de Konieh ; car un bon forgeron a beau chômer et faire lé lundi, nul -orfèvre ne le vaudra quand il s'agit de tordre certain fer.
Comment donc se fait^l que cette idée , simple et forte comme une naïveté biblique, de laisser le forgeron dresser son enclume et forger tout seul après lui avoir prêté des outils, ait sous tant de formes diverses traversé l'incomparable cerveau de Napoléon , sans pouvoir s'y mieux fixer qu'un calcul astronomique dans la cervelle d'un romancier? Sans parler de l'opinion de tous les officiers polonais attachés aux état-majors de Davout, du roi de Westphalîe, du prince Eugène, de Macdonald, de Victor, de Murât, de Poniatowski et de l'empereur lui-même; en laissant de côté les remontrances de 4a Confédération de Varsovie, des ministres du Grand-Duché, de toutes les députations envoyées à Napoléon du fond de la conscience, du fond des souvenirs les pkis reculés, du fond des espérances les plus légitknes et les plus sensées de la Pologne, ne nous arrêtons qu'à l'un de ces avis intimes, dont l'impatient et intraitable maître de l'Europe fut assez frappé pour perdre son temps a l'écouter d'un bout à l'autre. On connaît la superstitieuse condescendance de ce parvenu du Génie et de la Révdution pour les bons- hommes, pour les chinoiseries, pour