‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 27 sur 80 · LA POLITIQUE DE NA1>0LÉ0N ET LA POLOGNE. Î · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DE NA1>0LÉ0N ET LA POLOGNE. Î

toutes les mignonnes el séniies bêtises de l'ancien régime. Par un singulier caprice de la Providence , 11 rencontra parmi les revendeurs de tout cda un conseiller plus hardi et plus saga(« que bien des révolutionnaires ^ qui comprit toute la valeur d'une Pologne ressuscilée en sentinelle aux portes de la nouvelle Europe. Eh bien! ce fut Fempereur de cette puissance nouvelle , le ministre de cette transfiguration , qui n'y comprit rien et repoussa les inspirations de l'ancien ministre de Louis XYI, comme la faction du comte d'Artois avait repoussé les compromettantes hardiesses de Mirabeau et deLafayetté. Peut-être que si le comte de Narbonne avait proposé à l'envahisseur de la Russie le réta* blissement des paniers pour les dames de Marie* Louise, comme garantie de respect envers la régente en Fabsence du chef de l'État, il aurait été mieux écouté (*).

En heurtant son génie avec une sorte de rage contre l'impossible problème de vaincre' la Russie , sans mettre une Pologne sérieuse à sa place. Napoléon, sur le point d'entreprendre la campagne ^e 1812., disait à M. de Narbonne ; « La difficulté pour cette guerre n'est que d'ordre » moral. Il faut, en se servant de la force matérielle accrue » parla-Révolution, n'enpas déchaîner les passions; relever y> la Pologne sans l'émanciper , et assurer ainsi l'indépen- » dance de l'Europe occidentale, sans y ranimer aucun fer- » ment républicain. »

Et ensuite :

« Moi, j'àime les Polonais sur le champ de bataille 5 c'est » une vaillante race; mais quant à leurs assemblées délibé- » rantes> leur liberumveto^ leurs diètes à cheval, sabre nu, » Je ne veux rien de tout cela. C'est hien assez sur notre » continent de ces folles certes de Cadix. Ne vous y trompez

{}) Souvenirs contemporains sur M. de Narbonne^pn M. Viltemaio, page 163 et sirivantes.

» pas : lî\ résurrection de la Pologne semi-républicaine » serait un bien 9utre embarras que ^ durée sans inter- ».ruption..ËUo pouvait vivoter soug son ancienne forme ^ » $ans trop grand dommage. Aujourd'hui ^ il lui feudrait » mettre le feu aux maisons voisines pour assurer la sienne. » Elle n'aurait de force que pour une propagande diabo- >i lique. J'y ai bien songé; je veux dans la Pologneim camp » et pas de fprum . Nous aurons cependant un bout de dièle^ » à Tappui d^ levées à faire dans- le grand-duché de Yar- » sovie ) msus rien au delà.. Je ferai à Alexandre la guerre » à armes courtoises , avec deux mille bouches à fau et » cinq cent mille soldats, sans insurrection. Je lui enlèverai » Mosfcou ; je le rejetterai en Asie ; mais Je ne souffrirai pas » un club à Varsovie^ ni à Cracovie, ni ailleurs. Ce que j'en » dis n'est pas égard de femille pour l'Autriche , qui a eu » la maiaet le bras dans Técartèlement de la Pologne.

» Au fond, je pourrais la dédommager -sur un autre »^oint, lui rendre l'IUyrie, et à ce prix lui reprendre sa » part de la Pologne , sans qu'elle se4)laigne trop du^ pro- » cédé ; l'échange même est prévu. Mais ce n'est pas à moi ».de refaire un foyer ré(mblicain en Europe, chefs une » nation de vingt millions d'hommes , guei*rière , sans in- » dustrie-, qui touche à la Bohême, à cette vieille terre des ih Hussites et des Taborites > et serait capable de je ne sais » quel fanatisme mystique ou démagogique qui ne .nDus » accommoderait pas. Non , mon cher Narbonnc, je ne » veux de 1b Pologne qup conuue ftwrce disciplinée, pour » meubler un ehamp de bakuilk. ïoute la question est là. » Exciter, en Pologne la tibre nationale ^ sans iréveiller Ja » fibre libérale, et pour cela passer vite, aller loiuy entraîner » la ^as^ virile., la pousser vers le nord , frapper devant » soi à la tête et au cœur, et du même coup, mais diverse- » ment , étourdir par la rapidité les ennemis et les auxi- » liaires. » Est-il permis d'abuser ainsi, 4@ la puissanca

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ctHitre la logique, et d'entasser plus de contnidicttom sous prétexie de génie!

Relever im Paiagne sans l'émanciper! Mais i ce compte^ n'^il-elle pas déjà trois fois aua^ bien rdevée par ses démembreurs, qu'elle ne l'eût été par Napoléon ?

Se servir des forées matérieiles de la SévottUion sont en iéehainer les passions! Mais que sont donc les forces nlatérielles d'une révolution, sinon la dernière et suprême manifestation de ses pafsious ? Qui donc tenait la Pologne couchée et' désarmée dans la servitude, sinon l'affaissement des ressorts qui l'avaient maintenue debout et armée pen* dant des wècles? El dtns la Ptdogne de l'Occident donc , avecqui el quoi le général del796àl800, le consul de 1800 à 1804 e4 l'empereur de ce moment auraît^l gagné des batailles et retourné l'Europe, si la dianrue conventionnelle n 'avait pas fouillé pour lui le sol de ta France jusqu'aux [Htifondeurs les plus ignorées de ses entrailles -, et ne. lui en avait pas déterré pour quinze automnes d'armées ef de victoires? Et quand cette génération d'in^Wi fut fauchée, quand tous ces enfantsxle la Hévelution furent immcdés à l'oublteux orgueil de leur César, quels rempbçanto leur donirà'ent l'expérience des maréchaux, le zèle des firéfetsv l'admirable industrie de l'empire , le patriotisme impéria* ' liste des familles, l'impôt de cent trente départements, douze années d'ordre inébranlable et de discipline triomphante? Hélas! 300,000 soldatsdelSlâ, pour 150,000 de 180S1 Et pourquoi Le^ig au lieu d'j^usteriitz? Pourquoi le Ney de Denvitz au lieu du Ney d'Ëlchingen, et le Macdonald de la Kal2i>acb à la place du Macdonald du Wahal? Parce que Napoléon ne. v&idaxtpius que des forces ntatérieHes de la Révolutiont et reniait ee qui les crée. Comnte les Napoléons des mera du Sud, il voulait des fruits tout mûrs,. et il cti voulait sans cesse, après a.voir abattu l'arbre qui les doimc Il voulut l'impossible, et il eut la moiH.

// aimak les Polonc^s sur le champ de. bataille! Pour* quoi donc en laissa-t-il les quatre cinquièmes à la charrue^ sous le fouet de la Russie et de T Autriche ? Pourquoi se contenta-t-il des 100,000 que lui fournit la part prussienne de la Pologne et les dispersa- t-il encore de Cadix à Moscou, de manière à ne jamais en avoir 20,000 sous la main?

C'est qu'il craignait leur liberunt uetoJ Comme si les paysans, dans lesquels principalement pouvait renaître une Pologne mililanle et triomphante, parlaient latin ? Comme si la génération du xiv siècle se rappelait ce. qu'avait voulu dire au xvui* celte mauvaise plaisanterie de gentilhomme après boire ? Comme si la Convention et lui-même se fus* sent abstenus de réunir 100,000 républicains dans la même armée , de peur que tant de têtes €haudes , exaltées par Todeup de la poudre , ne recommençassent les barricades de la Ligue et de la Fronde? Hélas! que ne pouvait*il encore i ce maudit liberum veto , empêcher du moins des malheureux , déshérités de leur propre Pologne , d'aller asservir la Pologne des Espagnols et des Nègres!

C'esi qu'avec le liberum veto^ la Pologne n'aurait plus de force que pour une propagande diabolique ; or, €^est un camp qu'il faUail à l'empereur dam ce pays, non pas un forum. Sauf le camp> où ils ne voulaient que des Russes et des Prussiens^ c'est nK)t pour mot Vargument dont s'étaient * servis Catherine, Frédéric II et Frédéric-Guillaume pour anéantir la Pologne.. Eux aussi, avaient t^raint la contagion de sa licence pour leurs rigides vertus, les Gâtons et les vierges. L'empereur moins prude, mais aussi moins logique, y admettait un camp polonais; comme si pour avoir un camp, it ne fallait pas avoir d'abord des soldats ; et pour avoir des soldats, retrouver au préalable une nation ; et pour retrouver cette nation, lui accorder la faculté d'être? Comme si c'était le'/i6erum veto qui avAit constitué l'irrésistible, la stoïque, la victorieuse liberté des camps de

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Tarnowski et de Zamoïski, de Zolkiewski et de Chodkiewiez, deCzarneeki etdeSobieski?€oinine si c'était le forum des Tatars et des Autrichiens, des Moscovites et des Turcs, des Suédois et des ft^andbôurgeois, qui ^vait donné trois siècles de victoire an forum polonais ?

'Cependant il y aura un bôid de diète à Farsovie, pour faire des levées. N'était-ce pas convenir que sans ce bout de forum, pas même un bout de levées? Aussi bien, Napoléon en avait déjà trop fait; de xîes levées dans sa vie, pour ne pas reconnaître au fond, qu'uno-nation ne peut fournir dans Tordre matériel qu'exactement ce qii'elle possède dans l'ordre moral, et que pouf donner quoi que ce soit, il lui faut un rigoureux équivalent de libre arbitre. Un bout de diète ne pouvait -donner qu'un bout d'arméepolonaise. Pour obtenir une véritable armée polonaise, il eût fallu la demander à la Pologne entière, non pas à un bout de son aristocratie, dans un bout de s6n' sépulcre. Est-ce donc à une section de son Conseil d'État, dans un coin des Tuileries, ou bien aux acclamations de tous les peuples de l'Occi* dent, qu'il avait demandé sa puissance?

Mais aUfrs, (voyez donc le grand malheur?) c'eût été réveitter une nationde vingt millions de Taborites^ capable d^on ne sait quel fatiatisfne mystique. Oui ! d'on ne sait quel^ c'était le mol. Et plutôt que de se donner la peine de le savoir, on lui préféra le fanatisme tout fait des Russes et des Espagnols, le mysticisme tout trouvé du Tugendbund et de madame de Kriidner . Il est vrai que les coalisés étaient cent vingt millions, et point Taborites. 11 préféra périr sous la lance des Cosaques^ plutôt que de s'appuyer sur le fléau des Taborites ! 4gnorait-il donc que les Cosaques n'étaient que des Taborites, passés à la solde d'un empereur moins dégoûté? Ah! prophète plus grand que le Grand Procope, mais plus aveugle que Ziska, ils vous auraient donc bien gêné sur la Moscowa et sur la Bérézina , dans les montagnes

ilk HE Là hationalré polonaise.

des Géants, et au congrèâ de Prague, à Kuluv et à Leipzig, ces frères du Galice, guerriera sans industrie; touchant à la Bohême, ceUe vieille terre des Hussites f Qu'eHe a dû vous être odieuse cette turbulence de la résurrection, pour que vous lui ayez préféré le calme de Sainte-Hélène \

M. de Narbonne eut beau répondre : « Non pa» révolu- » tionner, mais organiser, nationalement la Potogne, eou* » vrir de vos armées tout le cours de la Yistule et du Nié* & men, pour rétablir derrière ce rempart un peuple polonais D qui alon» vous donnerait sur son territoire affranchi deux » cent mille soldats; et vous sire, du grand*duché de Yar- » sovie, rejoint aujourd'hui nominalement à la Sâxe^ diriger » toute cette renaissance, reprendre d'un coup les fron* » tières usurpées que s'est données la Russie, jeter vos » avant-postes à Textrémité de la vieille Pologne et attendre f» l'ennemi ; et s'il ne vient pas^ tenir pour une grande » bataille gagnée la délivrance immédiate d'un vaste terrn » torre et de plusieurs mWons d'hommes : voilà quel doit » être le but de la campagne de 48131 A quelle ambition » ne suffirait-il pas? » , . ,

c( Que l'empereur permette de le dire ! Sa gloire ici ku est % un piège. La Prusse, l'Autriche ont élé vaincues a Berlin 1^ et à Yienîie, la Russie ne le serait pas à Moscou^ La pen- % sëe même de l'empereur, de prévenir l'invasion bar];are, )»de refouler d'avance le débordement du Nord, avertit » que ce n'est pas ici la grande guerre ordinaire, la gu^re » des peuples civilisés. Il faut cette fois non pas un autre n génie pour vaincre, mais un autre mode de victoire. »

« L'empereur qui^ dans son expérience de douze ans de » victoires, a imité si puissamment la promptitude de tiésar » et si souvent frappé du premier coup les ennemis au » cœur, en prenant d'emblée les capitales, aurait cette, fois n a lutter, contre la longueur de la route> à travers des pays n à demi déserts ou dévastés à dessein. C'est la guerre des

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