LA DÉMOCRATIE POLONAISE DEPUIS
et de désespoir combattu, que la démocratie polonaise lasse et tue un à un ses ennemis domestiques, par la seule persévérance de ses attaques; c'est dans son exil, dans sa misère, dans son abandon, qu'elle accomplit la rénovation politique, religieuse et sociale de la Pologne, de façon que cette refonte se trouve toute faite, au jour de la prise d'armes contre l'étranger. Quand cette insurrection n'aboutit pas, c'est un signe infaillible de l'insuffisance apostolique de sa propagande, et alors Dieu l'envoie recommencer sa révolution dans l'exil, jusqu'à sept fois, jusqu'à ce qu'elle se soit incarnée dans la nation tout entière, pour la coaliser sans conteste contre la coalition des démembreurs. Tel est le sens de toutes les querelles des Polonais dans les périodes de deuil et de défaite ; telle est aussi la garantie de leur victorieuse concorde, quand ils n'auront plus à s'insurger que contre l'étranger ; mais plutôt que de suppléer à ce terrorisme apostolique et d'en forcer le succès par des imitations de terreur sanglante, plutôt que de remplacer les remèdes qu'elle connaît par une chirurgie qu'elle ignore, notre démocratie remettra la guérison de la patrie à un huitième jour, à un centième même s'il le faut.
Une démagogie capable à la fois de pareils élans et d'une pareille continence témoigne suffisamment de la confiante longévité de la nation dont elle exprime le génie, et ne laisserait, ce nous semble, pas grand 'chose à faire à la plus despotique harmonie. C'est cette prétendue démagogie, c'est cette éternelle discorde des Polonais elle-même qui en 1848 a refusé de franchir certaines limites d'agitation, avant de s'être assurée de l'appui matériel de l'Occident; parce que, femme éplorée au tribunal de Salomon, et son vrai nom étant la démocratie polonaise^ elle a mieux aimé lâcher une fois encore l'objet disputé de sa tendresse, plutôt que de n'en obtenir qu'une moitié ensanglantée et flétrie. Elle attend que la Justice, assise sur le trône de l'Humanité, distingue
îlà t)E LA NATIONALITÉ POLONAISE.
la vraie mère de l'étôuffeuse et liii acijuge tout ou rien.
Lie tremblement de 1848 a précisé avec non moins de netleté le peu qii'il manque à la réussite d'une insurrection polonaise, dahs Tordre mécanique, Tout le matériel et tout le personnel de ce soulèvement, pour être repartis dans les armées et dans les arsenaux des trois partageurs de la Pologne, rt'en étaient pas moins, alors comme aujourd'hui, aux ordres de tout gouvernement national, qui serait une fois parvenu à s'installer sous bonne garde, dans le bassin de la Vistule. Ces soldats, ces oITiciers, ces chevaux, ces fers polonais ne sont pas plus solidement enchâssés dans la branlante charpente des démembreurs de la Polojgiie, que n'étaient enchaînés au grand empire tous ces ftisils espagnols, prussiens, autrichiens, saxons, bavarois, qui édatèrent dans sa main à Brème, à Tavrogi, a DrcsJe, à Leipsig et à Hanau. Il ne s'agissait donc en 1848, tout comme aujourd'hui, que de montrer aux Polonais armés par qui et pour qui que ce fût un drapeaii qui soit enfin lelieur, un noyau de force autour duquel tous eussent le tfempé et la certitude de se rallier. C'était là l'instrument demandé, pour Soulever le couvercle du cercueil national.
Ce levier parut trouvé dans l'insurrection posnanienne, et dans la légion polonaise formée en Hongrie; mais ce n'était pas tout encore, car sans point d'appui, Archimèdc lui-même n'avait su que faire du sien. Or, c'est aussi ce point d'appui qui seul nous faillit, puisque l'Allemagne y stlbstitua un trou-de-Ioup, et que la Hongrie inulilisa conij)létemDntsa légion polonaise, en lui <lonnant un double et très suppléable emploi dans sa défense locale, aii lieu de p'en ftilre une arme diversive.
Du moins l'expérience acquise par ce défaut ne laissât-elle plus absoluinent rien de douteux pour le programme d'Iitia insurrection future. Il devient évident, en effet, f|ii*ttvé(j m voittin molnié régulièrement perflde que 1«
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Prusse, et un allié moins troublé par ses propres périls que ne Tétait notre vaillante sœur madjare en 1849, ce simple problème de manœuvre se trouverait désormais résolu sous toutes ses faces.
Ainsi, qu'à la place de l'insurrection posnanienne et de la légion polono-hongroise de 1848 et 1849, on mette cfettfe émanation nlilitantfe du patriotisme polonais, qui sous le nom d'émigration constitue en réalité le cadre permanent d'une insurrection nationale ; au lieu de la base qui nous fut offerte t)ar M. de Lamartine en 1848 au bout des baïonnettes et sur les chausse-trapes de la réaction allemande, au lieu de la mutuelle et fraternelle impuissance de deux noyés ne sachant lequel devait servir d'échelle à Taiitre, supposez ces citadelles flottantes de bois, de fer et de bronze, par lesquelles l'Occident confinait tout à l'heure de plus près aux deux bouts de la Pologne que ne confinent entrié elles les deux moitiés du royaume de Prusse :
Et la tentative de 1848 aura été la dernière répétition du Mystère polonais.