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CHAPITRE IV

Développement organique de la société polonaise. — Problème de ce développement. — Cinq périodes de transformation. — I'* pteioos. La commune ou gmina primitive des Slaves occidentaux. — Le domaine neutre et tutélaire; le domaine vague; les champs distribués. — II* péaiooK. Influence du catholicisme lali no germanique sur la commune primitive.

— Ce que deviennent les trois domaines de la gmina sous cette influence.

— Formation de TÉtat et de la nationalité des Léchites. — Le statut de Vislitza. — Parallèle entre cette société et celle des peuples féodaliséi. — 111* PERIODE. Ascension de la démocratie politique aux dépens de la démocratie sociale. — Grandeur de TÉtat, déchéance du peuple. — Gouvernement de rOrdre Équestre. — Oppression de la gmina occidentale. — Le statut de Jean Olbracht. — La Lithuanie et la Rutbénie colonisées par les rx>mmunes Léchites. — La guerre sociale. — IV' période. Décadence de la République. — Décomposition de la société en deux castes. — L*Ordre Équestre et les Paysans. — Asservissement des communes agricoles par les maîtres du dominium. — Anarchie nobiliaire. — V période. Démembrement politique et renaissance sociale. — Introduction des titres féodaux en Pologne. — Révolution dans la possession et dans la propriété. — Abdication de rOrdre Équestre après ta confédération de Bar. — Retour à la démocratie fondamentale. — Projet d*André Zamoïski. — Constitution de 1791. — Linsurrection de 1794 au point de vue social. — Constitution de 1807. — Le régime impérial au point de vue social. — Le démembrement de 1815. — L'insurrection de 1830 au point de vue social. — Ce quVst devenue la commune agricole en Pologne , sous les trois régimes de l'Autriche y de la Prusse et de la Russie. •— Retour à la démocratie par la domination étrangère.

Nous nous proposons, dans ce chapitre, de définir les lois fondamentales de Téconomie et de la société polonaises (*), en les déduisant de leur histoire millénaire.

Nous avons vu que, comme puissance politique, la Pologne est une ligue de cinq tribus slaves réduites à trois, puis fondues en une seule nationalité concrète , en vue de

(M l/cs autorités que le livre le plus remarquable qui ait récemment paru sur ce sujet ; Stosunki Rolnicze w Polsce , par Adam Krysztopor, recommapde |i ses lecteurs, sont : Volumina legum de 1732 à 1738;

résister aux envahissemenls des races environnantes. Au point de vue social, la Pologne est une modification du slavisme par l'éducation latine, en concurrence au slavisme grec et oriental des tribus Danubiennes, de la Moscovie et de la Ruthénie.

Le problème perpétuel de l'esprit polonais a consisté et consiste dans raccommodement des institutions romaines à la démocratie absolue de la race slave. N'ayant point à compter avec l'esclavage, inconnu des autochlhones de la Slavie , dès que l'éducation latine lui eut apporté les traditions de l'antiquité, la Pologne est parvenue la première, dans la chrétienté européenne, à concevoir l'extension des droits égalitaires dont jouissait la cité restreinte des Romains à une société universelle de citoyens ; et si elle semble avoir succombé à la poursuite de cet idéal, c'est qu'incomprise en son temps d'initiative prématurée, elle a été forcée de s'arrêter dans une mort apparente jusqu'à ce que le reste de la chrétienté s'alignât sur son principe d'existence.

Le premier et principal obstacle à une réalisation suffisante de cet idéal parmi les Slaves occidentaux , c'est que le latinisme, qui le leur apporta au x« siècle, se trouvait déjà tout aussi prescrit et fout aussi corrompu que l'étaient les traditions grecques, répandues vers la même époque dans la Slavie orienlale. C'était déjà le latinisme

Inventarz, de Zegligowski ; Jus Polonicum , de Bantkie ; VHistoire de la LégisldUion slave et les Annales primitives de la Pologne et de la Lithuanie , de Macieiowski ; la Pologne et son histoire , de Leievel ; les Statuts et les privilèges de /a Cowronnc (Lecho-Chrobatie), de. Herburt, et surtout De la Décadence des kmietz en Pologne , par E. S. Nous y ajouterions les Mœurs et coutumes polonaises, de Macieiowski ; la Ques^ tion agraire en Pologne et en Russie, 1851 ; la Galicie sous le régime autrichien, 1853; V Histoire de la République, de J. Moraczewski; plusieurs articles d'économie historique dans la Revue de Posen ; el , comme pouvant au besoin suppléer la plupart de ces documenis, le précieux recueil de la Société Démocratique, intitulé : Revue de l'histoire de Pologne , ordonnée par matières.

des prêtres et de la féodalité, d'une part mortellement hostile au doux et démocratique paganisme des Slaves, et de l'autre ne réfléchissant plus des institutions romaiiies que le côté dominateur et spoliateur. Traduit donc en action politique, le triomphe absolu de cette influence aurait, dès le X* siècle , conquis toute la Slavie occidentale pour Tempire germanique , et, d'intelligence avec le mongolisme et l'drthôdoxie byzantine venant à la rencontre de ceteiiit)ire, il aurait supprimé toute cette race, à l'égal de ses tribus de l'Elbe inférieur. En effet, l'introduction du christianisme hiérarchiKjue , dynastique et féodal dans la Léchïa et la Chrobàlie , n'eut d'abord pour résultat que la conversion de la démocratie rurale des premiers Piasts en fiefs militaires de l'empire germanique, et le partage des terres communes entre les courtisans du clergé. Le plus clair du baptême de Mielsislas I" se réduit à l'hommage que cet Incùs léchite prêta à Othon I" comme duc du Saint Empire Romain, et le plus net de la venue du Christ dans ces pays se traduit en dépouillement des frugales idoles de Jesse (l'Être), au profit d'abbayes aussi nombreuses que voraces. Si c'était là du christianisme, il serait absolument impossible de lui attribuer l'affranchissement des Slaves, complètement libres, égaux et aussi fortunés qu'il est donné aux hommes innocents de l'être sur terre avant son apparition; asservis, au contraire, à toutes les misères, à toutes les exclusions, à tous les outrages d'une hiérarchie héréditaire, dès que cette tempête de foi , de charité et d'espérance eut soufflé sur leur immense Arcadie. Heureusement que, tbmbée sur des espaces incommensurables et sur des por puiations résistantes , point agressives , mais belliqueuses, cette propagande s'y amortit et s'y épura aussitôt. Ne pouvant tourner aux conquêtes de race sur race , elle ne communiqua aux aborigènes que les utiles procédés d'une piYiiisatjonJIpropulBive et militante (|ui, wus Tépée un

Grand Boleslas, Ha toutes les tribus occidentales de la Slavie en une nation concrète et Tormidable. Mais cela ne nous démontre nulleihent que ce soit le christianisme latinoimp'éHal qui ail constitué là nationalité polonaise , comme renseigne la roiilihte historique ; car bn voit qu'il n'entrait pas du tout dans son programme de dresser cette barrière slave sur la pente des envahissements germaniques, et qufe, s'il n'aboutit qu'à cela, c'est bien contré sa conscience et cohtre sa volonté.

Ainsi nous voyons que, dans sa définition intime, la nationalité polonaise est l'élévation de la nature slave à la puissance politique des Latins, c'est-à-dire l'imposition d'une forme précise, de contours vigoureux et de mouvements déterminés à la matière saine, mais flottante, d'uiié race jusqu'alors insaisissable et stalionnaire.

Corfamë tous les enfantements , cette formation est une lutte, lutte longue et féconde entre le génie autbchthone el les excitations étrangères , qui le réveillent et l'éclaireril; sans pouvoir l'asservir. Nous verrons, en effet, les forcée slaves en sortir victorieuses, n'empruiltant aux procédés latins qu'exactement de quoi dégager la nationalité spéciale des Polonais de la mêlée anonyme de leur famille humanitaire.

Examinons maintenant à quel degré l'organisme primitif de la société slave s'est modifié dans les étreintes de cette lutte.

L'histoire économique et sociale de la Pologne peut se diviser en cinq périodes, La première comprend la vie dès tribus slaves, païennes et libres, qu'en dépit de ses intentions dominatrices le christianismie confédéra en Lécho^ Chrobatie indépendante sous le cinquième Piast. C'est l'âgé de la démocratie absolue et de la possession communaU'i taire sbus le droit de nature,

U seconde période date de rintroductlon du chrbilR^

nisme et des institutions imitatives de la monarchie germa-» nique vers 965, jusqu'à la promulgation du statut de Vislitza , en 1347, sous Tavant-dernier Piast. C est l'âge des transactions entre les institutions autochthones et rinfluence latino-germanique, entre la démocratie communautaire et la hiérarchie cléricale, féodale et monarchique.

Pendant ces trois siècles et demi, la nation et la société polonaises se démêlent du chaos slave, tandis que la propriété, tout en restant communautaire en droit, de fait s'ali^'jue et se i)arlicularisc en usufruits de valeur très diverse. Cependant les classes sociales, ainsi diversifiées, ne se su|)erposent pas féodalement les unes aux autres, grâce à rabscncede toute barrière entre elles; en sorte que celte varicfé de foncîtions et de fortunes ne fait, au con* traire, qu'agrandir Taclivité démocratique en la répandant de la commune dans l'État. Le latinisme |)rête le langage et tous les souvenirs de la Uome républicaine à cette ascension, les organes trop rndimentaires de la commune slave ne lui suffisant plus; mais Télémenl féodal qui s'était glissé sous le masque du latinisme dans la Slavie disparaît complètement, étouffé en germe par la démocratie autochthone.

Dans la troisième période, comprenant juste trois siècles, du statut de Vislitza à la guerre sociale (pi'à son avènement, en 1648, Jean Casimir trouvera déjà conunencée, la République jouit de sa maturité triom|)hanle sous le régime de la plus complète démocralie politique (ju'aucim État militant et d'une telle étendue ait jamais pratiquée; mais en même temps les deux principes coordonnés par le pacte social de Vislitza se disjoignent, et l'ordre équestre, abusant de son mandat politiqijc et militaire, tend à s'isoler des masses d'où il est sorti, et à convertir eu propriété absolue l'usufruit des communes qu'il s'est adjugé.

La quatrième |)ériode commence avec la guerre sociale que ces usurpations de l'ordre équestre ont provoquée

dans la Ruthënie, et finit au Premier Démembrement, sous le dernier roi de Pologne, en 1772. Asservissement complet des communes rurales par la propriété seigneuriale, séparation infranchissable entre le peuple attaché à la charrue et Tordre équestre transformé en caste nobiliaire, c'est-à-dire tarissement de la fécondité démocratique, décomposition sociale et suicide de la République.

La cinquième période enfin, qui- depuis 1772 dure encore, présente deux mouvements en sens inverse. Politiquement, la Pologne se débat dans les tourments de cinq démembrements successifs, contre lesquels proteste la nature immortelle de sa nationalité ; tandis que socialement elle retourne à son démocratisme fondamental, Tégalité du malheur y ramenant l'égalité des droits civiques, avec la communion pour tous de cet universel domaine de la patrie que tous disputent également à l'étranger. Passons donc en revue ces cinq transformations de la société polonaise.

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