‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 37 sur 80 · PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE

La comiuuae «lave»

Dans la Slavie païenne, fédération sporadique de tribus disséminées sur des espaces facultatifs, la propriété individuelle est inconnue, et la possession du sol n'est valable que pour une saison agricole. La terre, source unique de toutes les richesses , est comme un atelier indivis de culture, de pacage, de chasse et de pêche, accessible à toute communauté, gmina ou gromada (*), qui en trouve une part vide. Chaque gmina se gouverne elle-même dans ses viétza ou assemblées, ne tient au sol sur lequel elle s'est abattue qu'en raison de sa fertilité naturelle, et se transporte

(^) Troupe organisée , associalion.

$ââ DE L\ NATIONALITÉ POLONAISE.

ailleurs, dès que celle-ci lui parait ou épuisée dans un rayon facilement accessible, ou disproportionnée à l'accroissement de la gromada.

P'une part, rincommensurable étendue de la Slavie, Fabsence de toutes frontières internationales , la rareté des habitants, et par là Tinfinio variété de ces atelierê de cu/ture^ invitaient les gminas à une ïi^igratioi) continuelle; qi^js., de Tautre, la nature essentiellement agricole de cette exploitation les retenait autant que passible sur les lieux une fois défrichés. 11 en résultait un état qui n'était ni la vie nomade des peuples pasteurs , ni la fixité de Isi dté occi((entaIe , mais une occupation temporaire de Teapace nécessaire à Tentrelien (le la gmina, avec ces grands villages de bois au milieu des forêts abattues, qui depMig mille ans n'ont point changé d'aspect; baraquement d'une armée agricole en campagne perpétuelle.

Le domaine de la gmina restait indivis et inaliénable; mais l'exploitation du sol cultivable était répartie entre les familles, en raison du nombre de leurs membres, sous la responsabilité du gospodarz (*) ou kmietz. Ce n'était donc nullement le communisme des sauvages ou des colonies mihtaires du Tsar, mais une libre association de travail et de possession, dont le type, survivant à toutes les vicissitudes politiques et à toutes les superpositions de la tyrannie étrangère, s'est conservé presque intact jusqu'à nos jours dans les domaines de la couronne en Russie. Or, par la nature même de leurs productions, ces immenses fermes comprenaient invariablement trois zopçsi iVLe domaine naturellement commun et indivis dçs forêts, de$. pâturages et des étangs. 2"" Le domaine administratif, commun aussi, mais par convention. De son produit vivaient les magistrats, les prêtres, les infirmes, les veuves et les orphelins. Ce

(1) Uttéralement : chef da logis.

domaine, cultivé par la piété publique , alimentait encore les greniers de réserve, et, sous le nom de zapomoga (*), assurait des semences à tous après les années de mauvaise récolte , ainsi que des instruments et des bêles de travail à tout établissement nouveau. C'est Torigine du dùtninium actuel et des corvées auxquelles, en échange de sa tutelle, il prétend de la part de toute la commune. &^ Les terres arables distribuées, comme ateliers de culture, aux familles, ou morcelées entre leurs membres, selon leur volonté et leur humeur.

C'est cette faculté de morcellement, compliquée par la tqlérance de l'hérédité de possession, qui distinguait l'économie bohème, léchite, et, si nous ne nous trompons, iUyrienoe aussi, au milieu du reste de la Slavie purement communautaire. C'est à cette faculté que , selon les partisans de la propriété parcdlaire, la Slavie polonaise doit sa prééminence parmi les autres nations de cette race; mais en même temps elle lui doit ce dégagement d'un patriciat autochthone, qui y suppléant à la conquête étrangère, a dû fatalement finir par étouffer bous son poids parasite les couches inférieures de la société et la patrie avec elles.

La part de sol distraite de l'exploitation d'une famille pour l'un de ses membres s'appelait vl(^a ou lesza, ce qui peut se traduire par manse^ et désignait une mesure de terre arable par un seul cultivateur, d'où le possesseur ainsi séparé prit le nom de z kszy^ et par corruption lechita ou szlachcic (*). Comme cette coutume paraît avoir été importée de la Bohême parmi les tribus slaves encore païennes de l'Oder et de la Vistule, quelques chroniqueurs de l'époque fabuleuse en ont fait une invasion armée de prétendus Léchites, dont nulle ethnographie n'a pu justifier l'origine.

(1) Subside.

^ Définition pleinement Justifiée de Krygztopor.

22/i DE LA NATIONALITÉ VOLONAIAR.

11 est bien avéré, au contraire, que les Léchites elles kmietz ont fait (le temps immémorial un seul et même peuple, ne se distinguant éphémèrenient que par l'éphémère différence de leurs facultés possessives De même le nom de Pologne, Po-léchia^ paraît moins être l'attribut d'un pays particulier que la désignation de toutes les tribus slaves qui, confédérées autour des premiers Léchites, admirent celte faculté de particularisalion et de promotion sociale, à côté de leur économie communautaire.

Le Léchite se transforma sournoisement en espèce de noble, et sa vioka en aagfrorfa (enclos), lorsqu'il se sentit assez indépendant pour entourer impunément d'une haie son usufruit, cl le transmettre [)ar donation ou héritage. Cependant on se figurerait à tort que cette particularisalion des ateliers de culture leur ait donné les caractères de la propriété personnelle. Admise comme moyen d'activer la production, sous condition de redevances et de services publics, ou tolérée comme licence toujours révocable, la zagroda n'a jamais conféré de droit exclusif à son usufruitier, et nulle loi nej'a jamais détachée du domaine communal. Celte manière de posséder le sol a été, au contraire, primée pendant plusieurs siècles par l'autorité des gospadarz^ chefs de famille, qui seuls conservèrent le titre de k-mietz f celui qui a). Aussi bien le statut de Vislitza place le k-mietz, paysan d'aujourd'hui, au-dessus du szlachcie zagrodovy^ ou parliculier, dans la hiérarchie économique de la commune. Nous verrons que la propriété sans conditions, absolue, perturbatrice et oppressive de la gmina, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, ne pourra s'établir définitivement que dans la période de décadence, par la violation du droit fondamental de la société polonaise, et à la faveur du relâchement de tous ses liens, cî'est-à-dire au prix de l'existence même de l'Elal.

Quoi qu'il en soit, c'est déjà dans la période païenne du

LA SOCIÉTÉ LÉCËITE SOUS L^mFLUENCE LATlNO-GERMAN. 225

vnr au X' siècle que se sont formulés tous ces mystérieux principes de la société léchite, dont l'histoire ultérieure de la Pologne n'est que l'explication et le développement. Pour se rendre clairement compte de toutes les vicissitudes de cette république, il suffit, en effet, de rechercher : 1** ce que deviennent, dans chacune des quatre périodes suivantes de son histoire, les trois domaines sus-indiqués de la commune primitive, et comment les différeltites classes de la société se les distribuent; 2° quelles conséquences hiérarchiques l'esprit latin et germanique tire de la promo^ tion léchitique; 3° dans quelle mesure, à défaut de domination étrangère, cette influence étrangère déforme et modifie la démocratie communautaire des indigènes,

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