‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 38 sur 80 · DEUXIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE

Influence du catholleliime germanique*

Dans la Slavie envahie par les Allemands, les Varègues, les Mongols, les Huns et les Turcs, la race conquérante n'eut qu'à s'approprier féodalement et agrandir selon sa volonté le domaine public ou dominium de chaque gmina, rendre les corvées pieuses obligatoires et perpétuelles, puis exclure les vaincus de leurs armées et de leurs assemblées politiques, pour réduire économiquement en servitude incurable toute la population autochthone. Tous ces pays étouffés sous une violence extérieure ne sauraient s'affranchir que par l'expulsion de la race intruse, laquelle, en mettant les choses au mieux, quelque libérale et civilisatrice qu'elle se fasse, constituera toujours une nation de propriétaires, de fonctionnaires et de civilisateurs héréditaires par-dessus une nation de manœuvres, de contribuables et. de brutes également héréditaires.

Dans la Slavie polonaise, libre jusqu'à la fin du

xvni* siècle de toute superposition de races, le régime slavo-

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oomoiunal n'a pu être que tordu par la pression des idées étrangères, modifié par des imitations bénévoles, obscurci par les émanations de la féodalité environnante ; mais le fond en est resté imprescriptible, à ce point qu'il reparait plus net et mieux restauré à chaque insun^ection nouveUe contre les récents démembreurs de la république.

La première déformation de ce régime date pourtant de l'invasion du catholicisme féodal et romain dans la Slavie occidentale. A défaut de conquérants par Tépée, le clergé se substitua, dans tous les pays léchites et chrobates, à l'être abstrait que Ton appelait le domaine publie. Prenant la place de ses idoles lares , il y installa des abbayes, des couvents ou ses serviteurs laïques, avec l'obligation sous-entendue d'y remplir ce rôle de providence sociale qui auparavant avait incombé à des magistrats électifs et aux prêtres de Jesse. La royauté dynastique et militaire , iqipprtée dans la Slavie par cette théocratie, combla peu à peu par ses délégués les lacunes laissées par ceux du clergé. Ainsi se trouvèrent accaparées toutes les terres communales de la première catégorie. Les forêts et pacages gardèrent leur earac» tère communautaire. Quant è la part cultivée par les familles de kmietz, et aux manses léchites dégagées de cette part, elles restèrent à leurs possesseurs, mais à la charge réciproque pour ceux-ci de continuer les corvées dues selon la loi slave au domaine public, et, pour celuiTlà, de réparer tous les malheurs particuliers. Du reste, le gou* vernement démocratique de la commune ne paraît pas avoir été sensiblement altéré par cette substitution, puisque, sauf la jouissance de son revenu différentiel, l'usufruitier du domaine public n'acquit en principe aucun privilège dans les viétza , et quand il y participait , c'était comme simple membre de la gromada. En outre, ces domaines publics, de même que les bois et prairies, considérés toujours comme bien intégrant et inaliénable de la gmina,

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continuèrent de recueillir le trop*plein de lu gromada , en fournissant des parts cultivables aux nouvelles familles, et des jnanses aux Léohites. Leur cadastre et leur valeur dépendant ainsi sans cesse de la gromada, leur transmission par donation ou héritage, bien que tolérée, ne leur garantissait aucune des immunités de la propriété dynasr tique.

Ce mode d'occupation, à la surface asiiez semblable aux infëodations occidentales, en diffère néanmoins par de^ caractères essentiels qui n'ont point échappé aux observa^ teurs sérieux. Ceux des publicistes étrangers, dit I^ével, dont le génie personnel a pu corriger le sens et l'éduca^ tion féoMisteêy se sont facilement aperçus de ce contrasta. Hallam, Hcppel, Mably, Jean-Jacques Rousseau^ parfois Rulbière lui-même, malgré la brillante légèreté de son jugement et une ignorance qui était celle de son milieu , ont bien vu que, sous celte peinture de hiérarchie latine , reposait de temps immémorial une immense et indestructible association de possesseurs fonciers, en régime ni féodal ni communiste, mais mutualiste. Cependant en France, parmi nos contemporains, nous ne connaissons que l'illustre Michelet, qui, emporté plutôt que guidé par l'infaillible intuition de son apostolat historique, ait réellement çompriâi touché la nature de cette société défigurée par diNik siècles de décadence et de démembrements politiques.

Arrêtée, eu effet, à cette substitution que nous venons d'expliquer, et repoussée bientôt par la réaction des institiK tions autocbthones, rinfluence de la féodalité latino-germa* nique ne laissa sur tous les pays poléchites ou polonais qu'une empreinte de convention littéraire,. à laquelle ont du se tromper tous ceux qui ne peuvent étudier Thistôiré étrangère que par traduction et comparaison. Mais voiel les différences infranchissables qui séparent le régime

social (le la Slavie polonaise de celui de la féodalité et de tous ses dérivés.

1. Sous le rapport économique et social. — Dans le régime féodaU toute possession étant une prérogative de conquérant et une investiture d'en haut, elle n'implique de devoirs qu'envers le supérieur; mais à cette condition elle devient héréditaire par ordre de primogéniture, et acquiert tous les caractères de la propriété. Dans la Slavie latinisée, toute possession est, de droit primordial, également accessible à tous, et n'implique de devoirs qu'envers la gromada, qui en règle les limites; quant à la propriété absolue, elle y est inconnue en droit, et ne peut s'y introduire que subrepticement, sous prétexte de magistrature, aux risques et périls du bénéficiaire et de ses légataires. De quelque part que vienne un possesseur, et quelle que soit l'étendue du sol public sur laquelle il s'installe, la gmina Taccepte sans résistance , mais comme une promesse de remplir toutes les obligations attachées au domaine ainsi occupé , sous peine sous^ntendue de déchéance. Ainsi les donations cléricales et royales qui, pendant cette seconde période, fondèrent les grandes possessions de la Léchïa , n'étaient pas des investitures féodales, mais une sorte de renvoi avec recommandation auprès des communes. C'est-à-dire que, dans l'économie féodale, nulle terre sans seigneur; dans l'économie slavo-latine, nu/Z^pos^e^^ton hors de la commune.

Sous le régime féodal, tous les étages de la société sont hiérarchisés dans un ordre prévu et fatal, qui ne laisse à la race vaincue et dépossédée que le recours d'une revanche victorieuse. Dans la Slavie latinisée , l'inégalité en quelque sorte kaléïdoscopique des fortunes constitue toute la différence des conditions sociales , lesquelles se trouvent équilibrées par une mutation incessante. Dans la première de ces deux sociétés le droit ne marche jamais sans le fait, l'autorité sans la propriété, ni le vasselage sans

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rexpropriation , ce qui confond tout pouvoir avec l'opulence et la tyrannie , et toute obéissance avec la misère et la servitude ; dans la seconde , le fait ne prescrit jamais le droit, lequel reprend son empire en abrogeant sans cesse un fait par un autre, ce qui y rend toute oppression passagère et toute liberté perpétuelle. Vue donc de loin et à un moment quelconque de son histoire , la hiérarchie sociale de la Pologne a bien Taspect d'une échelle féodale; mais, en réalité , c'est une cascade en perpetuum mobile , par laquelle les institutions autochthones échappent constamment à toute prise extérieure.

Sous le régime féodal , l'origine de la propriété et de l'expropriation est unique, et la jouissance du possesseur inébranlable comme la destinée du dépossédé. L'homme y est attaché à sa terre, qu'il opprime ou qui l'opprime ; il en est héréditairement le maître , le fermier ou l'esclave Dans la Slavie latinisée, l'origine de la possession est aussi diverse, aussi indéfinie que le domaine de la tribu ou de la nation. Droit de premier occupant, droit d'héritage, d'adoption ou de donation , droit d'association , droit d'indemnité, droit d'habitude, droit de délégation, droit de recommandation, droit d'élection, droit de colonisation, tous les droits y sont admis, aucun n'y est garanti et n'a besoin de l'être, grâce à la variété «t à l'étendue du domaine universel. C'est l'Amérique du Nord, moins les exigences d'une civilisation industrielle et les servitudes de l'individualisme. La terre, avons-nous dit, n'y est qu'un ateli^ de production, cultivée en commun ou par lots , occupée , quittée, transmise, échangée, comme un placer agricole, selon les facultés collectives ou individuelles qui la rencontrent sur leur chemin. La fixité et l'hérédité de la possession n'y sont donc pas interdites, mais elles ne confèrent point d'antécédents, et tombent sans laisser de trace sous ja dé$uétu(}e , qu sous )e^ empiétements de toute fixité et

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de tonte hérédité pluB fortes. 11 n*y a d'immuable et dltnpfescriptible que la gromada conjurée en gmina de travail et d'assistance mutuels , transportant ses droite et ses devoirs à travers les temps et l'espace^ mais acceptée oa quittée par chacun avec une liberté sanit contrôle.

tl. Soui le rapport gouvernemental ^^ bans la hiérarchie féodale, toutes les institutions gouvernemet»taleé sont subordonnées au caractère dynastique et sacré de la royauté, dont tout fief est l'image amoindrie, maisfldèlc. A l'époque de sa plus complète impuissance physique, cette royauté y sert encore de source et de légitimité spirituelle à toute autorité, (^est en son notn que les grands vassaux la soutiennent, c'est encore en son nom qu'ils la démolissent. Otez à la pyramide féodale son sommet régalien, et adssitdt elle s'écroule tout entière au niveau de la race asservie. L'état, la société, les lois, tout retourne au néant.

Dans la Slavie latinisée, la royauté et ses dérivés parait^ sent aussi tout cela, mais seulement pour ceux qui y consentent, pendant qu'ils y consentent, et t^ans pr^udice aucun pour la légitimité des droits antérieurs et latërau)t de la société, laquelle n'en prend que ce qu'il lui convient. Aussi dès que, du x« au xiv* siècle, elle aura fait rédttcation latine de la société léchite, cette royauté d'imitation s'en ira inaperçue et sans secousse, abandonnant les institutions autochthones à leur propre développement, dans une sphère plus élevée. Tous ses dérivés suivront sa fortune, et après avoir partagé sa suprême magistrature sdus les formes de la plus impérieuse oligarchie, ils s'affaisseront tout ft cdtJp m niveau commun, sans regrets et sans protestation. Fondamentale et éclatante différence entre les aristocraties de wnvention et les aristocraties de conquête.

III. Souê le rapport internationaL — Dans le régime féfh dal, le flef et ses rapports à la couronne définissent toiiies les obligations du patriotisme. Le dutUime ethnographique

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do tout édifice féodal y condamne toute nationalité con-» crête. La trahison n'y est possible qu'envers la royauté constituante du fief, et il suffit de changer de suzerain pour dianger de patrie. C'est pourquoi, dans le monde latin et germanique, les royautés assez vigoureuses et assez persé*^ vérantes pour avoir englobé'le plus de fiefs contigus dans leur suzeraineté sont considérées, à juste titre, comme les fondatrices des diverses nationalités occidentales. Mais jusqu'à ce moment très tardif de l'histoire occidentale ^ Y étranger ou la patrie n'avaient pas de sens pour l'homme féodal. L'État, non plus, n'avait pas d'autres frontières que la pointe de l'épée suzeraine, et le patriote d'autre ennemi constant que la nationalité qui saignait sous cette épée. Dans la âlavie latinisée, la royauté trouva à lier en faisceau national non pas des fiefs , mais des tribus, républiques de communes déjà fédérées par le même langage et les mêmes institutions, ce qui fut fondé à jamais dès le commence* ment du u^ siècle. Une fois que la royauté des trois Boleslas eut défini la nationalité polonaise en la découpant dans la vague immensité des domaines slaves , et en la préservant de toute superposition de race ^ cette puissance a pu varier d'étendue géographique, mais elle n'a plus changé de nature ni de mission internationale depuis ce moment jusqu'à nos jours. Le patriotisme y est exactement, à l'heure présente, ce qu'il y était pour les compagnons de rintrépide, de l'Audacieux et de Bouche-de-Travers (*). Il n'y a point en Pologne deux nationalités pouvant renier l'histoire, les illustrations et la légitimité l'une de l'autre; il n*y a que deux récentes déviations de la même économie sociale^ se disputant à savoir laquelle en a le moins dévié. Aussi les mots d'étranger et de frontières, de victoires et de défaites, de salut et de |)erdition, ont-ils pour tous les

(1) ÈêMàh V'i 99i; Bolealas II, 1058; Boleslas Ili, il02-llgft.

habitants de la Lecho-Chrobatie depuis huit siècles, et pour ceux de toute la Pologne depuis quatre cent soixante-dix ans, une seule et même signification.

Cette indivisibilité de la Pologne comme nation est tellement fondamentale qu'elle est restée, dès le lendemain de rérection de l'État, à l'épreuve des plus fôcheux démembrements de la royauté. Celle-ci, bienfaisante et omnipotente, non pas A titre régalien, mais quand par hasard elle produisait un homme de la nation , nn prophète héroïque, apporta d'ailleurs dans la Slavie, avec ses imitations, toutes les infirmités de ce dynastisme occidental dont elle n'était que l'ombre lointaine et vacillante. Cependant elle a beau se morceler à la mort de Boleslas III. En vain, partagés à rinstar des apanages féodaux entre les quatre fils de ce prince, qui avait ressaisi sur l'empire germanique les extrêmes limites occidentales de la Slavie, les duchés Piasts s'imaginent donner à la Poléc^lna leurs frontières , la compromettre dans leurs rivalités, leurs mésalliances étrangères, leur siibtyrannie oligarchique et leur hiérarchie de primogéniture. A l'extinction de toutes ces lignées, après deux siècles d'une décomposition apparente à travers les plus affreuses vicissitudes, tout à coup se détachant sans regrets de ses provinces gangrenées par le germanisme, la saine et intégrale nationalité de Boleslas !•' reparaît debout sous la main de Ladislas Lokiétek. Derrière ces nuages du chaos féodal , elle a poursuivi sans distraction tous les développements de sa formule génératrice , et le dernier rideau levé, le xiv* siècle la retrouve aussi intacte dans sa maturité féconde et expansive que si jamais royauté ni oligarchie n'y avaient touché ; comme si ses frontières n'avaient jamais été déplac<»es; comme si jamais les flots des Tatars, des Lithuaniens, des Polovtzi, des Jadzvingues ni des Allemands n'avaient ravagé son territoire. N'était^îc pas simplement un apprentissage prophétique des démeni<*

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brements qu'elle avait encore à traverser de nos Jours, avant de s'asseoir à sa place inamovible, dans la fédération humanitaire ?

Succédant à Lokiétek, Casimir le Grand, surnommé par dépit oligarchique le roi des paysans , n'eut cependant pas plus à inventer la démocratie polonaise que tous ses prédécesseurs. Il n'eut qu'à convoquer l'intelligence nationale en assemblée législative, pour lui faire recueillir et formuler, dans le célèbre StatiU de Fislitza^ l'héritage d'une économie déjà cinq fois séculaire , et, seulement dans ses manifestations mécaniques , modifiée par la pression de l'esprit latin. Cette influence du dehors sur les institutions autochthones avait produit, pendant les xi", xn^et xni" siècles, une société pleine de contrastes apparents , mais qui ne comportait, au fond, que le perfectionnement des divers organes de la même et impérissable démocratie. Celle-ci, douée en sus d'une irrésistible puissance d'expansion, va s'avancer, pendant les xiv* et x\' siècles, à travers toutes les résistances de la Slavie orientale, jusqu'à frapper aux portes de Novgorod et de Moscou.

L'uniformité égalitaire de la commune slave avait fait place, il est vrai, à un certain nombre de classes sociales très diversement apanagées par la fortune ; mais -au lieu d'être superposés poUtiquement les uns aux autres, ces divers rouages de la même économie se trouvaient tous placés sur le- même plan. En premier lieu , les trois parts de la commune agricole avaient formé trois sortes de possesseurs : !• Les agents du clergé et de la royauté s'étaient généralement emparés des domaines publics, avec de vains titres de magistrature administrative, militaire ou judiciaire, qui ne servaient que de prétexte à leur ingérence lucrative. Ils faisaient cultiver ces vastes domaines ou par des prisonniers de guerre, qui, suivant la loi slave, recouvraient la liberté et obtenaient droit de cité dans 1^

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commune après avoir accompli une tâche prescrite » otl bien par des colons étrangers régis par le droit teutonique, mais en y ajoutant toujours les corvées dues par tous les membres de la gmina à ces terrains traditionnellement communs^ oisureurs et inaliénables. Cette classe de grands usufruitiers 4 sans nom légal dans la langue du pays^ était désignée en latin sous celui de milites famoii.

S"» Le domaine réparti dès la période païennd entre les eultivateurs avait donné liea & deux sortes de possessetirs^ qui constituaient ensemble le fond et la masse de la nation^ à savoir : les kmietz ou chefs des familles vivant en oom*» munauté^ et la slachta zagrodova ou les ivircialkij cultivant leurs manses isolément. Pendant cette seconde période, les kmiet£ dominent encore ces derniers^ dans le ressort de la commune, à l'égal de leur domesticité ; mais quant au droit civil et politique ^ il est le même pour toutes les classes nationales , avec la seule différence du plus ou du moins de participation que chacune d'elles peut ou veut y consa* orer. C'est par cette faculté, néanmoins, que la slachta échappera à l'égalité communautaire.

3* Les steppes, prés, bois et marais, peu à peu particularisés par la culture, profitaient aux premiers qui les avaient défrichés. Le chef de ces entreprises, appelé soUyi ou vmt^ conservait dans les gminas ainsi nouvellement fondées une autorité de police semblable à celle des grands usufruitiers dans les communes anciennes. Malheureusement un grand nombre de ces défrichements fut accompli par des colons allemands^ qui y établirent leur droit teutonique ou loi de Magdebourg. Cette égide de la cite germanique contre la barbare féodalité des barons du Saint-Empire pouvait être fort recotnmandable là d'où elle venait, mais transportée au milieu de la démocratie slave comme une bravadfc superflue, elle ne devait y produire qu une éternelle raison d'incompatibilité entre lès authochlènes et leurs hétes. La

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défîlocratle confiante des Slaves ne connaissait point de pfésiervatifs contre ces irruptions économique* de rétratl»gef , et iie savait repousser que les invasions armées. Peu*dant longtemps, source d'une prospérité et d'une liberté ffidérativeS sans exemple dans les autres contrées de VEÛ^ rope, cette imprévoyante hospitalité finira cependant par décomposer la patrie en autant d'États particuliers qu'il y avait été admis de sortes de libertés.

û" Les grôds (*). Originairement simples enceintes palis*sadées où se rérugiait la population pendant la guerre^ ce6 asiles de défense étaient deverms des bourgs , des villes, dés centres de circonscriptions administratives et des sièges de tribunaux. Les coutumes et les occupalions de leurs habitants slaves, ordinairement établis dans les fhuboargS, tib différaient de celles des kmielz et de la slachta que par l'adjonction de quelque métier à l'agricullure. Mais, de même que dans leurs colonies agricoles ft l'ouest les migrations allemandes et juives, à l'est celles deS Arméniens et des Grecs apportèrent à ces villes, danS leur bagage de trafic et d'industrie, des municipalités particulières, qui Se posèrent en face de la législation slave comme des Immunités inviolables et rivales.

Composée de proscrits chassés de l'Allemagne et de roHent par les brigandages de la féodalité, par l'Intolérance religieuse ou par les invasions barbares , cette bourgeoisie d'alluviort arrivait dans ce pays de franchise illi»mitée , toute bardée de précautions inintelligibles pour les indigènes, et qui ne servaient qu'à l'exclure de leur société. Dans la période dés hautes prospérités nationales, la houle autochthone déborda tout cela, et parvint à se Tassimiler comme l'une des fonctions subsidiaires de son vaste mécanisme économique; pas assez néanmoins pour que l'époque

t<) Èft^èintèft fortifiées.

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de la décadence ne pût déterrer ces vieux germes de dissension et les mettre au service des démembreurs. C'est que l'industrie slave, agricole avant tout, manufacturière s'il en reste, concevant le commerce comme simple pratique des échanges, mais nullement trafiquante, ne comporte pas, dans sa formation naturelle, de classe moyenne et exclusivement citadine. Celle-ci, d'origine nécessairement étrangère , s'y sent donc être toujours un embarras, une superfétation, une minorité impatiemment tolérée et en péril perpétuel de disparition , en raison même de la puissance et de la félicité universelles. La civilisation slave admet les villes comme chefs-lieux politiques et administratifs, comme demeure des métiers et entrepôts de marchandises aussi , mais à la condition que toutes ces annexes resteront subordonnées à l'économie rurale, qui prétend en régler et en mesurer souverainement la nécessité. Ceci explique pourquoi jamais la démocratie polonaise ne pourra comprendre la suzeraineté sociale des villes sur les campagnes ; pourquoi elle a constamment taxé de conjuration contre la cité indigène les immunités municipales introduites dans la Slavie par les Allemands; pourquoi, de nos jours encore, elle ne voit dans toute fortune acquise par la spéculation bourgeoise qu'une fraude au profit des classes parasites, et une irréparable déperdition de la richesse nationale. Si Sieyès avait pu contempler le tiers état judoallemand des bourgades de la Pologne occidentale, et lui appliquer sa fameuse question , il se serait vraisemblablement répondu lui-même : « Pas grand'chose. »

Quand un Allemand, un Juif, un Arménien, un Tatar voulait prendre droit de cité en Pologne, et suivre franchement le mode de progrès que comportait l'économie de sa patrie adoptive, il sortait bien vite d'un tiers état, qui n'était qu'un isolement rétrograde et boudeur, pour entrer dans le cercle démesurément élastique de l'ordre équestre.

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