PÉRIODE DE LÀ DÉMOCRATIE TRIOMPHANTE
semblait. De sorte que, s'il est presque impossible de rechercher l'origine d'aucun de ces anoblissements, il l'est tout à fait de prouver la négative à qui que ce soit en Pologne. Tous les chercheurs de fortune se formaient par adoption des cortèges de tovarzysz ou compagnons, qui, par un simple déplacement, échappaient aussitôt et pour toujours aux vaines entraves de la législation. La vanité, la bonté ou l'intérêt privé de la slachta défaisant ainsi perpétuellement ce que ses préjugés et son orgueil collectif décrétaient dans les diètes, le mur qu'elle prétendait élever entre elle et les autres générations historiques devenait une fiction. Le plus misérable métayer d'aujourd'hui trouverait, dans le calcul des hasards, quatre-vingt-dix-neuf probabilités sur cent de descendre des milites famosi^ pour lesquels les ancêtres des comtes modernes de fabrique russe et autrichienne faisaient la corvée. Parmi les descendants des émîgrants étrangers, n'est pas gentilhomme celui-là seulement dont les ancêtres n'ont pas voulu être citoyens. Tous les prisonniers de guerre tatars anoblis militairement étaient aussitôt pourvus d'autant de terrain qu'ils voulaient en cultiver, et leurs colonies assimilées à celles des Léchites. Les Arméniens, sous le nom desquels on désignait, à ce qu'il semble, tous les autres émigrés de l'ancien empire d'Orient, préférèrent garder leurs immunités nationales; la république les leur laissa. Tous ceux des Allemands , Bohèmes, Hongrois, Italiens qui désiraient entrer dans la cité léchite, n'avaient qu'à en accepter individuellement les devoirs militaires, et à en prendre les privilèges législatifs, pour que le fait se trouvât converti en droit sans contestation possible (*). Les Juifs (*), chassés par la persécution de tontes les
0) Vindigénat, ou patente particulière de nataralisation » n*était obligatoire que pour les étrangers de la première génération qui aspiraient à quelque haute fonction executive.
(^) Voyez , dans le III* vol. de Polska i Dziêïe teï, au sujet des Juifs
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régions de la terre vers cet asile universel , auraient pu, tout.coinme les Tatars, conserver leur culte et accepter la civilisation léchite. Ils y furent même clairement invités en 1569 par l'union de Lublin , laquelle abolit toute distinction civile entre les chrétiens et les mahométans. Dans )a Ruthénie, les mieux avisés s'anoblirent eux-mêmes en s'attachant un sabre au côte. Ceux qui renonçaient au trafic de détail et à Tusure pour acquérir des terres, entraient par cela même dans Tordre équestre , comme possesseurs delesza. I)e même, malheureusement, que la majorité des émigrés allemands, qui, pour conserver leurs immunités teutoniques, protestaient par abstention contre les franchises de leur patrie adoptive ; la masse des Israélites se croyant à per[)étuité assiégée par Titus, se retrancha fanatiquement dans la citadelle du Talmud, pour s'excommunier elle-même avec Tinséparable totalité de ses institutions religieuses, politiques et sociales. Blessé et lassé à la longue de ces ingrats dédains, l'esprit national devint, en ^e corrompant lui-même, défiant, taquin, injuste sinon persécuteur envers celte race, qui lui parut privée de toutes les vertus que donne seul l'amour de la patrie. Néanmoins, certaine analogie d'enthousiasme biblique et de primitivité patriarcale l'a attachée au grodôes Slaves, et lui fait attendre sur ce sol mystérieux, avec une foi très rapprochée du patriotisme, la vcnHC de son messie libérateur. Mais de ce messie, qui sera la déniocratie polonaise de retour des enfers, le précurseur involontaire aura été la domination tsarienne. Il fallait d'abord que, ressuscites en chair et en 08, les tsars d'Egypte et d'Assyrie revinssent enchaîner les fils de Jacob par troupeaux et pour la vie à leurs galères, à leurs brouettes, à leurs machines d'épouvante et de supplice. Aujourd'hui seulement Israël a compris
polonais, les citations faites par Lélével de Gxacki, de Louis Ozeas LublU^er^ ^e Carmpjy et de Gratianl.
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qu'au delà de cette cite qu'il avait uiopriséo ^ après que seule parmi les cités elle eut abaissé ses ponts-levis devant son arche d'alliance, il n\ a plus de Sion, il n y a plus de Messie, il n'y a plus rien que réternelle nuit et le froid étemd de la servitude.
11 n'y a de véritablement lésée, de t^i'aduellenient et d'artificieusement exclue de la cité nationale, que la masse indigène des cultivateurs. Sans réserves , sans calculs coupables, celle-là ne s'est barricadée ni derrièixî le dix)it teutonique ni derrière le Talmud. Elle ne réclama jamais, dans la langue de ses aines, que sa légitime admission à Tâtre paternel, et la criante injustice de son exclusion aussi bien que son intrépide patience à lasser l'orgueil de ses spoliateurs ont reporté sur elle tout Tintéret de la démocratie moderne. Juifs ou Allemands, alertes, souples et malins n'ont qu'à vouloir s'en donner la peine pour monter et passer partout; mais le kmietz ne le pourra que lorsque le patriciat repentant, qui l'a courbé sous la charrue et a mutilé son âme, l'aura de sa propre main guéri et relevé à son niveau. Ce n'est pas, du reste, encore le statut de Jean Olbracht, comme on l'a cru par illusion d'oplique historique, qui a fermé sur la multitude rurale les portes de la civilisation et de l'anobHssement. D'après le sagace anonyme qui a fourni de si précieux documents à l'excellent ouvrage de Krysztopor, il a fallu encore près d'un siècle de police inefficace , et cinquante constitutions nouvelles, pour interdire très imparfaitement aux kmietz les avenues de l'ordre équestre, et séquestrer le villageois dans son labeur agricole. Ce que l'on appelle aujourd'hui la classe des paysans ne commença donc à se figer, à s'immobiliser qu'à la fin du xvi« siècle, lorsque la société, dégagée de ce fond national, fut assez nombreuse pour former la majorité des forces, sinon des habitants de la ré[)ublique. Nous avons dit que^ dans les provinces de Test, l'aristocratie
territoriale n'avait eu besoin de recourir ni aux mêmes atermoiements, ni aux mêmes subterfuges, car elle y constituait un ordre admis par le pacte d'union, en concurrence déclarée avec la démocratie latine ou ascendante des Léchites , et la démocratie slave ou stationnaire des Ruthènes. Elle n'eut donc qu'à maintenir les cultivateurs de ses domaines sous un régime qui, sans avoir la dureté du servage féodal , empêchait leur fusion avec les colonies léchites et les communes libres des Huthènes, pour interdire toute promotion sociale à une grande partie de la population agrégée. En revanche, cette netteté de séparation dans l'économie ruthéno-lithuanienne y avait ouvert à la colonisation démocratique un champ d'action aussi sincère qu'illimité. Sauf donc les catastrophes, alors imprévues, qui devaient briser son essor dans la seconde moitié du xvn* siècle, ce flux libérateur aurait non-seulement étouffé dans l'est tout ce qui s'opposait à son progrès, mais déjugé encore, par contre-coup, tout ce qui se gâtait hors de sa portée dans la vieille Pologne.
Nous savons aussi que la frauduleuse limitation de la souveraineté nationale à une élite équestre, retranchée des masses communales , date en paroles de la confédération générale dans laquelle, à l'extinction de la dynastie des Jagellons, la république fut censée compléter et parfaire le programme de ses libertés. A partir de cette époque, l'ordre équestre reste maître absolu de l'État, à l'exclusion de la royauté, durement rappelée à son caractère électif sous condition, et restreinte au minimum de sa magistrature; à l'exclusion de l'oligarchie, reléguée dans l'ombre et le silence des forêts lithuaniennes ; à l'exclusion du clergé, corporativemcnt privé de toute prérogative; à l'exclusion de la bourgeoisie, dont la démission, à force d'avoir été offerte, est enfin non-seulement acceptée, mais lui est infligée. Cependant cette charge énorme, portée par une
énorme puissance, continuera encore son ascension de 1573 à 1648 par impulsion acquise. C'est que jusque-là, bien que décrétée depuis 1496, et redécrétée en 1573, la séparation des deux sociétés est encore loin de pouvoir s'accomplir. La société gouvernante a beau vouloir s'isoler des masses gouvernées, elle est forcée de s'y alimenter par de nombreuses licences, sous peine de se fondre sur les champs de bataille et de se raréfier dans les osady de l'est, au point de retomber en infime minorité.
En réclamant sans cesse de nouveaux escadrons et de nouveaux essaims colonisateurs, les débordements d'Etienne Batpry, de Sigismond III et de Ladislas IV sur la Moscovie, abrogent de fait les décrets restrictifs de l'ordre équestre contre les paysans, cette source unique, ce réservoir perpétuel de toute force nouvelle, de tout ravivement de l'État. Cette source ne se tarira, ce réservoir ne se glacera réellement que quand l'État, refoulé sur lui-même, renoncera à s'étendre et à s'élever. C'est donc à ce signe infaillible, non pas aux édits des diètes, qu'il faut regarder pour préciser le moment de l'asservissement de la plèbe agricole par la plèbe militante.