‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 47 sur 80 · ÉTAT PRÉSENT DE LA PROPRIÉTÉ EN POLOGNE · texte numérisé non relu

ÉTAT PRÉSENT DE LA PROPRIÉTÉ EN POLOGNE

» seigneur, le nombre seul peut les sauver d'un travail écra- » sant. Les absents tuent les présents, et les laborieux se » tuent pour Içs paresseux. Dans la gmina polonaise, lorsque » le tenancier s'acquitte en corvées, sa tâche, convenue à » l'amiable, n'est attribuée qu'à une portion déterminée du » dominium, et la culture des autres parts ne le reganle » pas (sinon pour la récolte, qui se fait en commun). C'est » donc le propriétaire seul du dominium qui supporte les » pertes résultant de la négligence ou de l'absence des cor- » véables.

» D'une autre pari, ce chef de la commune polonaise » rend des services non moins considérables à l'État. Non- » seulement c'est un magistrat qui ne coûte rien au Trésor, » mais c'est encore lui qui travaille pour nourrir tous les » autres fonctionnaires ; le gouvernement russe serait donc » bien mal inspiré, si, à l'exemple du gouvernement autri- » chien, et comme on lui en prête le projet, il allait trans- » férer l'autorité communale à des maires de canton, nom- » mes et rétribués par l'État. »

Nous ne traduirons pas le reste de cette apologie clés maires-propriétaires, non pas qu'elle nous paraisse abso^ lument exagérée pour les bons, mais parce que les mauvais étant possibles, ttmt de facultés tutélaires peuvent à tout moment dégénérer, en arbitraire aussi oppressif que frauduleux, donc en principe ne concluent à rien. Ce qu'il importe de remarquer, c'est qu'en Pologne la propriété foncière ne cesse de confesser l'origine toute synallagmatique de son investiture. Elle convient de n'être toujours dépositaire et usufruitière du dominium communal qu'à la charge de pourvoir à toutes les incapacités, à toutes les impuissances, à tous les accidents particuliers, et elle ne s'estime souveraine, monarchique^ comme dit l'auteur, qu'à condition de suppléer à toute la souveraineté démocratique et communale qu'elle a absorbée à ses risques et périls.

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Autrement) ce n'est plus (ju'un roi constitutionnel qui viole les pacta eonventa. Aussi bien, nous admettons volontiers que le iiropriëtaire polonais soit resté sous le régime russe bon prince et très brave homme; qu'il partage 'avec sa famille de tenanciers tout ce qu'il a et tout ce qu'il n'a pas, etc.; car nous savons, et par expérience historique et par comparaison contemporaine, que la nature léchite a pu perdre beaucoup de sa résolution sous la [ïressiqn étrangère, sans avoir rien perdu de sa générosité. Mais ce [letît souverain ne doit pas |)erdre de vue que ce n'est pas du tout comme biberon de leur grossière et éterrtelle enfance, q«e le consentement, sinon le cîhoix de ses sujets, le laisse en lieu et place du dominium communal, même après le Aétnp.mhrement indominium universel , Il n'a pas seulement le pain de blé à servir aux infirmes et aux invalides de la glèbe. Puisqu'il est toujours l'antique dominium de h [)romotion, de la civilisation et de la liberté léchites, il a charge d'âmes et d'intelligence dans la gmina ; il doit produire, élever, essaimer, non pas seulement des écus, des troupeaux et des abeilles, mais des citoyens et des combattants pour refaire au plutôt le dominium général de la patrie. Puisqu'il est resté le mozny rycerz^ le miles famosus du grod et de la gmina^ même après que l'étranger s'est imposé à lui [)our v&iévode, à moins d'acîcepter de son plein gré ce commandement, ce qui tie serait avéré que pour ceux qui se sont inscrits dans la hiérarchie héraldique des démembreurs, n'était-il pas tenti de monter à cheval pour vaincre ou périr à la tète de ses tenanciers, aussi bien, en 1833, à l'appel de Zallwski; en 1846, à rapf)el de Cracovie; en 1848, è l'appel de la Posnanic, qu'en 1830, à l'appel des porte-enseignes de Varsovie? Certes, nous comprenons la différence qu'il y a des pouvoirs, et, par conséquent, des devoirs de cette dernière époque aux devoirs et aux pouvoirs de toutes les occasioiis suivantes. Nul patriotisme ne

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saurait demander Timpossible à la propriété polonaise; mais alors (Jue deviennent ses droits sans sa capacité à remplie ses devoirs ? Que signifie lin dominium qui ne dressé plus que des' chevaux de labour, et un miles famosus rjlH ne défend plus ses kmietz et ses léchites que du recrutement? Il n'y a qu'une excuse à pareille dérogation, excus» recommandée par les antécédents de cette élite policée et repentante de la natidn polonaise : c'est que le dominium et son représentant n'ont été que détournés et suspendus temporairement de leurs véritables fonctions par la violence étrangère , mais qu'à la première occasion aussi favorable que celle de 1880, ils paieront en une seule fois, pour un quart de siècle, les intérêts composés de leur dette arriérée.

Dé cette façon du moins, le côté magistral de la propriété sera toujours sauvé en Pologne; car la plus envieuse démagogie serait bien embarrassée de ravir aux propriétaires, même les mieux ruinés, une prééminence politique, administrative et militaire , dont leiir éducation leur assure lé monopole, jusqu'à ce qu'ils aient élevé toute une génération de paysans à leur niveau.

Aussi bien nous venons de lire que les maîtres du dominium sont revêtus d'un triple caractère : ce sont à la fois des fonctionnaires politiques, des administrateurs de commune et des propriétaires selon le code français. FI n'y a, après tout, rien que de patriotique et d'honorable de leur part à revendiquer les charges gratuites de leur mairie communale dans l'état de choses actuel. En attendant le jour du jugement, nous aimons mieux là le plus affreux aristocrate polonais, qu'un mandatarius autrichien, "on qu'un tschinovnt* russe, qui socialiserait les tenanciers d'après l'écble de Szela et de Gbnta. Il n'y a rien non plus que dé patriotique de la part des propriétaires à vouloir garder Tadministratioft du dominium, qu'ils auront ainsi préservé de maîtres étrangers, et rien que de très légitime à ce que la commune les

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rétribue en raison de leur mérite administratif et agrono* mique. Mais ce qui précisément neutralise en eux la bienfaisance et contredit l'utilité de ces deux sortes d'attributions, ce sont leurs prétentions à la propriété éternelle, absolue, régalienne, en un mot, d'un domaine dont ils ne poursuivent plus que Tombre à travers les éblouissements d'une fiévreuse débine.

a Notre âme, avoue l'avocat atïssi véhément qu'illogique

» de cette souveraineté à tout prix, notre âme enchaînée,

» comme Prométhée , au roc ingrat de la propriété , est

» bannie de toutes les nobles régions de la pensée, pour se

» sentir nuit et jour déchirée par le vautour des plus misé-

» râbles soucis. Notre volonté est à jamais attachée aux

n brouettes de la glèbe. Tout pèse sur nous et vit de nos

*> sueurs. Cariatides pareilles, aux hercules de pierre qui

» supportent le somptueux palais de MM . Potocki sur la place

» Krakowska, à Varsovie, nous soulevons sur nos épaules

w l'immense échafaudage de la hiérarchie gouvernemen-

» taie. Nous sommes les exécuteurs à la fois passifs et res-

» pensables des plus désagréables commissions de l'autorité

»' politique. C'est à nous de prélever l'impôt et de le payer

» pour les paysans qui ne peuvent s'acquitter; à nous de

» braver les pleurs et les imprécations des familles déci-

» mécs par le recrutement. C'est nous, et nous seulement,

j> que rançonnent sans scrupule et sans merci la bureau-

» cratie, la paperasserie, la police, les inspecteurs de tout

» rang et de tout genre ; n'est-ce pas nous encore qui entre-

w tenons l'église et nourrissons ses ministres? Il nous est

» même interdit de nous décharger d'une partie de notre

» fardeau sur des suppléants grassement rétribués, puisque

» nou$ seuls répondons au gouvernement de toute faute et

v> de la moindre négligence commises dans notreçommune.

» Ce ne sont là cependant encore que nos contributions in-

» directes, car tout cela n'empêche pas le gouvernement

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