ÉTAT PRÉSENT D£ LA PROPRIÉTÉ EN POLOGNE
» son coeur de patriote s'est constaniinent empressé de » subir Tetnpire, Ini avait inspiré de convertir les corvées en » tschinsch, mais à un taux très bas, l'absence de tout mou- » vement commercial dans ce(te région y rendatit l'argent » très r»i*e. Bien que les paysans témoignent leur gratitude » pour ce bienfait, en s'acquittant avec une exactitude sans » exemple partout ailleurs, les résultats de cette réforme » n'en ont pas moins été désastreux pour le réformateur et » le dominium; car dans la contrée on ne trouve plus de » bras à aucun prix pour cultiver ce dernier, et les merce- » naires attirés de loin, ou bien coûtent beaucoup trop cher, » ou bien ne s'offrent que lorsqu'on n'en a pas besoin. Il » en résulte que non -seulement un pareil domaine ne rap- » porte plus rien à son propriétaire, mais que son entretien » absorbe annuellement 30,000 florins, soustraifsau revenu » des autres patrinwines de ce magnat; et certes cène sont » pas ses propriétés en Galicie qui fournissent ce subside, » car cfelles-là sont complètement, abandonnées, depuis la » libération des tenanciers de toute redevance, soit pécu- » niaire, soit en travail. Il faut supposer que ce fortuné » seigneur a découvert quelque Californie à l'usage parti- » culier de sa persévérance et de sa générosité. »
Nous nous dispenserons de donner l'opinion de Tauteur sur l'exploitation du dominium par affermage, ce qui est très usité en Pologne; car il va sans dire que cette dottble perception de revenus ne fait que rendre la ruine du fonds encore plus rapide, et son épmsement plus irréparablCv
Pourquoi donc alors les propriétaires foncière tiennentils avec tant d'acharnement à une infirmité aussi onéreuse, à un titre aussi illusoire, et pourquoi l'enquête, dont nous tirons ces confessions de désespoir, crie-t-elle pendant 714 pages sans interlignes, au vol et à l'assassinat, contre les philanthropes qui leur proposent de les eh soulager sans frsilS ni douleur? L'auteur ne demande-t-il pas lui-même,
presque à chaque page, avec des larmes dans la voix, que la société le détache de son rocher prométhéen et lui donne autre chose à faire? C'est donc apparemment son dévouement à la famille et sa prévoyance paternelle qui Vy tiennent enchaîné ? Noble dévouement, sainte prévoyance, assurément, et qui n'obligent pas seulement les propriétaires fonciers ; voyons donc ce que ceux-ci prévoient pour leurs successeurs , et à quoi ils consacrent leur dévouement.
« Le propriétaire, de retour au foyer, espère se délasser y> de ses tourments dans le sein de sa famille, simule patrie » que Ton n'ait pu encore lui ravir. Amère illusion ! chaque » caresse de ses enfants lui est un nouveau coup de poi- » gnard s'il songe à l'avenir de ces êtres chéris. En leur 9 donnant la vie, ne s'est^il pas engagé à faire leur édiica- )o tion et à leur assurer un pîrtrimoine? Mais comment » prendre l'un et l'autre dans le strict et incertain nécxîsy> saire que lui laissent les cl)arges de la propriété ?
» Passons par-dessus les difficultés déjà à peu près insurï* montables qu'oppose à (outc^ éducation sérieuse la situa- » tion politique de notre pays. Admettons qu'avec beaucoup » d'argent, il soit possible de les vaincre dans une certaine » mesure; majs de l'argent! n'est-ce pas précisément ce p qui manque par-dessus tout à notre propriété? Et quand » même je serais capable de m'occuper personnellement de y> la culture intellectuelle de mes enfants, en aurais-je le » temps ? Ne suis-je donc pas l'esclave continuel d'un labeur » qui, en maître impérieux, dispose de toutes les heures de » ma journée et de toutes mes facultés? Est-ce que je ne suis y> pas plus rigoureusement surveillé a ma tâche que le der- » nier des corvéables, et par le piquet de (Cosaques qui porte » mon mandat de contributions, et parle gendarme, inspec- » leur de ma mairie, et par l'huissier, inspecteur de mes » dettes, et par le commissaire priseur, assureur de mes » créanciers? Ne sont-ce pas autant d'intraitables gardes-